La bataille de Teutobourg ou bataille de la forêt de Teutobourg (en ) ou « massacre d'Arminius » (en allemand Hermannsschlacht), est le nom de la bataille qui s'est déroulée en dans la forêt de Teutobourg. Cette bataille a opposé trois légions romaines commandées par Varus, gouverneur de Germanie, à une coalition de tribus germaniques ayant bénéficié de la défection d'Arminius (en allemand Herrmann), commandant des troupes auxiliaires de Varus, prince chérusque éduqué à Rome, fait citoyen romain et formé dans l'armée romaine.

Cette bataille se solde par un désastre pour les Romains : la destruction des trois légions engagées dans l'opération. Malgré plusieurs campagnes au cours des années qui suivent, les Romains, alors dirigés par l'empereur Auguste, renoncent rapidement à leurs projets d'expansion dans les territoires situés à l'est du Rhin et instituent le système du limes.

La victoire des nations germaniques dans la forêt de Teutobourg a donc eu des conséquences importantes sur l'histoire longue des territoires germaniques et de l'Empire romain. Les historiens contemporains considèrent en général la victoire d'Arminius sur Varus comme , une bataille véritablement décisive et même, selon l'historien américain , un , en ce qu'elle changea durablement la trajectoire historique et économique de l'espace germanique, indépendant du pouvoir romain.

Sources historiques Auteurs de fiabilité diverse La mention de l'événement se retrouve dans de nombreuses sources antiques, contemporaines et postérieures : Ovide, Tristes, rédigée en 10 et 11 ; Marcus Manilius, Les Astronomiques, rédigée au ; Strabon, Géographie, rédigée vers 18 ; Velleius Paterculus, Histoire romaine, rédigée en 30 ; Tacite, Annales, rédigée au début du ; Suétone, Vie des 12 Césars, rédigée en 121 ; Florus, Epitomé, rédigée au ; Dion Cassius, Histoire romaine, rédigée au .

Les sources historiques proviennent exclusivement d'historiens romains de langue latine et de langue grecque, en l'absence de sources germaniques ou tierces. Parmi les historiens romains, la plus détaillée est usuellement considérée comme peu crédible (Dion Cassius), tandis que la plus fiable est malheureusement fragmentaire sur le sujet (Tacite). D'autres auteurs se contentent de simplement citer l'événement (à l'instar d'Ovide, de Manilius, ou de Strabon) et les derniers ne le décrivent pas avec précision (Velleius Paterculus, qui mentionne cependant vouloir traiter le sujet dans un ouvrage à part, Suétone, et Florus). La relecture des auteurs fiables permet aux historiens modernes de conclure assurément à la disparition de trois légions plus qu'à la défaite militaire d'une armée en campagne.

Il semble qu'Auguste ait commis l'erreur de confier à son proche parent Varus une mission d'intégration de la Germanie à l'Empire, alors que le territoire n'était en réalité pas encore pacifié. Il semble également que Varus ait commis l'erreur de débuter l'administration fiscale et judiciaire du territoire, sans réellement mobiliser ses trois légions en terrain hostile. Il est enfin surprenant de mal connaître l'histoire des trois légions avant leur destruction. Cette situation aurait entraîné les historiens romains, craignant d'encourir les foudres du pouvoir, à pratiquer l'auto-censure (mollesse de Varus, traîtrise d'Arminius, terrain défavorable), voire à imaginer des détails exonérant Auguste de ses responsabilités (comme c'est le cas chez Dion Cassius).

Une source historique remarquable : Velleius Paterculus Contemporain des faits, chargé du commandement militaire en Germanie, Velleius Paterculus est l'auteur d'une Histoire romaine. Né vers 19 av. J.-C. et mort vers 31 ap. J.-C., Velleius Paterculus est tribun militaire, puis légat dans l'armée de Tibère, en particulier en Germanie, puis préteur. Il est un grand admirateur de la toute récente première dynastie impériale, notamment d'Auguste, et est un fidèle serviteur de son fils adoptif et successeur, Tibère, envers qui il manque tout autant d'impartialité. Velleius Paterculus fournit de précieuses indications sur « la mort de Varus, le massacre de trois légions, de trois corps de cavalerie et de six cohortes ». De façon étonnante, il refuse de donner des détails sur les « circonstances de cet affreux désastre » (se proposant « de les exposer en détail dans un ouvrage plus étendu », mais inconnu des historiens), et il loue les remarquables qualités de l'armée « la plus courageuse » et qui « se distinguait par sa discipline, sa vigueur, et son expérience de la guerre ». Il dénonce avec force « la perfidie de l'ennemi », la traîtrise d'Arminius ainsi que les faibles qualités militaires de Varus : son « imprévoyance », son « apathie », son « manque de discernement » et sa faible combativité. Cette source historique la plus proche des faits est compatible avec les autres sources historiques, sauf avec Dion Cassius. L'analyse de cette source révèle le caractère anormal de l'événement, la difficulté de l'historien à le décrire et donc la probable censure.

Une source épigraphique : le cénotaphe du centurion Marcus Caelius redresse|vignette|Cénotaphe de Marcus Caelius. Les mentions non-littéraires de l'événement sont rares. On en retrouve cependant une trace sur une inscription funéraire, rédigée en langue latine, découverte à Xanten. Il s'agit de la stèle funéraire d'un certain Marcus Caelius, centurion de premier rang de la legio XVIII Augusta. Sa pierre tombale, trouvée à Castra Vetera (Xanten), célèbre camp légionnaire romain du limes germanique, indique sa mort à la bataille de Teutobourg. Pendant longtemps, cette pierre tombale fut d'ailleurs la seule trace archéologique de la bataille. Caelius est représenté en uniforme de parade, portant ses insignes honorifiques d'officier : phalères (plaques de métal), armillae (colliers) et couronne civique. De la main, il tient son bâton de commandement (un cep de vigne). Il est entouré du portrait de ses deux affranchis, qui ont vraisemblablement trouvé la mort avec lui pendant la bataille.

L'inscription dit :

La pierre tombale est aujourd'hui exposée au Rheinisches Landesmuseum de Bonn.

La conquête romaine de la Germanie et son contexte depuis César César en Germanie Les contacts entre monde romain et monde germanique ne sont pas nouveaux à l'époque d'Auguste. Outre le grand commerce avec le monde celtique et les circulations militaires (notamment au dans le sud de la Gaule, mettant parfois aux prises Rome et des peuples germaniques), c'est la présence de Jules César en Gaule qui permet à Rome de faire entrer dans son giron d'influence le glacis que constitue la Germanie.

À deux reprises, en 55 et en 53 av. J.-C., Jules César avait en effet franchi le Rhin. Les troupes romaines s'étaient ainsi aventurées pour la première fois dans ce que César nomme la Germanie et tentèrent d'occuper ces terres boisées. Du même coup, il trace, dans ses commentaires sur la Guerre des Gaules, une frontière linguistique qui ne correspond cependant à aucune réalité ethnique, car des Germains vivent sur la rive gauche du fleuve et des Celtes sur la rive droite. Les incursions césariennes en Germanie restent très ponctuelles, et constituent avant tout des exploits militaires et techniques destinés à mettre en valeur le génie des ingénieurs romains, capables de jeter un pont sur le Rhin en quelques semaines. On ne discerne alors aucune volonté propre de conquête de la Germanie.

La conquête augustéenne

En 19 av. J.-C., le fils adoptif de César, devenu entre-temps Auguste et premier empereur romain, achève la conquête et la pacification de la péninsule Ibérique. Désormais, Auguste entend étendre le pouvoir de Rome sur les deux rives du Rhin. Il commence donc par déporter les Ubiens de la rive droite à la rive gauche, puis mène une politique guerrière offensive. Malgré une lourde défaite à la bataille de Lollius, en 16 av. J.-C., contre les Sicambres et leurs alliés, les légions romaines prennent pied sur la rive droite du Rhin et fortifient la frontière pour éviter les incursions germaniques. En 12 av. J.-C., après un grand tour de la Gaule destiné à réorganiser administrativement la région, Auguste ordonne aux légions romaines, commandées par divers membres de sa famille, dont Drusus, d'attaquer la Germanie indépendante. Cette date marque le début de quatre longues années de campagne.

Légat en Gaule en , Drusus commande à partir de cette date les opérations militaires contre les peuples germains frontaliers du Rhin, qui s'étaient rebellés contre les actions des précédents gouverneurs, et qui avaient poussé jusqu'à l'Ems, la Weser et l'Elbe, construisant un imposant réseau de fortifications défensives. En 12 av. J.-C., il commence la première campagne de Germanie, repoussant d'abord une nouvelle invasion des Usipètes, des Tenctères et des Sicambres, la terminant par une expédition navale sur la terre des Frisons et des Chauques.

En 11 av. J.-C. Drusus, nommé l'année précédente préteur urbain, après être retourné à Rome pour l'hiver, opère plus au sud, battant les peuples limitrophes aux confins de l'Empire, comme les Usipètes et les Sicambres, qui se trouvaient en face de Castra vetera. Il parcourt encore le fleuve Lippe, construit quelques forteresses entre le Rhin et la Weser (y compris la fameuse Aliso), et en battant des peuples germaniques, les Marses et les Chérusques. Ces exploits lui valent de recevoir les honneurs du triomphe (ou bien les ornamenta triumphalia), de célébrer l'ovatio et d'exercer le pouvoir proconsulaire à l'expiration de sa charge de préteur, tandis que ses soldats le saluent du titre d'Imperator.

Après les succès des années précédentes, il reçoit d'Auguste l'Imperium proconsulaire ; et en 10 av. J.-C., il recommence une nouvelle campagne en territoire germanique en opérant encore plus au sud. Depuis la nouvelle forteresse légionnaire de Mogontiacum (aujourd'hui Mayence), il combat les peuples chatte, tenctère et mattiace. À la fin de l'année, il rencontre Auguste et Tibère à Lugdunum (Lyon, où Claude était né) et il revient avec eux à Rome.

En 11 av. J.-C. a lieu la bataille d'Arbalo, selon Pline l'Ancien (Nat XI, XXVIII, 55), Obsequens et Florus (II 30 BG 24), au retour de la deuxième campagne de Drusus vers l'Elbe. Cette embuscade tendue par les Chérusques à proximité de la Weser cause d'importantes pertes romaines.

Drusus est élu consul en 9 av. J.-C., à l'âge de 28 ans (avec cinq ans à l'avance sur le cursus honorum), mais encore une fois il quitte la ville avant d'avoir assumé officiellement ses fonctions. Il combat d'abord contre les Marcomans (qui à la suite de ces événements décident de migrer en Bohême), puis les puissants chattes et quelques populations suèves limitrophes (probablement les Hermundures) et les Chérusques, rejoignant l'Elbe. Mais il meurt peu après des suites d'une chute de cheval, après avoir survécu pendant un mois à ses blessures, et comme nous le rapporte Suétone, refusant d'être ramené à Rome.

Son corps est porté à Rome par son frère Tibère qui était venu à son chevet depuis l'Illyrie, et qui suivit à pied la civière, de Trèves à Rome, refusant de monter à cheval. Les cendres de Drusus sont déposées dans le mausolée d'Auguste, tandis qu'on lui attribue tous les honneurs qui convenaient au fils d'un souverain. Drusus, en effet, est salué comme imperator et le titre de Germanicus lui est attribué à lui et à ses descendants. Il reste populaire et aimé de ses légions gauloises. En son honneur, un monument funéraire est érigé à Moguntiacum.