La bataille de Bir Hakeim est une bataille de la Seconde Guerre mondiale, qui se déroule du au durant la guerre du désert.
Elle tire son nom d'un point d'eau désaffecté au milieu du désert de Libye, au sud de Tobrouk. Pendant seize jours, la , future , commandée par le général Kœnig résiste aux attaques des armées motorisées italiennes et allemandes, du , plus nombreuses, commandées par le général Erwin Rommel, qui tentent de couper la retraite des Britanniques battus à Gazala.
La défense tenace des Français libres, dont les deux tiers des effectifs sont issus des colonies, va permettre aux Britanniques d'échapper à l'encerclement et de préparer les positions défensives qui conduiront à une victoire stratégique lors de la première bataille d'El Alamein en .
Bir Hakeim est la première contribution militaire importante des Forces françaises libres. Elle sert le prestige et la reconnaissance politique par les Alliés du Comité national de la France combattante.
Situation en Libye au milieu de 1942 Au début de , après sa déroute dans l'ouest de la Cyrénaïque, la fait face aux troupes germano-italiennes en Libye, autour de la place forte de Tobrouk. En , l'offensive allemande en Libye est relancée avec pour but la prise du canal de Suez. Cette offensive sera menée à bien jusqu'à la bataille de Bir Hakeim qui ruinera les ambitions de Rommel au Moyen-Orient. L'offensive débute sous de bons augures, le général Kesselring et son corps aérien, revenus du front de l'Est, ont lancé l'opération Herkules visant à s'emparer de Malte.
Malte, qui entravait le ravitaillement de l', est neutralisée par les bombardiers opérant à partir des bases de Sicile. De plus, des hommes-grenouilles italiens ont mis hors de combat deux cuirassés britanniques, ainsi qu'un cargo de la , en rade d'Alexandrie. Le ravitaillement et les renforts germano-italiens s'améliorent alors que les Britanniques sont contraints d'envoyer des troupes en Asie du Sud-Est pour contrer les Japonais (voir campagne de Birmanie notamment).
Pour préparer cette offensive, Rommel peut compter sur de multiples sources de renseignements sur la situation de l'ennemi. L' réussit à percer les codes britanniques et peut déchiffrer les messages transmis aux attachés militaires américains qui regorgent de précisions sur le dispositif militaire britannique. Il infiltre également un espion au Caire, et, à ceci, s'ajoutent les moyens de surveillance radiotélégraphiques de la compagnie d'écoute (Horchabteilung). Certes, Rommel ne dispose pour cette offensive que de et face aux et britanniques, mais il possède l'initiative et ses troupes sont plus mobiles et plus aguerries, en particulier pour combattre dans le désert (il manquera en réalité dramatiquement de pétrole). Il choisit d'envelopper la ligne de front britannique par le sud et de remonter ensuite au nord de manière à séparer en deux la du général Ritchie. Le , Erwin Rommel lance son offensive, avec laquelle il espère atteindre le canal de Suez.
Avec son aile gauche, composée des et (divisions , Trento, Brescia et Pavia) renforcés par la , il déclenche une attaque frontale sur Gazala par la route côtière, en direction de Tobrouk, espérant ainsi y fixer l’essentiel des forces du Commonwealth. Mais, simultanément, il lance vers le sud ses cinq meilleures divisions (la , la , la allemande, la et la ), en un mouvement tournant destiné à contourner la ligne fortifiée nord-sud des Britanniques, de façon à remonter ensuite vers le nord pour prendre à revers le gros des forces britanniques et les détruire dans la poche ainsi créée. Il espère ensuite une chute rapide de Tobrouk, pour pouvoir foncer sur l'Égypte. Le général Ritchie, commandant la , convaincu que les Allemands attaqueront directement Tobrouk, a déployé le gros de ses forces face aux deux divisions italiennes, avec quatre divisions et deux brigades. Le flanc sud n'est couvert que par deux divisions et trois brigades dont la . Le piège semble pouvoir se refermer sur la .
La
vignette|gauche|Le général Koenig, Susan Travers et le commandant René Babonneau à Bir Hakeim en mai 1942.
La , commandée par le général Kœnig, est une unité assez hétérogène, formée au gré des ralliements successifs, composée de , dont les deux tiers sont issus des coloniesColonel Maurice Rives, TDC, , 15 mars 1995, Benjamin Stora, éd. CNDP, 1995, L'armée d'Afrique : les oubliés de la libération, . et territoires outre-mer (comme les Tamarii volontaires tahitiens du Bataillon du Pacifique), que le général Yves Gras, ancien de la , décrit comme des Yves Gras, La - Les Français libres au combat, Presses de la Cité, 1983..
Commandant la : général Kœnig Chef d'état-major : colonel Pierre MassonPierre Masson (1904-1983), saint-cyrien de la promotion « Metz et Strasbourg » (1922-1924), général de corps d'armée en 1959, commandant la (Rennes) de 1958 à 1964 . Compagnie de QG 51 : lieutenant Olivier Premier groupement : lieutenant-colonel Amilakvari ()La a été formée en 1940 comme demi-brigade de montagne, en majorité composée d'anciens républicains espagnols, et elle a connu cette même année, en compagnie des bataillons de chasseurs alpins, les grands froids de la bataille de Narvik (Norvège).. : commandant René Babonneau : il repousse l'attaque de plus de de la division Ariete, en détruisant . Son bataillon reçoit une citation à l'ordre de l'armée. Resté à l'arrière pour assurer le repli, lors de la sortie de vive force de Bir Hakeim, dans la nuit du au , il est fait prisonnier et transféré en Italie, d'où il tente de s'évader par deux fois. : commandant Puchois : composé notamment de près de Pierre Milza, Denis Peschanski, Joséfina Cuesta Bustillo, Exils et migration : Italiens et Espagnols en France, 1938-1946, L'Harmattan, 1994, 695 , ., expérimentés et maîtrisant les techniques de guérilla. Deuxième groupement : lieutenant-colonel de Roux (demi-brigade coloniale) Bataillon de marche (BM 2) : commandant Amiel, volontaires de l’Oubangui-Chari. L'infanterie du BM 2 sera la plus éprouvée au cours de la bataille Bataillon du Pacifique : lieutenant-colonel Broche, composé de volontaires de Polynésie française, de Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides : commandant Savey : commandant Jean-Claude Laurent-Champrosay, commandant en second Charles Bricogne (DCA) : capitaine de corvette Amyot d’Inville, chargé de la Défense Contre Avions, renforcé de la troop D de la du (TA), commandée par le Lt Beachman « The Regimental Association of the Inns of Court & City Yeomanry », magazine Vanguard, 1999. ; : capitaine Lequesne, constituée principalement d'Algériens, de Tunisiens et de Marocains, la paye un lourd tribut à cette bataille : , et , soit hors de combat sur un effectif d'environ , sous-officiers et tirailleurs. et aussi : capitaine Denis Jacquin, : capitaine Desmaison, : capitaine Renard, : capitaine Dulau, : capitaine Bell, intendance : intendant Bouton, Gr. Exploitation : capitaine de Guillebon, groupe sanitaire divisionnaire : médecin-cdt Vignes, Ambulance chirurgicale légère : médecin-cap. Guillon, hôpital de campagne Hadfield-Spears : médecin-cdt Fruchaud, la Jean-Pierre Bénard, Bir Hakim, Fondation de la France libre, Nouvelles éditions latines, 2002, 144 pages, quatrième de couverture..
280px|vignette|Le village de Bir Hakeim en 1990.
Comme pour les troupes, l'armement a diverses origines, et est assez hétéroclite. Ainsi Bren Carrier, de nombreux camions et deux obusiers ont été fournis par les Britanniques. Mais la grande majorité de l'artillerie est d'origine française, récupérée au Levant. On y trouve (dont 30 utilisés en antichars), 14 de 47, 18 de 25. Les Britanniques ont aussi fourni de et antiaériens de 40 mm Bofors, mais la majeure partie de l'équipement de l'infanterie est française avec de 81 ou de 60, , dont , de DCA et . La garnison dispose au départ de dix jours de ravitaillement et de vingt mille obus de 75.
Phases de la bataille La position de Bir Hakeim, un réduit français libre thumb|Dessin du camp retranché de Bir Hakeim, mai-juin 1942, dressé par Guy Chauliac (GC). Parmi les points de résistance faisant face au sud, un est tenu par des Français libres.
Le général Bernard Saint-Hillier décrit ainsi la position de Bir Hakeim que les hommes de Kœnig vont devoir défendre : Simple croisement de pistes dans un désert aride, caillouteux et nu que balaient les vents de sable, Bir Hakeim est vu de partout. Le champ de bataille se caractérise en effet par une absence totale de couverts et d'obstacles naturels. La position englobe une légère ondulation sud-nord, que jalonne un ancien poste méhariste, sans valeur défensive, et, près d'un point coté 186, les deux mamelles, qui sont les déblais de deux anciennes citernes. À l'est de l'ondulation, une grande cuvette inclinée vers le nord.Kœnig divise le point d'appui en trois secteurs, défendus par trois des bataillons. Le de la tenant la façade est. Le en réserve, forme plusieurs groupes mobiles dotés de véhicules et de canons de 75 ou de 25 portés, disponibles pour mener des reconnaissances parfois lointaines à l’extérieur du réduit.Le système défensif emploie massivement les mines. Le commandant Vincent, de la brigade FFL, décrit ainsi les défenses de Bir Hakeim : Pour donner de la profondeur à ce système défensif relativement linéaire, un marais de mines, c'est-à-dire une surface très grande faiblement minée, précède la position. Les branches nord et nord-est de ce marais s'étendent jusqu'aux centres de résistance voisins. À hauteur du Trigh-el-Abd, elles sont reliées par une bande minée. Le triangle ainsi déterminé sur le terrain, qui est baptisé zone du V, est surveillé par des patrouilles motorisées de la brigade FFL.
Le dispositif défensif initial est mis en place par le général de Larminat puis par le général Kœnig qui, ayant fait la Première Guerre mondiale, ordonnent à leurs hommes de creuser au pic et à la barre à mines dans le sol de roche dure des abris à un mètre de profondeur, la vie souterraine avec armes, personnel et véhicules s'y organisantJacques Roumeguère, Bir Hakeim, fort Vauban du désert, éd. à compte d'auteur, 2006, ..
L'assaut italien Dans la nuit du , Rommel, devançant l’offensive planifiée par les Britanniques, passe le premier à l’attaque. Les et , ainsi que la de l’Afrika Korps et les deux divisions du , la blindée Ariete et la motorisée Trieste, lancent le large mouvement de contournement prévu, au sud de Bir Hakeim. Les unités blindées britanniques, surprises, résistent de façon improvisée et désordonnée aux Germano-Italiens qui leur infligent des pertes considérables, mais ces derniers subissent aussi des pertes importantes. À la nouvelle des premiers mouvements ennemis, Kœnig fait prendre à ses hommes leurs dispositions pour le combat.
vignette|100px|gauche|Général Giuseppe De Stefanis.
Le , à , Rommel donne l'ordre au , commandant de la division blindée italienne Ariete, d'attaquer Bir Hakeim par le sud-est. Les unités de cette division, à savoir le équipé de M13/40, le (tirailleurs) et le , abordent la position française à revers, en deux vagues successives, à partir de . Les bersagliers qui tentent de débarquer de leurs camions pour soutenir la charge blindée sont contraints au repli en raison du tir de barrage de l'artillerie française. Sans aucun appui, les blindés chargent et tentent de traverser le marais de mines. Six d'entre eux parviennent à s'infiltrer à l'intérieur de la position française, malgré les mines et les tirs antichars. Ils sont détruits à bout portant par les canons de commandés par le sergent Walter Grand et leurs équipages sont capturés. Croyant la situation désespérée, le capitaine Morel, chef de la , décide de brûler son fanion et ses documents.
vignette|Char M13/40 italien conservé au musée des blindés de Bovington.