Matteo Ricci, en Son nom chinois se conformant à la manière chinoise d'annoncer le nom puis le prénom : Lì représente Ricci, Mǎdòu est l'homophone de Matteo., né le à Macerata et mort le à Pékin, est un prêtre jésuite italien et missionnaire en Chine impériale.

Il inaugura le processus d'inculturation du christianisme en Chine. La cause de sa béatification a été ouverte en 2010Depuis 2011 la cause de son ami mandarin Xu Guangqi, converti au christianisme, lui est associée.. Le 17 décembre 2022, le pape François signe le décret le déclarant Vénérable..

Présentation Matteo Ricci est l’un des premiers jésuites à pénétrer en Chine impériale, et à en étudier la langue et la culture. Acquérant une profonde sympathie pour la civilisation chinoise, il y est reconnu comme un authentique lettré et comme l'un des rares étrangers à être considéré comme père fondateur de l'histoire chinoise. Au « Millennium Center » de Pékin, le bas-relief consacré à l'histoire de la Chine ne comporte que deux noms étrangers, tous deux italiens : Marco Polo à la cour de Kubilaï Khan et Matteo Ricci qui, revêtu de l'habit de mandarin confucéen, scrute le ciel.

Ricci dessine des mappemondes qui font connaître aux Chinois le reste du monde, traduit en chinois des livres de philosophie, de mathématiques et d'astronomie. Inversement, il révèle à l'Occident Confucius et sa philosophie, promouvant de la sorte un dialogue culturel très fructueux avec les lettrés et les hommes de cultureLa Documentation Catholique, 5 décembre 1910, , ..

Il incarne aussi la nouvelle démarche d'inculturation de la religion chrétienne en ChineMessage du pape Benoît XVI, 6 mai 2009, agence catholique Zénit. telle que définie par Valignano. À l'ère de la mondialisation et des échanges interculturels généralisés, Matteo Ricci incarne ce que peut être un passeur et un pont entre la Chine et l'Occident.

Biographie Né d'un père pharmacien, dans une famille de treize enfants, il étudie à Macerata puis à l'école jésuite de Rome. Matteo Ricci entre au noviciat des jésuites le malgré l'opposition de son père. Il est étudiant au Collège romain où il suit l'enseignement de Christophorus Clavius.

Appelé à fonder une mission en Chine par le choix des pères jésuites Roger et Pasio, il quitte Rome pour Lisbonne () où il embarque pour l'Inde portugaise où il termine sa formation sacerdotale et est ordonné prêtre le . gauche|vignette|250x250px|Statue de Matteo Ricci dans le parc de la colline de la forteresse à Macao. Ricci arrive à Macao en août 1582.. Il apprend diverses langues chinoises, ainsi que la langue écrite, le mandarin. Doué pour les langues il se met à l'étude du chinois. Au bout de trois mois il se sent déjà à l'aise.

Il entre en Chine en 1583, en septembre lui et son compagnon sont reçus par le gouverneur Wang P'An qui les autorise à rester et leur donne un terrain au bord de la rivière pour construire deux maisons, l'une pour y résider et l'autre pour prier. vignette|Matteo Ricci (à gauche) avec son ami mandarin Xu Guangqi (à droite).|250x250pxAinsi, ils s'installent à Zhaoqing, près de Canton. Il prêche dans la province de Canton. Il reste dix-huit ans dans le sud de la Chine, à proximité de Macao. Il écrit en chinois des ouvrages de géométrie et de morale religieuse, thèmes demandés. Il traduit également d'autres ouvrages. Lui et un de ses compagnons jésuites, Michele Ruggieri, s'habillent d'abord en moines bouddhistes, puisqu'ils sont religieux, mais adoptent plus tard le vêtement des lettrés, ayant appris que les bonzes étaient généralement incultes et mal considérés. Il prend l'habitude de se présenter comme un religieux qui a quitté son pays natal dans le lointain Occident, à cause de la renommée du gouvernement de la Chine, où il désire demeurer jusqu'à sa mort, en y servant Dieu, le Seigneur du cielPhilip Caraman, L'empire perdu, Paris, Desclée de Brouwer, 1988, .. Auprès des lettrés, il parle de Dieu, utilisant la sagesse et les écrits confucéens, soulignant ce qui y est semblable au christianisme. Il parvient à entrer en contact avec des mandarins, grâce à ses grandes connaissances en mathématiques et en astronomie. C'est pourquoi l'habile diplomate peut avec ces soutiens chinois entreprendre le voyage vers Pékin en 1600. gauche|vignette|350x350px|Matteo Ricci & Xu Guangqi.jpg - China Art Museum Shanghai - En 1601, il est le premier Européen à être invité à la cour impériale de Pékin auprès de l'empereur Ming Wanli. L'invité est porteur de beaux présents : une épinette, une mappemonde et deux horloges à sonnerie. Sa rencontre avec les proches de l'empereur est à l'origine de l'essor de l'horlogerie moderne en Chine, au début de la dynastie Qing (1644-1911)L'horloge Guang-zhong, (zhong signifiant cloche, sonnerie, gong) dans la ville de Guangzhou, de la province de Guandong, suivie de la pendule de Nanjing ou Nanjing-zhong, puis, dans la province de Jiangsu, de la Su-zhong ou Ben-zhong, ben signifiant domestique).. Matteo Ricci enseigne les sciences au fils préféré de l'empereur. L'empereur s'étant montré ouvert aux Européens, de nombreux intellectuels chinois sont entrés dans un échange fructueux avec l'Occident, surtout dans les domaines scientifiques et culturels.

Comme l'astronomie, la philosophie et l'horlogerie, la musique est également utilisée pour faire passer son message et opérer des conversions religieuses tout en gagnant les bonnes grâces de l'empereur. vignette Il chante des airs édifiants, souvent sur des textes traduits en chinoisRhapsody in red: how western classical music became Chinese Sheila Melvin, Jindong Cai, Algora publishing, 2004 (Google Books).. Il publie à Pékin en 1608 un recueil de huit airs avec accompagnement (西琴曲意; Xīqín qū yì : « Airs pour cithare européenne » - littéralement cithare occidentale, il peut s'agir également d'un clavecin ou d'un clavicorde). Le succès est grand : ses rééditions se succédèrent jusqu'au . La musique en semble perdue, mais les paroles en chinois ont été conservéesSilkin : Paroles en chinois et anglais pour « Eight Songs for Western Keyboard »..

Matteo Ricci tisse des liens culturels et scientifiques importants avec le lettré Xu Guangqi dont il devient grand ami. Ce dernier se convertit au christianisme et est baptisé en 1603 sous le nom de Paul.

Ricci est le premier missionnaire chrétien des temps modernes, et premier Occidental, à avoir été aussi proche de l'empereurLes nestoriens (au et les Franciscains au , avec Jean de Montecorvino, ont eu des missions en Chine..

Ricci est considéré comme le fondateur de l'Église chinoise. Son travail et ses activités ont toujours eu une perspective d'évangélisation en profondeur, même s'il n'a pas cherché à baptiser en masse. En 1605, il fit édifier le Nantang, l'église du sud (actuel siège de l'évêché de Pékin). On estime à le nombre de chrétiens chinois à sa mort. Et 9 des 18 jésuites œuvrant en Chine étaient ChinoisPhilip Caraman, Tibet; the Jesuit century, Saint Louis (USA), Institute of Jesuit sources, 1997, .. Mais ses efforts d'évangélisation furent partiellement compromis, plus tard, par la virulente querelle romaine, dite des « rites chinois ». Par faveur spéciale de l'empereur, un terrain fut accordé à la Mission à proximité de la Cité interdite pour qu'il y fût inhumé, comme il le souhaitait. C'est le cimetière Zhalan d'aujourd'hui.

La « méthode Ricci » Alessandro Valignano (1539-1606) avait défini la ligne de conduite des Jésuites en Chine. Matteo Ricci la met en application de manière novatrice, si bien que les générations suivantes de missionnaires la désignent sous l'appellation de « méthode Ricci » caractérisée par quatre principes directeurs : Une politique d'ajustement ou d'adaptation à la culture chinoise : Valignano insiste pour que les jésuites présents connaissent la langue et la culture chinoise. Sans doute inspirés par l'expérience japonaise, les jésuites commencent par adopter la tenue des moines bouddhistes, puis s'adaptent davantage aux modes de vie et aux usages de l'élite confucéenne composée de lettrés et de fonctionnaires ; La propagation de la foi et l'évangélisation par « le haut » : les jésuites s'adressent à l'élite instruite, estimant que si celle-ci, l'empereur et sa cour, se convertissait, l'ensemble du pays se rallierait au christianisme. Ricci étudie les classiques confucéens et, grâce à sa mémoire prodigieuse, devient un invité fort apprécié des cercles d'échanges philosophiques ; La propagation indirecte de la foi chrétienne : l'exposé des sciences et techniques européennes doit attirer l'attention des Chinois instruits et les persuader du degré d'avancement de la civilisation européenne. Ricci présente une horloge, des tableaux qui utilisent la technique de la perspective, les écrits mathématiques d'Euclide, les travaux du mathématicien jésuite Christophorus Clavius (1538-1612), une mappemonde sur laquelle figurent les résultats des dernières découvertes ; L'ouverture aux valeurs chinoises et la tolérance à leur égard : Ricci considère qu'il côtoie une société aux hautes valeurs morales, pour laquelle il éprouve une profonde admiration. Suivant la tradition humaniste, il estime que Confucius (552-479 ) est tout à fait comparable à « un autre Sénèque »Lettere, P 185 (Shaozhou, 10 décembre 1593).Un altro Seneca, P 100 (Zhaoqing, 20 octobre 1585).Paul Rule, K'ung-tzu or Confucius ?, The Jesuit Interpretation of confucianism, Sydney, Allen & Unwin, 1986, 28-29.. Il plaide pour un retour au confucianisme initial qu'il considère comme une philosophie fondée sur la loi naturelle et qui contient l'idée de Dieu. Enfin, il adopte une attitude de tolérance envers les rites confucéens tels que le culte des ancêtres ou la vénération de Confucius, considérés comme des « rites civils ».

Écrits

Le Sens réel de "seigneur du ciel", les Belles Lettres, juin 2013.

Traité de l'amitié, Éditions Noé, 2006, . Il rédige également ses Mémoires. Le père Nicolas Trigault y puise matière pour rédiger l'histoire des premières années de la mission jésuite en Chine, sous le titre De Christiana Expeditione apud Sinas (Lire en ligne), publié in quarto, à Augsbourg, en 1615.

Béatification La cause de sa béatification a été ouverte, au niveau diocésain, le . Elle fut close le . Le dossier est maintenant étudié à Rome par la Congrégation pour la Cause des Saints. Il est donc considéré par l'Église catholique comme Serviteur de Dieu. Depuis 2011 la cause en béatification de son disciple et ami chinois Paul Xu Guangqi lui est associée avec le soutien de responsables jésuites, comme Anton Witwer, postulateur général de la Compagnie de Jésus avec l'aide du vice-postulateur en Chine, Benoît VermanderJin Lu écrit dans le numéro de juin de la revue Esprit consacré au pape François, l'article suivant : La mystique et l'institution : les ressources de la spiritualité jésuite (p. 29-40). Elle y relate « Une idée brillante, soutenue par Anton Witwer, postulateur général de la Compagnie de Jésus et des Jésuites en Chine, comme par Benoît Vermander, suggère de béatifier Matteo Ricci et Xu Guangxi en même temps. ». Le 17 décembre 2022, le pape François signe le décret le déclarant Vénérable.

Hommage et héritage En 1935, l'union astronomique internationale a donné le nom de Riccius à un cratère lunaire. La Chine était connue depuis l'Empire romain, notamment avec la soie qui venait d'Orient ; Matteo Ricci permet à l'Europe d'identifier ce pays comme étant le Cathay décrit par Marco Polo. Il introduit en Chine la géométrie sphérique.. Dans la religion populaire chinoise, Matteo Ricci est vénéré comme maître des horloges et protecteur des horlogers. Les Instituts Ricci ont été fondés par les Jésuites après leur retrait forcé de Chine continentale, pour poursuivre l'œuvre intellectuelle de Matteo Ricci.