Le cap Corse est une péninsule et une région naturelle située au nord-est de la Corse. Ses habitants sont appelés Capicursini ou Capcorsins.

Géographie Situation Le cap Corse est une péninsule d'environ de superficie, au nord-est de l'île de Corse. Élancée au nord vers la Ligurie, elle se rencontre à de la Capraia, à de Piombino, à de Livourne, à de Gênes et à moins de de la côte française. La pointe nord du Cap (42° 50’ 2.34‘’ N) est située en deçà d’une ligne est-ouest qui passe par Toulon (43° 7’ 19.92’’ N) et même légèrement plus au sud que l’île de Porquerolles (43° 0’ 2‘’ N), ce qui place le Nord de la Corse à la même latitude que la partie la plus méridionale de la France continentale (Pyrénées-Orientales, au sud de Perpignan).

Dans l'Antiquité, le pays est dénommé . Il devient, au Moyen Âge, un territoire de seigneuries (San Colombano, Avogari). Il est partagé en cantons durant la Révolution.

Description

Il est formé par une arête relativement élevée qui envoie en avant, à l'est et à l'ouest, des éperons et des contreforts qui délimitent des vallées parallèles où se sont installés les villages et les cultures.

Géologie et relief vignette|Secteur littoral entre Nonza et la Punta Bianca. Le Cap Corse est une péninsule schisteuse qui s'étend au nord d'une ligne Bastia - Saint-Florent, sur près de de long dans le sens nord-sud, et de large. La région est composée de schistes lustrés, dans lesquels dominent les schistes et quartzites amphiboliques ou pyroxéniques, avec, par places, des calcschistes micacés et des cipolins durs.

Quelques exceptions importantes apparaissent dans ce relief. Au nord du Cap, les schistes sont pénétrés par une masse de gabbros et de péridotites, d'où provient la pierre verte bien connue sous le nom de serpentine. Cette pierre d'une grande dureté forme les bosses du paysage, telles que les sommets comme l'Alticcione , les promontoires comme le Corno di Becco ou la pointe d'Agnello. De part et d'autre de cette nappe de roches vertes se trouvent deux accidents géologiques curieux. À l'ouest, presque tout le territoire de la commune d'Ersa est constitué par une couche de gneiss amphibolique, granitisé, sur lequel on retrouve les schistes lustrés ; tandis qu'à l'est, au nord et au sud de Macinaggio, le long de la côte, à Tamarone, comme à Finocchiarola, s'étalent les grès siliceux et à poudingues de l'époque Éocène, avec un lambeau triasique de cargneules et de calcaires.

La géologie très particulière du Cap Corse a donné lieu à une rareté géologique : l'amiante amphibiolique, une roche fibreuse susceptible d'être filée et tissée. Avec la première révolution industrielle, celle de la machine à vapeur, la demande d'amiante (matériau isolant et incombustible) est montée en flèche. L'amiante a été exploité industriellement à Canari dans une impressionnante carrière en gradins à ciel ouvert, de 1935 à 1965. Le site était à la fois une mine et une usine produisant un produit fini et mis en sacs. Fermée depuis 1966, la friche industrielle est diversement considérée : verrue industrielle au passé sinistre (le mésothéliome ou cancer de l'amiante sévissait parmi les ouvriers) pour les uns, c'est un lieu de visite (illégale) apprécié par d'autres, avec la mode de l'exploration urbaine.

L'orographie de la région s'explique ainsi : les schistes luisants et tendres donnent un relief doux, des versants lentement inclinés, des mamelons et des chaînes continus, telle que la crête de séparation entre Rogliano et Luri. Les bancs de cipolins dessinent des ruptures de pente et des plateaux abrupts, comme le Piano de Santarello. Les schistes amphiboliques en revanche ont des crêtes aiguës et dentelées, mais ce sont surtout les gabbros et les péridotites qui forment les plus fortes saillies, les dômes, les massifs compacts isolés au milieu des roches plus tendres.

vignette|Coucher sur le Monte Stello. Une chaîne montagneuse, la Serra, s'étend tout le long du cap, depuis la Serra di Pignu (altitude ) au sud, jusqu'au Monte di u Castellu (altitude ) au nord. La Cima di e Follicie, haute de , en est le point culminant ; mais le Cap compte plus de dix autres sommets dépassant les d'altitude, dont le Monte Stello. Cette chaîne surgit des flots souvent tumultueux du Capo Bianco et de la Punta di Corno di Becco, par une levée de à la Punta de Pietra Campana et au Monte Maggiore. Elle se dirige en direction du sud-est vers la pointe de Torricella (), traverser toute la péninsule et finir à la cime du Zuccarello et le défilé du Lancone.

La Serra est la ligne de partage des eaux. À l'est, la côte intérieureL'île est par lui divisée du nord au sud en deux parties, dont l'une, celle qui fait face à l'Italie, est appelée banda di dentro (côte intérieure), et l'autre, par opposition, banda di fuori (côte extérieure). Elle est en outre divisée de l'Ouest à l'Est en deux autres parties, qui conservent encore dans le langage du pays leurs dénominations anciennes de qua da'Monti et de là da'Monti, c'est-à-dire pays en deçà et pays au-delà des monts qui partagent l'île - Abbé Letteron in Histoire de la Corse - Introduction, Bulletin de la Société des sciences historiques & naturelles de la Corse – Tome I - 1888 est baignée par la mer Tyrrhénienne et le littoral offre des paysages au relief collinaire contrastant avec les paysages aigus et abrupts de la côte extérieure baignée par la mer Méditerranée. Au nord, la côte est baignée par la mer Ligure.

Le littoral capcorsin, déchiqueté et accidenté, comprend peu de plages que l'on trouve uniquement au fond de ses anses. Le relief descend le plus souvent de façon abrupte dans la mer, et la route D80, qui fait le tour du Cap sur , de Bastia à Saint-Florent, offre un panorama de corniche. Un tiers des tours génoises, destinées à protéger la Corse d'attaques navales des Barbaresques, a été construit autour du cap.

Climat et végétation vignette|La Cima di e Follicie enneigée (à gauche) vue depuis la plage de Pietracorbara.

Le Cap Corse a un climat de type Csa (climat méditerranéen). La station météorologique située à la pointe nord de la péninsule (au sémaphore de Capo Grosso à Ersa) a comme record de chaleur , enregistré le , et comme record de froid , relevé le . La température moyenne annuelle (1971/2000) est de Relevés chaque jour à Cap Corse depuis 1921..

Plus encore que le reste de l'île, le climat capcorsin est particulièrement venteux. On y dénombre environ trois cents jours de vent par an, le vent dominant étant le libeccio (vent violent en toutes saisons de secteur sud-ouest accompagné de fortes précipitations sur les versants exposés en hiver, alors qu'en été, ce vent est associé à un temps sec et doux).

Du fait de l'influence marine et du fléchissement du relief, le Cap Corse est soumis du sud au nord à un gradient d'amplitudes thermiques journalières décroissant : de entre moyennes minimales et maximales à Bastia à sur le littoral de la pointe du cap Corse, où les amplitudes sont les plus faibles de toute l'île.

Ce climat méditerranéen est sensiblement altéré au fur et à mesure que l'on monte en altitude, les conditions météorologiques devenant beaucoup plus humides et fraîches, voire ponctuellement froides en hiver. La neige fait plusieurs apparitions sur les fonds de vallées et la dorsale montagneuse de la péninsule durant l'hiver. Les chutes de neige sont en revanche beaucoup plus rares sur le littoral et quasi inexistantes à la pointe du cap Corse.

Les chênaies vertes qui couvraient la péninsule, ont beaucoup souffert des feux ; les forêts qui subsistent, dispersées sur la longueur du cap Corse, s'étendent depuis la commune de Farinole, à la base du Cap, jusqu'à la commune de Rogliano au nord-est et à la commune de Morsiglia au nord-ouest. Elles représentent les derniers vestiges d'une végétation qui recouvrait en grande partie les montagnes et les versants de cette région. Ravagées par les incendies, les chênaies subsistent actuellement dans les vallons, près des villages.. Les paysages du cap a été grandement modifiés par les incendies. Ceux des crêtes asylvatiques du cap Corse sont modelés par les feux, principale raison de leur caractère asylvatique..

Toponymie Le cap Corse se nomme en corse Capicorsu , en un seul mot et sans article. Ses habitants sont appelés les Capicursini en corse.

Il était autrefois retranscrit en toscan sous la forme Capocorso, comme en témoigne le politonyme Olmeta-di-Capocorso. L'italien lui préfère aujourd'hui la forme Capo Corso, en deux mots comme en français.

Histoire vignette|Côte orientale du cap Corse - Tour génoise de l'Osse.

Préhistoire et protohistoire -6000 : découverte de squelettes humains les plus anciens du cap Corse. Les fouilles entreprises dans des abris à Pietracorbara ont permis de mettre au jour un habitat pré néolithique recelant une sépulture dans son sous-sol, suivi par une occupation qui a livré un mobilier attribuable au Néolithique Ancien et Moyen, et d'une sépulture pouvant dater de la fin du Néolithique ou début de l'âge du bronzeMagdeleine Jacques, Préhistoire du cap Corse : les abris de Torre d'Aquila, Pietracorbara (Haute-Corse), Bulletin de la Société préhistorique française, 1995, tome 92, , ..

De Jacques Magdeleine, préhistorien : .

Dans le cap Corse, la peuplade des Vanacini (ou Uanakini) se fortifie à Tesoro (Brando), à Torre (Castello di Luri), à Vitellaggiu (Ersa). Peut-on décoder la signification du nom Vanacini à partir du grec Ԑανος signifiant brillant donc puissant et kɩѵεω voulant dire remuant, […] Les Vanacini : un peuple remuant et puissant (donc armé)Xavier Poli, La Corse dans l'Antiquité et dans le Haut Moyen Âge, Paris, Fontemoing, 1907. ?

Antiquité Le cap Corse est le cap indiqué par les cartes topographiques de Ptolémée. Ce dernier mentionne également .

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À l'époque de la navigation côtière, les Phéniciens (), les Étrusques (), les Phocéens au , les Carthaginois aux , ont dû trouver dans le Cap des points d'escale ou de refuge et se rendre maîtres du pays qui commande le détroit italo-corse.

Au , les Étrusques commerçaient avec les Vanacini de Spelonche (Cagnano), qui travaillaient le fer et cultivaient la vigne et le blé. Les Carthaginois installent des comptoirs en Corse.

En -545, Cyrus II roi de Perse prend Phocée. Ioniens s'imposent à Aléria, piratent les commerces étrusques et puniques, et s'installent un peu partout en Corse, à Morsiglia, à Ampuglia, à Blesinum, à Clunium.

En -111, Rome usurpe maints domaines, chassant les Vanacini de la plaine d'Orto, au sud de Mantinum (Bastia). À cette époque, Rome crée de nombreuses localités : Mariana, Mercuri (Luri), Vicus aureglianus (Rogliano), Tamarone, Minervio, Conchiglio, Nuntia (Nonza)... et organise l'île en pièves (environ 200, dont une vingtaine au cap Corse).

On raconte que Sénèque aurait passé son exil (de 41 à 49 apr. J.-C.) à Lurinum et Ampuglia, dans la tour qui porte aujourd'hui son nom, au col Sainte-Lucie, à Luri.

En ce temps, Jupiter avait un temple au monte Iovu en Lota, Athéna Parthénos était vénérée à Partine di Lota, un culte était rendu à Artémis à Sacro au nord d'Erbalunga, à Mercure à Mercurio di Luri Supranu, à Janus à la Serra di Pietragine à l'ouest de Rogliano, à Minerve à Minervio, un temple romain s'élevait près de Murticciu à Meria. Rome exploitait le marbre cipolin de Brando.

La chute de Rome fut suivie d'une période de troubles et de chaos, au cours de laquelle la population capcorsine ne sembla livrée à aucun puissant seigneur. Elle dut subir les assauts des Vandales, des Lombards et des barbaresques.

Moyen Âge

Haut Moyen Âge vignette|Extrémité Nord du cap Corse. Au cours du Haut Moyen Âge, la Corse est envahie par les Vandales dès 457, Vicus Aurelianus (Auria ou Rogliano) est ruiné. L'île sera à nouveau ruinée, dès 534 par les Byzantins, puis dès 754 par les Lombards qui leur succéderont et ravageront Tamina (Tomino).

En 774, vaincus par Pépin le Bref, les Lombards cèdent la Corse au pape Adrien .