Léon Daudet, né le dans le de Paris. et mort le à Saint-Rémy-de-Provence, est un écrivain, journaliste et homme politique français d'extrême droite.
Républicain converti au monarchisme, antidreyfusard et nationaliste clérical, député de Paris de 1919 à 1924, il fut l'une des principales figures politiques de l'Action française et l'un des collaborateurs les plus connus du journal du mouvement. Ses écrits témoignent d'un antisémitisme haineux calqué sur celui d’Édouard Drumont, qu’il considère comme « un historien et critique génial des phénomènes sociaux »..
La bibliographie des œuvres de cet écrivain engagé est abondante puisqu’il est l’auteur de 128 ouvragesPhilippe Secondy, « Léond Daudet pamphlétaire », Olivier Dard, Le Maurrassisme et la culture, Volume III : L’Action française. Culture, société, politique, Presses Universitaires du Septentrion, 2019, .. Son œuvre de mémorialiste comprend six volumes de Souvenirs de 1880 à 1921, « prodigieux Souvenirs », selon Marcel Proust, qui ajoutait : Cité par K. Haedens dans la préface des Souvenirs Littéraires de Léon Daudet, Grasset, coll. Poche, 1968, ..
Biographie Origines vignette|gauche|Un dimanche matin chez Alphonse Daudet : Léon, âgé de 18 ans, est le deuxième homme debout, en partant de la gauche (gravure d'après un dessin de José Belon publié dans La Journée du 19 décembre 1885). Léon Daudet est le fils aîné de l'écrivain Alphonse Daudet et de son épouse Julia Daudet née Allard, le frère de Lucien Daudet et d'Edmée Daudet, future André Germain. Son père, écrivain renommé mais aussi homme enjoué et chaleureux, a beaucoup d'amis. Les réceptions du jeudi de Daudet attirent de nombreuses personnalités du monde de la culture dans leur maison de Champrosay. « Fils d'un écrivain célèbre et qui avait non seulement le goût, mais la passion des échantillons humains, depuis le vagabond de la route jusqu'au plus raffiné des artistes, j'ai été en relation avec beaucoup de gensFantômes et Vivants, . ». Aussi Léon fréquente-t-il dès son enfance des écrivains et des journalistes, les uns, comme Gustave Flaubert, visiteurs épisodiques, les autres, comme Edmond de Goncourt, presque membres de la famille. Paul Arène, Maurice Barrès, Émile Zola, Édouard Drumont, Guy de Maupassant, Ernest Renan, Arthur Meyer, Gambetta, entre autres, marquent ses souvenirs d’enfance. Il est également ami de jeunesse de Marcel Proust, alors inconnu.
De la République à l'antidreyfusisme Bien qu'ayant bénéficié, lors de ses débuts à Paris, de la protection de l'impératrice Eugénie et du duc de Morny, Alphonse Daudet se targue de sentiments républicains, qu'il communique à son fils. Les grands hommes, chez les Daudet, outre la figure tutélaire de Victor Hugo, sont successivement Gambetta et Clemenceau. Au soir de la victoire électorale du général Boulanger à Paris, le , Léon Daudet et ses camarades étudiants lancent à tue-tête, dans les rues du Quartier Latin, des slogans hostiles au général.
C'est à cette époque là que Léon Daudet aurait commencé à exprimer ses opinions antisémites. Son activisme antisémite commence dès 1886 par la lecture de La France juive, d'Édouard Drumont, que son père fait publier chez Flammarion et Marpon la même année. Dès lors, il le promeut au rang des grands génies de son temps. Eugen Weber parle d'une adhésion à la ligue antisémite dès la fin de la crise boulangiste : c'est en tout cas ce que Daudet a lui-même affirmé dans des souvenirs publiés trois décennies plus tardLéon Daudet, « Quand j'étais étudiant... », L'Étudiant français, 15 juin 1922, ..
Après de brillantes études au lycée Louis-le-Grand, où il reçoit l'enseignement du philosophe kantien Auguste Burdeau, qui a déjà été, à Nancy, le professeur de Maurice Barrès, et qui entreprend une carrière parlementaire et ministérielle, il entame en 1885, des études de médecine qu'il mène jusqu'au bout, thèse exceptée. Il voit de l’intérieur le monde médical et fréquente des sommités comme Charcot jusqu’à son échec au concours de l'internat, en 1891.
gauche|vignette|Léon Daudet, avant 1895.Le , à Paris, il épouse Jeanne Hugo, petite-fille de Victor Hugo (celle-là même que le poète a célébrée dans L'art d'être grand-père), sœur de son meilleur ami Georges Hugo, à la mairie du arrondissement. « Trop de réclame autour de ce mariage », s'exclame Edmond de Goncourt.. Le mariage est civil, Victor Hugo ayant défendu à sa descendance la pratique du mariage religieux.
Son premier roman, L'Héritier, paraît en 1892, en feuilleton dans La Nouvelle Revue de Juliette Adam. En 1894, son expérience personnelle lui permet d'écrire Les Morticoles, caricature amère du monde médical, qui le fait connaître.thumb|Les Morticoles.|gaucheSon mariage lui a fait découvrir de l'intérieur le monde qui gravite autour de Hugo, le poète national : sa famille et le parti républicain. Le beau-père de son épouse est Édouard Lockroy, homme de gauche, député de 1871 à 1913, ministre de 1886 à 1899. Ils ont un fils, Charles Daudet (1892-1960), mais le ménage n'est pas heureux et, le , Jeanne quitte le domicile conjugal. Le divorce est prononcé l'année suivante. Jeanne Hugo épouse en secondes noces l'explorateur Jean-Baptiste Charcot, puis en troisièmes noces un capitaine grec, Michel Négroponte. Pour expliquer l'antiparlementarisme et l'antirépublicanisme de Léon Daudet, Eugen Weber a parlé de réaction contre le clan Hugo et de haine pour Lockroy. Cette thèse en vérité ne semble pas sérieuse : si, dans ses Souvenirs, spécialement dans Fantômes et Vivants, Léon Daudet exprime souvent un mépris violent pour les républicains, Lockroy fait exception, qu'il apprécie par plusieurs côtés. D'ailleurs, il explique d'où vient le républicanisme de sa jeunesse, bien avant d'entrer dans le clan Hugo ; c'était le résultat de son éducation : .
Le , quelques jours après le départ de Jeanne, Léon Daudet, accompagné de Maurice Barrès, assiste, pour le compte du Figaro, à la dégradation du capitaine Dreyfus. Il écrit notamment à son propos : Le Figaro, 6 janvier 1895, .. Léon Daudet reste toute sa vie persuadé de la culpabilité de Dreyfus.
La publication de la brochure de Bernard Lazare, en , ne l'ébranle pas. Ce n'est pas le cas de tous, parmi son entourage. Le , il assiste au premier dîner des balzaciens, au cours duquel la rupture est consommée entre écrivains dreyfusards (Zola, France) et antidreyfusards (Barrès, Coppée, Bourget). Si Zola est encore de ceux qui, quelques jours plus tard, portent les cordons du poêle aux obsèques d'Alphonse Daudet, Léon le poursuit bientôt de sa haine, surtout après la publication du J'accuse. Alors qu'il est à même, plus tard, de reconnaître les vertus littéraires d'un Gide, d'un Proust ou d'un Céline, il ne cesse de dénoncer l'influence néfaste de Zola sur la littérature et s'obstine à le surnommer « le Grand Fécal ».
S'il est encore républicain, Léon Daudet s'affiche alors clairement comme nationaliste et clérical. Le , il assiste, avec sa mère, à la première réunion de la Ligue de la Patrie française, dont l'un comme l'autre ont été parmi les premiers adhérents. La même année, il entre dans la rédaction du Soleil, puis, en 1900, dans celles du Gaulois et de la Libre Parole. Là, il se livre sans retenue au combat antidreyfusard et nationaliste, regrettant que ses appels à la résistance violente contre les ennemis de la Patrie et de la Religion ne soient pas suffisamment relayés par la presse dans laquelle il s'exprime. Ses attaques personnelles lui valent de multiplier les duels. Le premier l'oppose, en 1901, au député socialiste Gérault-Richard. En 1901 toujours, son antiparlementarisme s'exprime dans un ouvrage polémique : Le Pays des parlementeurs.
Émancipé de l'ombre tutélaire de son père, Léon Daudet est devenu un homme d'influence. Exécuteur testamentaire d'Edmond de Goncourt, il est chargé, en 1900, au terme d'un procès avec les héritiers de l'écrivain, de mettre sur pied l'Académie Goncourt, dont il est élu l'un des dix membres.
Il laisse environ et 128 livres dont une trentaine de romans, une quinzaine d'essais philosophiques, des ouvrages de critique littéraire, des pamphlets (une dizaine), de l'histoire, et enfin ses Souvenirs, publiés avec succès de 1914 à 1921 qui restent son premier titre de renommée littéraire.
Polémiste de l'Action française
vignette|Affiche (1918). gauche|vignette|Léon Daudet vers 1900. Au printemps 1903, il entre dans le comité exécutif de la Fédération nationale antijuive d’Édouard Drumont.
Bien qu'il connût déjà Charles Maurras et Henri Vaugeois, c'est sa rencontre en 1904 avec le duc d'Orléans qui décide de sa vocation monarchiste, vocation renforcée par son mariage, en 1903, avec sa cousine Marthe Allard, qui partage ses idées et dont le nom de plume est « Pampille »..
L'affaire des fiches (1904), suivie de l'affaire Syveton, dans laquelle il s'obstine à voir un assassinat, renforcent son engagement dans la politique réactionnaire et anti-parlementaire. En 1908, il est l'un des fondateurs, avec Charles Maurras, Henri Vaugeois et Maurice Pujo, du quotidien L'Action française. dont le financement est largement assuré par l'héritage que son épouse reçoit de la comtesse de Loynes, l’égérie de Jules Lemaître et de la Ligue de la patrie française, dont il fréquente le salon, qu'il mentionne notamment dans Salons et journaux publié en 1917. Il se bat en duel à plusieurs reprises a cette époque, par exemple contre le journaliste du Gaulois Gaston de Maizière en 1910, contre le romancier Nadaud en 1911 (car Daudet avait critiqué une pièce de Bernstein), la même année contre Georges ClaretieFils de Jules Claretie., ami de Bernstein, contre Bernstein lui-même le , puis contre Henri Chervet et, avant la guerre, contre Paul Hervieu.. Il devient éditorialiste et rédacteur en chef, puis codirecteur à partir de 1917, tandis que son épouse tient la rubrique culinaire sous le pseudonyme de « Pampille ».
Léon Daudet est dès lors une figure de la vie culturelle et politique : articles polémiques au style populaire, vif et amusant, charriant les injures, voire les appels au meurtre, mais aussi essais, livres d'histoire et romans se succèdent à un rythme soutenu. Le personnage est un colosse truculent, sanguin, pittoresque, mangeant, buvant (plusieurs bouteilles de bourgogne par repas), écrivant, discourant sans cesse. Celui qu'on surnomme « le gros Léon » défraye la chronique, autant par ses écrits que par les duels que lui valent ses insultes et les coups qu'il donne ou reçoit au cours de manifestations qui se terminent souvent au poste.
À partir de 1912, il entame une campagne dénonçant une prétendue infiltration des milieux des affaires et de la politique par des agents à la solde de l'Allemagne, campagne pour laquelle il produit de faux documents, ce qui lui vaut d'être condamné pour diffamation en 1920... Il continue cependant à répandre des accusations, souvent à tort., qui mènent à l'arrestation de Miguel Almereyda (affaire du Bonnet rouge et du Chèque Duval) pendant la Première Guerre mondiale en 1917, suivie de celles de Louis Malvy et de Joseph Caillaux, accusés de forfaiture et qu'il aurait voulu voir fusillés en compagnie d’Aristide Briand. Toutes ses allégations furent .. Son livre L'Avant-Guerre, paru le , voit ses ventes passer de à au début du conflit. Entre la fin de l'année 1914 et le début de l'année 1916, il s'en vend de plus. C'est par l'obstination de Léon Daudet que sera finalement poursuivie l'enquête contre Louis Malvy, accusé également par Clemenceau, et condamné au bannissement pour forfaiture.
Aristide Briand, onze fois président du Conseil, huit fois ministre des Affaires étrangères, est véritablement sa « tête de Turc », qui avait inspiré à Clemenceau ces mots : et .