Presstalis est une société commerciale de messagerie de presse chargée de distribuer des imprimés à travers un réseau de points de vente. Elle a repris l'activité des NMPP au . Elle s'arrête le . Le tribunal de commerce de Paris la place en liquidation judiciaire.

Une partie de ses actifs est liquidée, d'autres sont reprises par France Messagerie, société détenue par la CDQ (Coopérative des quotidiens).

La principale mission de cet organisme est de participer à la diffusion de la presse écrite. En 2012, Presstalis distribuait 75 % de la presse en France, dont la totalité de la presse quotidienne nationale.

Histoire thumb|Nouveau siège social de Presstalis, situé à la porte des Lilas.

Les Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP) ont été fondées le conformément à la loi Bichet du , née de la volonté politique, liée au contexte de la Libération, de garantir aux titres de presse une diffusion nationale, équitable et économiquement viable.

Les NMPP ont été confrontées, au cours de leur histoire, à un contexte économique qui a considérablement évolué. Dans les années 1990-2000, se sont penchées sur le fonctionnement des NMPP depuis leur naissance. Ainsi, selon Emmanuel Schwarzenberg, ancien rédacteur au Figaro, l'histoire des NMPP est liée dès son commencement au « pouvoir exorbitant d’un syndicat », le Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT, dont les « avantages faramineux » auraient « contribué à couler la presse française depuis la Libération ». Cet avis est loin de faire l’unanimité puisque les NMPP sont héritières d'actifs monopolistiques, les Messageries Hachette, fondées en 1897 et dissoutes en 1944, comme tous les organes de presse ayant continué pendant l'occupation (le pour la zone nord et le pour la zone sud) en raison de leur collaboration avec les nazis et le régime de Vichy. Le but annoncé par le « cahier bleu » est « de faire table rase en matière de presse » et « d’obtenir des garanties efficaces contre la corruption des journaux et l’influence du capitalisme dans la presse ». Elles sont remplacées par les Messageries françaises de la presse (MFP), fondées le , qui est une association entre cinq coopératives éditrices de journaux et la Société de gérance des messageries (en réalité Hachette), lesquelles s'empressent de revendre en moins de trois ans leurs actifs à Hachette (qui possédait déjà 49 %) et qui prend ainsi le contrôle des NMPP, revenant à une situation d'avant 1944, lors d'une opération qualifiée à l'époque de « dépeçage »Jean-Yves Mollier, « Chapitre 9. La naissance des Nouvelles messageries de la presse parisienne », in: L'Âge d'or de la corruption parlementaire (1930-1980), Perrin, 2018, ..

Ainsi, le paysage français de la distribution de journaux depuis au moins 1900 possède un caractère monopolistique (un seul interlocuteur) qui le mettait à la merci des grèves, comme ce fut le cas en 1907, 1934 et 1936.

Confrontées à des remises en cause de son fonctionnement, à des déficits d'exploitation durables conjugués à la constatation que les coûts de diffusion de la presse en France sont parmi les plus élevés d'EuropePresse quotidienne d'information : chronique d'une mort annoncée ?, Louis de Broissia, Rapport d'information, Sénat Session ordinaire de 2007-2008 les NMPP sont peu à peu contraintes, depuis les années 1980, à se moderniser. Au niveau de l'actionnariat, les NMPP sont détenues à cette époque à hauteur de 49 % par le groupe Hachette.

Le nouveau siècle et l'apparition des journaux gratuits, l'érosion des points de vente, etc., obligent l'entreprise à réagir face à un environnement évolutif. En 2007, le déficit net des NMPP était de d'euros, pour un déficit d'exploitation de d'euros.

Conformément à l'esprit de la loi Bichet, Presstalis, née de la réorganisation des NMPP en 2009, est, jusqu'en 2011 une SARL détenue à 51 % par les éditeurs de presse, regroupés en deux coopératives ; et à 49 % par Hachette SA, propriété de Lagardère SCA, qui eut longtemps un rôle d'opérateur.

Depuis le , Presstalis est devenue une société par actions simplifiée (SAS). Lagardère SCA ayant cédé ses parts pour un euro symbolique, le capital de d'euros est désormais réparti entre : une coopérative des magazines (75 %) ; une autre coopérative représentant les quotidiens (25 %)Communiqué de presse du juillet 2011 sur le site de Presstalis..

Presstalis distribue 75 % de la presse en France, dont la totalité de la presse quotidienne nationaleLa distribution de la presse est un modèle spécifique, Alexandre Debouté, Le Figaro.fr, 23 février 2012. sont diffusés dans .

Les pertes annoncées par Presstalis pour 2011 sont de d'euros. Face à la crise de la presse quotidienne française, l'État français distribue des aides à la presse qui s'élèvent en 2012 à d'euros pour PresstalisMichel Françaix, Projet de loi de finances pour 2013, 24 octobre 2012, destinées notamment à sa restructuration (il s'agit de faire partir sur un total de ).

Une histoire agitée : recel d'armes et détournements de matériel Plusieurs affaires émaillent l'histoire des NMPP liées de manière générale au Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT.

À la fin des années 1980, un trafic de bobines de papier est découvert. Chaque mois, 200 tonnes de papier étaient expédiées vers Cuba pour imprimer le journal Granma. Les imprimeries de tous les quotidiens nationaux étaient concernées, et Fidel Castro lui-même traitait avec les ouvriers du Syndicat du livre. Robert Hersant, propriétaire notamment du Figaro, a préféré étouffer l'affaire plutôt que d'affronter une grèveQuand les quotidiens français livraient du papier à Fidel Castro Emmanuel Berretta, Le Point, 7 septembre 2007.

Fin 1991, la direction des NMPP découvre une cache d’armes de fusils, carabines, armes de guerre avec leurs munitions dans l’un des hangars de Saint-Ouen. Ces armes, détournées lors de la faillite de Manufrance et stockées là par des ouvriers CGT en 1980, ont été clandestinement stockées au sein même des NMPP en attendant un hypothétique « Grand Soir ». La direction des NMPP alerte la justice mais s’abstient de porter plainte, le scandale est étouffé, le gouvernement négociant directement avec la CGT.

En 2003, un trafic de journaux a été découvert. Chaque jour pendant plusieurs années, entre 500 et de quotidiens étaient détournés par certains ouvriers et vendus par des kiosquiers. Le préjudice est estimé à 3 millions d'euros par anEmmanuel Schwartzenberg, Spéciale dernière - Qui veut la mort de la presse quotidienne française ?, Calmann-Lévy, 2007 .

Positionnement et difficultés de Presstalis Comme l'étaient les NMPP, l'entreprise Presstalis se trouve en position dominante sur son marché. Le marché considéré par l'Autorité de la concurrence est celui de la vente au numéro. Cette définition date de 1987, c'est-à-dire à l'époque où les NMPP eurent les premières difficultés avec le Conseil de la concurrence (devenu en 2009 Autorité de la concurrence). L'entreprise est désormais confrontée à la distribution des journaux gratuits mais également à Internet, sans oublier l'abonnement qui est un mode de distribution géré par l'éditeur lui-même et donc concurrentiel à Presstalis. L'entreprise contrôle environ la distribution de 80 % des titres et trente-cinq mille emploisPigeat, H. and J.-C. Paracuellos (2001), Tendances économiques de la presse quotidienne dans le monde. Paris: Académie des sciences morales et politiques..

En dépit (ou à cause) de cette position dominante, l'entreprise accumule les pertes. Sa taille nuit à son efficacitéWilcox, Lynne. Metro, info, haro! Fierce reactions to regime competition in the French newspaper industry. Media Culture Society 2005 27: 353-369 et le coût des salaires — selon certaines sourcesPresstalis, le conflit qui mine la presse, Renault Enguérand, Le Figaro.fr, 7 février 2013 contestées par les syndicats de cette entreprise . — la rendrait non compétitive.

Ce système de distribution attire les foudres de certains groupes de presse, comme Metro International dont les colporteurs ont été agressés en 2002 par des membres du Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT des NMPPJacob, A. 'Le PDG de Metro International critique sévèrement le système français de la presse', Le Monde 13 mars 2002..

Juridiquement l'entreprise agit en qualité de commissionnaire ducroire tout comme les dépositaires centraux de presse et les diffuseurs de presse (appelés également marchands de journaux).

Pour combler en partie la perte du chiffre d'affaires due à la crise, Presstalis diversifie ses activités en signant des partenariats avec des grossistes en librairie, ou encore plus récemment avec la société Kiala.

Ces dernières années, le second opérateur, les Messageries lyonnaises de presse (MLP), a gagné des parts de marché sur son concurrent Presstalis, qui souffrirait d'un réseau moins bien modernisé. En 2012, Presstalis assure encore l'intégralité de la distribution de la presse quotidienne nationale, dont le coût est bien plus important que la partie magazines.

En 2010, la SGLCE-CGT bloque la distribution des périodiques durant trois semaines en région parisienneUn mouvement social bloque la distribution des quotidiens, challenges.fr, 14 décembre 2010. Elle s'oppose à la réorganisation du groupe Presstalis (ex-NMPP) et notamment de la messagerie Société presse Paris services (SPPS) qui est chargée de la distribution de la presse à Paris et dont le déficit structurel est de d’euros par an.

Entre 2008 et 2012, le groupe cumule d'euros de pertesPresstalis - Laurent Mauduit de Médiapart s’est procuré Le « projet confidentiel » du distributeur Presstalis, mediapart.fr, 22 octobre 2012. En 2011, l'entreprise est placée par le tribunal de commerce sous la surveillance d'un mandataire judiciaire. En , confronté à l'éventualité d'un redressement judiciaire, un plan de restructuration est proposé prévoyant mille deux cent cinquante suppressions de postes sur un total de deux mille cinq cents salariés2015 : C’est l’horizon de l’accord pour sauver Presstalis..., Liberation.fr, 7 octobre 2012. Entre et , la SGLCE-CGT bloque la parution des quotidiens plus de trente fois menaçant l'existence des quotidiens tels que Libération ou L'Humanité dont les revenus proviennent essentiellement des ventes au numéro. Le pouvoir paralysant de la SGLCE-CGT est abondamment critiqué sans que la situation change pour autant« C’est dans ce contexte que la CGT a gardé le monopole de l’embauche des ouvriers de la presse quotidienne, des clavistes aux camionneurs, dans un secteur où les progrès techniques de mise en page et d’impression ont divisé les besoins réels d’effectifs par cinq. Comme les dockers CGT de Marseille qui ont tué leur port, ils travaillent peu, gagnent beaucoup et embauchent leurs neveux. C’est un système péri-institutionnel qui régente, en toute légalité, un secteur économique à l’unique profit de ses membres. »Ne m’appelez plus jamais NMPP, Pierre-Louis Rozynès, lenouveleconomiste.fr, 4 octobre 2012. Le plan de sauvetage de 2012 se conclut par départs, dans des conditions très favorables, les plus de 55 ans continuant de toucher leur salaire jusqu'à leur départ à la retraite, ce qui coûte autour de par an..

En , le quotidien Le Figaro dénonce les blocages de la distribution décidée par la SGLCE-CGT liés de nouveau avec la restructuration de PresstalisÀ nos lecteurs, Marc Feuillée et Alexis Brézet, Le Figaro.fr, 6 février 2013.