thumb|Dieu de l'Artémision, sculpture en bronze, v. 460 av. J.-C. Musée national archéologique d'Athènes.

L’époque classique est une période de l'histoire de la Grèce antique, située entre l'époque archaïque et l'époque hellénistique. Elle correspond à la majeure partie des , c'est-à-dire, pour les bornes chronologiques les plus courantes, depuis la victoire grecque de Salamine contre les Perses en 480 av. J.-C. jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand en 323 av. J.-C.

Du point de vue politique et militaire, cette période débute au moment où une coalition de cités grecques conduites par Athènes et Sparte a repoussé la tentative de l'Empire perse de les faire passer sous sa coupe, lors des Guerres médiques (499-479 av. J.-C.). S'ouvre alors une période durant laquelle les cités sont les maîtresses du jeu politique en Grèce, constituent des alliances regroupant un grand nombre d'entre elles, sous l'égide d'une des plus puissantes d'entre elles. La première phase de l'époque classique à proprement parler, qui dure une cinquantaine d'années, la Pentécontaétie (v. 480-430 av. J.-C.) est marquée par la constitution de la ligue de Délos par Athènes, pour lutter contre les Perses, mais qui devient progressivement un instrument de son hégémonie sur le monde égéen. Elle se heurte de plus en plus à Sparte et ses alliés de la ligue du Péloponnèse. La guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) est une période de conflits âpres et destructeurs entre les deux ensembles, qui embrase la majeure partie du monde grec. Au sortir du conflit, Sparte et ses alliés sortent vainqueurs avec l'appui des Perses, et l'« empire » athénien est démantelé, même si la cité vaincue évite la destruction. La trentaine d'années qui suit voit Sparte tenter d'imposer son ordre sur la Grèce, sans succès, suscitant l'opposition d'autres cités, notamment Athènes, Corinthe, puis Thèbes, qui dirige la ligue béotienne et parvient à mettre fin à la suprématie de l'armée spartiate. Aucune cité ne parvient cependant à imposer durablement son hégémonie. C'est finalement le royaume de Macédoine de Philippe II qui y parvient en 338 av. J.-C. Son successeur Alexandre le Grand (336-323 av. J.-C.), après avoir confirmé sa domination sur la Grèce, se lance ensuite à la conquête de l'Empire perse, ce qui entraîne une dilatation considérable du monde grec, ouvrant l'époque hellénistique (323-31 av. J.-C.).

L'époque classique est donc, au moins sur le plan politique et militaire, l'apogée de la cité grecque (polis), modèle politique qui s'est mis en place durant l'époque archaïque. Il est courant d'opposer les systèmes d'Athènes, une démocratie, et de sa rivale Sparte, de tendance oligarchique. La Grèce compte autour d'un millier de cités à cette époque, qui proposent des régimes politiques très divers, qui de plus évoluent au gré des événements affectant leur vie politique, intérieure ou extérieure. Depuis l'époque archaïque, le monde grec a de plus colonisé de nouvelles terres, et des cités se sont implantées autour de la mer Noire, en Italie (« Grande Grèce » et Sicile), en Afrique du Nord (Cyrénaïque), en Méditerranée occidentale (sud de la France et nord de l'Espagne). Elles vivent une histoire propre, marquée par les contacts avec les populations occupant les régions où elles se trouvent (Phéniciens, Étrusques, Scythes, etc.).

Du point de vue culturel, la période classique est marquée par la formidable floraison culturelle qui a lieu à Athènes, en particulier au (le « siècle de Périclès ») avant la guerre du Péloponnèse, ce qui coïncide à sa période d'apogée politique, en particulier quand Périclès est son principal dirigeant politique, au moment où elle est devenue la principale ville du monde égéen (après le déclin des cités ioniennes tombées aux mains des Perses), dynamique et cosmopolite, car elle attire des gens depuis tout le monde grec. Cette période voit les traditions artistiques et intellectuelles mises en place durant l'époque archaïque être prolongées et prendre leur aspect « classique », amené à servir de modèle par la suite : architecture et sculpture (notamment autour des monuments de l'Acropole d'Athènes dont le chantier est dirigé par Phidias ; aussi les temples de Sicile et de Grande Grèce), rhétorique, théâtre (Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane), philosophie (Socrate, Platon, Aristote), histoire (Hérodote, Thucydide).

L'expression d'« époque classique » est une dénomination postérieure à la période chronologique à laquelle elle renvoie, même si les Grecs ont eu conscience que le monde qui existe avant l'épopée d'Alexandre le Grand et la dilatation du monde grec, ou plus précisément la période précédant directement la guerre du Péloponnèse, peut être considéré comme un « âge d'or », en particulier à Athènes. Les réalisations artistiques et intellectuelles de cette période ont par suite été souvent vues comme des modèles à suivre, un idéal. Cependant les études récentes ont mis en avant le fait qu'il n'y avait pas de rupture nette entre les différentes « époques » de l'Antiquité grecque, et se sont d'une manière générale éloignées des considérations idéalisant le « miracle grec ».

Contours et définitions

Bornes chronologiques

L'époque classique de la Grèce antique couvre la majeure partie du et du Dans le détail, comme souvent les dates de début et de fin de la période varient selon les spécialistes qui ont le choix entre plusieurs options.

Le début de l'époque classique est généralement situé à la fin de la seconde guerre médique, en 480/479 av. J.-C., date voyant le triomphe de la coalition des cités grecques face à l'empire perse, qui constitue un tournant concernant toute la Grèce égéenne, puisqu'elle voit les cités devenir le moteur principal de l'histoire politique de la région après avoir évité l'intégration à l'empire. D'autres choisissent d'intégrer les guerres médiques à l'époque classique, qui peut alors débuter lors de la première guerre médique, en 490 av. J.-C., ou lors de la révolte de l'Ionie qui constitue le point de départ des confrontations avec la Perse, en 500/499 av. J.-C. D'autres encore suivent une logique centrée sur l'histoire d'Athènes, qui domine traditionnellement les narrations historiques sur la période, et font débuter l'époque classique dans la dernière décennie du , en 510 av. J.-C. quand s'achève la tyrannie et que s'ouvre la période des réformes de Clisthène (mises en place sur 508/507 av. J.-C.). Du point de vue spartiate, cette date correspond à la période durant laquelle la cité affirme sa domination dans le Péloponnèse Uwe Walter, « The Classical Age as a Historical Epoch », dans ..

La fin de l'époque classique, en suivant la logique qui voit dans cette période une phase de l'histoire grecque durant laquelle les cités occupent le devant de la scène politique et militaire, peut prendre place au moment où le royaume de Macédoine de Philippe II met fin à la suprématie des coalitions de cités, lors de la bataille de Chéronée en 338 av. J.-C. Il est aussi possible de choisir la date de la mort de ce souverain et la montée sur le trône de son fils Alexandre le Grand, en 336. Le règne de ce dernier est également souvent intégré à l'époque classique, qui prend alors fin à sa mort en 323 av. J.-C., période qui ouvre la phase de formation des royaumes hellénistiques. Pour la Grèce en elle-même l'année suivante constitue une autre rupture pertinente, avec l'échec de la dernière révolte des cités contre la Macédoine, qui marque leur retrait définitif du devant de la scène politique.

La notion d'époque « classique » thumb|Hermès d'Atalante, copie romaine d'un original attribué à Lysippe. Musée national archéologique d'Athènes.

La notion de « classique » remonte à l'Antiquité romaine, et désigne dans le domaine littéraire puis plus largement artistique une œuvre ou un artiste qui sert de modèle, puis ce sens se prolonge et en vient à avoir une signification historique plus ou moins bien circonscrite dans le temps Philip Hardie, « Classicism », dans .. Ainsi que le résument Bernard Holtzmann et Alain Pasquier : Le terme « classique » est appliqué en Europe occidentale aux œuvres de l'Antiquité grecque à compter du , notamment sous la plume de Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) qui place l'imitation des Grecs comme le seul moyen d'atteindre la perfection artistique. Avec l'étude des textes et la progression de la connaissance sur l'histoire de l'art grec, l'Athènes du en vient à devenir plus largement un âge classique par excellence. On ne prête qu'aux riches, et de fait dès l'Antiquité (dès le voire un peu avant) la période qui va des Guerres médiques au déclenchement de la guerre du Péloponnèse à Athènes est vue comme une période brillante sur le plan artistique et intellectuel, parce qu'elle voit la réalisation des monuments et œuvres d'art de l'Acropole, la rédaction des pièces de théâtre les plus réputées de l'Antiquité, l'épanouissement de la philosophie, qui restent des modèles et plus largement un idéal, célébrés, copiés et imités encore à l'époque romaine Uwe Walter, « The Classical Age as a Historical Epoch », dans ..

Les études historiques se sont depuis éloignées de ces superlatifs, ont relativisé les visions idéalisées du « miracle grec », et sont allées au-delà de l'Athènes classique, qui est certes incontestablement le principal foyer intellectuel et artistique de la période, un de ses principaux acteurs politiques, mais ne doit pas faire laisser dans l'ombre les autres cités et entités politiques du monde grec de la période Uwe Walter, « The Classical Age as a Historical Epoch », dans .. Les historiens choisissent pour la plupart de conserver la dénomination de « classique » pour la période, même s'ils n'en reprennent plus la vision idéalisée, alors que certains préfèrent s'en abstenir tout en conservant l'idée d'une période à part Uwe Walter, « The Classical Age as a Historical Epoch », dans ..

Qui plus est, la meilleure prise en compte des périodes qui encadrent l'époque classique, à savoir l'époque archaïque (v. 776-500/480 av. J.-C.) et l'époque hellénistique (v. 336/323-31 av. J.-C.) a fait réévaluer leur importance et repenser la position de l'époque classique. Ainsi que le souligne P. Brun, la période classique Assez souvent, ce qui prend forme durant l'époque archaïque se stabilise durant l'époque classique, et ensuite il se répand considérablement au-delà du monde grec durant l'époque hellénistique Uwe Walter, « The Classical Age as a Historical Epoch », dans ..

Que reste-t-il donc pour garantir la cohérence de la période ? Sur le plan politique et militaire, l'époque classique apparaît comme un âge marqué par le polycentrisme, durant lequel les cités, et pas seulement Sparte et Athènes, jouent le rôle moteur Uwe Walter, « The Classical Age as a Historical Epoch », dans .. Il en résulte qu'un des traits caractéristiques de la période est , par le biais des institutions civiques, quelle que soit la nature du gouvernement. Les principaux accomplissements culturels de la période, en premier lieu ceux du « siècle de Périclès », sont largement le produit de cette organisation politique caractéristique de la Grèce antique et du poids politique qu'elle a atteint à cette période, en premier lieu à Athènes Uwe Walter, « The Classical Age as a Historical Epoch », dans ., et certes les cités grecques survivent et se multiplient sous les monarchies hellénistiques et romaine, mais elles ont après 338 une position politique subordonnée. Par rapport aux deux périodes qui l'encadrent, l'époque classique est un moment d'arrêt (ou du moins de ralentissement) de l'expansion géographique de l'hellénisme et des cités, entre la colonisation archaïque et l'expansion asiatique hellénistique. C'est aussi un moment de définition de l'identité grecque face aux « Barbares », surtout durant la première partie de la période, avec les Guerres médiques, qui prépare les nouvelles affirmations de cette identité à l'époque hellénistique.

Sources