Jacques Élisée Reclus, né le à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) et mort à Thourout en Belgique le , est un géographe et militant anarchiste français.
Communard, théoricien anarchiste, c'est un pédagogue et un écrivain prolifique. Membre de la Première Internationale, il rejoint la Fédération jurassienne après l'exclusion de Michel Bakounine. Avec Pierre Kropotkine et Jean Grave, il participe au journal Le Révolté.
En , avec d'autres professeurs démissionnaires, il crée à Bruxelles l'Université nouvelle.
Précurseur de la géographie sociale, de la géopolitique, de la géohistoire, de l'écologisme et de l'écologie, il était également végétarien, naturiste, partisan de l'union libre et espérantiste.
Ses ouvrages majeurs sont La Terre en , sa Nouvelle Géographie universelle en , L'Homme et la Terre en , ainsi que Histoire d’un ruisseau et Histoire d'une montagne. Penseur vivant de ses écrits, il publie également près de géographiques, sur des thèmes divers et politiques dans des périodiques anarchistes.
Biographie Une famille protestante
Son père Jacques Reclus (1796-1882), est un pasteur calviniste français (tout d’abord rémunéré par l’État, puis indépendant) et est aussi quelques années professeur au collège protestant de Sainte-Foy-la-Grande. Le pasteur a, avec son épouse Zéline Trigant-Marquey (1805-1887), quatorze enfants (il y eut peut-être encore trois fausses couches), dont trois filles qui meurent jeunes.
Élisée Reclus est le frère de l'ethnographe et militant anarchiste Élie Reclus, du géographe Onésime Reclus, de l'officier de marine et explorateur Armand Reclus, du chirurgien Paul Reclus.
Les années de formation alt=Portrait d'Élisée Reclus réalisé par Eugène Devéria en 1849.|gauche|vignette|redresse|Élisée Reclus à 19 ans (1849), portrait réalisé par Eugène Devéria. Quatrième enfant du pasteur Jacques Reclus, Élisée est élevé jusqu'à l’âge de par ses grands-parents maternels, à La Roche-Chalais en Dordogne, à la suite de la décision prise par son père de ne plus être pasteur rétribué. En 1838, il regagne le foyer parental, à Orthez.
En 1842, alors qu'il est âgé de douze ans, son père, qui souhaite le destiner à une charge de pasteur, l’envoie rejoindre son frère Élie à Neuwied, en Prusse sur les bords du Rhin, dans un collège tenu par des pasteurs luthériens Frères moraves.. Mais Élisée supporte mal le caractère superficiel de l’enseignement religieux de cette école : il rentre en 1844 à Orthez en passant par la Belgique. Son séjour à Neuwied n'est cependant pas entièrement négatif : il a l’occasion d’y apprendre des langues vivantes (allemand, anglais, néerlandais) et le latin, ainsi que d’y rencontrer des personnalités qu’il reverra plus tard.
Avec son frère aîné Élie, jusqu'en 1847, il loge pendant quatre ans (1844-1848) chez la sœur de sa mère, Louise Trigant (1812-1897) épouse du riche notaire Pierre Léonce Chaucherie (1811-1885), à Sainte-Foy-la-Grande où il est inscrit au collège protestant de cette ville pour y préparer le baccalauréat, obtenu à l'université de Bordeaux à l'été 1848. Il rencontre vraisemblablement à cette période un ancien ouvrier parisien ce qui lui permet de lire Saint-Simon, Auguste Comte, Fourier et Lamennais..
En 1848-1849, Élisée et Élie suivent des études de théologie à la faculté de théologie protestante de Montauban. Ils en sont exclus à l'été 1849 pour des raisons politiques, à la suite d’une fugue qu’ils font en juin vers la Méditerranée. C’est sans doute au cours de ces années qu’il prend goût à ce qui devait devenir sa conception de la géographie sociale. Élisée perd très vite la foi et est séduit par les idéaux socialistes de son époque .. Il décide alors d’abandonner définitivement les études théologiques. Il se rend cependant au collège de Neuwied, où il est engagé comme maître répétiteur (1850).
Il est à nouveau déçu par l’atmosphère du collège, qu’il quitte pour se rendre à Berlin en 1851. Vivant assez chichement de leçons de français, il s’inscrit à l’université et, pendant un semestre, il y suit notamment les cours du géographe allemand Carl Ritter dont il devient le disciple.
À l'été 1851, Élisée retrouve son frère Élie à Strasbourg et ensemble ils décident de rentrer à Orthez (via Montauban) en traversant la France, à pied, ce qui a certainement contribué à former son caractère. Acquis dès cette époque aux idées politiques progressistes et anarchistes, il écrit son premier texte d'inspiration libertaire, Développement de la liberté dans le monde, où il évoque . L'article est publié, vingt ans après sa mort, en 1925, dans Le Libertaire..
Premier exil À Orthez, apprenant le coup d'État du 2 décembre 1851, les deux frères manifestent publiquement leur hostilité au nouveau régime et leur engagement républicain. Menacés d’être arrêtés, ils s’embarquent pour Londres où ils connaissent l’existence miséreuse des exilés. Élisée ne reverra la France qu’en 1857BRUN, Christophe, Élisée Reclus « Nouvelle-Grenade » L’Union (La Nouvelle-Orléans) 1857, 450 p. décembre 2024.. À Londres, il prend la mesure de l’humiliation qu’engendre la pauvreté. Élisée vit chichement de quelques leçons. En Irlande, où il est en 1853 régisseur d'un domaine agricole à Blessington, dans le comté de Wicklow, il découvre la pauvreté de la campagne irlandaise encore très marquée par la grande famine de 1847 et la dureté de la domination coloniale anglaise. vignette|Maison des maîtres de la où il a travaillé comme précepteur.. En , il s’embarque pour La Nouvelle-Orléans où il arrive en . Il y exerce divers petits métiers dont celui d’homme de peine, puis est embauché comme précepteur de trois des enfants d’une famille de planteurs d’origine française, les Fortier. C’est au cours de cette période qu'il est confronté à une nouvelle situation de domination, la société esclavagiste des planteurs. Révolté par la condition des esclaves dont il vit indirectement pendant près de deux ans (1854-1855), il sera un partisan indéfectible des Nordistes durant la guerre de Sécession. À son retour à Paris en 1855, il publie Fragment d'un voyage à Louisiane, où il dénonce l'esclavage dans plusieurs chapitres.
Il forme le projet de s’installer en Amérique du Sud comme agriculteur et de faire venir auprès de lui son frère Élie et sa femme, mariés à Bordeaux en 1855. En , il part donc pour la Colombie (alors Nouvelle-Grenade), par Cuba et la province colombienne du Panama. Il essaie pendant sept mois (-) de s’installer comme planteur de bananes, de café et de canne à sucre. Peu doué pour les affaires, sans capitaux suffisants pour créer son exploitation, affaibli par les fièvres, l’échec est total. Il quitte la Colombie en grâce à l’argent envoyé par son frère aîné qui lui permet de payer ses dettes et son billet pour le retour.
Géographe et socialiste En , Élisée arrive en France et se fixe chez son frère Élie, à Neuilly-sur-Seine (partie occidentale du de Paris en 1860). Les deux frères y rencontrent Auguste Blanqui et Pierre-Joseph Proudhon. Tout en donnant des cours de langues étrangères, Élisée s’engage dans ce qui allait par la suite devenir sa principale occupation : il entre à la Société de géographie le .
Fin 1858, il retourne à Orthez en compagnie de son père qui revient d’Angleterre, où il est allé chercher des aides financières pour un asile de vieillards qu’il a créé à Orthez. Le , il est initié dans la loge maçonnique, Les Émules d’Hiram, du Grand Orient de France. Il n’y est jamais actif et au bout d’un an il s'éloigne de la franc-maçonnerie. Le , il se marie civilement avec Clarisse Brian. et il retourne à Paris où il forme un ménage communautaire avec son frère Élie, marié à leur cousine germaine paternelle Noémi Reclus (1828-1905).
De 1859 à 1868, il contribue à l'influente Revue des Deux Mondes où il donne des articles de géographie, de géologie, de littérature, de politique étrangère, d'économie sociale, d'archéologie et de bibliographie, qui sont fort remarqués. Fin , la maison Hachette recrute Élisée pour rédiger des guides pour voyageurs (guides Joanne), dont le Guide du voyageur à Londres et aux environs (1860), ce qui l’amène à parcourir la France et divers pays d'Europe occidentale (Allemagne, Suisse, Alpes italiennes, Angleterre, Sicile., Pyrénées espagnoles). Son premier livre tout à fait personnel, Voyage à la Sierra Nevada de Sainte-Marthe, un récit de son aventure colombienne, est publié chez Hachette en 1861.
En 1862, Élisée se rend à Londres à l’occasion de l’Exposition universelle, dont il signe le guide Joanne chez Hachette. De 1863 à 1871, les deux frères font de fréquents séjours à Vascœuil (Eure, Normandie) chez leur ami Alfred Dumesnil (1821-1894), gendre de Jules Michelet. Adèle Dumesnil, la fille de l'historien, étant décédée en 1855, Alfred Dumesnil, veuf, épouse en 1871 Louise Reclus (1839-1917), sœur d'Élisée et d'Élie qu'il employait depuis 1863 comme gouvernante de son château de Vascœuil et préceptrice de ses deux filles Jeanne Dumesnil (1851-1940) et Camille Dumesnil (1854-1940).
Le , il est parmi les fondateurs de la Société du crédit au travail, banque dont le but est d’aider à la création de sociétés ouvrières. En , avec son frère Élie Reclus, il est l’un des vingt-sept fondateurs de l'Association générale d’approvisionnement et de consommation, l'une des premières coopératives parisiennes s'inspirant du modèle de la coopérative Équitables Pionniers de Rochdale. Élisée est élu secrétaire de L’Association, bulletin international des coopératives, fondé le . Il collabore à La Coopération, qui lui succède. En 1866, il fait partie, avec Élie, d’une société coopérative d’assurances sur la vie humaine créée à Paris sous le nom de L’Équité.
Militant de la Première Internationale et communard, La Terre thumb|redresse|Élisée Reclus vers .
En , les deux frères Élie et Élisée adhèrent à la section des Batignolles de l’Association internationale des travailleurs fondée le à Londres (AIT, Première Internationale).
En novembre de la même année à Paris, Élie et Élisée rencontrent Bakounine avec qui ils entretiennent des liens amicaux et politiques forts. Ils militent ensemble à la Fraternité Internationale, société secrète fondée par Bakounine. En 1865, Élisée se rend à Florence, où il revoit Bakounine et fait la connaissance de révolutionnaires italiens. Cette même année au printemps, il se rend également en Sicile où il arpente l'île, alors même que le volcan Etna rentre en éruption. Il rendra compte de ce périple dans son livre Le Tour du monde paru en 1986 dans lequel il décrit notamment les mutations géographiques, historiques et sociales à l'œuvre sur cette île..
En 1867, Élisée participe à deux réunions internationales : du 2 au , deuxième Congrès de l’Association internationale des travailleurs à Lausanne et du 9 au , premier Congrès de la Ligue de la paix et de la liberté à Genève. Du 21 au il participe activement au de la Ligue de la paix et de la liberté, à Berne. Il y fait une intervention que l’on considère généralement comme sa première adhésion publique à l’anarchisme. Élisée, Mroczkowski, Bakounine et quelques autres s’opposent à la majorité des congressistes sur la question de la décentralisation. Ils en tirent les conséquences et quittent la Ligue.
Parallèlement, Élisée publie chez Hachette en 1867 et 1868 (datés 1868 et 1869) les deux volumes d'un magistral traité de géographie générale, La Terre, description des phénomènes de la vie du globe, qui lui assure une grande renommée dans les milieux intellectuels européens et sera, a posteriori, la première œuvre de sa vaste trilogie géographique avec la Nouvelle Géographie universelle (1875-1893) et L'Homme et la Terre (1905-1908).