Le Tigre est un fleuve de Mésopotamie long de . Ce fleuve prend sa source en Turquie comme l'autre grand fleuve de la région, l'Euphrate.
Géographie
Il prend sa source dans le Taurus du Sud-Est (en bordure du haut-plateau arménien, Turquie) puis parcourt la Syrie et l'Irak du Nord au Sud en passant par Mossoul et Bagdad. Ensuite, il rejoint l'Euphrate pour former un estuaire commun, le Chatt-el-Arab, long de , qui débouche dans le golfe Persique.
Comme l'Euphrate, le Tigre traverse en Irak essentiellement une région désertique et son alimentation en eau dépend de contrées montagneuses étrangères. Son régime, fortement influencé par la fonte des neiges, était très irrégulier, mais il a été partiellement régulé par des barrages. Le barrage de Samarra oriente les eaux excédentaires lors des crues vers la dépression du Tharthar dans la basse Djézireh. De là, un canal rejoignant l'Euphrate permet de réutiliser ces eaux et de renforcer le débit de l'Euphrate. Moins long que l'Euphrate, le Tigre fournit un volume nettement plus important d'eau à l'Irak (de suivant les sources).
Ses principaux affluents, descendant de la montagne du Zagros et des montagnes d'Iran, confluent sur sa rive gauche.
Sur sa rive droite, il se rapproche fortement de l'Euphrate à partir de la région de Bagdad.
Dans la partie basse de son cours, son profil en longueur très plat a entraîné la formation de marécages importants qui s'étendaient sur entre le Tigre et l'Euphrate. Ces marais étaient en forte régression sous le double effet de la construction de nombreux barrages sur les deux fleuves et d'une politique de drainage inconsidérée, mais à la suite de la guerre d'Irak en 2003, les Chiites du sud ont partiellement détruit les digues, reconstituant ainsi 40 % des marais.
Le Tigre est un sujet de friction entre l'Irak et la Turquie, cette dernière voulant encore réduire son débit par la construction de nouveaux barrages.
Étymologie et nom dans d'autres langues Le nom sumérien original du Tigre était 𒀀𒇉𒈦𒄘𒃼, Idigna (probablement dérivé de *id (i)gina, eau courante). Ce terme sumérien, qui peut être interprété comme « le fleuve rapide », oppose le Tigre à son voisin, l’Euphrate, dont le rythme lent lui a fait déposer plus de limon et construire un lit plus élevé que celui du Tigre. Le terme fut emprunté par les Akkadiens, qui l'appelaient 𒀀𒇉𒈦𒄘𒃼, Idiqlat, d'où dérive le nom dans les autres langues sémitiques (hébreu, arabe, syriaque...), mais aussi en kurde, en turc et en persan actuels.
Le nom adopté par les Grecs anciens, Τίγρις, Tigris, forme alternative de Tígrēs (Τίγρης), issu du vieux perse 𐎫𐎡𐎥𐎼𐎠 (Tigrā), lui-même de l'élamite Tigra, forme dérivée différemment du sumérien 𒀀𒇉𒈦𒄘𒃼 Idigna.
Un autre nom attesté pour le Tigre fut Arvand Rud (littéralement « rivière rapide » en moyen perse) qui a été utilisé durant le temps de l'Empire achéménide. Mais aujourd’hui, Arvand Rud (persan : اروندرود) désigne, en Iran, la confluence de l'Euphrate et du Tigre, connue en arabe sous le nom de Chatt-el-Arab.
LangageNoms pour TigreAkkadien𒀀𒇉𒈦𒄘𒃼 ídIdiqlatArabe, DiğläArménien, TigrisGrec ancien, hē Tígrēs, -ētos; , hē, ho Tígris, -idosJudéo-araméen babylonienדיגלת, דיקגלת, diqlāṯ ou diglāṯHébreu, ḤîddeqelHourriteAranzahE. Laroche, Glossaire de la langue Hourrite, Paris (1980), .Kurde (Prononciation : Didjlé)PersanVieux-perse:Tigrā; Persan: DijleSumérien𒀀𒇉𒈦𒄘𒃼 ídIdigna/ídIdiginaSyriaque DeqlathTurc (Prononciation : Didjlé)
Données hydrographiques Le Tigre s'écoule sur km dont 400 en Turquie, 32 sur la frontière syrienne et en Irak.
+ Bassin versant du Tigre Pays longueur(km) Surface(km) Proportion Contribution au débit Turquie 400 12 % 51 % Syrie 32 0,2 % 0 % Irak 54 % 39 % Iran affluents 34 % 10 %
+ Débit moyen annuel Affluent Surface du bassinen milliers de km Débit moyen en milliards de m Tigre (à la frontière turque) 155 21 Grand Zab 26 entre 10 et 13,5 Petit Zab entre 21,5 et 31 7,2 Adhaim 13 0,8 Diyala 32,9 entre 5,4 et 5,7 Total 258 entre 44,4 et 48,2
thumb|Le Tigre à Bagdad.
Les débits mensuels à Bagdad Le débit du Tigre a été observé pendant (entre 1906 et 1972) à Bagdad, capitale irakienne située à quelque en amont de son confluent avec l'EuphrateUnesco – Le bassin du Tigre – Station: Bagdad .
À Bagdad, le débit annuel moyen ou module observé sur cette période était de /s pour une surface prise en compte de , soit près de 55 % de la totalité du bassin versant du fleuve.
La lame d'eau écoulée dans cette partie du bassin, de loin la plus importante du point de vue de l'écoulement (80 % du débit total du fleuve), atteint ainsi le chiffre de par an, ce qui est élevé pour la région.
Affluents Turquie : Batman Bitlis Hezil Çayı Irak : Khosr Grand Zab Petit Zab Diyala Adhaim Iran (sur l'Arvandroud (ou Chatt-el-Arab)) : Karoun Karkheh
upright=1.5|right|thumb|Ouvrages hydrauliques du haut bassin Tigre-Euphrate.
Ouvrages hydrauliques La Turquie a disposé plusieurs barrages sur les affluents du Tigre dont le principal, mis en service en 2019, est le barrage d'Ilısu (voir « Projet d'Anatolie du Sud-Est », le projet turc d'aménagement du Sud-est anatolien).
L'Irak a également aménagé le fleuve pour irriguer et assécher les marais du sud-est.
Ouvrages situés en Turquie Voir « Liste des ouvrages hydrauliques du GAP » pour accéder à la liste complète des ouvrages turcs construits ou prévus sur le bassin du Tigre et de l'Euphrate le barrage de Kralkızı le barrage de Dicle le barrage de Cizre le barrage d'Ilısu : barrage fortement contesté (voir l'article) le barrage de Garzan le barrage de Kayser le barrage de Silvan
Ouvrages situés en Syrie La Syrie prévoit de créer des zones irriguées à partir de stations de pompage dans le Tigre.
upright=1.5|right|thumb|Ouvrages hydrauliques irakiens.
Ouvrages situés en Irak D'amont en aval : le barrage de Mossoul ou barrage Saddam le barrage de Samarra : il protège des crues du Tigre en détournant les eaux vers la dépression du Thartar, le barrage de Kut le Barrage de Makhoul
Notes et références
Annexes
Bibliographie Vazken Andréassian et Jean Margat, Rivières et Rivaux. Éditions Quae, 2012, L'eau et le droit international : bibliographie sélective, Bibliothèque du Palais de la Paix (, voir « Euphrate et Tigre (fleuves) ») « Le partage des eaux entre la Syrie, l'Irak et la Turquie – Négociation, sécurité et asymétrie des pouvoirs » – Marwa Daoudy – CNRS Éditions
Articles connexes
Liste de fleuves dans le monde classés par continent Projet d'Anatolie du Sud-Est : projet turc d'aménagement du Sud-est anatolien basé sur une série de barrages sur le Tigre et l'Euphrate Histoire du partage des eaux du bassin Tigre-Euphrate depuis 1916 Liste des ouvrages hydrauliques du GAP Liste des cours d'eau de la Turquie
Liens externes
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