La seconde guerre sino-japonaise (japonais : 日中戦争 ; rōmaji : Nicchūsensō ; chinois traditionnel : 中國抗日戰爭 ; chinois simplifié : 中国抗日战争 ; pinyin : Zhōngguó kàngrì zhànzhēng , qui signifie littéralement « guerre de résistance de la Chine contre le Japon ») est un conflit militaire qui dura de 1937 à 1945, et débuta à la suite de l'invasion de la partie orientale de la Chine par l'Armée impériale japonaise. Six ans après l'invasion de la Mandchourie, l'empire du Japon poursuivait sa politique expansionniste en Chine. Optimistes sur leurs chances de terminer rapidement le conflit, les Japonais allèrent jusqu'à envisager, dans les premières semaines, de gagner la guerre en trois mois Lloyd E. Eastman, , , 1991, . : malgré les victoires initiales du Japon, la guerre dura huit ans, l'empire se trouvant contraint de gérer un territoire très vaste, très peuplé et non stabilisé.

L'attaque japonaise provoqua une trêve dans la guerre civile qui opposait depuis dix ans le Kuomintang et le Parti communiste chinois, ces deux mouvements réalisant une alliance contre l'envahisseur. Le conflit sino-japonais, particulièrement meurtrier, eut de lourdes conséquences sur l'histoire de la Chine et sur les équilibres géopolitiques de la région dans les décennies suivantes.

À compter de 1939, le conflit commença à s'étendre en dehors de la Chine, avec l'affrontement soviéto-japonais en Mongolie. Un régime pro-japonais fut mis en place en 1940 à Nankin. À partir de 1941 et l'entrée de la république de Chine aux côtés des Alliés, la guerre en Chine s'intégra officiellement au théâtre extrême-oriental de la Seconde Guerre mondiale.

La guerre sino-japonaise prit fin en 1945 avec la capitulation du Japon à la suite de la Seconde Guerre mondiale et fut suivie d’une reprise de la guerre civile chinoise.

Appellations Côté chinois vignette|gauche|Drapeau de l'Armée nationale révolutionnaire chinoise. vignette|gauche|Drapeau de l'armée impériale japonaise.|alt=Drapeau de l'armée impériale japonaise vignette|droite|200px|Tchang Kaï-chek durant la bataille de Shanghai. La seconde guerre sino-japonaise est communément connue en mandarin sous le nom de « guerre anti-japonaise » ou « guerre pour résister aux Japonais » (, kàngrì zhànzhēng, abréviation de , zhōngguó kàngrì zhànzhēng, « guerres chinoises pour résister aux Japonais »), de plus en plus simplement abrégé en « guerre de résistance » (, kàngzhàn). Cependant, en fonction des régions (Hong Kong, Corée, Philippines, Singapour, Malaisie, etc.), ce terme ne fait pas toujours référence aux mêmes conflits.

En république populaire de Chine, cette guerre est également connue sous le nom des « huit années de résistance » (, bā nián kàngzhàn), c'est-à-dire des huit années entre l'incident du pont Marco Polo le et la fin de la guerre, le . D'autres régions préfèrent l'expression « quatorze années de résistance » (, shí sì nián kàngzhàn), faisant remonter le début de la guerre au , jour de l'incident de Mukden qui servit de prétexte à l'invasion japonaise de la Mandchourie.

Côté japonais Au tout début du conflit, en , la guerre sino-japonaise fut baptisée sous le nom « incident de la Chine septentrionale » (, Hokushi jihen), terme désignant aujourd'hui l'incident du pont Marco Polo. Ce nom changea un mois après en « incident chinois » (, Shina jihen) bien que la presse utilisa également parfois le terme « incident sino-japonais » (, Nikka jihen). Afin d'éviter des sanctions de la part des nations occidentales, le gouvernement préférait éviter officiellement l'emploi du mot « guerre ».

Plus tard, la propagande impériale fit du conflit une « guerre sainte » (, Seisen), qui devait être la première étape de la politique de conquête reflétée par le slogan Hakkō ichiu (, signifiant ironiquement « fraternité universelle », mais pris dans son sens plus littéral « réunir les huit coins du monde sous un même toit »). Élaboré au comme un principe devant permettre la promotion de la civilisation et de la culture sous la bannière de l'empereur, ce concept devint durant l'ère Shôwa une justification pour promouvoir la « supériorité » de la « race japonaise » et son droit à conquérir l'Asie.

Après l'attaque de Pearl Harbor le , la guerre fut officiellement déclarée à la Chine et l'ensemble du conflit prit le nom de « guerre de la Grande Asie orientale » (, Dai tōa sensō) qui désigne les campagnes du Pacifique et d'Asie du Sud-Est, fusionnant ainsi la seconde guerre sino-japonaise avec la Seconde Guerre mondiale. De nos jours, le terme officiel reste Shina jihen, toujours utilisé par le ministère de la Défense, le ministère de la Santé, du Travail et du Bien public, ou encore dans les annales historiques, ou dans les monuments aux morts. Cependant, ce terme reste sujet à polémique et fait l'objet de vives critiques. Ainsi : le mot jihen, bien que souvent traduit par « incident », peut couvrir des notions aussi fortes que celles de calamité, désastre, émeute ou encore déclaration de guerre. Cependant, il s'agit d'un terme assez vague, choisi à l'époque pour éviter de parler de « guerre », ce qui aurait pu conduire à des réactions de la part de plusieurs pays. Ainsi, les États-Unis, en vertu des (ensemble de lois votées entre 1935 et 1939), auraient pu suspendre leurs exportations d'acier au Japon si le conflit avait officiellement pris l'appellation de « guerre ». Le terme jihen fait donc l'objet de critiques et est souvent remplacé par le mot sensō (« guerre ») ; le terme Shina — japonisation d'un terme sanskrit désignant la Chine, bien que neutre à l'époque du conflit, fut de plus en plus perçu par les Chinois comme un terme péjoratif, voire raciste. Dès 1946, la Chine demanda que le Japon cesse d'utiliser ce mot qui était devenu intimement lié aux invasions japonaises et aux crimes de guerre qui y furent commis. La signification du caractère shi () – « branche » – bien que choisi uniquement pour la phonétique, y compris par les Chinois eux-mêmes — est également perçu comme une insulte supplémentaire (image des Chinois, « branche » mineure, serviles des Japonais qui forment le « tronc »). L'usage du terme Shina est aujourd'hui considéré au Japon au mieux comme archaïque ou poétique, au pire comme politiquement incorrect. À quelques exceptions près, son écriture en kanji est vivement critiquée, et on lui préfère la forme en katakana.

Pour ces raisons, les Japonais et la presse japonaise utilisent de plus en plus l'expression « guerre sino-japonaise » (, Nicchū sensō), considérée comme plus neutre, pour parler de la seconde guerre sino-japonaise. Ne considérant pas qu'il y ait de forts liens de cause-conséquence entre la guerre sino-japonaise de 1894-1895 et celle de 1937-1945, il n'existe en japonais qu'une seule « guerre sino-japonaise », la première étant connue en japonais sous le nom de « guerre mandchou-japonaise » (, Nisshin sensō).

Prélude

La plupart des historiens placent le début de cette guerre à l’incident du pont Marco Polo ou bataille du pont Lugou (), le . Cependant, d'autres historiens la font commencer à l’incident de Mukden du (même si la guerre commence officiellement en 1937) quand la Kantôgun envahit le Nord de la Chine et y créa l’État fantoche du Mandchoukouo en février 1932, continuant ainsi en Chine l'expansionnisme du Japon.

De nouveaux heurts entre troupes chinoises et japonaises eurent lieu en 1932 à Shanghai, entraînant la démilitarisation de la région. En janvier 1933, les troupes du Japon et du Mandchoukouo affrontèrent l'armée chinoise à l'est de la Grande Muraille. En avril 1933, des troupes du Japon, du Mandchoukouo et une armée de mercenaires chinois envahirent la province de Chahaer en Mongolie-Intérieure. En 1935, le gouvernement du Hebei déclara son autonomie et entama une politique de coopération avec le Japon, en violation des traités existants, et entraînant une annexion de fait de la région. En 1936, les Japonais tentèrent de poursuivre leur avance en Mongolie-Intérieure en s'appuyant sur les autonomistes mongols du prince Demchugdongrub, mais les troupes des Mongols et des collaborateurs chinois furent battues par l'armée chinoise en octobre-.

Les intentions belliqueuses du Japon ne faisaient aucun doute : Chiang Kaï-shek ne souhaitait cependant pas encore engager de confrontation directe et massive avec les Japonais, jugeant que ses troupes n'étaient pas prêtes, et privilégiait la lutte contre les communistes chinois. Zhang Xueliang finit par séquestrer Chiang Kaï-shek pour l'obliger à réaliser une alliance avec les communistes : ce fut l'accord de Xi'an, qui fut conclu à la fin et scella la naissance du deuxième front uni, amenant l'intégration des forces armées communistes aux troupes régulières chinoises.

Déclenchement du conflit et défaites chinoises

Le , l'incident du pont Marco Polo fournit au Japon le prétexte pour ouvrir les hostilités et, le , la guerre fut officiellement déclarée. Les villes de Pékin et Tianjin furent prises début août. En , l'empereur Shōwa autorisa la suspension des conventions internationales sur la protection des prisonniers de guerre. Cette décision permit aux forces impériales de progresser sans avoir à se soucier de mettre en place des mesures pour prendre en charge les prisonniers ou les civils des territoires conquis.

Malgré quelques succès comme la bataille de Pingxingguan (remportée en par les communistes) et la bataille de Taierzhuang (remportée en par les nationalistes), les forces chinoises unifiées subirent une série de désastres. Elles furent défaites à Taiyuan et ne parvinrent pas à empêcher les Japonais de conquérir la partie nord du Shanxi. En novembre, les Japonais occupèrent Shanghaï après une campagne intensive de bombardements ayant entraîné la mort de milliers de civils et trois mois de combats intenses. La bataille ayant duré plus longtemps que prévu, le Japon décida de prendre Nankin, la capitale de la république de Chine, où impériaux écrasèrent les troupes chinoises déjà durement ébranlées par les combats à Shanghai.

Les estimations quant au nombre de Chinois tués dans le massacre de Nankin varient généralement entre , selon que sont considérés uniquement les habitants de la ville ou des environs immédiats qui s'y étaient réfugiésJoshua Fogel, The Nanjing Massacre, 2000 ; Iris Chang, The Rape of Nanking, 1997 ; Herbert Bix, Hirohito and the Making of Modern Japan, 2001 ; Jean-Louis Margolin, « Nankin, 1937. Le premier massacre de la Seconde Guerre mondiale. », dans L'Histoire, décembre 2007.. Le gouvernement chinois a pour sa part adopté le nombre de , qui figure sur le mausolée commémoratif du massacreNanjing Massacre.. Au fur et à mesure de la conquête des territoires, les Japonais créèrent des gouvernements collaborateurs chinois chargés de les administrer.

vignette|450px|centre|Charge de soldats chinois lors de la bataille de Taierzhuang en mars 1938.

Premières implications des puissances étrangères

La plupart des analystes militaires prévoyaient que les Chinois ne pourraient pas continuer le combat alors que la plus grande partie des usines de matériels militaires était située dans les zones sous ou près du contrôle japonais. Les puissances étrangères hésitaient à fournir un soutien très important — à moins d’avoir des raisons stratégiques — car elles estimaient que les Chinois allaient perdre la guerre. Elles craignaient qu'une aide trop explicite ne nuise à leurs relations avec les Japonais.

L’Allemagne nazie, jusqu’en 1938, et l’Union soviétique jusqu'en 1941, fournirent un important soutien technique aux forces chinoises. L’Union soviétique souhaitait, par cette aide, empêcher le Japon d’envahir la Sibérie comme lors de la bataille de Khalkhin Gol, afin d'éviter une guerre sur deux fronts. De plus, elle espérait que tout conflit entre le Kuomintang et les Japonais aiderait le Parti communiste.