Giacomo Girolamo Casanova Prononciation en italien standard retranscrite selon la norme API., né le à Venise et mort le à Dux (royaume de Bohême), est un aventurier vénitien.
Frère du peintre Francesco Casanova, il est tour à tour violoniste, écrivain, magicien (dans l'unique but d'escroquer Madame d'Urfé), espion, diplomate, puis bibliothécaire, mais revendique toujours sa qualité de « Vénitien ». Il utilise de nombreux pseudonymes, le plus fréquent étant le chevalier de Seingalt (prononcer Saint-Gall) ; il publie en français sous le nom de « Jacques Casanova de Seingalt ».
Casanova laisse une œuvre littéraire abondante, notamment ses mémoires connus sous le titre Histoire de ma vie — l’édition complète en français fait environ pages. Surtout, le nom de cet aventurier est devenu synonyme de « séducteur » des femmes, et ce par tous les moyens, même malhonnêtes. Histoire de ma vie, rédigée en français et considérée comme l'une des sources les plus authentiques concernant les coutumes et l'étiquette en usage en Europe au , mentionne ainsi cent quarante-deux femmes avec lesquelles il aurait eu des relations sexuelles, dont des filles à peine pubères et sa propre fille, alors mariée à l'un de ses « frères », avec laquelle il aurait eu le seul fils dont il eût connaissance, si l'on en croit son témoignage.
Bien que ce séducteur soit souvent comparé à Don Juan, sa vie ne procédait pas de la même philosophie car il n'était pas un collectionneur compulsif. Parfois présenté (ainsi dans le film Le Casanova de Fellini) comme un pantin ou un fornicateur mécanique., qui se détourne de sa conquête dès lors qu'elle s’est donnée à lui, il n'en était rien, il s'attachait, secourait éventuellement ses conquêtes. Personnage historique et non de légende, jouisseur et exubérant, il vécut en homme libre, tant de pensées que de comportements, et ce tout au long de sa vie, des premiers succès de sa jeunesse à sa longue déchéance.
Enfance (1725-1740) vignette|left|Rue Malipiero à Venise.|280x280px Fils aîné de Gaetano Casanova, comédien à Venise, et de Zanetta Farussi, fille de cordonnier puis actrice, Giacomo naît, en , au rue de la Comédie (aujourd'hui rue Malipiero près de l'église San Samuele où il est baptisé)Addì 5 aprile 1725.
Giacomo Girolamo fig.o di D. Caietano Giuseppe Casanova del q.(uondam) Giac.o Parmegiano comico, et di D.a Giovanna Maria, giogali, nato li 2 corr. battezzato da P. Gio. Batta Tosello sacerd. di Chiesa de licentia, Comp. il signor Angelo Filosi q.(uondam) Bartolomeo stà a S. Salvador. Lev. Regina Salvi. (In P.Molmenti, Carteggi Casanoviani, vol. I, 9 nota)..
Le biographe doute de cette généalogie racontée dans Histoire de ma vie : « il y a de fortes raisons de croire qu’il ne peut être le fils de Gaetano mais celui d’un patricien de Venise, , dont le frère, l’abbé Alvise Grimani deviendra le tuteur de Jacques »..
Enfant chétif et malade, il a comme frères et sœurs Francesco Giuseppe (1727–1803), Giovanni Battista (1730–1795), Faustina Maddalena (1731–1736), Maria Maddalena Antonia Stella (1732–1800) et Gaetano Alvise (1734–1783).
Durant son enfance, il est entouré de femmes qui jouent un rôle primordial pour lui, notamment sa grand-mère maternelle, Marsia Farusso, qui l'élève de 1725 à 1734 car ses parents sont le plus souvent partis en tournée..
De 1734 à 1742, il fait de brillantes études à l'école de l'abbé Gozzi puis à l'Université de Padoue au cours desquelles il étudie la chimie, les mathématiques, la philosophie et le droit.
État ecclésiastique (1740-1744) Se destinant à l'état d'avocat ecclésiastique, il obtient un doctorat en droit civil et droit canonique à l'université de Padoue, en (à dix-sept ans)..
Il reçoit la tonsure le puis les quatre ordres mineurs le , devenant abbé de l'église San Samuele mais sa carrière ecclésiastique est vite compromise. Il doit renoncer à sa fonction de prédicateur à San Samuele à la suite d'un sermon catastrophique qu'il prononce ivre. Mais il poursuit sa carrière dans l'Église parmi les prélats de Venise grâce à son protecteur, le sénateur Malipiero (qui le chasse de son palais lorsqu'il découvre que Casanova a une liaison avec Thérèse Imer, sa protégée), à Naples puis Rome où il plaît au cardinal Acquaviva au service duquel il entre et chez qui il logeGiacomo Casanova de Seingalt (1725-1798).. Bien accueilli par Benoît XIV, il semble destiné à un brillant avenir lorsqu’il tombe soudainement en disgrâce en 1744, après la découverte du rapt de la fille de son professeur de français qu'il cache dans le palais d'AcquavivaFrédéric Manfrin, Biographie de Casanova..
Une vie d'aventures (1745- 1785) Contraint à abandonner la soutane, il entame alors en 1745 sa vie d’aventures, exerçant de nombreuses activités — violoniste, joueur professionnel, escroc, financier, bibliothécaire, etc. —, sillonnant dans son Grand Tour l’Europe du , passant des prisons aux cours de souverains, vivant d’expédients. La recherche du plaisir mène sa vie, et pour l’atteindre, il ne dédaigne pas de flouer les dupes et de se moquer des lois.vignette|Casanova jeune peint par son frère Francesco (entre 1750 et 1755)Portrait de profil peint en gris brun et terracotta, avec une bosse sur le nez et les cheveux en queue-de-cheval noués par un ruban..|gaucheAu terme d'une brève carrière militaire dans la marine, où il devient enseigne de vaisseau, il démissionne, vexé de n'avoir pu obtenir le grade de lieutenant de vaisseau. Occupant en 1746 un emploi de violon au théâtre de Saint-Samuel de la famille Grimani, il devient le sauveur du sénateur sybarite Matteo Bragadin, persuadé d'avoir été guéri par les sciences occultes auxquelles Casanova se prétend initié. Le sénateur l'adopte, le traite comme son fils et contribue considérablement à sa fortune financière, le soutenant jusqu'à la fin de sa vieMichel Delon, « Casanova », La Marche de l'histoire, 21 novembre 2011. et lui permettant de mener une vie de folie et de désordre. Il est à cette époque mêlé à des affaires de jeu à Venise, ce qui lui vaut une réputation sulfureuse.
Lors de son premier séjour à Paris en , accompagné par son meilleur ami Antonio Balletti, il est accueilli en tant que fils de comédiens dans un cercle de comédiens italiens, logeant d'abord chez Mario et Silvia Balletti, dont la fille Manon Balletti vivra une histoire d'amour platonique et sera fiancée avec le grand séducteur. N'ayant pas de protecteur, connaissant mal la langue et les codes de la mondanité, il ne parvient pas à pénétrer dans les milieux aristocratiques. Il fait la connaissance de Claude-Pierre Patu qui l'initie aux plaisirs parisiensAnaïs Kien, « L’Aventurier des Lumières, Casanova à Paris », La Fabrique de l'histoire, 29 novembre 2011..
Revenant à Venise en , il y rencontre un autre libertin, l’abbé de Bernis, académicien et futur cardinal, ambassadeur à Venise du roi de France Louis XV avec qui il partage durant plusieurs mois les faveurs d’une religieuse (Marina Maria Morosini, nonne du couvent des Anges de Murano qui finit par avouer à Casanova que leurs ébats sont depuis le début observés par l'ambassadeur voyeuriste. à travers une tapisserie percée d’une multitude de trous minuscules) qu’ils retrouvent alternativement dans un casin – sorte de garçonnière cossue. L’abbé de Bernis rentre en France. À la suite de ses frasques amoureuses et financières, de ses prises de position subversives, Casanova aurait dû fuir Venise, comme Bragadin le lui propose. Mais il refuse et il raconte dans ses Mémoires que les inquisiteurs d’État le font arrêter pour libertinage, athéisme, occultisme et appartenance maçonnique, et enfermer le dans la célèbre prison vénitienne des Plombs – surnom donné aux prisons de Venise à cause de la couverture des toits en plomb, qui transmettait le froid en hiver et la chaleur en étéLe parcours guidé "itinéraire secret" du Palais Ducal de Venise comprend la visite des cellules où aurait été enfermé l'écrivain bien que les guides ajoutent perfidement qu'il s'agit probablement d'une fabulation car on ne trouve aucune trace du personnage dans le registre d'écrou, mais on a, en revanche, la certitude qu'il a été informateur de la police vénitienne de l'époque.. Ni ses puissants soutiens, ni son insistance à clamer son innocence ne peuvent faire obtenir sa libération. Cependant il raconte qu'à force de travail, de courage, d’ardeur, avec, pour seule pensée, l’espoir de partir à l’aventure pour toujours, par la grâce et la créativité, il parvient au bout de 15 mois à s’échapper avec un autre prisonnier, le père Marin Balbi, le . Le récit très romancé. de cette évasion est rédigé par Casanova lui-même dans Histoire de ma fuite, publié à Prague en 1787, avec une précision et une connaissance des lieux parfaites, n'oubliant pas de préciser que ce fut l’unique évasion connue de la prison des Plombs.
Le , il gagne Paris où Bernis – devenu ministre de premier plan – et les francs-maçons l’appuient (il a été initié à la franc-maçonnerie à Lyon en Il est admis dans la loge "Amitié et Amis choisis" de Lyon puis passe au stade de compagnon dans la loge du comte de Clermont à Paris deux mois plus tard, avant d'accéder à la maîtrise en août 1750. Il utilisera ce réseau relationnel dans toute l'Europe grâce au passeport maçonnique et aux guides du franc-maçon en voyage. Voir .). L’histoire rocambolesque de son évasion, qu'il se plaît à narrer à chaque fois qu'il est invité chez des aristocrates, contribue beaucoup à sa célébrité et au succès de son deuxième séjour à ParisCette histoire a fait l’objet d’une publication séparée, l’Histoire de ma fuite des prisons de la république de Venise, appelées les Plombs, Prague, 1788, .. L’aventurier y fait alors fortune en lançant, avec l'aide de Ranieri de' Calzabigi, une loterie royale dont le but est de financer l’École militaire sans imposer davantage les contribuables – le peuple –, loterie dont il sait, par d’habiles manœuvres et de l’audace, s’approprier la paternité et une grande part des bénéfices« Six pour cent de commission sur toutes les recettes et en plus une pension annuelle de quatre mille francs ». Source : .. Pendant six ans, il extorque de fortes sommes d'argent à la marquise d'Urfé en exploitant la crédulité de cette riche veuve dans l'alchimie et les sciences occultesA. Compigny des Bordes, Casanova et la marquise d'Urfé. La plus curieuse aventure galante du : d'après les mémoires et des documents d'archives inédits: 1757-1763, Paris, Librairie ancienne H. Champion, E. Champion, 1922.. Il raconte qu'il se fait confier des missions financières par le gouvernement, grâce à la protection du duc de Choiseul : agent secret, une mission d’enquête, pour laquelle il est récompensé avec générosité, lui aurait été confiée par la France afin de juger l’état de ses navires de guerre. Imposteur, escroc et manipulateur (bien qu’il s’en défendît – dans ses écrits, il interroge : quel est l’homme auquel le besoin ne fasse faire des bassesses ?), il se vante aussi d'avoir abusé de la crédulité de la riche Madame d'Urfé en lui laissant croire qu’il était parfaitement initié aux mystères de la Kabbale. Toujours selon ses mémoires, il reçoit de Choiseul une mission importante auprès de marchands d’Amsterdam et, à son retour, mène la belle vie d'un bourgeois fortuné dans une villaQuartier de la « Petite Pologne » dans l'actuel square Marcel-Pagnol, maison de campagne Cracovie en Bel Air. meublée magnifiquement, avec chevaux, voitures, palefreniers et laquais. Après avoir perdu ses protecteurs, il investit dans une manufacture de soie peinte, sa faillite spectaculaire lui vaut d’être enfermé au For-l'Évêque, d’où il ne sort que grâce à la marquise d’Urfé.
Il raconte aussi dans ses mémoires avoir assisté à l'exécution de Robert-François Damiens, le de la même année..