Les îles Éparses de l'océan Indien, couramment appelées les îles Éparses, sont de petites îles françaises de l'ouest de l'océan Indien, situées autour de Madagascar. On distingue généralement cinq entités au sein de cet ensemble éclaté : les îles Europa, Bassas da India et Juan de Nova d'une part, situées dans le canal du Mozambique ; les îles Glorieuses et Tromelin d'autre part, situées respectivement au nord et à l'est de Madagascar.. Une revendication sur cet archipel, autrefois rattaché au protectorat français de Madagascar, a été émise par Madagascar en 1973Madagascar revendique également les autres îles éparses..

Depuis 2007, les îles Éparses de l'océan Indien constituent l'un des cinq districts des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) (avec les îles Saint-Paul et Amsterdam, l'archipel Crozet, les îles Kerguelen, et la terre Adélie) ; elles avaient auparavant le statut de « territoires résiduels de la République ».. Si ces îles ne comptent aucune population civile permanente, des militaires français s'y relaient tous les quarante-cinq jours, sauf sur Tromelin, occupée par du personnel des TAAF, et Bassas da India, inhabitable.

Les îles Éparses sont partiellement revendiquées par les Comores, Madagascar et Maurice. Les revendications malgaches et mauriciennes sont toutefois nettement postérieures à leur accès à l'indépendance.

Géographie

Situation vignette|gauche|Carte des îles Éparses de l'océan Indien. Les îles Éparses de l'océan Indien sont situées : dans le canal du Mozambique, entre le Mozambique et Madagascar pour, du nord au sud, l’île Juan de Nova, Bassas da India et l’île Europa ; dans l'océan Indien et à l'ouest du cap d'Ambre (Madagascar) pour les îles Glorieuses et le banc du Geyser ; dans l'océan Indien et à l’est de Madagascar pour l’île Tromelin.

Les îles Glorieuses sont entourées par le groupe d'Aldabra (Seychelles) au nord, ainsi que l’archipel des Comores à l’ouest. L’île Tromelin est entourée au sud-sud-est par l’île de La Réunion et l’île Maurice, à l’est par l’archipel de Saint-Brandon et au nord-nord-est par l'archipel d'Agaléga.

Topographie ÎleTerres émergéesLagonZEECoordonnées Bassas da India Île Europa Îles Glorieuses . Île Juan de Nova Île Tromelin Îles Éparses de l'océan Indien

Les îles Éparses de l'océan Indien sont toutes d’origine corallienne, comme en témoigne leur morphologie, sous forme d’atoll pour Bassas da India, les îles Glorieuses, l’île Juan de Nova et l’île Europa, ou sous forme d'atoll surélevé pour l’île Tromelin. Leur superficie cumulée est de , leur point culminant ne dépasse pas quelques mètres d’altitude. La plus grande des îles est Europa avec tandis que la plus petite est Tromelin . Bassas da India se retrouve presque totalement submergée à marée haute.

Climat Situées à des latitudes comprises entre 22° sud pour l’île Europa et 11° sud pour l’île du Lys des îles Glorieuses, les îles Éparses de l'océan Indien sont soumises à un climat tropical et situées sur la trajectoire des cyclones tropicaux provenant du nord-est. L’absence de relief limite toutefois les précipitations sur ces îles par rapport à une île montagneuse qui bloquerait les nuages.

Faune et flore vignette|Tortue en train de pondre sur l’île Europa en 1997.

La végétation tropicale des îles Éparses de l'océan Indien est disparate d’une île à l’autre : totalement absente sur Bassas da India, elle est relativement luxuriante sur l’île Europa et sur les îles Glorieuses, avec une forêt d’euphorbes et une mangrove ; composée uniquement de cocotiers et de filaos sur l’île Juan de Nova, elle se décline en herbacées et arbustes sur l’île Tromelin. Cette végétation, relativement pauvre pour des îles situées sous les tropiques, s’explique par la nature essentiellement calcaire des sols, qui ne permet pas une bonne rétention des eaux de pluie.

La faune est en revanche très riche et diversifiée dans les îles Éparses. La faune sous-marine est notamment représentée par des coraux, qui forment les barrières coralliennes entourant chacune des îles, et des tortues de mer, venant pondre périodiquement à l’île Europa et l’île Tromelin. L’avifaune est représentée par des colonies d’oiseaux de mer comme des frégates et des fous à l’île Europa, des sternes à l’île Europa et aux îles Glorieuses la plus grande colonie de sternes fuligineuses de l’océan Indien et une des plus importantes au monde à l’île Juan de Nova mais aussi des flamants roses à l’île Europa. Enfin, des chèvres introduites vivent sur l’île d’Europa, qui est envahie de moustiques au coucher du soleil. L'éradication totale des rongeurs (rats…) a été menée avec succès en 2003 sur l’île du Lys et en 2005 sur Tromelin.

Eaux territoriales et zone économique exclusive Du fait de leur éloignement mutuel ainsi que des pays et territoires voisins, la zone économique exclusive des îles Éparses de l'océan Indien est très étendue, avec au total...... L’exploitation de ses ressources halieutiques est soumise à la loi du s’appliquant aux Terres australes et antarctiques françaises, ce qui signifie que, dans les eaux territoriales et la zone économique exclusive, seuls les navires de pêche autorisés peuvent pratiquer leur activité..

Cependant, ces îles n'étant pas surveillées activement par des douanes, elles sont la cible répétée de flottes de braconniers seychellois et malgaches., et constituent des réserves naturelles en péril..

Démographie À l’exception de Bassas da India, toutes les îles sont habitées par au moins un gendarme (sauf l’île Tromelin), des météorologues et parfois des scientifiques.. Europa, Glorieuse et Tromelin bénéficient en plus de la présence d'un agent de l'environnement des TAAF dont le travail est d'appliquer les mesures de suivi et de restauration de l'environnement terrestre en suivant la préconisation du PAB (Plan d'Action Biodiversité) qui est la feuille de route environnementale pour la gestion de ces îles.

Histoire Découverte et premières occupations vignette|Plage sur l’île Grande Glorieuse dans les îles Glorieuses.

Les différentes îles Éparses de l'océan Indien ont vraisemblablement été toutes découvertes fortuitement par les Portugais lorsque les premiers navires marchands sur la route des Indes doublaient le cap de Bonne-Espérance. C’est le cas de l’île Europa dont l’existence était connue de la Compagnie française des Indes orientales et des Français installés à Madagascar et qui était alors utilisée comme refuge par des pirates fuyant la Marine royale française. L’île Juan de Nova était également connue des premiers navigateurs européens.

Certaines îles furent même occupées un certain temps de manière permanente, comme l'île Tromelin où furent abandonnés quatre-vingts hommes, femmes et enfants malgaches réduits en esclavage de 1761 à 1776, l’île Europa qui abritait de 1905 à 1910 deux familles réunionnaises tirant leurs revenus de l’exploitation du sisal et des écailles de tortues, l’île Juan de Nova dont le guano fut exploité de 1900 à 1968 environ ou encore les îles Glorieuses utilisées comme cocoteraie plantée vers 1912 par un Français et exploitée par des Seychellois jusqu’en 1958.

Situées autour de Madagascar et de l’archipel des Comores et non loin de La Réunion ou encore de l’île Maurice qui deviendront des colonies françaises, les îles furent peu à peu intégrées à l’empire colonial français, notamment en 1930 avec les îles Glorieuses.

À la demande de l’Organisation météorologique mondiale, la France décida en 1950 d’implanter des stations météorologiques sur ces îles placées stratégiquement sur la trajectoire des cyclones tropicaux du sud-ouest de l’océan Indien qui pouvaient toucher La Réunion, l’île Maurice, les Seychelles, Mayotte, les Comores, Madagascar et le Mozambique. Ces stations furent automatisées par la suite, à l’exception de celle de Tromelin.

La présence française dans ces îles se renforce en 1973 lorsque des détachements militaires des Forces armées de la zone sud de l'océan Indien s’installent sur l’île Europa, l’île Grande Glorieuse et l’île Juan de Nova. L’autorité sur ces îles est alors confiée à un gendarme et celle sur l’île Tromelin au chef de mission de la station météorologique. De plus, des navires de la Marine nationale et des appareils de l’Armée de l’air assurent à la fois la surveillance de la ZEE et le ravitaillement de ces garnisons et stations.

Cadre juridique des îles Éparses vignette|Drapeau des TAAF.

En 1960, le cadre juridique et territorial des îles Éparses de l'océan Indien se précise lorsqu’elles sont placées sous l’autorité du ministère des Outre-mer et sous l'administration du préfet de la Réunion. Cependant, elles ne font à l'époque partie d’aucune région, département ou collectivité territoriale. Ce statut évolue par la suite en deux étapes : le , lorsque leur administration est transférée à l’administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises, et le , lorsqu’elles deviennent le cinquième district de cette collectivité d’outre-mer de la France. Par conséquent, elles restent en dehors de l’Union européenne, ce qui signifie que le droit s’y appliquant n’est pas le droit communautaire mais celui des Terres australes et antarctiques françaises.

Souveraineté française En 1896, l'empire colonial français déclare que « Madagascar et les îles qui en dépendent » deviennent colonie française. Les îles Éparses de l'océan Indien deviennent alors un territoire administré depuis le protectorat de Madagascar. Mais, à la veille de l'indépendance de Madagascar (), l'État français promulgue un décret détachant « nommément le récif de Tromelin, l'archipel des Glorieuses et les îlots Juan de Nova, Europa et Bassas da India du territoire de la République autonome de Madagascar » (qui fut créé le ) pour les placer sous l'autorité directe du ministre responsable de la France d'outre-mer.

Au moment de l’indépendance de Madagascar en 1960, l’intérêt géopolitique des îles Éparses de l'océan Indien est central, ces îles étant situées sur une importante route maritime permettant de relier l’Asie et le Moyen-Orient à l’Europe et l’Amérique, comportant une importante zone économique exclusive (ZEE) et pouvant servir de site d’essai nucléaire. C’est dans ce contexte que le général de Gaulle réaffirme l’importance de l’absence de prétentions de souveraineté de Madagascar sur ces îles :

L'annexion n'est pas remise en cause par Madagascar avant 1973. Lors de la négociation des nouveaux accords de coopération par le président malgache Didier Ratsiraka, alors soutenu par l'URSS dans un contexte de Guerre froide, il conteste la décision française de 1960 sous prétexte qu'elle violait l'intégrité territoriale d'un pays colonial promu à l'indépendance.

La France refuse la restitution des îles, considérant que cette scission s'est effectuée avec l'accord du gouvernement malgache et du président Philibert Tsiranana. De plus, celles-ci n'ont jamais été habitées par des Malgaches.

Face aux refus français, Madagascar décide d'interpeller l'ONU. Le ministre des Affaires étrangères envoie en 1976 un télégramme au secrétaire général des Nations unies, Kurt Waldheim, pour affirmer la souveraineté de Madagascar sur les îles Éparses de l'océan Indien et en 1979 des résolutions par l'OUA, le groupe des non-alignés et l'organe plénier des Nations unies recommandent à la France de restituer les îles à Madagascar ou du moins d'entamer des négociations en vue de leur réintégration. Entre-temps, Madagascar émet des protestations, le , lors de la création d'une ZEE en février et en fera de même avec l'instauration d'une ZEE de 200 milles en 1985.