Suzanne Rachel Flore Lenglen (prononcé ), née le à Paris où elle est morte le , est une joueuse de tennis française. Surnommée « la Divine », elle fut la première star internationale du tennis féminin..

Elle possède des records d'un autre temps : , une série de et un pourcentage de 98 % de matchs . Elle s'impose quatre fois au Championnat de France, deux fois aux Internationaux de France.., six fois à Wimbledon et remporte la médaille d'or olympique du simple dames aux Jeux . Le deuxième court principal du stade Roland-Garros porte son nom.

Biographie Jeunesse et premiers succès vignette|Suzanne Lenglen en mai 1914 à 15 ans (championne de France du double mixte avec Max Decugis). Suzanne Lenglen naît à Paris ( arrondissement), au hameau de Boulainvilliers, à l'angle avec la rue du RanelaghGianni Clerici, Suzanne Lenglen : la diva du tennis, éd. Rochevignes, 1984., le Acte de naissance daté du 26 mai 1899 (Archives de Paris, registre V4E 10050, lire en ligne, ). Elle n'est donc pas née à Compiègne comme cela est souvent indiqué., de Charles Servais Adolphe Lenglen (1859-1929), rentier et pharmacien de formation, et d'Anaïs Dhainault. Suzanne a un petit frère qui décède prématurément en 1904Philippe Charles Adolphe est né à Paris (16e arrondissement) le 6 février 1901.. La famille s'installe en 1906 en Picardie. C'est en 1911, peu avant ses 12 ans, que Suzanne touche pour la première fois une raquette de tennis, offerte par son père, pour qu'elle puisse s'amuser sur le court familial en terre battue, à Marest-sur-Matz (Oise)Suzanne Lenglen évoque son enfance à Marest-sur-Matz dans un entretien au journal Femina publié dans le numéro du juillet 1914 : « Dans l'Intimité de la Championne ».. Sportive accomplie, elle s'initie à différents sports tels que le golf, la natation (championne de France en 1919), le tir à l'arc et l'équitation. Son père remarque très vite son aisance sur le court et son goût pour le tennis ; il décide de devenir son entraîneur. Il la fait progresser rapidement, notamment en précision, à l'aide des cibles placées sur le court, telles que son chapeau ou des mouchoirs., et grâce à de nombreuses heures d'exercice, une préparation physique intense comprenant de la gymnastique et de la danse classique.

Suzanne Lenglen dispute son premier tournoi en 1911 à Chantilly, où elle atteint la finale, puis rencontre ses premiers succès entre 1912 et 1913 en s'imposant aux Championnats de Picardie, à Lille, à Wimereux et au Touquet. En , elle est sollicitée par le champion du monde néo-zélandais Anthony Wilding pour faire équipe en double mixte à l'occasion des tournois hivernaux de Nice et Cannes au Beau-Site et au Carlton, compétitions qu'elle remporte également en simple.. Elle poursuit sa progression et atteint au mois de juin la finale du championnat de France, battue par la tenante Marguerite Broquedis. Trois semaines plus tard, elle se révèle au grand public en étant sacrée championne du monde sur terre battue à Saint-Cloud en simple contre Germaine Golding et en double dames avec Elizabeth Ryan.. M. Lenglen ne prend pas le risque d'inscrire sa fille pour le tournoi de Wimbledon, se déroulant sur une surface inconnue pour Suzanne et dans un pays étranger..

La Première Guerre mondiale ne paraît pas troubler le quotidien de la jeune championne, qui poursuit son entraînement avec ses amis ou des officiers de retour du front. Les partenaires masculins sont nombreux, ce qui lui permet de s'endurcir physiquement comme techniquement. Elle prend modèle sur leur jeu et s'inspire notamment de celui de Tony Wilding afin d'imiter les gestes des champions. La famille Lenglen quitte Marest-sur-Matz en 1914 avant l'arrivée des Allemands. Leur maison étant endommagée. Le dossier de dommages de guerre conservé aux archives départementales de l'Oise sous la cote 10RP2/354 ne laisse apparaître que des dommages liés aux pillages et à un bombardement. La propriété de Marest-sur-Matz est vendue par acte du 23 juillet 1925 passé devant Me Tessier, notaire à Compiègne., Suzanne et ses parents déménagent à Nice, avenue Auber, où ils ont l'habitude de passer les hivers. Suzanne y perfectionne son jeu avec son père et Joseph Negro, professeur niçois réputé, sur les courts du Nice Lawn Tennis Club, place Mozart, puis au Parc-Impérial, avenue de Russie. La ville met à disposition des Lenglen la Villa Ariem située juste en face du club. Suzanne y restera très attachée, ce qui engendre à l'époque une hausse importante de la fréquentation de Nice..

Championne du monde vignette|gauche|À Wimbledon le 29 juin 1925. C'est à Wimbledon que Lenglen fait son retour en 1919 et affronte Dorothy Lambert Chambers, âgée de 40 ans, qui a déjà remporté sept fois le tournoi. La voyant faiblir après la perte du second set, son père lui lance un flacon de cognac dont elle boit une gorgée. À la surprise générale et au terme d'une partie acharnée, la jeune Suzanne sauve deux balles de match à 6-5 et remporte finalement la rencontre (10-8, 4-6, 9-7).. À la suite de cet épisode, le cognac deviendra son remontant habituel durant les matchs.. Elle enchaînera désormais les victoires jusqu'en 1926. Elle retrouve de nouveau Chambers en finale l'année suivante mais elle remporte cette fois-ci la rencontre plus facilement (6-3, 6-0). C'est à la suite de cette édition du tournoi que les dirigeants du club décident de construire un nouveau grand stade à Church Road afin d'accueillir un plus grand nombre de spectateurs. Après sa victoire en 1921, ils abandonneront également le système du Challenger Round qui permettait à la tenante du titre de ne jouer que la finale..

Quelques semaines après son succès londonien, elle livre une performance remarquable aux Jeux olympiques d'Anvers puisqu'elle décroche la médaille d'or en simple en ne concédant que quatre jeux en cinq matchs. Dans un tableau moins relevé que dans un championnat du monde, elle bat en finale Dorothy Holman, titrée à Saint-Cloud en début de saison. En double dames avec Élisabeth d'Ayen, elle échoue en demi-finale contre une paire britannique dont la tactique était de la faire jouer le moins possible et doit ainsi se contenter du bronze. Elle gagne enfin une médaille puisqu'elle s'impose en double mixte associée à Max Decugis.. C'est en cette même année que Lenglen croise pour la première fois, à la Faisanderie dans le Parc Saint-Cloud, Bill Tilden, qui effectue une tournée en Europe. Les deux stars ne s'apprécient guère, l'Américain considère notamment que la Française fait de l'ombre à sa carrière. Sous la pression de nombreux spectateurs présents, ils se résolvent à s'affronter lors d'un set d'entraînement que Tilden remporte facilement sur le score de 6-0 en y mettant toute son énergie.

Entre 1919 et 1926, elle remporte six fois le tournoi de Wimbledon, quatre fois les Championnats de France et deux fois les Internationaux de France en simple. Elle est également victorieuse à quatre reprises des Championnats du monde sur terre battue (1914, 1921, 1922 et 1923). Au cours de sa carrière, elle remporte (81 en simple, 73 en double dames et 87 en double mixte) et trois médailles olympiques. Elle signe entre 1921 et 1926 une série de 171 victoires consécutives. La championne incontestée domine et transforme le tennis féminin tout en attirant les foules. Elle devient une star en Angleterre dès 1919 et son premier succès contre Chambers. Ce n'est qu'en 1925 après ses trois victoires aux premiers Internationaux de France qu'elle obtient le même statut dans son pays d'origine.

En 1921, Suzanne Lenglen se rend pour la première fois en Amérique, contre l'avis de son père, afin de participer à des exhibitions caritatives destinées à récolter des fonds pour les régions touchées par la Guerre. Les organisateurs de l'US Open profitent de sa présence sur le continent pour l'inscrire à leur tournoi alors qu'elle n'avait pas l'intention d'y jouer. Afin de ne pas contrarier le public, elle se résout à y participer et bénéficie d'un forfait pour le premier tour. N'étant pas protégée par un statut de tête de série, elle affronte le Molla Mallory, cinq fois vainqueur du tournoi, dès le deuxième tour. Ayant souffert du mal de mer pendant trois jours puis d'une coqueluche, elle abandonne au début du second set après avoir perdu la première manche 6 jeux à 2., sous les huées d'une partie du public. C'est la première fois depuis 1919 qu'elle perd un set dans un match. Cet abandon est mal compris par les présents, voyant la joueuse évoluer en dessous de ses standards habituels, ce qui oblige Lenglen à présenter ses excuses pour cette prestation quelques jours plus tard. La presse américaine ne se prive pas pour critiquer sévèrement la Française. Sa réputation outre-Atlantique n'est rétablie que lorsqu'elle participe à une tournée professionnelle en 1926. Après cette déconvenue, Lenglen ne prend plus de risque pour sa santé et se retire des tournois où elle ne se sent pas prête. En conséquence, elle restera invaincue jusqu'à la fin de sa carrière.

Sa saison 1924 est perturbée par une jaunisse. Pour cette raison, elle ne prend pas part aux Championnats de France dont elle est quadruple tenante du titre et, insuffisamment remise, elle déclare forfait avant sa demi-finale du tournoi de Wimbledon..

1926 : match du siècle et scandale à Wimbledon vignette|redresse|Saint-Granier parodiant Suzanne Lenglen, au Casino de Paris (1926). Elle dispute son match le plus célèbre le sur le central du Carlton à l'occasion de la finale du modeste tournoi de Cannes. Elle affronte la jeune championne américaine Helen Wills, alors âgée de 20 ans, triple vainqueure des Championnats des États-Unis. Appelée « match du siècle », la rencontre, organisée par Charles Aeschlimann et Francis Fisher, attire une foule considérable et un grand nombre de journalistes de plusieurs pays. Parmi les quelque présents figurent entre autres Georges de Grèce, Manuel de Portugal, le duc de Westminster et de Connaught, ainsi que le roi Gustave V, grand habitué des tournois sur la Côte d'Azur.. Face au prix élevé des places, de nombreuses personnes grimpent dans des arbres ou montent sur les toits et les balcons des maisons aux alentours afin d'apercevoir les joueuses.

Suzanne Lenglen fait preuve de nervosité et parvient à remporter le premier set 6-3 après un échange de breaks. Le second set s'avère plus indécis et Lenglen crut même remporter le match lorsqu'un coup droit de l'Américaine fut annoncé faute dans le jeu à 6-5. Les joueuses se serrèrent la main au filet mais un juge de ligne avertit l'arbitre George Hillyard pour lui signifier que la balle était bonne. Wills parvient à égaliser mais finit par s'incliner deux jeux plus tard. Lenglen, épuisée, s'impose en effet au prix d'importants efforts physiques sur le score de 6-3, 8-6 en 59 minutes de jeu. Les deux championnes n'auront plus l'occasion de se retrouver dans un match. En effet, Wills sera victime peu après d'une crise d'appendicite qui la contraindra à arrêter sa saison tandis que Lenglen tournera bientôt le dos à l'amateurisme.

Lors des Internationaux de France, elle écrase Mary Browne en finale 6-1, 6-0 en seulement 27 minutes, considérée comme la plus courte de l'histoire des tournois du Grand ChelemCrème de la crème - 1. 1926 final: Suzanne Lenglen v Mark K Browne, sur BBC, 23 mai 2002.