Les réformes clisthéniennes sont des réformes politiques introduites par Clisthène dans la Grèce antique en 508-507 av. J.-C..

Au , le grand aristocrate athénien qu'est Clisthène entreprit d’importantes réformes politiques en Attique. Elles avaient pour but de transformer le système politique afin d’empêcher le retour de la tyrannie. Toutefois, ces réformes n’aboutirent pas immédiatement à la démocratie. En effet, les réformes de Clisthène permirent l’implantation de l’isonomie, c’est-à-dire l’égalité de tous devant la loi, ce qui fut le premier pas vers la démocratie. Les réformes portaient essentiellement sur une nouvelle division de l’Attique en de nouvelles tribus ainsi que l’implantation de nouvelles mesures toujours dans le but d’empêcher le retour de la tyrannie. De nouvelles fonctions, notamment celle de stratège, entrèrent en vigueur et marquèrent profondément les institutions politiques de la Grèce. Cette révision du système politique toucha l’Attique entière et transforma le mode de participation aux affaires publiques.

Contexte historique Les réformes de Clisthène furent appliquées après l’échec de la tyrannie à Athènes. La tyrannie, à l’opposition de la législation, était fondée sur une seule personne qui s’appuyait sur la force pour demeurer au pouvoir. Pour les Grecs, la tyrannie, terme emprunté aux barbares lydiens, était une forme de monarchie. Le terme « monarchie » doit être saisi au sens de gouvernement d’un seul. Traditionnellement, la royauté grecque était aristocratique et le lien entre le roi et le peuple prenait la forme d’un contrat. Pour sa part, la tyrannie était arbitraire et avait un caractère absolutiste. Généralement, le tyran renversait le gouvernement oligarchique en place. Dans certains moments, dans diverses cités grecques, il a directement remplacé le roi. À Athènes, la tyrannie fut considérée comme une solution de rechange à la crise engendrée par les législateurs en place. Partout en Grèce, les auteurs anciens ont réalisé que les familles de tyrans ne restaient jamais plusieurs générations au pouvoir. Ils en sont venus à la conclusion que l’échec principal de la tyrannie était son incapacité à demeurer au pouvoir et à ainsi créer des dynasties.

Le régime des tyrans était en opposition avec l’aristocratie. Toutefois, il faut nuancer cette affirmation. Lors de leurs coups d’État, les tyrans s’appuyaient souvent sur une famille d’aristocrates. Malgré ces rares moments d’alliance entre les tyrans et les aristocrates, la politique tyrannique demeurait hostile aux plus riches. Le moyen le plus souvent utilisé contre les aristocrates était la proscription. Cependant, le bannissement d’une personne n’entraînait pas le bannissement de sa famille. Ainsi, même si l’Alcméonide Mégaclès fut contraint à s’exiler, Clisthène, un membre du même clan, fut archonte quelques années plus tard (de 525 à 524 avant JC)

La politique des tyrans portait surtout sur les grands travaux. Ces travaux ont été interprétés comme un moyen pour détourner l’attention des citoyens de la vie politique. Plusieurs d’entre eux entreprirent une vague de travaux, surtout pour contrer les effets de la crise agraire et fournir une activité aux gens qui n’avaient plus de terre.

Le premier tyran d’Athènes fut Pisistrate, arrivé au pouvoir en -552 grâce à sa ruse. Avant son arrivée au pouvoir, le système politique d’Athènes était divisé en trois « partis » ; les Pédiens qui formaient l’oligarchie, les Paraliens qui représentaient les nouveaux riches et finalement les Diacriens qui représentaient la paysannerie pauvre. Même s’il était un aristocrate, Pisistrate devint le chef des Diacriens. Après quelques déboires, il dut s’exiler en Thrace où, grâce aux mines, il s’enrichit. Avec sa fortune, il engagea des mercenaires et prit possession d’Athènes. Il entreprit, comme la plupart des autres tyrans de son époque, de grands travaux publics. Toutefois, la politique de Pisistrate n’offrit rien de nouveau. Il se contenta de stabiliser la situation des paysans dans les campagnes et il fit des avances sur les semences pour résoudre le problème de manque de nourriture. De plus, sous la tyrannie de Pisistrate, Athènes connut une phase d’expansion plus près de la colonisation que de la simple expansion territoriale. Le tyran encouragea les entreprises personnelles pour fonder de nouvelles cités. De plus, il encouragea la religion grâce à une politique religieuse très active. Les cultes de Thésée et surtout celui d’Athéna connurent une recrudescence au cours de cette période.

En 510 av. J.-C., Hippias, un des fils de Pisistrate, fut chassé du pouvoir par une coalition formée d’aristocrates. Parmi eux se trouvait Clisthène, un membre de la famille des Alcméonides. Après un intermède où un retour à l’oligarchie fut envisagé, deux groupes se livrèrent une lutte pour le pouvoir. D’un côté se trouvait Isagoras, un aristocrate réactionnaire soutenu par Sparte, et de l’autre côté, Clisthène qui était plutôt progressiste. Avec cette lutte de factions, la souveraineté populaire commença à progresser. En effet, sous la tyrannie, le peuple ne pouvait pas s’exprimer puisque l’égalité et la participation étaient inimaginables. Depuis le départ des tyrans, la population commença à se faire entendre davantage. Grâce à un soulèvement populaire, qualifié par Josiah Ober de « Révolution athénienne », Clisthène, alors exilé, fut rappelé par le peuple à Athènes et put instaurer ses réformes.

Caractéristiques des réformes

C'est en 508 av. J.-C. que Clisthène met en place ses réformes dont le principe structurant fut d’instaurer une plus grande isonomie entre les citoyens c’est-à-dire de créer un régime plus égalitaire.

Pour y parvenir il s'attaqua à deux anciennes institutions. Il dut ainsi restreindre le pouvoir des aristocrates, notamment à l’Aréopage. Cette institution servait de tribunal et ses membres étaient tous d’anciens archontes. C’était donc un lieu hautement aristocratique. Solon, un législateur du , avait tenté de restreindre le pouvoir de l’Aréopage en instaurant le conseil des quatre cents, mais en aucun moment ce groupe ne fut capable de contrebalancer les pouvoirs de l’Aréopage. Clisthène élimina aussi les derniers vestiges de l'organisation politique fondée sur les groupes familiaux, et en particulier sur les quatre tribus ioniennes. Le principal problème de cette division est qu’elle renforçait le pouvoir politique des citoyens de la ville et des factions régionales dominées par des aristocrates qui contrôlaient le reste du territoire.

Clisthène remplaça les quatre tribus par un nouveau système fondé sur la répartition géographique. Les anciennes structures (tribu, dème, phratrie, etc.) sont conservées mais redéfinies et réformées.

Clisthène divisa l’Attique en plus d’une centaine de dèmes, environ cent trente-neuf, de population inégale. Un dème pouvait représenter un quartier, une ville ou un village. Ces petits territoires devinrent l’unité de base des réformes. Les citoyens mâles de plus de 18 ans devaient s’y faire accepter lors d’un vote par les concitoyens du dème, les démotes. Au temps d’Aristote, les hommes étaient inscrits sur un registre et devaient faire un service militaire de deux ans. Ainsi, chaque citoyen avait un état civique identique et était nommé par le nom de son dème et celui de son père. Cela représente le début de l’égalité entre les citoyens. Tous les citoyens étaient inscrits dans un dème, et un grand nombre de métèques et d'affranchis accédèrent à la citoyenneté. Par la suite, l’assemblée des démotes nommait les magistrats (démarques) qui administraient le dème.

Clisthène regroupa ensuite tous les dèmes dans 10 nouvelles tribus, de telle sorte qu'aucune tribu n'eût un territoire d'un seul tenant ou ne représentât une force locale : l'Attique fut divisé en trois régions, l’astu (zone urbaine), la mésogée (zone rurale, intérieure) et la paralie (zone côtière) ; chaque dème faisait partie de l'une des 30 trittyes, 10 par région ; chaque tribu fut constituée par la réunion de trois trittyes. Chaque tribu portait le nom d’un héros local : Erechtheis, Aigeis, Pandionis, Léontis, Akamantis, Oineis, Kékropis, Hippothôntis, Aiantis, AntiochisChacun des héros éponymes à son sanctuaire, son prêtre, sa fête. Leurs dix statues se dressent sur une terrasse, au sud de l’agora, près du bouleuterion ; c’est au pied de ces statues que sont affichés sur des tablettes les actes officiels, les listes des éphèbes, comme les appels militaires..

Grâce à cette répartition, des groupes de gens venus des différentes parties de l'Attique, donc d'origine et de culture différentes furent obligés d'agir en commun. Malgré la division géographique, chaque tribu avait un rôle spécifique. Elle était le lieu de recrutement de la majorité des magistrats d’Athènes, des juges, de l’armée, etc.

La naissance de ce véritable corps civique repoussa les limites imposées par la somme des intérêts locaux et familiaux des cités, et forma alors une communauté politique contrastant avec les réalités de la communauté archaïque, désormais dépassée.

Les phratries originelles survécurent dans l'organisation politique comme une sorte de communauté religieuse responsable de certains cultes. Clisthène les obligea vraisemblablement à admettre les habitants qu'il avait affranchis afin que nul citoyen ne fût exclu.

Réorganisation des institutions vignette|Buste de Clisthène, créé en 2004 pour la Chambre et le Sénat de l'Ohio (États-Unis) par la sculptrice Anna Christoforidis, dans le cadre d'un programme de sculpture autour des figures importantes du développement de la démocratie Dans le cadre des réformes de Clisthène, l'émergence de la science, des mathématiques et de la philosophie favorisa l'organisation très géométrique de la cité et de sa géographie immédiate. Avec la logique pour organiser le monde, expliquer sa création puis son fonctionnement, le courant intellectuel provenant de la Grèce ionienne assurait l'harmonie territoriale dans une Grèce nouvelle, s'affranchissant irrémédiablement de l'archaïsme.

La réforme de Clisthène s'accompagna d'une modification profonde des institutions déjà existantes.

À la structure sociale hiérarchisée, : Dème ⊂ Trittye ⊂ Tribu ⊂ Cité,

Clisthène fait correspondre une structure hiérarchisée du pouvoir : Prytanes ⊂ Boulè ⊂ Ecclésia ; Juges ⊂ Héliée ⊂ Ecclésia.

Sa réforme ne retint pas le vote comme mode d'élection, lui préférant une alternance régulière (pour l'élection des prytanes) et le hasard (pour l'élection des bouleutes, des héliastes ou des juges) ce qui fait de

Il fut néanmoins conservateur sur un point : il semble qu'il ait conservé les limites fixées par Solon pour l'éligibilité aux magistratures supérieures : il faut attendre -487 pour que les archontes soient tirés au sort (mais ils perdent alors l'essentiel de leurs pouvoirs, au profit des stratèges qui restent, eux, élus par tribu).

La Boulè