Serge Jeanneret, né le à Paris où il est décédé le , est un instituteur, journaliste, militant nationaliste et homme politique français.

Il a collaboré à de nombreux périodiques et a été membre de divers mouvements d'extrême droite et de droite : l'Action française, le Parti populaire français (PPF), l'Union de défense des commerçants et artisans (UDCA), le Front national, le Rassemblement pour la République, des années 1930 aux années 1990.

Biographie

L'entre-deux-guerres Fils d'Auguste Jeanneret, lieutenant durant la Première Guerre mondiale, et de Gabrielle Poulain, , Serge Jeanneret suit ses études successivement à l'École normale primaire d'Auteuil puis à l'École normale supérieure de Saint-CloudAntonin Guyader, La revue Idées, 1941-1944, Des non-conformistes en Révolution nationale, L'Harmattan, 2006, . Il est instituteur public à Paris puis professeur au collège Turgot dans cette même ville de 1930 à 1942.

Nationaliste, il milite au Cercle Fustel de CoulangesIl prend part à ses banquets et congrès, par exemple en 1938: et adhère à l'Action française. Charles Maurras le décrit ainsi en 1932, à l'occasion d'un banquet du Cercle durant lequel Jeanneret a pris la parole : , Ibid., 3 juin 1932, . Il fonde en 1933 avec son frère René, instituteur également. Il sera désigné en 1943 membre de la commission d'interdiction des livres scolaires par le régime de Vichy : , , l'Union Corporative des Instituteurs (UCI), issue du Cercle Fustel de Coulanges et dont il est le secrétaire général : c’est une « organisation de lutte contre la propagande antipatriotique des syndicats de l’enseignement », contre les « cégétistes » et les « » du Syndicat national des instituteurs, « révolutionnaire, antipatriote, antimilitariste », contre les « politiciens » et les Loges maçonniques, et qui préconise « la suppression du parlementarisme »« Un appel de l’Union corporative des instituteurs», Le Temps, 30 avril 1935. Cf. , (« Nationalismes sportifs »), printemps 1997, Montpellier, ] (L'association n'est déclarée qu'en 1935). Il dirige et anime à partir de son périodique, L'École française, destiné aux instituteurs ,. Auquel collaborent ponctuellement des membres ou des proches du Cercle Fustel de Coulanges comme Abel Bonnard, Albert Rivaud, Henri Boegner ou le général Maxime WeygandL'Action française, 10 avril 1938, (liste des membres du comité de rédaction du périodique, instituteurs publics), Ibid., 11 novembre 1937, .

François Le Grix, directeur de La Revue hebdomadaire intéressé par sa « croisade antiparlementaire et antidémocratique », le charge de la rubrique « L’école primaire » dans son périodique, à partir d’La Revue hebdomadaire, juillet 1933, La Revue hebdomadaire, septembre 1933, 15 septembre 1934..

Il milite pour le patriotisme à l'école et combat la politique scolaire du ministre Jean Zay durant le Front populaire. (allusion à un poème antimilitariste de jeunesse de Jean Zay qui avait comparé le drapeau tricolore à « un torche-cul », que la droite lui rappela sans cesse) affirmera l’organe des étudiants français d’Action française en 1941 Jean-Michel Barreau, op. cit., : L'École française a publié le poème de Zay, un pastiche, dans son numéro du 10 février 1936.. Il loue Charles Maurras lors d'un meeting en son honneur en : , . Il lisait Maurras à , selon son frère René.

À la demande d'industriels anticommunistes comme le Vosgien Georges Laederich, il a pu tenter d'implanter en 1938 son Union corporative des instituteurs en province, en l'occurrence dans les Vosges, sans succèsJean-François Colas, « Georges Laederich (1898-1969) : le combat d'un industriel vosgien contre le Front populaire et le communisme, 1934-1939 », dans les Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 2018, : le périodique de l'UCI est envoyé gratuitement à 2200 instituteurs vosgiens, à deux reprises, le coût étant pris en charge par Laederich. Mais seuls 7 instituteurs d'abonnent.. Son association est active mais elle ne rassemble alors que très peu d'instituteurs Pierre Giolitto, Histoire de la jeunesse sous Vichy, Perrin, 1991 : L'UCI est qualifiée de ( : Lire en ligne (Selon l'auteur, Jeanneret collabore sous l'Occupation à l'organe de la Milice, Combat ; confusion entre Combat, revue de la jeune droite des années 1930 et Combats, hebdomadaire de la Milice fondé en 1943 ?.

Il collabore aussi à la fin des années 1930 à deux revues de la « jeune droite » maurrassienneVéronique Auzépy-Chavagnac, Jean De Fabrègues et la jeune droite catholique : Aux sources de la Révolution nationale, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2002 (Lire en ligne) : Combat et L’Insurgé. Il adhère au Parti populaire français (PPF) . Ce nationaliste s'y déclare pacifiste en alors que les autres contributeurs évoluent vers des positions qui n'excluent plus l'entrée en guerre Nicolas Kessler, Histoire politique de la jeune droite, 1929-1942 : une révolution conservatrice à la française, Paris, L'Harmattan, 2001, .

Un certain antisémitisme affleure dans des articles hostiles au Front populaire de Léon Blum et aux communistes .

Lieutenant d'infanterie (de réserve ) dans un régiment de marche en 1940, il est démobilisé après la défaite de 1940Le Matin, 31 mars 1941, .

Sous l'Occupation Il s'exprime dès la rentrée 1940 sur la nécessité de la révision des manuels scolaires (interview, avec une photographie)], demande de mais de . Il est suspendu pour mais le ministre Jérôme Carcopino le réintègre, à la suite de la médiatisation de la suspension et de l'appui qui lui apportent le PPF et des militants comme Émile Bocquillon ou Jean Azéma dans la presseÉmile Bocquillon (ami de Jeanneret, ils ont mené les mêmes combats), « Ne confondons pas par vengeance bons et mauvais. Un déni de justice à réparer dans l'enseignement primaire », Le Matin, 31 mars 1941, , , Pierre Godefroi, « Dictature », Le Cri du peuple, 28 août 1941,. En , il fait détruire des diplômes du certificat d'études primaires portant la mention de la République française et de sa devise et les fait remplacer par la nouvelle devise du régime de Vichy, , .

Début , il devient chef adjoint de cabinet du ministre de l'Éducation nationale Abel Bonnard , dans le gouvernement formé par Pierre Laval, ,. Mais il en démissionne très rapidement, début juin . Il est décoré de la francisque ().

Avec les deux livres qu'il publie pendant la guerre - La Vérité sur les instituteurs (1941) qui dénonce les dogmes démocratiques, républicains et révolutionnaires des instituteurs avant la guerreL'Action française, 26 novembre 1941, Journal des débats, novembre 1941, Je suis partout, novembre 1941, La Croix, 2 décembre 1941, puis L'école et l'esprit civique (1943)France-Europe, 25 septembre 1943 -, il poursuit son combat pour une éducation « patriotique ».

Serge Jeanneret collabore aux journaux du PPF de Jacques Doriot de 1940 à 1942 : L'Émancipation nationale et plus encore le quotidien Le Cri du peupleLe Cri du peuple, 11 avril 1942, , Ibid., 18 décembre 1941, Ibid., 3 août 1941, Ibid., 29 juillet 1941, Ibid., 20 janvier 1941, Ibid., 9 janvier 1941. Il signe des articles dans ce quotidien sous le pseudonyme d'Aliboron à destination des jeunes instituteurs en 1940Le Cri du peuple, 25 octobre 1940, Ibid., novembre 1940, Ibid., 27 décembre 1940, Ibid., 28 mars 1941. Sous son nom, il y appelle à l'épuration des cadres francs-maçons et de l'enseignement primaire et y dénonce en 1941 et les principes de 1789 . Il prend la parole au congrès parisien du PPF de :

Il publie aussi des articles dans d'autres journaux : l'hebdomadaire Je suis partout en 1941-1942Je suis partout, 2 mai 1942, Ibid., 18 avril 1942, ,, La Revue universelle d'Henri Massis, un ancien proche du cercle Fustel de CoulangesS. Jeanneret, "L'école et la vie professionnelle", La Revue universelle, , 15 janvier 1941, (Lire en ligne), l'hebdomadaire pétainiste et catholique publié à Bordeaux Voix françaisesLa Liberté du Sud-Ouest, 19 décembre 1941, L'Action française, 9 avril 1943, la revue Idées, « revue de la Révolution nationale » (1943-1944)Il y publie cinq articles : Michel Bergès, Vichy contre Mounier: les non-conformistes face aux années 1940, Economica, 1997, Antonin Guyader, op. cit..

Il collabore également au quotidien parisien collaborationniste Le Matin de 1942 à 1944 ; ses articles en « une » s'intéressent aux instituteurs, aux conditions concrètes de l'éducation, et encore au , , , , Ibid., 25 novembre 1943. Dans un de ses articles, il déplore la réaction cléricale : S. Jeanneret, « Simple histoire », Le Matin, 15-4-1943.. Dans un autre, il verse dans l'antisémitisme.

Maurrassien germanophobe, il mène un double jeu et apparaît comme un vichysto-résistant : il fait partie du réseau du colonel Alfred Heurteaux, puis en 1942 du réseau de résistance Alliance, dirigé par Marie-Madeleine Fourcade, un réseau qui a principalement été fondé par d'anciens militants d'extrême droite ou de droite. Il fait aussi partie de l'Organisation de résistance de l'Armée.

Révoqué de l’enseignement à la Libération, il argue de son double jeu et reçoit la croix de guerre 1939-45 et la croix du combattant volontaire de la Résistance et obtient du Conseil d’État en 1946 la cassation de sa révocationPour les informations concernant ces deux derniers paragraphes, cf. Romain Souillac, Le mouvement Poujade, Presses de Sciences Po, 2013..

Après la Seconde Guerre mondiale Au début des années 1950, il fréquente les milieux politiques « modérés » et devient l'éminence grise de certains parlementaires comme Edmond Barrachin ou Raymond Boisdé, ce qui lui permet d'être le secrétaire parlementaire du groupe ARS (Indépendants d'action républicaine et sociale) constitué en 1952 : ce sont les gaullistes qui ont accepté de soutenir Antoine PinayMathias Bernard, Droites nationales et droites parlementaires en France au , Studia historica, historia contemp. , 2012. Il collabore à des périodiques comme L’Observateur catholique de Paul Lesourd ou à l'éphémère hebdomadaire Le Présent, aux côtés de Claude-Joseph Gignoux, Louis Salleron et René BelinMathias Bernard, op. cit., Romain Souillac, op. cit.. Il est aussi en 1954 directeur de la revue pédagogique L’Éducateur moderne lorsqu'il participe à un débat du Centre d'études politiques et civiques, à la suite d'une conférence de René Gillouin, qui avant-guerre a assisté à des banquets du Cercle Fustel de CoulangesLes Cahiers du CEPEC, , « Pour créer en France un esprit public », texte du du 16 décembre 1954, : « Bien que l’école publique ait cru devoir se passer de mes services pour des raisons complexes, je pense qu’il est de mon devoir d’instituteur de défendre la laïcité et de ne pas laisser le monopole du micro (au) représentant de l’Église (qui venait de s'exprimer). […] Les sources de l'esprit public résident essentiellement dans l'éducation », fondée selon lui sur le respect de la religion, l'obéissance aux lois et le dévouement à la République, d'où la nécessité d'une « réforme de l'éducation » devant les carences des familles, de l'Église et de l'école.. Avec le philosophe catholique Gustave Thibon, il donne une conférence en 1955 sur « la responsabilité des élites dans la civilisation de l'avenir » au Centre économique et social de perfectionnement des cadresCentre animé par le catholique Roger Millot et issu de la Confédération française de l'encadrement - Confédération générale des cadres et la Fédération nationale des syndicats d'ingénieurs et de cadres supérieurs (que Millot préside) depuis 1952. Conférence finale de la session 1954-55 : Cf. liste des exposés présentés au Centre pour la session 1954-55 dans le Bulletin technique de la Suisse romande, 81/1955, cahier 21-22 (en ligne). Il participe aussi à la revue de La Fédération d'André Voisin, ancien de l'Union corporative des instituteurs et de la jeune droiteSerge Jeanneret, « Sur l'enseignement élémentaire de l'histoire », Fédération, septembre-octobre 1954.