vignette|400px|Le royaume de Saxe en 1895.
Le royaume de Saxe (en allemand : ) est un État d'Europe centrale (1806-1919), successeur de l'électorat de Saxe () et prédécesseur de l'État libre de Saxe (). Le royaume fut gouverné par la branche albertine de la maison de Wettin et avait pour capitale Dresde.
Il fut membre de la confédération du Rhin (1808-1813), puis de la Confédération germanique (1815-1866), de la confédération de l'Allemagne du Nord (1867-1871) et, enfin, de l'Empire allemand (1871-1918) ; il disparaît en 1918 lorsque l'Allemagne devient une république. Il fut également membre de l' (1828-1834), puis du Deutscher Zollverein, ou l'union douanière allemande (1834-1919).
C'était l'État le plus densément peuplé de l'Empire allemand et d'Europe au ., et il comprenait plusieurs régions naturelles très distinctes : le bassin lipsien, la vallée de l'Elbe, une partie de la Haute-Lusace, le Vogtland, puis les pentes des monts Métallifères. Il correspond à peu près au Land actuel de Saxe.
Cet État avait pour bornes : au nord et au nord-est : la Saxe prussienne et le Brandebourg (royaume de Prusse) ; à l'est : la Silésie prussienne ; au sud : la Bohême (empire d'Autriche) et le royaume de Bavière ; à l'ouest : le duché de Saxe-Altenbourg et le duché de Saxe-Weimar (qui devint grand-duché en 1814).
Constitution La constitution est signée par le roi le et est modifiée le par Albert de Saxe. Le royaume de Saxe est une monarchie constitutionnelle héréditaire, avec deux chambres qui se réunissent tous les deux ans. La deuxième chambre compte . Le royaume de Saxe a quatre voix à la Diète fédérale de l'Empire allemand et envoie quatorze députés au Reichstag.
Histoire Conséquences de la Révolution française L'entité précédant le royaume de Saxe était le duché électoral de Saxe. Depuis la fin du Moyen Âge, il avait évolué en un territoire complexe au cœur de l'Allemagne. Jusqu'aux guerres de Silésie, il était l'un des principaux États protestants du Saint-Empire romain germanique, mais il a ensuite été supplanté par la Prusse voisine du nord. Les relations avec la Prusse prirent un tournant opposé, ce qui réduisit considérablement l'importance politique de la Saxe après 1763. Cependant, l'économie prospérait et un paysage urbain et industriel hautement développé caractérisait l'électorat florissant à la fin du .
À cette époque, des changements majeurs se profilaient en Europe. Les conditions politiques, sociales et économiques furent réorganisées dans toute l'Europe à la suite de la Révolution française de 1789. Les idées révolutionnaires venues de France résonnaient également en Saxe. Cependant, des soulèvements comme en France n'éclatèrent pas immédiatement. Ce n'est qu'en 1790 qu'une révolte paysanne saxonne contre l'oppression des propriétaires terriens eut lieu. Cependant, ces troubles n'eurent pas la même dynamique qu'en France et ont été réprimés militairement en . Une partie de la bourgeoisie ainsi que l'élite intensifièrent leur critique du régime absolutiste dans le duché de Saxe sous l'influence des idées révolutionnaires. L'État saxon réagit en imposant des mesure de censure dans les universités du duché et des enquêtes policières, y compris des sanctions sévères contre les meneurs identifiés.
Les monarchies européennes tentèrent ainsi de réprimer le danger révolutionnaire provenant de France, afin d'empêcher toute propagation dans les autres États européens, et de rétablir l'Ancien Régime. Cela entraîna de graves affrontements militaires en Europe. Conformément à la déclaration de Pillnitz, la Saxe faisait partie des pays qui ont combattu aux côtés de la Prusse contre la Révolution française. La France révolutionnaire se stabilisa, repoussa ses envahisseurs et commença à s'étendre profondément sur le territoire du Saint-Empire romain. Avec le recès d'Empire de 1803, 112 des petites et grandes seigneuries furent dissoutes en tant que sujets impériaux, ce qui équivalait à une réorganisation du territoire du Saint-Empire romain germanique. Lorsque, le , les territoires réunis sous la domination française dans la confédération du Rhin ont déclaré leur retrait de l'Empire, l'empereur François II déposa la couronne impériale le après un ultimatum de Napoléon . Ainsi, l'Ancien Empire a cessé d'exister.
Guerre contre la France aux côtés de la Prusse La situation était difficile pour l'électorat de Saxe, qui n'était pas très important à l'échelle européenne. Jusqu'en 1806, l'électeur Frédéric-Auguste III suivait donc avec un soin scrupuleux un concept politique qui reposait largement sur une politique étrangère passive et sur les principes de neutralité, de fidélité à la constitution impériale et de préservation de la paix. Cela incluait également le strict respect des engagements pris dans les alliances. Pour éviter tout conflit avec les puissances s'étant partagées la Pologne (la Russie, l'Autriche et la Prusse), Frédéric-Auguste avait renoncé au trône polonais en 1792. Même lorsque l'Europe se divisa politiquement en deux camps après 1804, avec d'une part une alliance offensive anglo-russe élargie à l'Autriche et d'autre part les États de la confédération du Rhin regroupés autour de l'Empire français, la Saxe crut pendant un certain temps qu'elle pouvait se tenir à l'écart des conflits qui prenaient des dimensions mondiales. Le maintien d'une politique de neutralité cohérente était compréhensible du point de vue saxon, car elle lui avait garanti une période de paix de quarante ans.
Après l'effondrement du Saint-Empire, la Saxe souveraine se retrouva ainsi seule sans alliés. À l'initiative de la Prusse, la Saxe et le Hesse-Cassel engagèrent des négociations en vue de former une alliance défensive, le Norddeutscher Bund (Fédération défensif), pour contrer la confédération du Rhin. Cette proximité avec la Prusse entraîna la Saxe dans un conflit décisif avec la France napoléonienne. Bien qu'aucun accord formel d'alliance n'eût été conclu avec la Prusse, les soldats saxons se joignirent à l'armée royale prussienne à l'automne 1806 pour faire face à l'invasion française. Ainsi, les troupes saxonnes se retrouvèrent aux côtés de la Prusse sur les champs de bataille d'Iéna et d'Auerstedt dans la guerre contre la France napoléonienne, qui aspirait à la domination européenne. Là, l'armée unifiée prusso-saxonne subit une défaite écrasante contre Napoléon. Tout le territoire de la Saxe fut occupé par la suite. À Dresde, soldats bavarois et un commandant de ville français entrèrent. Leipzig fut occupée le par le maréchal Davout et dut débourser un million de thalers pour l'entretien des soldats ennemis dans la ville. La France s'efforça cependant de mettre fin à l'alliance de la Saxe avec la Prusse et de prendre le rôle de protecteur de la Saxe à la place de la Prusse.
La Saxe fut divisée en quatre arrondissements. Les centres administratifs après cette réforme territoriale étaient Naumbourg, Leipzig, Wittenberg et Dresde. La vie publique était désormais dominée par l'administration française qui se préoccupait principalement du recouvrement des contributions, de la confiscation de toutes les recettes fiscales ainsi que des biens électoraux, de la confiscation de toutes les marchandises anglaises et de l'entretien des hôpitaux militaires. Des garnisons françaises furent établies à Naumburg, Leipzig, Wittenberg, Dresde, Weißenfels et Mersebourg. Les organes administratifs saxons restaient en place, mais étaient soumis aux directives de Napoléon et de ses fonctionnaires.
Paix avec la France et adhésion à la confédération du Rhin Avec la signature des traités de paix de Poznań entre la France et la Saxe, la Saxe se retirait de la Quatrième Coalition. Dans le traité de paix de Poznań, la Saxe occupée par Napoléon dut rejoindre la confédération du Rhin (Art. 2) et céder divers territoires situés en Thuringe (Art. 7), mais en compensation, elle se vit promettre l'enclave prussienne de Cottbus (Art. 6) et fut érigée en royaume, après la Bavière et le Wurtemberg (Art. 3). De plus, en Saxe, le catholicisme romain fut légalement assimilé au luthéranisme évangélique (Art. 5). L'aspect négatif du traité de Poznań demeurait la dépendance croissante de la Saxe vis-à-vis de la France.
Érection au rang de royaume Après la bataille d'Iéna et par le traité de paix signé à Posen (Poznań), le , l'électorat de Saxe intégra la confédération du RhinTraité de paix entre Sa Majesté l'Empereur des Français, Roi d'Italie, et S. A. S l'Électeur de Saxe, signé à Posen le 11 décembre 1806, article 2 : .. Il s'engageait à fournir à des troupes auxiliaires : en retour, il en reçut, en 1806, le titre de roi de Saxe sous le nom de Frédéric-Auguste Ier de SaxeTraité précité, article 3 : .. Le , la proclamation du prince électeur régnant Frédéric-Auguste III comme roi de Saxe ne suscita pas d'écho particulier, probablement parce que le titre de roi était familier en Saxe depuis plus de cent ans. Néanmoins, Frédéric-Auguste reçut la dignité royale pour la première fois à la fin de 1806 des mains de Napoléon.
Lors de l'acceptation de la dignité royale, le roi Frédéric-Auguste déclara publiquement qu'il maintiendrait inchangée la société de classe de la Saxe. Il confirma cela une nouvelle fois le lors de la réunion des États du royaume. Ainsi, le système complexe de coexistence de pas moins de 20 constitutions territoriales différentes au sein de la Saxe demeura, toutes ayant leurs propres autorités, administrations, systèmes judiciaires et corporations de classe et agissant relativement indépendamment de l'administration centrale à Dresde. Il n'y avait pas de manque de tentatives de réforme : entre 1808 et 1815, pas moins de 43 textes furent publiés sur le problème des réformes globales dans le royaume de Saxe. Cependant, l'unification des différentes parties du pays et de leurs constitutions, l'introduction de ministères spécialisés, la simplification de l'organisation judiciaire ou la séparation de l'administration et de la justice restaient des rêves non réalisés des réformateurs saxons, principalement bourgeois.
Par le traité de paix signé à Tilsit, le , le roi de Prusse céda l'arrondissement de Cottbus au roi de SaxeTraité de paix entre Sa Majesté l'Empereur des Français, Roi d'Italie, et Sa Majesté le Roi de Prusse, signé à Tilsit le 9 juillet 1807, article 12 : .Traité précité, article 6 : .. Frédéric-Auguste fut également nommé grand-duc de Varsovie, ses ancêtres ayant régné sur la Pologne au .
Lors de la guerre de la Cinquième coalition, le royaume de Saxe, en tant que membre de la confédération du Rhin, déclara officiellement la guerre à l'Autriche le . Dresde fut brièvement occupée par les troupes autrichiennes le , avant d'être libérée par les troupes françaises. Lors de la bataille décisive de Wagram les 5 et , des troupes saxonnes combattirent également du côté français et subirent de lourdes pertes.
Par le Traité de Schönbrunn (), l'empire d'Autriche cède les enclaves qu'elle possédait en Saxe : Art 3° du traité .
Défaite et division du royaume lors du congrès de Vienne en 1815 Le Royaume de Saxe participa également à la campagne de Russie en 1812 avec soldats. Celle-ci se termina par une catastrophe militaire pour les envahisseurs. Le , le ministre plénipotentiaire saxon au quartier général de la Grande Armée à Vilnius, le général Karl von Watzdorf, rentra dans son pays et informa le cabinet saxon de la véritable situation militaire au-delà des rapports officiels. Les premiers rescapés arrivèrent bientôt sur le sol saxon et rapportèrent la destruction de la Grande Armée.