vignette|240x240px|Le discours de Dominique de Villepin aux Nations unies met le feu aux poudres des relations franco-américaines en 2003. Le ressentiment antifrançais aux États-Unis, ou la francophobie américaine, est un ensemble de comportements, croyances, de stéréotypes et de caricatures dans l'opinion américaine concernant les Français et la France, qui s'accompagne de divers degrés d'ignorance des réalités de l'histoire des relations franco-américaines et s'intensifie lors des périodes de tension dans ces relations. Le terme de « » désigne aussi bien le dénigrement de la France à l'étranger que l'autodénigrement français en lien avec un certain déclinisme.
Avant la Seconde Guerre mondiale vignette|Portrait du marquis de la Fayette.|gauche|281x281px La francophobie aux États-Unis après 1945 inverse un précédent sentiment francophile. Du point de vue patriotique américain, la France fut le premier allié des révolutionnaires américains. Quand le marquis de La Fayette parcourut les États-Unis en 1824-1825, il fut accueilli en héros en tant que première célébrité américaine, et de nombreuses nouvelles localités furent baptisées en son honneur, comme , ou encore .
L'ambivalence politique du Second Empire pendant la guerre de SécessionS. Sainlaude, La France et la Confédération sudiste, Paris, L'Harmattan, 2011. n'empêche pas la France d'être un point de ralliement pour les classes américaines cultivées, surtout du Sud, qui embrassent les styles et les produits de luxe français : elles étudiaient les Beaux-Arts, la cuisine française régnait sur les grandes tables américaines, et les femmes de la classe supérieure suivaient la mode parisienne. Mais dans le Nord industriel et populaire, où de nombreux immigrants sont d'origine allemande, la France est synonyme d'intrigues, de divisions, de prétentionsS. Sainlaude, Le gouvernement impérial et la guerre de Sécession, Paris, L'Harmattan, 2011..
Après la Première Guerre mondiale à laquelle participèrent des volontaires américains dès le début, et les troupes américaines à partir de 1917 (« Lafayette nous voilà ! » - général Pershing), et qui fut pour la France l'occasion de découvrir le jazz noir américain (orchestres des régiments « colorés » - Jim Europe), une génération de riches Américains, et de nombreux artistes tels que Natalie Clifford Barney, Edith Wharton ou encore Francis Scott Key Fitzgerald s'expatrièrent pour mener une vie de bohème à Paris durant les années folles.
La crise de 1929 met un frein au style de vie international et durant les années 1930 les relations franco-américaines se distendent à mesure que l'isolationnisme gagne les États-Unis.
Pendant la Seconde Guerre mondiale
Contrairement à un préjugé tenace, ce n'est pas la défaite militaire de la France en juin 1940 qui a choqué les Américains francophiles et détruit dans leur culture populaire l'image idyllique de Paris, exprimée par The Last Time I Saw Paris (« La dernière fois que j'ai vu Paris »), succès de Tony Martin en 1941, et par Un Américain à Paris (1951), qui reflétaient d'ailleurs davantage la période des années folles des années 1920 que celle des années 1930. Ce qui a porté un coup historique à la francophilie américaine (et pas seulement américaine), c'est l'armistice du 22 juin 1940 violant l'engagement interallié du 28 mars 1940, et la mise en place de la politique de collaboration avec l'Allemagne nazie, évènements perçus dans les pays anglo-saxons comme une « trahison », et ailleurs comme un reniement des valeurs morales jusque-là diffusées par la France.
Le maréchal Pétain ayant reçu ses pleins-pouvoirs du Parlement, les États-Unis reconnaissent le régime de Vichy et jusqu'en 1944, le considèrent comme légitime : le général de Gaulle n'est, à leurs yeux, qu'un supplétif des armées britanniques. Ce régime de Vichy qu'ils combattent en Syrie, en Afrique du Nord et outre-mer, est pour les anglo-saxons un co-belligérant de l'Axe à occuper et à administrer militairement, et les exigences de De Gaulle pour imposer la France libre comme seule représentante légitime du pays, et pour la faire figurer aux côtés des « Trois Grands » parmi les puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale, leur semblent excessivesRobert Paxton (trad. Claude Bertrand, préf. Stanley Hoffmann), La France de Vichy 1940-1944, Seuil, coll. « L'Univers historique », Paris 1973, 375 p. et (avec Nicholas Wahl et al.), De Gaulle and the United States : a centennial reappraisal, Berg publ., Oxford/Providence (Rhode Island), 1994, XIX, 433 p..
C'est pourquoi le sentiment prédomine aux États-Unis, et aussi en Grande-Bretagne, que la libération de la France d'une occupation dont le gouvernement français était complice, est l'œuvre quasi-exclusive des soldats américains et britanniques, délivrant une population pauvre, sale, affamée et prête à tous les trafics et les prostitutions pour survivreNos amis les Français - 112 Gripes about the French - Stimuli-insolite.com (voir archive). En 2003, à la suite du refus de Jacques Chirac à engager la France dans la guerre contre l'Irak, un journaliste de Fox News attribue par erreur à James Schlesinger, ancien secrétaire à la défense, une citation d'une déclaration du général américain George Patton. Celui-ci aurait déclaré qu'il préférait . En réalité, Schlesinger n'a jamais rapporté ces propos., qui sont d'ailleurs très peu vraisemblables. Patton était un francophile, son épouse parlait français et il a passé quelques moments de sa vie à Saumur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Patton laisse souvent passer devant la Division Blindée française du général Leclerc..
Après la Seconde Guerre mondiale vignette|gauche|upright|Le général de Gaulle. La paix n'améliore pas les relations entre les États-Unis et la France, car de Gaulle, qui s'était déjà opposé à Franklin Roosevelt durant la guerre, se montre conciliant envers les communistes, or Washington refuse d'admettre que c'était la condition incontournable de la paix sociale et de la reconstructionJean Laloy, article À Moscou : entre Staline et de Gaulle, décembre 1944, in : « Revue des Études Slaves » 54-1-2, 1882 137-152 sur . Washington se montre également critique envers la politique française dans la guerre d'AlgérieVoir Guerre d'Algérie et s'oppose à la France (et au Royaume-Uni) pendant la crise de Suez, en 1956.
Dix ans plus tard, la demande française d'un statut à part dans l'OTAN se heurte à un refus, et la France quitte le commandement intégré (dont l'état-major était installé sur le sol français). Lorsque de Gaulle annonce par téléphone à Lyndon Johnson qu'il allait expulser les bases américaines et tout leur personnel de son territoire, le président américain lui aurait demandé si cela incluait les quelque Américains qui y étaient enterrés France's rendezvous with history - BBC, 14 mars 2009.
Israël s'étant rapproché des États-Unis et les pays arabes montant en puissance, le gouvernement du général de Gaulle se montra plus sensible à la cause palestinienne au Moyen-Orient, et de plus, se mit à critiquer la guerre du Viêt Nam (américaine), déjà très impopulaire en France. En commentant l'épisode vietnamien, l'écrivain et journaliste Jean-François Revel affirme qu'« en déployant cet antiaméricanisme, inspiré ou plutôt décuplé par la guerre du Viêt Nam, les Européens et surtout les Français, de façon plus remarquablement injustifiée, oubliaient ou feignaient d'oublier que la guerre américaine du Viêt Nam était le rejeton direct de l'expansion coloniale européenne en général et de la guerre française d'Indochine en particulier. C'est parce que la France aveugle avait refusé toute décolonisation après 1945 ; c'est parce qu'elle s'était fourvoyée dans une guerre lointaine et interminable durant laquelle elle avait d'ailleurs maintes fois imploré et parfois obtenu l'aide américaine ; c'est parce que la France battue à Diên Biên Phu avait dû signer en 1954 les désastreux accords de Genève, livrant le nord du Viêt Nam à un régime communiste qui s'était aussitôt empressé de violer lesdits accords ; c'est donc indubitablement à la suite d'une longue suite d'erreurs politiques et d'échecs militaires de la France que les États-Unis furent amenés plus tard à intervenir ».
Le soutien apparent de De Gaulle à l'indépendance du Québec (« Vive le Québec libre ! » en ) fut aussi ressenti comme une provocation par les États-Unis, déjà irrités par les relations plus ou moins amicales de la France avec les pays communistes, dont l'URSS. La France a poursuivi un programme d'armement nucléaire national et développé ses capacités militaires pour rompre sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. Durant cette période, les relations franco-américaines étaient au plus bas.
Les relations franco-américaines se détendirent un peu sous Georges Pompidou, mais des tensions intermittentes subsistaient. La France voyait l'Union européenne comme un contrepoids à la puissance américaine, et travailla notamment au développement d'une monnaie pouvant contrebalancer le dollar dans le commerce mondial. La France a aussi consacré beaucoup d'efforts à la conservation de ses liens avec l'Afrique de l'Ouest. Le gouvernement américain est resté assez distant envers la France et a poursuivi des relations nettement plus proches avec des États comme le Royaume-Uni.
Plus récemment, des tensions s'alimentèrent avec l'affaire des quotas sur les films américains en France (accord Blum-Byrnes), l'opposition aux essais nucléaires français dans le Pacifique, les visions divergentes sur la finalité de la construction européenne (l'Europe puissance perçue comme un contre-pouvoir) notamment concernant la défense européenne.
Dans les années 1990, les médias dominants américains présentent régulièrement la France comme archaïque et arrogante.
Guerre d'Irak vignette|upright|Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères français au moment de la guerre d'Irak. En 2003, la francophobie est revenue au premier plan aux États-Unis lorsque la France refusa d'approuver le plan d'invasion de l'Irak présenté par les États-Unis au Conseil de sécurité des Nations unies. Alors que d'autres nations étaient aussi ouvertement opposées au plan (notamment l'Allemagne, la Russie et la Chine), la France essuya des critiques particulièrement féroces.
Arguments d’autant plus controversés que la France n’entretenait ces dix dernières années que des relations minimes avec l’Irak, , et . En ce qui concerne les forces militaires françaises présentes en Côte d’Ivoire, leur présence a été légalisée après coup. En effet, le Conseil de sécurité a mis en place la mission ONUCI (résolution 1528) le alors que l'Opération Licorne a été créée en septembre 2002.