Louis Bertrand Pierre Brun de Villeret, né le à Le Malzieu (Lozère), mort le à Le Malzieu, est un général français de la Révolution et de l’Empire.

Biographie

Aide de camp du général Soult

Issu d'une famille de robe et fils d'un magistrat, il est destiné au barreau. Il se montre dans un premier temps hostile aux idées révolutionnaires et s'attire dans sa province des persécutions qui l'obligent à se réfugier à Paris après le 18 fructidor. Mais la réquisition militaire l'ayant atteint, il profite des connaissances qu'il a acquises en mathématiques (quoiqu'il n'eût jamais eu d'autre instituteur que sa mère, il se trouve connaître assez les mathématiques) pour se faire admettre à l'École d'artillerie, où il entre comme élève le .

Nommé lieutenant d'artillerie le , il est envoyé en Hollande, pour y servir dans une compagnie active. Le général Macors qui commande l'artillerie de l'armée française en Batavie ne tarde pas à le distinguer, et lui fait remplir, pendant deux ans les fonctions de chef de son état-major. Il est fait capitaine au d'infanterie de ligne le . Ayant suivi le général Macors au camp de Boulogne, son activité et ses connaissances le font remarquer par le général Soult, qui se l'attache en qualité d'aide de camp le de la même année.

Il accompagne ce général dans les batailles d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau, de Friedland, de Portugal et d'Espagne. Il est fait membre de la Légion d'honneur en 1807 et le roi de Saxe, auprès duquel il a été envoyé comme négociateur, lui donne de sa main l'Ordre militaire de Saint-Henri (1808). Il est nommé chef de bataillon le .

En 1809, le maréchal Soult l'envoie au quartier général de la Grande Armée, en Allemagne, pour justifier aux yeux de Napoléon les opérations et les malheurs de l'armée de Portugal. D'abord mal reçu par Bonaparte, qui a conçu des préventions défavorables contre le maréchal, Brun parvient cependant au bout de trois mois passés à Schönbrunn occupés sans cesse à combattre cette impression dans l'esprit de Napoléon et après plusieurs conférences très orageuses, à rétablir la vérité des faits. Enfin après ce temps l'empereur ayant reçu la nouvelle de la perte de la bataille de Talavera, se décide à oublier le passé, et renvoie l'aide-de-camp du maréchal Soult porteur d'un brevet de major-général, pour commander sous le roi Joseph toutes les armées d'Espagne. Le chef de bataillon Brun s'est signalé en Portugal par son zèle et son activité. Il est entré avec l'avant-garde de l'armée à Braga et à Oporto, et dans cette dernière ville, il a été des premiers à porter, sous le feu de l'ennemi, des secours à 600 Portugais, qui courent le risque de se noyer dans le Duero, par suite de l'enfoncement de plusieurs bateaux sur lesquels ils se trouvent.

En Andalousie, le chef de bataillon Brun est placé par le général en chef à la tête d'un bureau où se traitent les affaires civiles espagnoles. Pendant la campagne de 1810 en Estramadure, il est chargé de détails importants relatifs aux sièges d'Olivenza et de Badajoz. Pendant la durée de ces sièges, il reste presque continuellement dans les tranchées. Il est cité plusieurs fois avec éloge dans les rapports officiels de cette campagne.

M. Brun de Villeret se trouve aux affaires d'Ocaña et de Gebora, et est honorablement cité dans les rapports insérés au Moniteur universel.

Les préventions conçues par Napoléon contre le duc de Dalmatie s'étant renouvelées, Brun de Villeret est encore envoyé plusieurs fois pour les détruire, et réussit dans chacun de ses voyages à présenter les choses sous leur véritable point de vue. Le grade de colonel a été demandé pour lui à diverses reprises ; mais Bonaparte qui récompense difficilement les officiers des armées qu'il ne commande pas en personne n'a point accueilli ces propositions, quoiqu'il reçoit toujours favorablement les rapports que lui fait l'officier en faveur duquel elles lui sont adressées. Enfin, dans un quatrième voyage que le chef de bataillon Brun fait à Thorn au quartier-général impérial en 1812, Napoléon le nomme adjudant-commandant, le .

C'est lors d'une de ces missions auprès de l'Empereur que M. Brun de Villeret est attaqué par 400 guérillas, qui le cernent au-dessous de Sainte-Ildefonse : il se défend pendant trois heures derrière les débris d'un mur, quoique son escorte ne se compose que de 60 soldats badois. Il perd 20 hommes, ses effets, tous les chevaux du détachement, mais il conserve ses dépêches, et plus heureux que le général Lejeune, il a l'avantage d'être enfin dégagé par la garnison de Ségovie, qui, au bruit du feu accourt à son secours.

Étant retourné bientôt après en Espagne, il rejoint le duc de Dalmatie à Valence, et l'accompagne dans sa campagne contre le duc de Wellington jusqu'à Ciudad Rodrigo.

Le Siège de Torgau

Il part ensuite avec le maréchal au commencement de 1813, et se rend à la Grande Armée d'Allemagne en Saxe. Le colonel Brun de Villeret est dès son arrivée auprès de l'Empereur élevé à la dignité de baron de l'Empire. Napoléon a conçu depuis longtemps de l'estime pour le baron de Villeret, et comme il a alors besoin de généraux, il veut mettre cet officier à l'épreuve, en l'envoyant reconnaître la ligne ennemie à Bautzen.

Brun est assez heureux pour que son rapport et le projet qu'il donne d'une bataille à livrer se trouvent conformes au plan adopté par Bonaparte, et tel qu'il est exécuté trois jours après. Le grade de général de brigade est la récompense que Napoléon accorde au baron de Villeret le . Employé en cette qualité dans le de la Grande Armée, il est chargé le 21, de coopérer à une fausse attaque dont il a présenté le développement dans son rapport à Bonaparte. S'étant porté avec beaucoup de résolution sur le point indiqué, il y enlève trois positions aux ennemis, et se maintient dans la dernière pendant plusieurs heures. Le général de division Lorencez, sous les ordres duquel il sert, ayant été mis hors de combat dès le commencement de l'action, le général Brun a pris le commandement provisoire de toute la division, et il ne quitte la dernière position dont ses troupes s'étaient emparées que sur un ordre impératif du duc de Reggio. Il effectue sa marche rétrograde en échiquier, et sans se laisser entamer par l'ennemi.

Il se trouve au combat de Wurschen le (à la tête de quatre bataillons italiens et de deux bataillons français de nouvelle levée, il enlève trois positions à l'ennemi, a deux chevaux tués sous lui, la lame de son sabre brisé dans sa main, et il reçoit deux contusions. À celui de Hoyerswerda le 28 du même mois, et à la bataille de Jüterbog le . Après la défaite des Français à Jüterbog, sa brigade est malheureusement réduite à moitié dans cette funeste journée où le général Brun de Villeret a encore deux chevaux tués, le maréchal Ney qui est mécontent du gouverneur de Torgau, juge à propos de confier le gouvernement de cette ville au général Brun.

Cet officier, quittant alors sa brigade avec regret, vient s'enfermer dans Torgau, ville de , d'où il parait que l'armée française va s'éloigner, d'après les instructions données par le maréchal. Le baron de Villeret s'occupe avec activité de mettre la place en état de défense. Napoléon ayant conçu le projet de livrer une bataille décisive à Leipsick, veut faire de Torgau le dépôt général de son armée et, en conséquence, il y envoie ses réserves et tous ses malades. Le commandement de cette place devient alors trop important pour un général de brigade, et le comte de Narbonne, aide de camp de Bonaparte, en est nommé gouverneur. Le général Brun reçoit dans le même temps des lettres de service pour commander, sous M. de Narbonne, la garnison de Torgau. Bientôt tous les malades de la Grande Armée se trouvent réunis dans cette ville. Le typhus le plus terrible s'y développe, et la mortalité devient chaque jour de plus en plus effrayante. Le comte de Narbonne succombe d'une chute de cheval le , et est remplacé par le général Dutaillis qui se trouve dans la place. Sous ce nouveau gouverneur, le général Brun continue de donner ses soins à l'approvisionnement et à la défense de Torgau. Ici l'histoire particulière du général Brun va se trouver confondue avec celle d'une garnison qui, par un courage et un dévouement héroïques, se couvre d'une gloire immortelle. Tous les hôpitaux se trouvant encombrés, les églises, les édifices publics et les maisons particulières sont convertis en dépôts de malades. La mort marque constamment de par jour depuis le jusqu'au , et une odeur cadavéreuse se manifeste sans cesse dans tous les quartiers de la ville.

Cependant, dans cette affreuse situation, sans espoir d'être secourue par la Grande Armée française qui a été forcée de repasser le Rhin ; assiégée par les Prussiens qui toutes les nuits bombardent la place, la garnison de Torgau, calme et inébranlable, ne laisse pas échapper un murmure ; pas une seule proposition n'est faite pour se rendre, et l'on déploie dans la défense le même courage et la même résignation qu'on aurait pu le faire s'il a été permis d'espérer des secours et d'entrevoir un terme aux maux dont on était obsédé.

Vers le mois d'octobre la ration du soldat est réduite à une demi-livre de viande de cheval salé et à une livre de pain. Dans les premiers jours de décembre, le gouverneur ayant calculé l'époque présumée de l'épuisement total des subsistances dans Torgau, envoie le général Brun ouvrir avec le général prussien Tauensien des négociations relatives à la reddition de la place ; mais seulement pour le jour où la garnison aura consommé sa dernière ration. La mission donnée au général Brun est remplie avec succès ; et la capitulation qui s'ensuit est avantageuse, et surtout honorable pour la garnison de Torgau : l'époque de la reddition de cette place est fixée au .

Lorsque ce terme arrive, il se trouve, par suite d'une mortalité devenue plus terrible qu'on ne l'a prévu, que la garnison a encore des vivres pour six jours. Le conseil de défense pense que ce serait perdre le mérite de tout ce qu'on a fait jusqu'alors si l'on rend Torgau tant qu'il y reste une ration à consommer. Le général Brun, fidèle interprète des sentiments de la garnison qu'il commande, offrit d'aller rompre la capitulation et, sa proposition ayant été acceptée à l'unanimité par le conseil, il sort de la ville et va déclarer au général prussien que ce dernier est maître du sort de la garnison, mais qu'elle a pris la résolution irrévocable de ne remettre la place que six jours après le premier terme convenu, c'est-à-dire lorsqu'elle aura épuisé entièrement ses vivres. Une constance aussi héroïque après un siège qui, par ses horreurs, est dans le cas d'amollir les cœurs les plus inflexibles, frappe d'admiration le général Tauensien. Il sait que la moitié de la ville est brûlée ; que le reste est presque inhabitable ; que les rues, les places publiques et les remparts sont jonchés de cadavres qu'on ne peut plus enterrer ; et qu'enfin, sur renfermés trois mois auparavant dans la place, seulement sont encore vivants. Après avoir donné de grands éloges à la garnison de Torgau, et essayé en même temps, mais vainement, de faire changer la détermination que lui apporte le général Brun, M. de Tauensien se montre généreux, et consent au délai demandé.