Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie, né le à Prayssac dans le Quercy et mort au combat le à Weißenfels, dans le royaume de Saxe, est un militaire français, élevé à la dignité de maréchal d'Empire par Napoléon en 1804.

Issu de la petite bourgeoisie, il commence sa carrière militaire sous la Révolution française et est promu capitaine au sein du de chasseurs à cheval. Il est remarqué pendant la campagne d'Italie par le général Napoléon Bonaparte qui le nomme commandant du corps des guides à cheval. Bessières participe en cette qualité à la campagne d'Égypte jusqu'en 1799, avant d'être fait général sous le Consulat pour s'être distingué à la bataille de Marengo. Il est élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1804 et prend la tête de la cavalerie de la Garde impériale.

Brillant officier de cavalerie, Bessières se distingue dans la plupart des grandes batailles des guerres napoléoniennes, notamment à Austerlitz, Eylau, Essling et Wagram. En 1808, il joue un rôle actif dans la guerre d'Espagne en remportant dès le début du conflit la victoire de Medina de Rioseco, dont les conséquences sont néanmoins éphémères. Son attitude trois ans plus tard à la bataille de Fuentes de Oñoro, où son soutien fait défaut à Masséna, prête à controverses. Il n'en participe pas moins à la campagne de Russie en 1812, au cours de laquelle il sauve Napoléon d'une attaque de cosaques, et reçoit le commandement de toute la cavalerie française au début de la campagne d'Allemagne. Le maréchal est toutefois mortellement blessé par un boulet le à Rippach, près de Weißenfels, la veille de la bataille de Lützen.

Bessières était, selon Napoléon, . Médiocre commandant en chef, il est en revanche un excellent général de cavalerie, courageux, capable d'initiatives et qui conduit souvent en personne les charges de ses cavaliers. La mort de cet homme cultivé, pieux et populaire au sein de la Garde est vivement ressentie par l'Empereur qui déclare à son sujet : .

Débuts sous l'Ancien Régime et la Révolution Jean-Baptiste Bessières naît le à Prayssac, dans le Quercy. Il est l'aîné des neuf enfants de Mathurin Bessières, un maître chirurgien appartenant à la bourgeoisie locale, et d'Antoinette Lemosy, fille de notaire.. Les Bessières sont décrits par l'historien Jean-François Brun comme une famille qui . Instruit dans son enfance par un prêtre, Jean-Baptiste étudie par la suite au collège Saint-Michel de Cahors et y reçoit une solide instruction. C'est également là qu'il fait la connaissance d'un de ses compatriotes, Joachim Murat, avec lequel il se lie d'amitié. Afin de reprendre la profession paternelle, il se prépare à aller suivre les cours de l'école de médecine à Montpellier mais sa famille se retrouve brutalement dans une situation financière difficile et il doit se former sur le tas sous la houlette de son père et d'un de ses cousins. En raison de sa bonne éducation, il participe à la rédaction des cahiers de doléances de sa commune en 1788 et devient commandant en second de la garde nationale locale lorsqu'éclate la Révolution française.

vignette|gauche|alt=Portait d'un jeune homme aux cheveux blancs vêtu d'un uniforme militaire.|Jean-Baptiste Bessières, adjudant en 1792, Jean-Baptiste Paulin Guérin, 1835.

Le , il est désigné par ses concitoyens, en même temps que son ami Joachim Murat, pour servir dans la Garde constitutionnelle du Roi, qu'il intègre le de la même année avant d'en être licencié le . Il entre alors au bataillon des Jacobins Saint-Dominique de la garde nationale parisienne. S'il adhère aux idées de la Révolution, il en désapprouve le tournant radical qui heurte ses convictions catholiques profondément teintées de conservatisme. Fidèle au roi, il tente de prendre part à la défense du palais des Tuileries dans la journée du 10 août et, par prudence, doit se cacher pendant un temps chez le duc de La Rochefoucauld.

Le , il se réengage comme simple cavalier dans la légion des Pyrénées, futur régiment de chasseurs à cheval, qui se trouve déployé à la frontière espagnole. Son avancement est assez rapide puisqu'il est nommé adjudant sous-officier le , sous-lieutenant le , lieutenant le et enfin capitaine le . Servant successivement sous les ordres des généraux La Barre et Dugua, il participe notamment à la bataille du Boulou, où le chasseurs prend une part importante à la victoire, et à celle de la Sierra Negra près de Figueras.

En , lui et son régiment sont transférés à l'armée d'Italie. Le hasard veut que cette armée soit bientôt placée sous les ordres du général Napoléon Bonaparte dont l'un des aides de camp n'est autre que son ami Joachim Murat. Bessières se signale au début de la campagne en enlevant à pied, et avec l'aide de deux de ses chasseurs, une pièce d'artillerie autrichienne après avoir eu son cheval tué sous lui. Il acquiert rapidement une réputation de bravoure qui lui vaut d'être désigné par Bonaparte comme chef du corps des guides à cheval de l'armée d'Italie. Le , au combat de Rovereto, il avise une batterie autrichienne avec six de ses chasseurs et lui enlève deux canons. Le même jour, il est élevé provisoirement au grade de chef d'escadron, qui lui est confirmé le . Il se distingue ensuite à la bataille de Rivoli le , puis à celle de La Favorite deux jours plus tard, ce qui lui vaut d'être choisi pour ramener au Directoire les drapeaux pris lors des derniers affrontements. Il retourne ensuite en Italie et intègre le cercle des intimes de Bonaparte. Il est nommé chef de brigade le .

Affecté au commandement des guides du général en chef à l'armée d'Orient en , Bessières participe à l'expédition d'Égypte. Ses hommes, presque entièrement dépourvus de montures, ne jouent toutefois aucun rôle dans la première phase de la campagne. Il suit Bonaparte en Syrie et se signale au siège de Saint-Jean d’Acre (du au ) puis, après le repli des forces françaises en Égypte, à la bataille d’Aboukir () où il se joint à Murat pour mener une série de charges de cavalerie qui contribuent à rejeter leurs adversaires à la mer. Dans le rapport officiel sur la bataille qu'il adresse au Directoire le , Bonaparte note : .. S'étant toujours rangé du côté de Bonaparte lorsque celui-ci faisait l'objet de contestations durant la campagne, Bessières fait partie de la petite suite qui accompagne le général en chef lors de son retour en France en .

Sous le Consulat vignette|alt=Charge de cavalerie.|Bessières entraînant la cavalerie de la Garde consulaire à la charge au cours de la bataille de Marengo, le . Peinture d'Alphonse Lalauze.

De retour en France, Bessières est présent lors du coup d'État du 18 Brumaire au cours duquel, selon Jacques Garnier, il . Le , il est nommé commandant en second de la Garde consulaire. Il est en outre désigné pour être le tuteur d'Eugène de Beauharnais, le fils adoptif de Napoléon. Alors que les généraux Murat et Lannes ambitionnent tous deux d'épouser Caroline Bonaparte, la sœur du Premier consul, Bessières prend le parti de son ami Murat, qui est en définitive préféré ; cet épisode marque le début d'une inimitié durable entre Lannes et Bessières, encore aggravée par les révélations de ce dernier et de Murat sur les gestion douteuse de Lannes à la tête de la Garde consulaire.

Le , il prend part à la bataille de Marengo. Alors que l'affaire tourne mal pour le Premier consul, Desaix et la division Boudet débouchent sur le champ de bataille. Pour soutenir leur mouvement, la brigade Kellermann se déploie sur le flanc droit tandis que Bessières s'élance sur le flanc gauche avec l'ensemble de la cavalerie de la Garde consulaire, semant la panique chez les Autrichiens. Les grenadiers à cheval, en particulier, prennent possession de trois étendards ennemis.. Après les combats, Bessières reçoit pour son action les éloges de Bonaparte, qui lui dit : .. En dépit de son impact limité, la charge de Bessières à Marengo est, à l'époque, davantage mise en lumière que celle de Kellermann, du fait des rapports privilégiés entretenus par le premier avec le régime consulaire.

Il est successivement promu général de brigade le , puis général de division le , ce qui constitue un avancement exceptionnellement rapide..

Maréchal d'Empire Les débuts de l'Empire et la charge d'Austerlitz

vignette|gauche|alt=Portrait en pied d'un maréchal de Napoléon en grand uniforme avec ses décorations, à l'entrée d'une grande tente, tenant dans sa main droite son bâton de maréchal et s'appuyant de sa main gauche sur son sabre.|Portrait du maréchal Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie (1768-1813) par Henri-François Riesener, huile sur toile, musée des Beaux-Arts d'Orléans.

Avec l'avènement du régime impérial, le général Bessières est élevé à la dignité de maréchal d'Empire le . Le , il est fait grand officier de la Légion d'honneur, puis colonel général de la cavalerie de la Garde impériale le .. Cette dernière fonction, nullement honorifique, permet à Bessières d'exercer une influence considérable au sein de la Garde impériale, qu'il s'attelle à réformer et à discipliner. Dirigeant la cavalerie de la Garde lors des parades et sur les champs de bataille., ses importantes fonctions militaires l'amènent à figurer parmi les intimes de l'Empereur, qu'il accompagne très souvent lors de ses déplacements. Proche de la famille de Beauharnais, il compte ainsi parmi les visiteurs réguliers du couple impérial, y compris au château de Malmaison, où réside l'impératrice. Sa position enviable au sein de la Garde n'est toutefois pas sans susciter la jalousie des autres maréchaux et l'accession de Bessières au maréchalat apparaît comme une faveur peu justifiée au vu de ses états de service, moins brillants que ceux de beaucoup d'autres. Marmont déclare à ce sujet : . De fait, en dépit de son incontestable bravoure, Bessières doit son bâton de maréchal davantage à sa loyauté envers Napoléon qu'à ses talents sur le champ de bataille. Le , il reçoit l'insigne de grand aigle de la Légion d'honneur. Concernant sa possible appartenance à la franc-maçonnerie, l'historien Walter Bruyère-Ostells écrit que Bessières mais qu' ; à l'inverse, Jean-François Brun indique que .

Bessières prend part à la campagne d'Allemagne de 1805 au commandement de toutes les unités de la Garde impériale. Tandis que les chasseurs à cheval de la Garde sont envoyés en avant-garde, le maréchal escorte Napoléon avec les grenadiers à cheval et les mamelouks. Le , alors que la cavalerie de Murat vient d'être culbutée sur la route d'Olmütz par son homologue russe, il rétablit la situation en contre-attaquant avec quatre escadrons de la Garde impériale, conjointement avec les cuirassiers du général d'Hautpoul, et refoule ses adversaires sur Rausnitz.. Quelques jours plus tard, le , a lieu la bataille d'Austerlitz où il mène la charge des chasseurs et des grenadiers à cheval de la Garde qui met en déroute la Garde impériale russe.. Alors que Napoléon a pour projet de briser le centre austro-russe afin de diviser les forces ennemies et que la situation est plutôt à son avantage, un événement potentiellement dangereux pour les Français se produit lorsque la Garde impériale russe, sous le commandement du grand-duc Constantin, attaque les soldats de la division Vandamme autour de Stary Vinohrady (« les vieilles vignes ») avec l'appui de leur artillerie. Les de ligne et d'infanterie légère français subissent de lourdes pertes, plus de , et perdent leur aigle.