Corneille de Lyon ou Corneille de la Haye (né entre 1500 et 1510 à La Haye et mort en 1575 à Lyon) est un peintre de portrait, d'origine néerlandaise et naturalisé français, du .
Quoiqu'il soit connu à son époque sous le nom de Corneille de la Haye, on ne sait rien de sa jeunesse hollandaise et il arrive à Lyon au plus tard en 1533. Réalisant dès 1536 les portraits de plusieurs membres de la famille royale, il obtient le titre de peintre royal en 1541. Malgré cette fonction, il reste dans la cité rhodanienne tout au long de sa vie. En épousant la fille d'un imprimeur de renom, François Fradin, il s'insère dans la notabilité de la ville, et acquiert une solide position sociale, vivant dans le quartier des imprimeurs, près de Notre-Dame-de-Confort.
Il vit de son métier de peintre, et semble coopérer avec d'autres artistes du quartier (peintres ou graveurs). Son atelier conserve une galerie des copies des tableaux des personnages les plus célèbres dont il a fait le portrait. Cela permet aux clients d'en acquérir une nouvelle copie, ou les incite à se faire faire le portrait par un peintre renommé. Ses affaires semblent prospères jusqu'aux guerres de religion, durant lesquelles, malgré son attachement à la religion réformée, il ne semble pas victime d'agression ou de spoliation. Il se convertit sous la contrainte à la religion catholique en 1569.
L'art de Corneille du petit portrait sans décor est novateur pour l'époque. Il acquiert un grand prestige au point que les tableaux de ce style finissent par être désignés comme des « Corneilles ». Travaillant à l'huile sur bois, il concentre son travail sur le visage et le buste. Corneille est très précis dans la composition des pilosités, cheveux, barbes, qu'il trace quelquefois presque poil à poil. Ses modèles portent rarement de lourds habits décorés, son style reste très sobre. Le fond de ses tableaux est toujours uni, sans décor et il semble travailler sans dessin préparatoire.
Après la Renaissance, la renommée de Corneille s'efface, sa descendance ne prenant pas le relais pour la réalisation de petits portraits. Il est redécouvert au par François Roger de Gaignières. Tombant ensuite encore dans l'oubli, son nom ressurgit au , à partir de citations dans les textes de l'époque. L'extrême difficulté pour trouver des œuvres de référence entraînent de sérieux problèmes d'attribution et de reconstitution de son corpus artistique. Plusieurs méprises et confusions sont faites par les historiens de l'art et les amateurs. La première œuvre attribuable sans ambiguïté est découverte en 1962. Plusieurs travaux reprennent les conclusions antérieures et la première synthèse sur l'artiste est réalisée par Anne Dubois de Groër en 1996.
Patronyme vignette|Homme au béret noir tenant une paire de gants, vers 1530. Musée des Beaux-Arts de Lyon Corneille n'est à son époque connu que sous le nom de « Corneille de la Haye ». L'acte de naturalisation mentionne : . Dans tous les documents d'époque, il est nommé ainsi. Seuls quelques documents fiscaux le dénomment simplement « Corneille » entre 1547 et 1567. Il est probablement à cette époque suffisamment connu comme peintre royal pour ne pas être confondu avec deux autres peintres : Corneille de Septgranges et Corneille de Bavière. Dans les textes, on trouve les graphies « Cornelis » ou « Cornellye », par exemple..
Les historiens de l'art du n'utilisent initialement pour le nommer que son prénom « Corneille ». On retrouve cette forme chez André FélibienAndré Félibien, Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, 1679, et ss. ou Bernard de MontfauconBernard de Montfaucon, Les Monuments de la monarchie française, 1732, et ss..
Jacques Pernetti, en 1757, transforme le prénom en nom de famille en ajoutant sans argument connu le prénom Claude au peintreJacques Pernety, Recherches pour servir à l'Histoire de Lyon, 1757, t. I, .. Cette forme patronymique est reprise par la suite par Bréghot du LutClaude Bréghot du Lut, Biographie lyonnaise : catalogue des lyonnais dignes de mémoire, 1839, . lire en ligne., LabordeLéon de Laborde, La Renaissance des arts à la cour de France, 1850, t. I, et ss., Robert-DumesnilAlexandre-Pierre-François Robert-Dumesnil, Le peintre-graveur français, 1835-1871, t. VI, 1842, .. Certains dictionnaires d'histoire de l'art reprennent encore cette forme au et même des articles de spécialistesTel Albert Labarre dans, « Le livre de la Contre-Réforme au Siècle des Lumières », Histoire du livre, Paris, PUF, , 2001, 128 pages, lire en ligne.. Cette forme autorise Michael Bryan en 1816 à rapprocher Corneille de Maître CC, en utilisant comme argument les gravures de l’Épitomé des rois de France signées CC, qui auraient été gravées par Corneille, qui serait alors un peintre et un graveur. Ce rapprochement entre les deux artistes est repris tel quel par les historiens de l'art durant plus d'un siècle..
C'est à la fin du , lors de sa redécouverte au moment où les nationalismes s'imposent à la recherche historique, qu'il est renommé « Corneille de Lyon », afin de donner plus de poids à la France dans le genre du portrait naissant à la Renaissance.. Il semble que le premier à utiliser ce nom soit Henri Bouchot dans Les Clouet et Corneille de Lyon, Paris, 1892.. À cette époque, Natalis Rondot propose comme nom pour l'artiste « Cornelis Cornelissen », signifiant « Corneille, fils de Corneille », forme très courante dans la Flandre de cette époque. Ceci lui permet aussi d'attribuer au peintre les gravures lyonnaises signées du monogramme « CC ». Toutefois, Maître CC a été reconnu en tant que personne à part entière et aucun texte ne permet de rapprocher ce nom double de Corneille de Lyon..
Biographie vignette|gauche|Pierre Aymeric, marchand de Saint-Flour, 1533, musée du Louvre. D'origine hollandaise, Corneille arrive au début des années 1530 à Lyon. Il connaît immédiatement une grande réussite dans le genre du portrait et devient peintre royal, titre qu'il garde toute sa vie. Marié à une Lyonnaise, bien intégré dans sa cité et jouissant d'une aisance confortable, il ne la quitte pas même durant les guerres de religion. Protestant, il est persécuté et revient à la religion catholique pour éviter l'exil.
Origine et début de carrière La date de naissance de Corneille n'est pas connue, et les propositions vont de 1500 à 1510. On ne sait rien de sa jeunesse et sa présence à Lyon est attestée en 1533 à l'occasion de l'entrée solennelle de la reine Éléonore.. Natalis Rondot a supposé qu'il aurait fait un séjour à Paris avant d'aller sur Lyon, sans aucune preuve. À l'inverse, il existe une solide communauté flamande d'artistes à Lyon au Natalis Rondot décompte vingt-deux artistes de cette nationalité pour le ; Les Artistes et les maîtres de métier étrangers ayant travaillé à Lyon, Lyon, 1883, ., vivant tous à un bout de la rue Mercière, dont Guillaume Le Roy, Jean de Crane, Lievin Van des Meer ou Mathieu d'Anvers. La présence de Corneille est attestée à cette date par deux documents : il est mentionné comme peintre ayant décoré la ville pour l'entrée solennelle de la reine ; et un ami du peintre, le poète latin Jean Second, relate leur rencontre et leur visite de la ville pour y voir les spectacles donnés pendant les fêtes royales. vignette|Charles II d'Orléans, DdG , 1536, musée des Offices. Inv. 1890, . Dès 1534, il est mentionné peintre de la reine Éléonore au dos du tableau de Pierre Aymeric. Cette commande prestigieuse a probablement un lien avec le fait que la reine, sœur de l'empereur Charles-Quint a eu une jeunesse dans les Pays-Bas, et que Joos van Cleve, venu d'Anvers peu avant, a peint le portrait de François et de son épouse.
S'il poursuit une production destinée à des clients moins illustres de la noblesse ou de la bourgeoisie, son talent lui permet de gagner à nouveau les faveurs royales en 1536 ; à l'occasion du séjour de François et de sa cour, il peint les portraits des enfants du roi François : Charles II, Henri II et Madeleine de France. Celui d'Henri II est un des rares portraits d'apparat qu'a réalisé Corneille.. Il est alors loué par Eustorg de Beaulieu qui le rencontre en 1536-1537 lors de son séjour lyonnais au service du gouverneur Pomponne de Trivulce.. Il écrit dans un rondeau élogieuxPublié au sein de Les Divers Rapportz, à Lyon en 1537 et à Paris en 1540. :
Corneille, peintre du roi
En 1541, peut-être avant, Corneille est nommé peintre de la maison du Dauphin, et reste après l'accession au trône d'Henri II le peintre ordinaire du roi. Celui-ci lui donne une lettre de naturalité, qui fait de Corneille un Français. Il reste attaché à la couronne royale jusqu'à sa mort. Dans tous les documents officiels durant les règnes de Henri II, François II et Charles IX, il porte continuellement ce titre, son choix de la religion réformée ne lui a donc pas nui sur ce point. En 1564, il jouit toujours de la faveur royale, et Catherine de Médicis lui fait l'honneur de visiter son atelier..
Il est difficile de déterminer sous quel titre précis Corneille a été peintre du roi. Il n'est inscrit sur aucun États des officiers domestiques du Roy conservés, même si les lacunes de ce document ne permettent pas de trancher en faveur de son absence complète. Par ailleurs, les privilèges d'exemptions fiscales qui accompagnent cet enregistrement ne semblent pas avoir été toujours accordés par le consulat de Lyon à Corneille, sans que les lacunes, là également, de ces documents ne permettent de trancher. De plus, la législation sur ce sujet des statuts et privilèges étant floue et fluctuante, il semble que ce point doive rester sans solution nette..
Corneille, peintre lyonnais
vignette|gauche|Françoise de Longwy, épouse de l'amiral Philippe Chabot, puis de Jacques de Pérusse, seigneur d'Escars, DdG , vers 1536-1540, château de Versailles, MV 3144
Malgré cette fonction, le peintre reste à Lyon. Il ne suit pas la cour à Paris ou dans ses déplacements. Pleinement intégré à la société lyonnaise, il se marie avec Marguerite Fradin. Il a une nombreuse famille, est propriétaire de plusieurs maisons à Lyon et d'une maison de campagne à Vénissieux.
La famille de Corneille Il épouse Marguerite Fradin avant 1547. Elle est la fille de l'imprimeur François Fradin, spécialisé dans l'édition d'ouvrages juridiques, notamment les Corpus juris civilis et Corpus juris canonici.. Personnage important de la cité durant les années 1530, il possède une maison rue Raisin et est le chef du pennon Annemond Perret. Il décède en 1537. Par testament, il lègue une somme de devant être payée par ses frères. Le flou du document entraîne un conflit juridique tranché par la sénéchaussée en 1552, date à laquelle Corneille acquiert un droit sur les loyers d'une maison rue Écorchebœuf louée à un boucher. Le beau-père de Corneille laisse derrière lui son épouse née Clémence Chenard, deux fils Pierre et Jean et une autre fille Françoise..
Le mariage de Corneille est probablement à l'origine de sa demande de naturalisation. En effet, en tant qu'étranger, il ne paye pas les taxes urbaines ordinaires, mais en cas de décès, ses biens sont saisis en vertu du droit d'aubaine.
Son mariage avec Marguerite a dû lui ouvrir les portes de la bonne société lyonnaise. En effet, l'un de ses beaux-frères est marié à une parente du poète Jean GirardJean Girard (1518-1586), notice BNF, 18 mars 2015. et l'autre à une importante famille florentine.. Durant toute sa vie, Corneille réside près de sa belle-famille.
C'est toutefois en tant que peintre du roi qu'il acquiert une réputation dont on peut discerner les traces via les registres des nommées urbaines, c'est-à-dire les listes d'impositions. En effet, plusieurs voisins se situent géographiquement en indiquant . Le quartier où il réside mélange les classes sociales aisées ou modestes, mais parmi ses voisins on trouve un graveur de monnaie, un changeur, un maître de sa corporation ou un des plus importants notaires de la ville..