José Daniel Ortega Saavedra Prononciation en espagnol d'Amérique retranscrite selon la norme API., né le à La Libertad, est un homme d'État nicaraguayen. Ancien guérillero, il est le président de la république du Nicaragua depuis 2007.
Membre du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), au sein duquel il participe au renversement en 1979 de la dynastie des Somoza, il préside la Junte de gouvernement de reconstruction nationale durant la première période de la révolution sandiniste, de 1979 à 1985 ; il est président de la République de 1985 à 1990. Après sa défaite à la présidentielle de 1990, il se représente de nouveau en 1996, 2001 et 2006, année à laquelle il est de nouveau élu président.
Il prend ses fonctions le , puis est réélu de manière controversée en 2011, 2016 et 2021, alors que sa présidence emprunte un tournant de plus en plus autoritaire. Le caractère de la répression s'intensifie durant son quatrième mandat, lors duquel plusieurs ONG, universités et journaux indépendants sont fermés ; il établit ainsi une dictature....
À plusieurs reprises, il fait changer la Constitution du pays. En 2025, sa femme, Rosario Murillo, est nommée co-présidente de la République.
Jeunesse Daniel Ortega, issu d'une famille de la classe moyenne, est le fils de Daniel Ortega et Lidia Saavedra, tous deux actifs opposants à la dictature d'Anastasio Somoza García. En 1963, il entre à l'université centraméricaine de Managua. Il abandonne cependant très vite ses études et rejoint le Front sandiniste de libération nationale, qui lutte contre le régime d'Anastasio Somoza Debayle.
En 1967, il est arrêté avec plusieurs autres militants et emprisonné ; comme tous les prisonniers politiques, il est soumis à la torture durant ses années de détention. Il est libéré en 1974, après sept ans d'emprisonnement, à la faveur d'un échange de prisonniers entre la guérilla et le régime : un commando sandiniste avait capturé un membre de la famille Somoza, ainsi que les ambassadeurs américain et chilien au Nicaragua.
Révolution sandiniste Junte de reconstruction nationale En , avec l'aide d'un soulèvement populaire, la guérilla du Front sandiniste de libération nationale renverse le dictateur Anastasio Somoza Debayle. Une Junta de Gobierno de Reconstrucción Nacional est constituée, regroupant des représentants des différentes forces d'opposition au régime renversé : Daniel Ortega, chef de file de la faction dite tercériste du FSLN (qui insistait sur l'action militaire davantage que sur le travail idéologique pour abattre le régime) ; Sergio Ramírez Mercado (écrivain et sympathisant sandiniste), Moisés Hassan (militant sandiniste) ; Alfonso Robelo Callejas (homme d'affaires libéral) et Violeta Barrios de Chamorro (directrice du journal libéral La Prensa).
Très tôt, la junte se défit, abandonnée par ses représentants de mouvements libéraux qui n’acceptèrent pas la mainmise croissante des sandinistes sur les organes essentiels du pouvoir. Sous la conduite de Daniel Ortega, se confirmèrent les craintes des libéraux de voir s’instaurer un régime de type socialiste avec le FSLN dans le rôle de parti politique pratiquant la « démocratie participative » encadrée par les comités de défense.
Le régime nationalise les banques, les compagnies d’assurances ainsi que les ressources minières et forestières. Les importations et exportations de produits alimentaires sont placées sous contrôle de l’État. La peine de mort est abolie et l'homosexualité dépénalisée.
Politique sociale Le gouvernement sandiniste planifie une « croisade nationale d'alphabétisation », qui constituera sans doute sa plus grande réussite. Inspirées des programmes développés à Cuba après la révolution, des milliers de patrouilles d'alphabétisation sont envoyées partout dans le pays, dotées par le gouvernement d'importants moyens. Alors que le pays était plongé dans la guerre civile, le budget consacré à l'éducation est plus que doublé, et le taux d'alphabétisation croît de 13 % à 50 % au cours des années 1980. L'UNESCO décerne au Nicaragua le prix Nadejda Kroupskaïa en reconnaissance de ces efforts.
Le FSLN porte également son attention sur l’amélioration du système de santé nicaraguayen, notamment à travers des campagnes de vaccination et par la construction d’hôpitaux publics, ce qui permet principalement de réduire de moitié la mortalité infantile en la ramenant à 40 pour mille. Dans le domaine de la réforme agraire, les propriétés de la famille Somoza et de certains cadres du régime déchu sont redistribuées aux paysans ou converties en fermes d’État. L'envergure de la réforme reste toutefois limitée puisqu'elle ne concernait que les propriétaires les plus notoirement somozistes et non pas l’ensemble de la structure agraire.
Conflit avec les États-Unis et insurrection intérieure Le gouvernement de Daniel Ortega se déclarait inspiré par le socialisme démocratique de Salvador Allende, tout en affichant une proximité diplomatique avec Cuba. En réaction, les États-Unis placent le Nicaragua sous embargo et soutiennent la guerre des Contras, mouvement d'opposition armé et entraîné par la CIA, car le président Ronald Reagan avait la crainte d'un pays communiste allié à l'URSS en Amérique centrale.
vignette|Daniel Ortega en 1989. Le se tint la première élection présidentielle depuis le soulèvement armé de 1979, dont son parti sortit victorieux (67 %), mais les États-Unis rejetèrent l'élection sous motif de fraude, malgré la présence massive d'observateurs internationaux. La principale force d'opposition, la Coordination démocratique nicaraguayenne, après avoir initialement annoncé sa participation aux élections, appelle finalement à l'abstention à la suite d'un voyage aux États-Unis de son dirigeant Arturo Cruz. Washington offrait alors trois cent mille dollars aux dirigeants de partis qui se retireraient des listes afin d’ôter toute crédibilité à des élections dont les sandinistes étaient largement favoris. Le , Daniel Ortega fait adopter une nouvelle constitutionEncyclopédia Universalis, volume 16, édition 1990, p. 329..
Les ports du pays avaient déjà été minés par les États-Unis en pour empêcher le Nicaragua de commercer avec l'extérieur, et la guerre menée par les Contras occasionne près de et de lourds dommages à l'économie. Plusieurs scandales viennent médiatiser cette guerre : révélation en 1986 des ventes d’armes à l’Iran (Irangate) ou du trafic de cocaïne institutionnalisé par la CIA depuis la Colombie pour financer les « contras ». Les États-Unis sont condamnés en 1987 par le Tribunal international de La Haye à 17 milliards de dollars d'indemnisation au Nicaragua, somme qui ne sera jamais versée..
Fin 1989, Daniel Ortega annonce l'anticipation de neuf mois du scrutin de 1990..
Après 1990 Dans l'opposition Le , des élections anticipées virent la défaite du FSLN au profit de Violeta Chamorro, du parti UNO (Unión Nacional Opositora), alliance de partis opposés au gouvernement sandiniste. Daniel Ortega reconnut sa défaite, ce qui crédibilisa grandement la volonté déclarée de transparence du régime sandiniste, mais il déclara néanmoins que le FSLN continuerait de gouverner « d'en bas ». Ainsi, quelque temps avant la transmission du pouvoir, , confisqués aux premiers jours de la révolution. S'il s'agissait prétendument d'assurer au parti des ressources financières pour continuer la lutte, beaucoup estimèrent que cette manœuvre témoignait de la corruption qui s'était insinuée au FSLN après des années de gestion du pouvoir.
Le , Ortega fut à nouveau battu à la présidentielle, le vainqueur étant Arnoldo Alemán du parti libéral AL (Alianza Liberal), à la suite d'une élection entachée de fraudes électorales. L'ex-président américain Jimmy Carter intervient personnellement pour convaincre Ortega d'accepter « la défaite » malgré la fraude pour « préserver la paix » revenue peu auparavant.
Ortega conclut avec le président Arnoldo Alemán, en 1999, un pacte de partage des pouvoirs permettant à leurs partis, libéral et sandiniste, pourtant historiquement et politiquement opposés, de contrôler la grande majorité des institutions, dont le Conseil suprême électoral et la Cour suprême de justice ; par ailleurs, le seuil exigé pour qu'un candidat remporte l'élection présidentielle dès le premier tour est abaissé de 45 % à 35 % (ce qui permettra la victoire d'Ortega en 2006)https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse/2073https://www.liberation.fr/debats/2016/11/11/nicaragua-un-scrutin-sans-campagne-ni-votants_1527322/. Ce pacte est désapprouvé par beaucoup d'intellectuels de gauche, qui y voient une trahison aux idéaux sandinistes. Les partisans de ce pacte assurent au contraire qu'une conquête du pouvoir nécessite des compromis et que le FSLN s'est déjà, par le passé, allié avec certains secteurs de la bourgeoisie pour combattre la dictature.
Le , le libéral Enrique Bolaños, soutenu par les États-Unis, l'emporta largement avec 56,3 % des suffrages, loin devant Daniel Ortega, qui en recueillit 42,3 %. Daniel Ortega, qui s'était présenté comme candidat de la Convergencia Nacional (une alliance rassemblant le FSLN et divers partis de gauche et centre-gauche), fut appelé par ses détracteurs « ami de terroristes », pour les relations qu'il maintint dans les années 1980 avec des dirigeants arabes tels que Mouammar Kadhafi et Yasser Arafat.
En 2004, Ortega renouvela formellement le pacte avec l'ex-président Arnoldo Alemán, malgré le fait que celui-ci ait été condamné à 20 ans de détention et assigné à résidence pour corruption et blanchiment d'argent, entre autres. Ces deux leaders politiques comptent sur un fort soutien des masses populaires, sandinistes pour l'un, libérales pour l'autre. Ils sont alors opposés au président Enrique Bolaños Geyer, dont le parti, le PLC (Partido Liberal Constitucionalista), est resté fidèle à Alemán.
Plusieurs opposants au pacte, dont Ernesto Cardenal, Herty Lewites ou encore le chanteur populaire Carlos Mejía Godoy, ont rejoint un parti dissident, le Mouvement de rénovation sandiniste (MRS), fondé en 1995 par Sergio Ramírez..
Selon l'ambassadeur des États-Unis à Managua, Paul Trivelli, fortement impliqué dans la campagne présidentielle du candidat conservateur Eduardo Montealegre, Daniel Ortega et le Front sandiniste de libération nationale reçoivent régulièrement de l'argent des cartels de la drogue pour financer leurs campagnes électorales au Nicaragua. En échange de cet argent, ce dernier ordonnerait aux juges de prononcer des peines clémentes contre les trafiquants arrêtés par les forces de sécurité..
Élections de 2006
L'élection présidentielle du , a opposé Daniel Ortega (FSLN) à Eduardo Montealegre (ALN, droite), José Rizo Castellón (PLC, droite), Edmundo Jarquín Calderón (MRS, gauche) et Edén Pastora (AC, gauche). Son principal rival, Eduardo Montealegre, bénéficiait du soutien du gouvernement sortant et de Washington..
Favori dans les sondages, Daniel Ortega remporte 37,99 % des suffrages (soit ), ce qui lui assure la victoire au premier tour, avec une avance confortable de presque 10 points sur Eduardo Montealegre, qui n'emporte que 28,30 % des votes. José Rizo bénéficie de 26,21 % de votes, Edmundo Jarquín de 6,44 % et Edén Pastora de 0,27 %.
Daniel Ortega est élu président de la République au premier tour du fait de son résultat situé au-dessus des 35 % et de son avance de plus de cinq points sur son adversaire le plus proche. La constitution étant ainsi arrangée de façon à faciliter l’élection d'un candidat au premier tour pour en éviter un second. Le Figaro estime que cet amendement lui permet d'assurer sa réélectionAlix Hardy, « Le Nicaragua sous la coupe des Ortega », Le Figaro, 15-16 décembre 2018, p. 12..
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