Robert Capa, pseudonyme dEndre Ernő Friedmann, né le à Budapest et mort le en Indochine, est un photographe et correspondant de guerre hongrois.

Il a couvert les plus grands conflits de son époque et est l'un des fondateurs de la coopérative photographique Magnum, première de ce genre à voir le jour.

Il fut le compagnon de la photographe Gerda Taro, qui inventa son pseudonyme et lança sa carrière.

Il entretint une relation amoureuse avec Ingrid Bergman et une longue amitié avec Ernest Hemingway, qui s’est inspiré des photos de Capa pour écrire le livre Pour qui sonne le glas.

Biographie Né le à Budapest dans une famille de la bourgeoisie juive hongroise non pratiquante, il est le second fils de Dezsö Friedmann et Julianna (ou Julia) BerkovitsAlex Kershaw, Robert Capa, L'homme qui jouait avec la vie, J-C Lattès , propriétaires d'un atelier de couture à PestLaure Beaumont-Maillet, Françoise Denoyelle, exposition « Capa, connu et inconnu » à la Bibliothèque nationale de France, 2004. Il est atteint de polydactylie (petit doigt supplémentaire à l'une des mains), et sa mère y voit l'annonce d'un destin hors normes.. Très vite, il apprend à capter le regard des riches clientes de la maison de couture familiale, jusqu'à avoir la certitude que le véritable pouvoir est celui de la séduction..

Il fait de bonnes études mais a une adolescence agitée, fréquentant les milieux communistes révolutionnaires qu'inspire son maître à penser, l'écrivain Lajos Kassák Whelan, , p. 15. À l’âge de dix-sept ans, il est arrêté pour avoir participé aux activités antifascistes d’étudiants de gauche. Le régime autoritaire hongrois de l’amiral Horthy le libère à la condition qu’il quitte la Hongrie. Il part en pour Berlin où il se donne pour objectif de faire carrière dans le journalisme. Grâce à son amie d’enfance exilée Eva Besnyő, il trouve un premier travail comme apprenti développeur dans une agence photographique berlinoise. Bien qu'il ne soit pas passionné par la photographie, il se lance dans cette voie car c'est le métier qui ressemble le plus au journalisme pour le jeune homme qui ne parle pas encore allemand.. Parallèlement, il s'inscrit à l'Université allemande de politique pour suivre des études de sciences politiques de 1931 à 1933.. Il s'y ennuie, manque d'argent (ses parents ont été ruinés par la Grande Dépression de 1929), au point de voler les côtelettes de veau du chien de sa propriétaire..

Il fait la connaissance de Simon Guttmann, patron de l’agence Dephot (). L'agence lui fournit un appareil Leica pour travailler comme assistant et réaliser des reportages sur le quotidien de Berlin, puis lui donne l’occasion de couvrir son premier sujet, Léon Trotski venu donner un meeting sur la révolution russe. Il part en pour Copenhague afin d'y photographier Trotski qui a été invité par l'association des étudiants sociaux-démocrates pour une conférence (qui sera la dernière) devant , et qui est alors pourchassé par des assassins aux ordres de StalineJean Lebrun, « Robert Capa », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 15 mars 2013.. Le magazine Der Weltspiegel publie ses clichés.

Il quitte l’Allemagne en 1933 à l'arrivée d'Hitler au pouvoir, gagne Vienne mais le chancelier chrétien-social Engelbert Dollfuss y établit une dictature cléricalo-fasciste, aussi émigre-t-il finalement à Paris à l’automne 1934.

Paris vignette|Gerda Taro en Espagne, juillet 1937. Il rencontre Henri Cartier-Bresson dans les cafés de Montparnasse, ainsi que d'autres Juifs émigrés comme lui, tels que « Chim » (David Seymour), André Kertész, Pierre Gassmann Il décide de franciser son prénom et se fait désormais appeler « André Friedmann ». Épais sourcils, yeux et cheveux noirs, lèvres charnues, son charme est immense. Il travaille fin 1933 comme figurant dans un roman-feuilleton du magazine Vu, Le tueur au boomerang.

Au café A Capoulade dans le quartier latin, il fait en la connaissance de Gerda Taro, une étudiante allemande antifasciste d'origine galicienne, qui d’assistante devient photographe. Ils deviennent amants en 1935. Il fréquente l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires où elle est inscrite, comme ses principaux amis ou collègues photographes..

Le magazine de Lucien Vogel VU lui offre l'occasion de réaliser un reportage sur la Sarre, lieu de tensions grandissantes entre la France et l'Allemagne, et ainsi d'obtenir sa première carte de presse.

Au printemps 1935, il effectue un premier séjour en Espagne pour une série de reportages (match de boxe de Paolo Uzcudun, projet aéronautique du lieutenant-colonel Emilio Herrera qui veut battre le record du monde d'ascension en aéronef, fête religieuse et processions à Séville).

Alors que ses parents se séparent, son jeune frère Cornell Capa vient le rejoindre à Paris. Son père Dezsö se suicide.

En 1936, Taro invente un photographe américain dont André ne serait que l'assistant. Ses photos se vendant très mal, elle lui fait prendre un pseudonyme : « Robert Capa », qui sonne plus américain et est plus facile à prononcer. Avec ce pseudonyme de Robert « Bob » Capa, il crée un personnage, un photographe américain, chic, riche, mondain et séducteur, vendant ses photos le double.

Plusieurs versions ont été données sur l'origine de ce pseudonyme. Selon André, le prénom aurait été choisi en référence à l'acteur américain en vogue Robert Taylor, et le nom « Capa » choisi pour sa ressemblance avec celui du réalisateur américain Frank Capra.. Mais signifie aussi « requin » en hongrois, et ce surnom semble avoir été donné au jeune FriedmannNotice de l'exposition Capa à la Bibliothèque nationale de France.|consultée le 31 octobre 2014..

La même année, il participe à la création de l’agence Alliance-Photo aux côtés de Pierre Boucher et de Maria Eisner. Il immortalise notamment le Front populaire par sa photo du Le 14 juillet 1936 – Trois jours de fêtes, le peuple, l'armée, la France.. Il photographie Léon Blum brandissant la lampe offerte par les mineurs de Carmaux, mais aussi des anonymes en grève ou les manifestations populaires. Les magazines VU et Regards publient les photos. Le numéro de VU du lui accorde même la couverture.

La guerre d’Espagne En , il part avec Gerda Taro comme envoyé spécial pour couvrir la guerre civile espagnole sur le front républicain, pour les magazines Vu de Lucien Vogel et Regards. Il photographie les miliciennes à l'entrainement, la presse apprécie les images de femmes armées. Lors de leur premier séjour en , il ne photographie pas de combats, il s'attache surtout à réaliser des portraits de combattants républicains à l'équipement rudimentaire, mais animés par une grande ferveur politique.

En Espagne, il devient un fervent antifasciste qui va même jusqu'à monter certaines photos de toutes pièces, notamment une improbable victoire des forces républicainesRobert Capa - Guerre et amour..

Lors de ses séjours ultérieurs, il couvre les combats, notamment à Madrid en novembre et . Le magazine Regards consacre un tiers de sa surface rédactionnelle à la guerre civile. Robert Capa, Gerda Taro, mais aussi David Seymour alimentent les numéros. Capa photographie les populations qui subissent les bombardements et les Brigades internationales, son reportage intitulé La Capitale crucifiée le fait entrer dans l'histoire du photojournalisme. Il est aussi publié dans The Illustrated London News le . À Paris, l'Exposition universelle de 1937 utilise ses clichés aux côtés des œuvres de Joan Miró, Picasso, Luis Buñuel ou Alexander Calder.

En , Robert Capa publie un reportage dans Ce soir sur la bataille de Teruel et la reddition des franquistes sans photographies. En écrivant « La ville était à nous », Capa manifeste ouvertement qu'il a choisi son camp. Les photographies de Robert Capa sont régulièrement publiées dans Ce soir. Ce sera le tout premier emploi salarié de Capa qui est payé au mois et non plus à la photo.

Capa faussaire ? C'est pendant ce séjour en Espagne qu'il prend la photographie qui lui vaudra sa grande renommée et qui sera à l’origine du mythe Capa. Intitulée Mort d'un soldat républicain, elle représente un milicien des forces républicaines, en chemise blanche, s’effondrant après avoir été touché par une balleMort d’un milicien de Robert Capa.. Cette photo symbolise la guerre d’Espagne et reste gravée dans la mémoire collective. Néanmoins, une polémique sur l’authenticité de la photo commence en 1975. Ayant mené leur enquête, les partisans de l'authenticité identifient le milicien : il s'agit du militant anarchiste Federico Borrell García, lequel a bien été tué le à Cerro Muriano, le jour où Capa dit avoir pris la photoPrésentation de la treizième photo de Robert Capa, collection « Photo Poche » aux éditions Nathan (2001) ..

La polémique s'arrête un temps mais elle reprend plus tard à la suite des recherches de l'universitaire basque José Manuel Susperregui, spécialiste des technologies de l'image. Résumant ses conclusions, le journal , de José Manuel Susperregui, , 2006 . affirme en , clichés comparatifs à l’appui, que la photo n’a pas été prise près de Cerro Muriano, mais près de la localité d’Espejo à 50 km (tous les deux dans la province de Cordoue), endroit où il n’y avait pas de combats à la date de la prise de vue.« La célèbre photo de Robert Capa serait un montage », Le Nouvel Observateur, 17 juillet 2009, qui fait écho au quotidien catalan El Periodico du même jour.. Un argument supplémentaire à l'appui de la thèse de la fraude vient du fait que Capa a pris deux photos de miliciens républicains tombés à cet endroit (la première étant bien plus célèbre que l'autre)Les deux photos exposées l'une au-dessus de l'autre par Lucien Vogel. : aux yeux de certains critiques., la chute de deux miliciens au même endroit devant un appareil se trouvant dans la même position serait une coïncidence peu crédible, d'autant que le corps du premier n'apparaît pas sur le deuxième cliché. Pour André Gunthert, la totalité des photos prises à Espejo par Capa correspond à une scène d'attaque jouée par les miliciens, sans adversaire..

La mort de Gerda Taro Alors que Robert Capa est de retour à Paris, Gerda Taro restée en Espagne meurt le , écrasée accidentellement par un char d'assautLaure Beaumont-Maillet, « Robert Capa », site de la Bibliothèque de France. républicain lors des combats de la bataille de Brunete. Jusqu’à la fin de sa vie, Capa aimera à dire que Gerda et lui étaient unis par le mariage. La photographie de Robert Capa représentant Gerda Taro se reposant sur une borne kilométrique aux initiales PCPhotographie de Robert Capa représentant Gerda Taro illustre l'article consacré à sa mort dans Ce soir. La famille de Taro accusera le photographe d'avoir envoyé la jeune femme à la mort. Lors de son enterrement au cimetière du Père-Lachaise le , Capa reçoit même des coups.. Ce drame marque dans sa vie, écrit son biographe . Henri Cartier-Bresson retrouve un homme .

La Seconde Guerre sino-japonaise En 1938, il est envoyé par le magazine pour suivre la Seconde Guerre sino-japonaise (1937-1945). Avec le documentariste néerlandais Joris Ivens, il couvre notamment les raids aériens japonais contre Hankou et la bataille de Taierzhuang.

Il prend une photo qui fait la couverture de , celle d’un enfant chinois, habillé en militaire. appose alors la légende : Un défenseur de la ChineCouverture de Life.. Le , la revue de photographie britannique Picture Post le proclame .

La Seconde Guerre mondiale Confronté aux lois françaises contre les « étrangers indésirables », il quitte Paris en et émigre à New York où il rejoint sa mère et son frère, Cornell, mais son passeport d'apatride fait de lui un ennemi de l'Amérique destiné à être renvoyé en Hongrie, son pays natal. En 1940, voué à être expulsé à l'expiration de son visa, il obtient un statut légal en séduisant une jeune mannequin, Toni Sorel, qui accepte de se marier en échange d'un an de leçons de danse que le photographe lui offre. Whelan, , ..