Léconomie de la Suisse figure parmi les plus prospères et les plus développées au monde en dépit de l'absence de matières premières et de son absence de débouché maritime. Le taux de chômage y est inférieur à la moyenne de l'Union européenne, le taux d'inflation est structurellement bas. L'industrie, tournée vers l'exportation, est largement spécialisée dans les produits à haute valeur ajoutée.

Comme la plupart des pays européens, la Suisse est essentiellement un pays de petites et moyennes entreprises (PME) occupant moins de , phénomène renforcé par le développement du secteur tertiaire : plus de 99 % des entreprises privées non agricoles étaient ainsi des PME en 2005, un chiffre qui a peu varié depuis la seconde moitié du Perspectives de l'OCDE sur les PME et l'entrepreneuriat, OCDE, 2005 : l'évolution du nombre moyen d'emplois à temps plein ne montre pas de tendance à la concentration malgré le dynamisme accru des grandes entreprises privées.

La philosophie de politique économique des autorités est de conception libérale et non interventionniste, ce qui se traduit par une défense du libre-échange, l'absence relative de secteurs subventionnés — à l'exception notable de l'agriculture et des transports — et une politique régionale prudente.

Histoire

Les fouilles réalisées près de la région de La Tène indiquent que les tribus nomades établies dans l'arc jurassien s'adonnaient à une forme primitive de commerce avec le reste du monde celte. Ce n'est cependant qu'après leur défaite contre Jules César que ces tribus se sédentarisent formellement et que l'Helvétie devient une province prospère de l'Empire romain, profitant de sa position de transit entre la Gaule, la vallée du Rhin et l'Italie. À la suite des invasions barbares (- siècles), la structure commerciale est désorganisée et seule subsiste une économie agricole archaïque. Les épidémies et famines réduisent la taille de la population, qui se replie sur les structures villageoises et travaille pour le compte d'un seigneur laïc ou d'un monastère. Avec le , le pays connaît un renouveau démographique qui voit apparaître un réseau dense de villes nouvelles, s'accompagne d'une extension des cultures au détriment de la forêt et d'une amélioration des techniques et donc du rendement. Dans les régions montagneuses, l'agriculture laisse peu à peu sa place à l'élevage, aussi bien pour couvrir les besoins locaux que pour l'exportation de laine, viandes, fromages ou peaux.

vignette|redresse=0.8|gauche|Pont du Diable sur la route du Gothard par J.M.W. Turner. Le tournant majeur de l'histoire économique de la Suisse pré-confédérale est constitué par l'ouverture, à l'initiative des paysans d'Uri, de la route du col du Saint-Gothard (1215-1230) qui ouvre les marchés de l'Italie du nord et permet le passage d'un trafic transeuropéen avec toutes les créations de métiers afférents (aubergistes, guides, muletiers, etc.). Ce trafic ne manque pas d'aiguiser l'appétit des Habsbourg, qui tenteront sans succès d'en prendre le contrôle aux Waldstätten. Le , et notamment la peste de 1348, marque de nouvelles difficultés d'approvisionnement pour une population urbaine à forte croissance : la crise génère toutefois une dynamisation des salaires, et la richesse désormais concentrée en milieu urbain accroît la demande en produits manufacturés et de luxe, facilitant l'émergence de l'industrie artisanale — qui ne parvient toutefois pas à concurrencer les grands acteurs européens — et du grand commerce.

La performance industrielle de la Suisse reste médiocre durant le Moyen Âge, à l'exception des villes de Fribourg et Saint-Gall qui se spécialisent dans l'industrie textile. D'autres villes, telle Genève, s'appuient sur la position centrale du pays pour développer leurs secteurs commerciaux (soierie, épices, œuvres d'art, armes, etc.) et financiers, Genève devenant rapidement la principale place de foires européennes et le centre des règlements financiers sous les auspices des banquiers principalement Florentins (connus à travers l'Europe sous le terme de « Lombards »).

vignette|Mercenaires suisses traversant les Alpes en 1499.

Les trois siècles reliant la Renaissance au siècle des Lumières commencent par la morosité pour s'achever dans un climat révolutionnaire et voient les principales villes créer un potentiel de richesses faisant de la Suisse l'un des pays les plus prospères au monde. Le secteur agricole fait encore vivre la majorité de la population — dont les conditions de vie se sont détériorées en regard des villes — et constitue le noyau économique presque exclusif de certains cantons. Dès la fin du Moyen Âge, c'est toutefois l'aristocratie urbaine qui possède en grande partie la propriété des terres et tente de tirer le maximum de profits du travail paysan. Envenimée par la pression fiscale, cette situation conduit à des révoltes paysannes comme celle de 1653, alors que l'élevage ne parvient plus à fournir aux producteurs suffisamment de revenus, entraînant de ce fait un sous-développement prolongé des régions de montagne : les dizaines de milliers de jeunes montagnards engagés comme mercenaires au service des princes d'Europe deviennent l'une des principales sources de revenus du pays.

La Réforme protestante du réveille les villes, qui encouragent l'effort et l'innovation avec l'aide des protestants italiens et français fuyant leurs pays respectifs. Ces derniers suscitent un véritable décollage industriel en développant la draperie, puis l'horlogerie et jouent un rôle majeur dans l'histoire des indiennes de coton en Europe, à Genève puis à Neuchatel. L'industrie du coton, dès les premières années du , devient l'agent de l'intégration économique des cantons par la dispersion du travail proto-industriel : les négociations font alors travailler à façon (Verlag-System) une main-d'œuvre rurale bon marché qui cherche une solution à la relative misère paysanne. Dès 1720, Genève compte 7 usines. À partir des années 1760, la Suisse est concurrencée par l'Alsace et dans les années 1770 par l'Angleterre qui invente de nouvelles machines, à filer et tisser. Seul le secteur de Glaris va y opposer une résistance durable. En 1770, 30 à 40 % de la population helvétique travaille dans ce secteur d'activités, et la Suisse se place derrière l'Angleterre en termes de quantités produites, principalement destinées à l'exportation. En 1800, c'est encore 25 %. Genève est alors à la tête d'un réseau commercial et financier international alimentant le marché suisse en produits et capitaux et permettant la naissance des premières banques privées.

La chute de l'Ancien Régime à la fin du est aussi la cause d'une crise économique découlant de productions agricoles insuffisantes depuis 1770 et de l'irruption des filés de coton réalisés par des moyens mécaniques. L'abolition des corporations sous la République helvétique est promulguée alors que les premières fabriques mécanisées le long des rivières de Suisse alémanique apparaissent. Ce modèle de la révolution industrielle s'appuie sur une main-d'œuvre peu nombreuse et peu payée au regard des standards européens de l'époque (mais bien qualifiée et motivée du fait de son instruction puritaine et paternaliste dans les cantons protestants) ; sur l'autofinancement, qui reste encore la règle jusque vers 1840 en raison de la méfiance du public et des milieux financiers ; et à la synergie entre secteurs modernisés et secteurs traditionnels, l'horlogerie et la soierie restant les fleurons de la production suisse. Le tissu industriel reste donc modeste au regard de la forte concentration des fabriques anglaises et françaises en termes de capacité de production, et la production manuelle domine encore jusque dans les années 1820. La dispersion des sites pousse par ailleurs les fabriques à chercher leur prospérité sur des créneaux de spécialisation hautement qualifiés. Ce n'est qu'une fois le système napoléonien abattu et la crise née du bradage des produits anglais terminée que le démarrage industriel a réellement lieu : les filatures entraînent des besoins croissants en équipements mécaniques, ce qui encourage l'émergence d'un nouveau secteur et l'apparition d'une offre de diversification en matière de produits mécanisés et donc de production textile. Le passage à la mécanisation ne se fait toutefois pas sans mal comme l'illustre l'émeute d'Uster en 1832Les artisans tisserands incendient les premières machines à tisser installées par les fabricants Corrodi et Pfister..

redresse=0.7|vignette|gauche|Ouvriers devant le tunnel du Saint-Gothard. Dès sa fondation en 1848, l'État fédéral forme le cadre institutionnel du développement économique du pays — suppression des douanes intérieures, création d'une monnaie unique, traités avec les principaux pays partenaires, limitation du temps de travail à 11 heures et fin du travail des enfants de moins de 14 ans en 1877 — mais se voit rapidement freiné par les dissensions entre centralisateurs et fédéralistes. L'industrie, dont les entreprises se caractérisent par leur caractère familial et l'apport important des ingénieurs, bénéficie grandement de ces réformes et participe au gonflement du produit national et de l'excédent de la balance des paiements malgré une concurrence accrue découlant de l'ouverture de nouveaux espaces industrialisés outre-mer et la dépression mondiales des années 1871-1885. La mécanisation s'étend et touche désormais les secteurs restés traditionnels même si le travail à domicile demeure jusqu'au début du . De nouveaux secteurs voient le jour comme la chimie, qui travaille d'abord à la teinte des tissus avant de se lancer dans la pharmacologie, l'agroalimentaire, l'électrotechnique, etc. La main-d'œuvre encore mal payée et sans sécurité sociale voit sa condition s'améliorer dans les années 1880 avec la contraction du marché du travail, qui entraîne une hausse des salaires et nécessite la venue d'ouvriers italiens, et la structuration des syndicats, ce qui n'empêche toutefois pas d'importantes tensions sociales avant la Première Guerre mondiale. L'époque voit aussi apparaître le réseau de chemin de fer, d'abord régionalisé, mal coordonné et aux mains d'entreprises privées largement déficitaires, puis repris par le gouvernement fédéral dès 1872 et nationalisé en 1898 consulté le 18 juillet 2011..

redresse=1.0|vignette|Ouverture du magasin Jelmoli à Zurich en 1896. redresse=0.7|vignette|gauche|Usine Ammann à Madiswil. Avec cette reprise sont lancés les chantiers des tunnels ferroviaires à travers les Alpes destinés à faciliter le transport de marchandises et de personnes à travers le pays et alimenter le marché intérieur, ouvrant dans le même temps celui-ci au tourisme de masse. Durant cette période, la main-d'œuvre agricole tombe de 54 % de la population active en 1850 à 25 % en 1914, alors que la production s'accroît grâce à la hausse de la productivité favorisée par l'introduction des machines, la mise en place de coopératives, la formation professionnelle, etc. Le secteur commercial est pour sa part marqué par la spécialisation dans l'import-export et le commerce de détail, avec l'apparition des grands magasins dans les villes disposant d'un pouvoir d'achat accru et d'une offre diversifiée. Le tout est alimenté par un secteur bancaire qui continue de se structurer au niveau national et qui rassemble désormais l'épargne individuelle et l'investissement industriel. L'irruption de la Première Guerre mondiale en Europe marque une rupture pour l'économie suisse. Les marchés qui émergent après le conflit transforment radicalement les besoins assurés jusque-là par les entreprises suisses : fin de la soierie, de la cotonnerie, de la dentellerie, de la broderie saint-galloise mais aussi apparition d'une concurrence insurmontable pour l'industrie automobile suisse.