L'Alsace-Lorraine (en allemand À la suite de la Réforme de l'orthographe allemande de 1996, le nom officiel serait : « ».) est le territoire cédé par la France à l'Empire allemand en application du traité de Francfort, signé le après la défaite française.

L'entité politique, qui a été couramment appelée Alsace-Lorraine et portait le nom officiel de , correspond au territoire aujourd'hui appelé Alsace-Moselle, c'est-à-dire les actuels départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.

Le traité préliminaire de paix entérinant la cession est ratifié, à la demande d'Adolphe Thiers (premier chef de l’État de la Troisième République), le par le parlement français réuni à Bordeaux ; le vote comptera 546 députés favorables à la cession, 107 contre et 23 abstentions. Les députés opposés sont essentiellement les élus parisiens et des territoires concernés et se retrouvent très minoritaires. Les élus des territoires d'Alsace et de Lorraine qui ont été cédés signent ensemble un texte de désapprobation qui sera appelé « la protestation de Bordeaux ».

Si le traité ne concerne pas l'intégralité des territoires lorrain et alsacien d'alors, il ampute la France de territoires répartis entre cinq départements de l'époque. Cette cession concerne les trois quarts de l'ancien département de la Moselle, un quart de celui de la Meurthe, quelques communes situées dans l'est du département des Vosges, les cinq sixièmes du département du Haut-Rhin et l'intégralité du Bas-Rhin. Ces territoires, qui avaient été progressivement annexés par le royaume de France entre les Le rattachement à la France des enclaves germaniques de Créhange et Dabo en 1793, n'est confirmé qu'en 1801 via le traité de Lunéville., faisaient auparavant partie du Saint-Empire romain germanique. On distinguera toutefois le rattachement de Metz et de Strasbourg au Royaume de France par des différences notables, comme le fait que Metz et ses alentours faisaient partie des Trois-Évêchés de 1552 à 1790, se trouvaient enclavés entre le duché de Luxembourg (jusqu'en 1659), la Lorraine ducale et le duché de Bar jusqu'en 1766. La cité épiscopale s’approprie peu à peu les droits d’une « ville libre » du Saint-Empire romain germanique. La bourgeoisie s’enrichissant, elle fait de Metz au siècle une république oligarchique, gouvernée par un collège d’échevins. La poussée française commence avec le traité de Chambord en 1552 accordant à la France les Trois-Évêchés (Toul, Metz, Verdun) qui perdent leur qualité de villes d'Empire par les traités de Westphalie. Le 23 octobre 1681, Louis XIV fait son entrée solennelle dans Strasbourg : les autorités urbaines lui remettent les clés de la ville, symbole de leur soumission à l’autorité royale, après leur capitulation le 30 septembre après un siège de deux jours mené par le marquis de Louvois. Plus d'un siècle sépare donc le rattachement des Trois-Évêchés du début de l'intégration de l'Alsace à la royauté. La différence de traitement entre les deux villes est aussi notable au niveau des langues parlées et les religions majoritaires pratiquées localement.

Bien qu'une petite partie de l'Alsace (l'arrondissement devenu Territoire de Belfort) et la plus grande partie de la Lorraine soient restées françaises, un grand nombre de rues, avenues, boulevards, places et cours ont été baptisés du nom « d'Alsace-Lorraine » dans la France entière dès 1871, en mémoire des territoires perdus. Sur la place de la Concorde à Paris, la statue représentant la ville de Strasbourg fut fleurie et voilée d'un drap noir jusqu'à l'armistice de 1918.

Dès les premiers mois de l'intégration des territoires à l'Allemagne, se constitua en France une mouvance politique qui se donna pour objectif de les reconquérir un jour. Le revanchisme, qui naquit plus tôt en Allemagne, et qui attribuait le démembrement et le retard du monde allemand aux conséquences néfastes du traité de Westphalie et des guerres napoléoniennes, se conjugua alors dans une version française très virulente. L'esprit de revanche contribua largement à préparer le terrain qui aboutit par la suite à la guerre de 1914-1918, puis à celle de 1939-1945.

Aussi, le cas de l'« Alsace-Lorraine » (1871-1919) (plus précisément appelée Alsace-Moselle par la suite), devint l'enjeu et le réceptacle séculaire de passions nationalistes rivales entre la France et l'Allemagne. Ces territoires avaient déjà fait l'objet de francisations et de germanisations successives par le passé, au gré de conquêtes et d'appropriations antérieures à 1870. Cette histoire doit donc être contextualisée, et examinée avec circonspection et recul critique, les divers récits historiques ayant longtemps été tronqués et manipulés de part et d'autre pour servir les causes nationalistes, justifier les guerres et les excès commis aux dépens des populations lors des diverses conquêtes ou reconquêtes.

Le retour à l'Allemagne Contexte historique et politique vignette|gauche|La bataille de Saint-Privat () permit à l'armée allemande d'assiéger Metz qui se rendit le 28 octobre. L'empereur allemand exigea que soient rattachés au Reich les villages qu'il nommait « Le tombeau de ma garde ». vignette|gauche|Photographie de la ville de Strasbourg prise le 28 septembre 1870, jour de sa capitulation à la suite des lourds bombardements prussiens.

Le rattachement aux États allemands de territoires situés en Lorraine et en Alsace est une question déjà soulevée lors du congrès de Vienne (1814-1815). Mais face à la complexité d'enjeux territoriaux concernant une grande partie de l'Europe, la France ne subira pas de perte territoriale significative.

Cependant, à la suite des guerres napoléoniennes et du sentiment d'humiliation de la Prusse et de l'Autriche, de la suppression du Saint-Empire par Napoléon en 1806, le pangermanisme naît, sur l'idée d'un nouvel empire rassemblant les populations de langue et de culture germaniques.

Au cours du , des historiens allemands incriminent notamment les traités de Westphalie, à la fin de la guerre de Trente Ans. Ils estiment que ces traités ont brisé le dynamisme politique, culturel et économique du Saint-Empire, notamment par les annexions françaises des Trois-Évêchés (1552 mais juridiquement 1648), de l'Alsace (1648-1681), puis celle, plus étalée dans le temps, du duché de Lorraine (1648-1766). En 1860, parut à Berlin un texte anonyme, Elsaß und Lothringen deutsch Elsaß und Lothringen deutsch, Berlin, 1860, , (lire en ligne)., où les deux provinces étaient revendiquées selon le principe des nationalités définies par la langueWolfgang HAUBRICHS, Der Krieg der Professoren, ..

La solution d'un nouveau grand empire allemand achoppe dans l'affrontement entre la Prusse et l'Autriche. La Prusse obtiendra la direction du mouvement pangermaniste après la bataille de Sadowa en 1866. L'Autriche restera donc exclue du nouveau projet d'empire allemand.

Au fil de la guerre franco-allemande de 1870-1871, dont la Prusse est la tête de file, l'opinion publique allemande souhaite un rattachement de l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne avec des arguments historiques, ethniques et linguistiques (revendications d’appartenance à la germanité) alors que les gouvernants avancent des arguments stratégiques (protéger le flanc sud de l'Allemagne) et économiques (mines et bassin industriel de Lorraine, dont Briey)« Si Bismark ne les utilise qu'avec précaution, les arguments historiques et ethniques sont, en revanche, très présents dans le discours des partisans de l'annexion ». Bismarck, Jean-Paul Bled, éd. Perrin, 2011..

Dans un fameux échange épistolaire entre l'empereur Guillaume et l'impératrice Eugénie qui supplie le souverain allemand de renoncer à ce désir, celui-ci avance que la réelle motivation est strictement militaire, le nouvel empire ne souhaitant qu'utiliser comme glacis militaire ces territoires détachés de la France et éloigner ainsi la frontière française au-delà du Rhin et de la Meuse, et intégrer les places fortes de Metz et Strasbourg, ne considérant nullement ces territoires comme allemands..

Le tracé de la nouvelle frontière en Lorraine est déterminé plus par une frontière naturelle que par la frontière linguistique, puisqu'en Lorraine cédée à l'Allemagne près de 40 % de la population était francophone. En effet, la frontière linguistique passait au nord de la frontière territoriale, aux environs d'une ville que les uns appelaient Thionville et les autres . Des villes comme Metz (cité natale du poète Verlaine), Château-Salins, Vic-sur-Seille (cité natale du peintre Georges de La Tour) et Dieuze (cité natale du compositeur Gustave Charpentier, du mathématicien Charles Hermite, du peintre Émile Friant et du critique d'art Edmond About) étaient à l'époque complètement francophones. Les hautes vallées de la Weiss (Orbey) et de la Lièpvrette (Sainte-Marie-aux-Mines) forment le « pays welche » d'Alsace et sont d'ancienne tradition francophone.

Tracé de la nouvelle frontière thumb|La proclamation de l’Empire allemand (au château de Versailles, le ) : sur l'estrade le Kaiser Guillaume , à sa droite le Kronprinz Frédéric-Guillaume, au pied de l'estrade, en blanc, le chancelier de l'Empire, prince de Bismarck. La nouvelle frontière suit en effet la ligne de partage des eaux entre le bassin versant de la Sarre Blanche (assimilée aujourd’hui au cours supérieur de la Sarre) et celui de la Vezouze qui reste français. Dans le département des Vosges en atteignant le massif du Donon, le tracé imposé par les Allemands englobe pour des raisons stratégiques des territoires à l'est de la ligne de crête : le canton de Schirmeck et la moitié du canton de Saales sont réunis à l'Allemagne (l'autre moitié formant le canton de Provenchères-sur-Fave). Ils seront intégrés en 1919 au Bas-Rhin (extension du territoire de la commune de Grandfontaine) avec le cas particulier de Raon-sur-Plaine et Raon-lès-Leau, sur l’autre rive de la rivière Plaine (qui seront rendus en 1872 conformément à l'annexe du traité dans la discussion sur Avricourt1871 : Nouvelle frontière.). Au sud, le tracé suit la ligne des crêtes jusqu’au ballon d'Alsace alors qu'au nord Metz et Château-Salins, situés dans l'aire romane, sont revendiqués pour des raisons économiques (mines et industries du fer, contrepartie pour que Belfort reste français). Metz est revendiquée pour des raisons stratégiques, en tant qu'ancienne ville libre d'Empire (freie Reichstadt), verrou de l'Allemagne moyenne, et parce qu'elle a été perçue pendant des siècles, jusqu'à l'annexion française de 1552, en tant qu'"écu et propugnacle de l'Empire".

De même que la partie germanophone de l'arrondissement de Briey, qui ne représente plus qu'un petit nombre de localités dans les années 1860 (de Mont-Saint-Martin à VilleruptErnest de Bouteiller, Dictionnaire topographique de l'ancien département de la Moselle, rédigé en 1868, § 12 : Ethnographie et linguistique.) est laissée à la France.

Une vigoureuse politique de germanisation est conduite par les Allemands qui posent des bornes frontière (peuplement après l'exil par des germanophonesAu , 160 878 Alsaciens-Mosellans (soit un peu plus de 10 %) ont exercé leur droit d'option en choisissant la nationalité française et 125 000 émigrent - L'immigration dans les textes. France, 1789-2002, Janine Ponty, Paris, Belin-Sup, Histoire, 2004, chapitre 2 « Le temps des voisins », p. 54-68, enseignement de l'allemand, structures politiques et économiques)La politique de germanisation en Lorraine annexée (1810-1914), Thèse de doctorat de Lionel Metzler, Metz 2007 avec des tensions que symbolise le procès intenté à l'association La Lorraine Sportive en 1911 ou l'incident de Saverne à l'automne 1913.

Conséquences territoriales