thumb|Buste d'un hoplite casqué, dit « Léonidas », début du , Musée archéologique de Sparte.
Les rois de Sparte sont deux rois (en , de , « le commandement ») qui exercent conjointement des pouvoirs essentiellement militaires et religieux au sein de la cité grecque antique de Sparte. Ce système est mis en place avec la réforme de Lycurgue au , un roi représentant la famille des Agiades et l'autre celle des Eurypontides.
Une double monarchie : une dyarchie L'un fait partie de la famille des Agiades ( / ), l'autre celle des Eurypontides ( / ), deux familles issues, selon la légende, de jumeaux descendants d'Héraclès, Eurysthénès, père d' et Proclès, père d'Eurypon. C'est d'après eux que les Spartiates se nomment, dans leur ensemble, HéraclidesTyrtée, frag. 8, 1.. Les familles doivent rester distinctes, ce qui implique qu'elles ne puissent porter les mêmes noms – Agis, fondateur des Agiades, est l'exception, puisque le nom ne se retrouve ensuite que chez les Eurypontides ; Agésilas est porté d'abord par les Agiades, puis par les EurypontidesLévy, .. Les intermariages sont interdits. Leurs tombeaux se trouvent en des endroits différents : Pitana, l'un des quatre villages qui forment la ville, est le berceau des Agiades, alors que les Eurypontides sont basés à LimnaiCartledge (2001a), .. Les deux rois sont supposés égaux, même si Eurysthénès est supposé l'aîné des jumeaux, et donc donner une préséance théorique aux Agiades, VI, 51–52..
On s'est interrogé sur l'existence de ces deux dynasties. Certains pensent qu'il y avait au début trois rois, chacun commandant l'une des trois tribus attestées au début de la première guerre de Messénie. L'un des trois rois aurait ensuite disparu. D'autres font des Agiades les rois des anciens Achéens ( se déclare achéen et non dorien à Athènes), et des Eurypontides ceux des envahisseurs doriens. Enfin, en se fondant sur la localisation de leurs tombeaux, on peut faire des Agiades les représentants d'une partie de la Laconie, Pitana et Mésoa, et les Eurypontides, ceux d'une autre, Limai et Konooura. Cette double monarchie fut peut-être mise en place par les réformes de Lycurgue, au , voire avant, au
Il n'existe guère d'autres exemples de double royauté. Cependant, dès l'Antiquité, on rapproche les deux rois spartiates des deux consuls romainsPour Denys d'Halicarnasse, Brutus s'inspire de Sparte pour établir les deux consuls. , II, 13–27.. Avoir deux rois permet d'en garder un à la cité pendant que l'autre guerroie, ou minimiser les problèmes de vacance du pouvoir en cas de décès ou de régence d'un roi.
Enfin, Sparte voue un culte aux Dioscures, jumeaux modèles de l'amitié fraternelle. La double royauté spartiate a des parallèles dans le monde celtique et germanique. Ceux-ci sont prêtres autant que chefs de guerre. C'est dans cette deuxième fonction que des désaccords peuvent apparaître et c'est la raison pour laquelle un seul roi part en expéditionNicolas Richer, Sparte : Cité des arts, des armes et des lois, Paris, Perrin, 2018, . Cette dualité des rois présente un véritable avantage pour les éphores qui peuvent jouer l'un contre l'autre.
Dévolution du pouvoir L'accès au trône est héréditaire, et non fondé sur le mériteCarlier (2005), .. Le pouvoir royal se transmet au « plus proche descendant du plus proche détenteur du pouvoir le plus royal »Carlier (1984), ., c’est-à-dire que le fils passe avant le frère, III, 3, 2., qu'il y a droit d'aînesse mais que le fils né quand le père est déjà roi prime sur ceux pour lesquels ce n'est pas le casHérodote, VII, 3.. Il ne s'agit donc pas d'une primogéniture stricte, mais de ce que les Byzantins appelleront la porphyrogénèse. Néanmoins, il semble que les Spartiates interprètent de manière libérale cette règle de succession. La succession d'un roi se fait donc obligatoirement dans la même famille que celui-ci. À son entrée en fonction, le roi prête serment de défendre la politeia de la cité.
Plutarque note que « ceux qui sont élevés en vue de la royauté » sont exemptés de l'éducation spartiate, Agésilas, 1., particularité dont on ignore la raison exacte. Le cursus commençant à sept ans, la précision implique que le prince héritier est identifié comme tel dès son enfanceCarlier (2005), ..
Rôle des rois Les pouvoirs des rois sont essentiellement militaires et religieux. Xénophon écrit ainsi : « le roi n'a pas d'autre tâche en campagne que d'être un prêtre pour les dieux et un stratège pour les hommes, XIII, 11.. » Au début, les rois peuvent mener la guerre contre le pays de leur choixHérodote, VI, 56. et leur pouvoir est collégial. Au fur et à mesure, leurs prérogatives se restreignent. En 506, c'est le « divorce d'Éleusis » : le roi Démarate abandonne l'expédition menée par Cléomène et lui contre Athènes ; par la suite, indique Hérodote, « [il] fut établi comme loi à Sparte qu'il ne soit pas permis aux rois d'accompagner tous les deux une armée en campagneHérodote, V, 75.. » Au , c'est l'Assemblée qui vote la guerre, I, 87., et, au moins depuis le , les éphores et les gérontes qui décident de la mobilisationLévy, .. peut encore décider d'envoyer une expédition où bon lui semble pendant la guerre du PéloponnèseThucydide, VIII, 5, 3. mais par la suite, le roi est soumis sur ce point au pouvoir des éphoresLévy, ..
Il arrive aussi que les rois soient en discorde avec les autres institutions.
Les prérogatives royales sont beaucoup plus étendues en campagne, au point qu'Aristote qualifie la royauté spartiate de « généralat héréditaire » 1285 a.. Le roi en campagne est commandant en chef ( / )Aristote, Politique, 1285 a5-8 et b26-28.. Il prime sur les autres généraux, peut conclure les trêves, et combat au premier rang à l'aile droite, protégé par sa garde d'honneur — pour Hérodote, celle-ci est formée de cent hommes ; Thucydide de son côté montre le roi entouré des trois cents Hippeis à MantinéeThucydide, V, 72, 4.. Il a droit de vie et de mort sur ses soldats, y compris les citoyensAristote, Politique, III, 14, 1285a 8–10.. Il reste néanmoins soumis à la surveillance des éphoresThucydide, II, 4, 36. et peut être jugé à son retour de campagne.
Les rois ont aussi le sacerdoce de Zeus Lakedaimonios et Zeus Ouranios, et président aux sacrifices publics. Ils nomment les Pythioi, magistrats chargés de questionner la Pythie, et recueillent leur rapportLévy, .. Ils sont membres de la gérousie et peuvent juger les affaires de droit familial. Les rois sont constamment surveillés par l'État.
Privilèges des rois Les rois de Sparte sont associés à des privilèges, appelés timai en grec. Ces privilèges se résument à la primauté dans la société. Ainsi, lors des banquets quotidiens, les rois sont surélevés par une estrade afin d'être visibles par tous. Ils bénéficient également d'une double ration afin d'inviter une personne de leur choix, généralement un ambassadeur étranger. L'État octroie aussi aux rois une terre, le théménos, qui correspond au double en rendement des autres citoyens. Enfin, lors des campagnes militaires, ils reçoivent une double part du butin confisqué aux ennemis.
Liste des rois Les premiers Spartiates historiques connus sont les rois Polydore et Théopompe, qui règnent au premier quart du Cartledge (2001a), .. Les rois précédents sont connus par Hérodote, qui mentionne dans son enquête deux listes de personnages royaux, présentés respectivement comme les ascendants de Léonidas Hérodote, VII, 204. et de Hérodote, VIII, 131, 2.. Ces généalogies remontent à Héraclès et sont largement mythiques.
Premiers rois Les rois cités sont légendaires. Lélex, premier roi de Laconie Mylès, fils du précédent Eurotas, fils du précédent ou de Lélex Lacédémon, fondateur de Sparte, époux de Sparta, fille d'Eurotas Amyclas, fils du précédent , fils du précédent Cynortas, frère du précédent Œbale, fils du précédent Tyndare, fils du précédent Hippocoon, frère du précédent Tyndare, de nouveau, marié à Léda Ménélas, époux d'Hélène, fille de Zeus et de Léda Oreste, gendre du précédent, époux d'Hermione, fille de Ménélas et d'Hélène Tisamène, fils du précédent
Dynastie des Agiades Voici la liste des rois de Sparte de la dynastie des Agiades: .../930 av. J.-C. : Eurysthénès. Roi légendaire. 930–900 av. J.-C. : . Roi légendaire, fils du précédent. 900–870 av. J.-C. : Échestrate. Roi légendaire, fils du précédent. 870–840 av. J.-C. : Léobotès. Roi légendaire, fils du précédent. 840–820 av. J.-C. : Doryssos. Roi légendaire, fils du précédent. 820–790 av. J.-C. : . Roi légendaire, fils du précédent. 790–760 av. J.-C. : Archélas. Roi légendaire, fils du précédent. 760–740 av. J.-C. : Télècle. Roi légendaire, fils du précédent. 740–700 av. J.-C. : Alcamène. Roi légendaire, fils du précédent. 700–665 av. J.-C. : Polydore. Fils du précédent. 665–640 av. J.-C. : Eurycratès. Fils du précédent. 640–615 av. J.-C. : Anaxandre. Fils du précédent. 615–590 av. J.-C. : Eurycratidès. Fils du précédent. 590–560 av. J.-C. : Léon. Fils du précédent. 560–520 av. J.-C. : . Fils du précédent. 520–490 av. J.-C. : († ). Fils aîné du précédent. Depuis sa querelle avec Démarate en 506 avant notre ère, les rois ne partent plus ensemble en campagne. 490–480 av. J.-C. : (-). Frère du précédent, troisième fils d'Anaxandridas II. Tué à la bataille des Thermopyles en combattant les Perses. 480–479 av. J.-C. : . Frère du précédent. Officiellement régent de Sparte pour le compte de son neveu Pleistarchos, fils de Léonidas. 479–459 av. J.-C. : Pleistarchos. Neveu du précédent, fils de Léonidas. 479–... : Pausanias († 469 av. J.-C.). Fils de Cléombrote, régent de Sparte durant la minorité de son cousin Pleistarchos. Il s'illustre lors de la bataille de Platées, pendant la seconde guerre médique. 459–409 av. J.-C. : Pleistoanax († 409 av. J.-C.). Petit-cousin de Pleistarchos, fils de Pausanias. En exil de 445 à 426 av. J.-C. 409–395 av. J.-C. : († 380 av. J.-C.). Fils du précédent. Est contraint d'abdiquer puis de s'exiler en 395 av. J.-C. 395–380 av. J.-C. : . Fils du précédent. 380–371 av. J.-C. : († 371 av. J.-C.). Frère du précédent, fils de Pausanias . Tué à la bataille de Leuctres contre les troupes thébaines d'Épaminondas (418-362 av. J.-C.). 371–370 av. J.-C. : . Fils du précédent. 370–309 av. J.-C. : . Frère du précédent, fils de Cléombrote II. 309–265 av. J.-C. : († 265 av. J.-C.). Petit-fils du précédent, fils d'Acrotatos, le fils aîné de Cléomène. Meurt lors du siège de Corinthe lors de la guerre chrémonidéenne. 309–295 av. J.-C. : Cléonyme. Fils cadet de Cléomène, régent de Sparte pour le compte de son neveu Areus. 265–262 av. J.-C. : Acrotatos. Fils d'Areus. 262–254 av. J.-C. : . Fils posthume du précédent. 262–254 av. J.-C. : Léonidas (né en 315 av. J.-C.). Fils de Cléonyme, régent de Sparte pendant la minorité de son cousin Areus II. 254–242 av. J.-C. : ( règne). Devient roi de Sparte à la mort prématurée d'Areus II. Est déposé par l'éphore Lysandre en 242 av. J.-C. au profit de son gendre . 242–240 av. J.-C. : (usurpateur). Gendre du précédent, époux de Chélonis, fille de Léonidas II. 240–236 av. J.-C. : (restauration, ). Remonte sur le trône en 240 av. J.-C. après avoir fait exiler Cléombrote. 235–219 av. J.-C. : († 219 av. J.-C.). Fils du précédent. 227–221 av. J.-C. : Eucleidas. Frère du précédent. Placé comme roi pour les Eurypontides par Cléomène III. 219–215 av. J.-C. : . Petit-neveu de Cléomène III, fils d'Agésipolis, lui-même fils de Cléombrote III et de Chélonis. Encore mineur lorsqu'il accède au trône, il est rapidement déposé par son collègue eurypontide Lycurgue. Après la déposition d'Agésipolis III, la dynastie des Agiades cessa officiellement de régner sur Sparte. La dyarchie fut transformée en monarchie, avec un seul souverain issu de la dynastie des Eurypontides.
Ci-dessous figure l'arbre généalogique des rois de Sparte issus de la dynastie des Agiades :
(les rois ayant effectivement régné sont indiqués en gras)
Dynastie des Eurypontides