Congo belge (en néerlandais : Belgisch-Kongo) est le nom porté par le territoire formant l’actuelle république démocratique du Congo (RDC) lorsqu'il était une colonie de la Belgique entre le (date de fin de l’État indépendant du Congo, possession personnelle pendant de Léopold II, le roi des Belges), et le , date de l’indépendance du Congo belge, qui devient le Zaïre puis la RDC. Il faisait partie de l'empire colonial belge, dont il était, de loin, le plus grand territoire.
Pendant les cinquante-deux ans de la période coloniale, le Congo belge fut géré de Bruxelles mais, avec son armée, la Force publique, sous l'autorité d'un gouverneur général.
Histoire Transition entre l'État indépendant du Congo et le Congo belge
En 1908, la Chambre des représentants accepta le testament de Léopold II qui faisait don à la Belgique de l'État indépendant du Congo et vota son annexion un an avant la mort du roiLe tournant de 1908 : de l’État indépendant du Congo au Congo belge - Persée. Dès lors, c'est officiellement au nom de la Belgique, État souverain, que les troupes de la Force publique stationnées au Congo belge purent garantir l'intégrité de la conquête. Une fois cette annexion reconnue par les grandes puissances, l’administration de l'ex-État indépendant du Congo se transforma en administration belge qui fit tout pour effacer l'image de Léopold II comme ayant été un tyran laissant exploiter les populations par ses hommes (pas seulement des Belges, on compte plus de dix nationalités parmi les « coloniaux » de l'époque). Lors de la reprise par la Belgique, l’article 2 de la Charte coloniale du 18 octobre 1908, votée par le Parlement belge, prescrivait que : « Nul ne peut être contraint de travailler pour le compte et au profit de sociétés ou de particuliers ». Pour effacer l’image du caoutchouc et du scandale des mains coupées, on développa la culture du coton et du palmier à huile, notamment. La , l'association britannique qui était à l’origine de la campagne orchestrée contre l’État indépendant du Congo, décida de se dissoudre en 1913, tandis que le Congo allait développer son économie et ses exportations, allant jusqu'à livrer de coton en 1932 et en 1939. Parallèlement, les exportations d'or, d'étain, de cuivre et, surtout, d'uranium seraient bientôt encore plus importantes, dopées par une demande favorisée par les Alliées pendant la Seconde Guerre mondiale.
Première Guerre mondiale vignette|180px|Soldats belges et congolais en campagne dans l'Est africain, en 1916.|gauche
La Première Guerre mondiale fut lourde de sens pour le Congo belge, car la Belgique était occupée presque entièrement, sauf une portion de territoire derrière l'Yser où l'armée belge était parvenue à se maintenir, alliée aux armées française et britannique. Le gouvernement belge replié en France entendait maintenir la souveraineté de la Belgique au Congo.
En réponse à la demande du du Vice-gouverneur général du Katanga à l'Union Sud-africaine, 53 civils allemands d'Elisabethville (dont 5 femmes et 4 enfants) furent envoyés à Pietermaritzburg pour y être internés pendant la durée de la guerre.
Le Congo belge mena ensuite une campagne militaire contre les colonies allemandes au Cameroun, en appui des troupes françaises, et en Afrique orientale allemande, d'abord sans lien avec les forces britanniques puis en application d'un plan belgo-britannique, campagne qui fut couronnée de succès, notamment par d'éclatantes victoires belges à Tabora et à Mahenge.
Le , les troupes allemandes basées au Ruanda-Urundi bombardèrent les villes riveraines du lac Tanganyika. Le , un navire allemand ouvrait le feu sur le port d’Albertville. Devant cette agression, le ministre belge des Colonies Renkin adressa un télégramme au Gouverneur général du Congo et au Vice-gouverneur général du Katanga ordonnant de « prendre des mesures militaires pour défendre le territoire belge… prendre des mesures seul ou en coopération avec les troupes alliées ». Les Belgo-congolais répliquèrent le . Les troupes étaient dirigées principalement par le général Charles Tombeur, le colonel Philippe Molitor et le colonel Frederik Olsen (d'origine danoise). Elles s’emparèrent de Kigali le . Les forces allemandes du Burundi commandées par le capitaine Von Languenn opposèrent une vigoureuse résistance mais ne purent tenir devant la supériorité numérique belge. Le , Usumbura tomba sous les forces belgo-congolaises commandées par le Colonel Thomas. Kitega fut prise le , tandis que le Rwanda et le Burundi étaient déjà occupés. Il restait alors les campagnes du Tanganyika (actuelle Tanzanie) ; la brigade Molitor s’empara ainsi de Biharamuro, puis de Mwanza. Le colonel Georges Moulaert occupa Karema. La marche sur Tabora commença alors en trois colonnes. Le , Kigoma et Ujiji furent occupés. Après plusieurs jours de combat acharné, Tabora tomba le . Les forces britanniques et belgo-congolaises se coalisèrent ensuite pour occuper tout le Tanganyika à partir duquel le général allemand Von Lettow-Vorbeck opposa une résistance extraordinaire. Les Belges parvinrent cependant à remporter une nouvelle victoire à Mahenge sous le commandement du lieutenant-colonel Huyghé. Finalement, les Allemands se rendirent après l’armistice de novembre 1918. Durant ce conflit de quatre ans, les Belges avaient introduit un élément d'avant-garde (pour l'époque) en utilisant quelques hydravions sur le Lac Tanganyika pour bombarder des navires et des installations allemandes, mais tout en recourant à des moyens moins modernes par la mobilisation de pour acheminer le matériel militaire. Cette campagne militaire a, selon plusieurs démographes, dépeuplé certaines tribus proches des frontières (morts au front, soldats affamés, porteurs épuisés). Après la guerre, la Belgique obtint, par les accords belgo-britanniques Orts-Milner, un mandat sur le Ruanda-Urundi conquis sur l'Allemagne, ainsi qu'une voie de chemin de fer entre Kigoma, à l'est du Congo belge et Dar es Salam sur la côte de l'océan Indien sous un régime de franchise de douane étendu aussi aux communications routières et, plus tard, aux lignes aériennes (fret et passagers). C'est un succès pour la diplomatie du secrétaire général Pierre Orts qui réalise ainsi une vieille ambition de Léopold II, celle d'un lien économique congolais entre l'Atlantique et l'Océan indien. Ce sont des résultats positifs. Mais la guerre a laissé d'autres traces : un missionnaire belge décrit alors la société noire comme une société dans laquelle « le père est allé au front, la mère a moulu le grain pour les soldats et les enfants ont apporté la nourriture au front ».
Seconde Guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale commença en pour la France et le Royaume-Uni et en pour la Belgique. L'armée belge fut vaincue en par l'armée allemande et, le , le roi Léopold III accepta une reddition des troupes combattantes, sans implication aucune avec les forces du Congo belge. Et le roi fut fait prisonnier, perdant tout pouvoir, tant sur la Belgique que sur le Congo. Par contre, le gouvernement belge du premier ministre Hubert Pierlot et du ministre des affaires étrangères Paul-Henri Spaak réfugié en France dans l'espoir de continuer la lutte avec les quelques forces militaires belges disponibles en France et au Congo, restait dépositaire de l'autorité sur toutes les possessions belges ayant échappé aux Allemands.
La résolution des Belges d'Afrique de continuer la lutte se révéla vite à travers la décision du gouverneur général Pierre Ryckmans soutenu par les officiers d'Afrique. Cependant, une coordination avec Londres était nécessaire. Aussi, dès le début de , le ministre Albert de Vleeschauwer est arrivé à Londres, en passant par la France, l'Espagne et le Portugal, nanti des pleins pouvoirs, notamment sur le Congo. Reçu par Winston Churchill qui l'encouragea à faire venir ses collègues, il s'attacha à entrer en rapport avec le gouvernement belge resté en France et qui s'y trouvait réduit à deux personnes, le premier ministre Hubert Pierlot et le ministre des affaires étrangères Paul-Henri Spaak. Ceux-ci, qui avaient cru pouvoir faire confiance à la France, avaient d'abord hésité devant le choix de rester dans ce pays ou de partir en Royaume-Uni. Mais la défaite française et l'armistice franco-allemand qui s'ensuivit les priva de la reconnaissance officielle du nouveau gouvernement français de Vichy et de sa protection diplomatique. Sans cette protection, les deux ministres, bloqués dans un village du midi de la France où les autorités françaises les avaient relégués, pouvaient craindre de tomber dans les mains des Allemands. Or, ils représentaient l'autorité légale de la Belgique libre, c'est-à-dire le pouvoir sur le Congo, indispensable aux yeux du gouvernement britannique, très légaliste, pour garantir le maintien dans le camp allié de l'Afrique belge avec ses richesses stratégiques. Finalement, les deux ministres, parvenus à la frontière franco-espagnole, finirent par rejoindre Londres en octobre grâce à De Vleeschauwer. Celui-ci, venu à la frontière protégé par un passeport portugais, leur avait organisé une traversée clandestine de l'Espagne cachés dans une camionnette à double fond. Ainsi, le maintien du Congo belge dans la guerre est confirmé par l'installation à Londres d'un gouvernement belge restreint, doté du pouvoir de gérer le domaine colonial belge et de conclure tout traité économique et militaire avec le Royaume-Uni et les autres puissances alliées.
L'Italie fasciste, qui pouvait attaquer depuis l'Abyssinie, était une menace pour les possessions en Afrique des Alliés et donc pour le Congo belge. Les troupes de la Force publique congolaise participèrent ainsi à la guerre contre l'Italie en attaquant en Abyssinie, y remportant plusieurs victoires couronnées par celle de Saïo et d'Asosa. Le Congo, passé dans la zone sterling, gardait sa monnaie, le franc congolais. Le Congo fut dirigé pendant toute la guerre par l'administrateur de la colonie, le ministre Albert de Vleeschauwer, à qui le gouvernement belge réfugié à Londres avait donné les pouvoirs les plus larges, faisant de lui un véritable « proconsul ».
C'est à de Vleeschauwer que la Belgique dut de pouvoir financer son action combattante (trois escadrilles belges dans la RAF, troupes contre l'Italie en Abyssinie, flotte marchande au service de la cause alliée, reconstitution en Royaume-Uni d'une force armée destinée à participer à la reconquête du continent européen), tout en participant à l'effort économique des Alliés par d'importantes fournitures qui rendirent la Belgique créditrice vis-à-vis des Britanniques et des Américains, ce qui favorisa le redressement du pays après la guerre. En effet, pendant l'occupation allemande, la Belgique a connu une situation économique difficile (chômage, déflation, pénurie, etc.). Fort de ses pleins pouvoirs, De Vleeschauwer géra aussi, depuis Londres et pendant toute la guerre, les importantes finances des Luxembourgeois réfugiés avec leur grande-duchesse Charlotte, cela dans le cadre de l'Union monétaire belgo-luxembourgeoise de 1921, complétant ainsi l'effort au service des Alliés. Ainsi, grâce au Congo belge, dirigé sur place par le gouverneur général Ryckmans et son administration belgo-congolaise, le gouvernement belge d'Hubert Pierlot put affirmer la survie de la Belgique en mettant à la disposition des alliés des forces militaires ainsi que les ressources agricoles (céréales, caoutchouc) et minières de la colonie (or, étain, cuivre, uranium).