vignette|Le mantra en ranjana népalais, moya shike, à Ningbo, au nord-est de la province du Zhejiang (Chine). vignette|droite|Om Mani Peme Hung (prononciation tibétaine). 260px|vignette|Le mantra en tibétain. Om maṇi padmé hoûm (en sanskrit / ), parfois suivi d'une septième syllabe ( / hr̥ḥ), ayant pour diminutif / , est un des plus célèbres mantras du bouddhisme, issu de sa branche mahāyāna. C'est le mantra des six syllabes du bodhisattva de la compassion (karuṇā) Avalokiteśvara (Guanyin en chinois.., Gwan-eum en coréen (hangeul : ) Kannon en japonais, Chenrezig en tibétain).
Il est donc également appelé « mantra de la grande compassion » (mahākaruṇā) et considéré comme important dans le bouddhisme tibétain., courant dans lequel Karma Pakshi, le karmapa l'a popularisé au .
Vue générale Mantra du bodhisattva Avalokiteśvara, « Om mani padme hûm » est profondément ancré dans la vie quotidienne de toute la sphère culturelle tibétaine, où il est abondamment psalmodié et recopiéSauf mention contraire, cette section se fonde sur . Il est souvent appelé « incantation en six syllabes » (« Six-syllable spell »; sk. ṣaḍakṣarīvidyā)..
Le mantra semble apparaître pour la première fois dans le , texte datant du et qui a dû être traduit en tibétain un peu avant 812 puisqu'il figure dans le catalogue Ldan dkar ma des traductions de la période impériale publié cette année-là (v. kangyour) Toutefois, il semble bien que le mantra n'est devenu réellement populaire qu'à partir du .
Dans le bouddhisme tibétain, ce mantra est souvent lié aux six destinées, et sa répétition – comptée avec le mâlâ à 108 grains – est censée éviter de mauvaises destinées à la personne qui le psalmodie. Ces récitations peuvent être complétées (et multipliées) par la rotation de moulins à prières – sur lesquels est souvent reproduit ce mantra. Ce dernier est aussi fréquemment calligraphié sur des rochers, car sa présence physique est une protection pour qui se trouve dans un tel endroit.
C’est à partir du que l’Occident a entendu parler du mantra om mani padme hûm, par le biais du franciscain Guillaume de Rubrouck, et plus tard par celui de jésuites séjournant en Asie. Par la suite, le mantra s’est progressivement répandu l’Occident où il est aujourd'hui très présent, en particulier dans divers mouvements spirituels.
Traduction La question de sa traduction est disputée. Selon A. Gardner, le mantra est une invocation au bodhisattva sous les traits de Maṇipadma (le e final étant la marque au cas du vocatif d’un mot féminin) et on peut donc le traduire ainsi : « Om Ô [toi qui] as un bijou et un lotus HumTrad. de Gardener: « Om O [thou who] hast a jewel and lotus Hum » » Mais en Occident, toujours selon Gardner, cette lecture – pourtant répandue chez les exégètes tibétains depuis au moins le – est largement délaissée au profit de « Salut au joyau dans le lotus » (padme serait alors au cas locatif), ce qui est une erreur rejettent aussi la traduction « Jewel in the lotus » et donnent « Homage to the Jewel-Lotus One » ou encore « Om, O Jewel-Lotus »..
Histoire
Un mantra venu du Cachemire C'est à l'origine un texte des sutras du mahāyāna .. La plus ancienne description connue de ce mantra est dans le (, Bouddha parle du sutra du sublime roi trésor Mahayana, composé au Cachemire et datant de la fin du ou début du (Taisho Shinshu Daizokyo, 1050)) .. Le Kāraṇḍavyūhasūtra a été traduit en français par Eugène Burnouf en 1837.
On a retrouvé en Chine une pierre datant de 1348, sous la dynastie Yuan, de nationalité mongole, sur laquelle est inscrit ce texte dans six des langues de l'Empire chinois d'alors (mandarin, tibétain, lanydza, ouïghour, phagspa et tangoute 莫高窟造像碑 pierre gravée représentant le texte dans les différentes langues de l'Empire chinois..). Il existe de nombreuses autres pierres gravées de ce mantra dans toute l'Asie mani stones in many scripts (pierres mani dans différentes écritures) sur Babelstone..
Essor particulier au Tibet vignette|Mantra de Tchenrézi (Avalokiteshvara) près du Potala au Tibet.Le texte polychrome à gauche est le premier mantra du bouddhisme tibétain, en sanskrit (en tibétain : ༀམནིཔདྨེཧཱུྃ; Wylie : oMmanipad+mehU~M). Le texte monochrome à droite est en sanskrit (), une invocation à l'incarnation de la pureté originelle.
Avalokiteśvara (Tchenrézi en tibétain) est considéré comme une divinité patronne du Tibet par les Tibétains, et il fait l'objet d'un culte où le mantra à six syllabes joue un rôle primordialMatthew Kapstein, Les Tibétains Traduit de l'anglais par Thierry Lamouroux, Paris, Les Belles Lettres, 2015, p. 340-341.. Karma Pakshi, karmapa, popularisa le chant mélodique du mantra de ce bodhisattva de la compassion au Tibet au Dzogchen Ponlop Rinpoché et Michele Martin, Une Musique venue du ciel : Vie et œuvre du Karmapa, Claire Lumière, (2005) — Série Tsadra — , p. 360-362.. Lors de la cérémonie de la coiffe noire, spécifique du karmapa, celui-ci récite 108 fois ce mantra tout en utilisant un mala (rosaire) en cristalFrancesca Yvonne Caroutch, La fulgurante épopée des Karmapas, Dervy, 2000, ..
Le mantra om mani padme hum est considéré comme le sceau distinctif du bouddhisme au Tibet, où il est omniprésentClaude B. Levenson, Le Seigneur du Lotus blanc : le dalaï-lama, 1987, Lieu commun, , p. 210.. Il y est aussi le mantra le plus courantVictor Chan, Tibet: guide du pèlerin, p. 41.. On le trouve sur les bannières de prières, les pierres mani, en inscription sur les montagnes, au seuil des maisons et des monastères, psalmodié fréquemment par les pèlerins égrenant des rosaires ou actionnant des moulins à prières (mani khorlo) enchâssant le mantra imprimé des milliers de fois.
Le Dalaï-Lama étant considéré comme une émanation de Tchenrézi, le mantra lui est lié Timothy Willem Jones, Lucinda Matthews-Jones, Material Religion in Modern Britain: The Spirit of Things, p. 172..
Découverte en Europe
Moyen Âge C'est durant le Moyen Âge que l'on va entendre parler du mantra pour la première fois en Occident. Le franciscain Guillaume de Rubrouck, envoyé du Pape auprès des Mongols se rend à Karakorum, la capitale de l'Empire mongol en 1254. Il rencontre alors nombre de lamas tibétains, et donne un premier éclairage sur le « lamaïsme »Michael Taylor, Le Tibet - De Marco Polo À Alexandra David-Néel, Payot, Office du Livre, Fribourg (Suisse), 1985 , p. 19-20.. Il voit des prêtres qui , assez semblables selon lui aux chapelets chrétiens, et qui répètent sans cessent ces mots « On mani baccam », signifiant, selon, précise Rubrouck, Guillaume de Rubrouck, trad. et commentaire de Claude et René Kappler, Voyage dans l'Empire mongol, Paris, Payot, 1985, 318 p. p. 145 .. Dans la version de l'œuvre de Rubrouck traduite en français en 1654 par Pierre Bergeron, celui-ci transcrit Pierre Bergeron, Voyages de Benjamin de Tudelle, de Jean du Plan Carpin, du Frère Ascelin et de ses compagnons, de Guillaume de Rubruquis (sic), Paris, 1830 , p. 323 ..
De Tsaparang où il se trouve, le jésuite Antonio de Andrade mentionne à son tour, dans une lettre datée du , cette invocation qui l'intrigue car, dit-il, Hugues Didier, Les Portugais au Tibet, Ed. Chandeigne, Paris, 1996, .. Il en demande l'explication à quelques lamas de Tsaparang, sans obtenir de réponse satisfaisante. Une quarantaine d'années plus tard, le jésuite Johann Grueber, qui séjourna avec son confrère Albert Dorville à Lhassa en 1661, explique à Athanasius Kircher, qui le consigna dans sa China illustrata (1667), que les Tibétains vénèrent le dieu « Manipe » avec l'invocation « O Manipe mi hum » signifiant « Manipe sauve nous! »Voir China illustrata (1667), p. 71 (cité par C. Wessels, Early Jesuit travellers in Central Asia, The Hague, 1926, (À noter que Grueber ortographie « Manipe » (un seul p), tandis que Wessels écrit « Manippe ». .
Un autre missionnaire jésuite, en résidence à Lhassa de 1716 à 1721, Ippolito Desideri, en propose une explication. Il a une bonne maîtrise du tibétain, et comme il a passé quelque temps en Inde, il connaît suffisamment de sanskrit pour saisir le sens de Om mani padme hum. Il écrit dans ses Notes historiques sur le Tibet Dans Cornelius Wessels, Early Jesuit travellers in Central Asia, The Hague, 1926, (. Le même Desideri a donné une explication assez différente du mantra dans une lettre du 10 avril 1716, publiée dans le tome 15 des Lettres édifiantes et curieuses écrites (...) par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus, Paris, 1722, p. 195: « Ils se servent d’une espèce de chapelet, sur lequel ils prononcent ces paroles: Om, ha, hum. Lorsqu’on leur demande l’explication, ils répondent que Om signifie intelligence ou bras, c’est-à-dire puissance ; que ha est la parole ; que hum est le cœur ou l’amour ; & que ces trois mots signifient Dieu ». : « Om n'est pas un terme significatif ; ce n'est qu'un ornement de style, le mot d'ouverture usuel de tout charme [= formule magique]. Le second mot, Mani, signifie joyau tel qu'une perle, un diamant ou toute autre pierre précieuse. Le troisième, Padme [il écrit Pêmé], est composé des deux mots Padma [Pêmà] et E. Padma signifie une fleur, celle qui pousse dans l'eau, dans les étangs et les lacs (...) [= le lotus]. Le E est une particule d'adresse ou d'invocation comme chez nous la particule O. Quant au dernier mot, Hum, comme le premier il n'a pas de signification propre. C'est un simple ornement [de style] terminant toute parole magique. » Selon Enzo Gualtiero BargiacchiEnzo Bargiacchi, Ippolito Desideri. S. J. Opere e Bibliografia, Roma, , Institutum Historicum S.I., 2007, viii + 303 p. p. 303, spécialiste de l'œuvre de Desideri, celui-ci est
Si le capucin Francesco della Penna (qui arriva au Tibet en 1716, juste après Desideri) préféra ne pas se prononcer sur le mantra au prétexte que l'explication en serait trop longue Breve Notizia dela Regno del Thibet, dal frà Francesco Orazio della Penna de Billi. 1730, ed. J. Klaproth, Journal asiatique, série 2, t. 14, 1834, p. 426, cité par C. Wessels, Early Jesuit travellers in Central Asia, The Hague, 1926, , n. 2., dans la seconde édition de l'Alphabetum Tibetanum (Rome, 1762), ouvrage qui fut alimenté par la documentation collectée par la mission des capucins au Tibet, le religieux orientaliste Antonio Agostino Giorgi o.s.a. (1711-1797) fournit une édition commentée du mantra, en ne manquant pas de poser l'équivalence des Om bouddhique et brahmanique Alphabetum Tibetanum missionum apostolicarum commodo editum: praemissa est disquisitio qua de vario litterarum ac regionis nomine, gentis origine, moribus, superstitione, ac manichaeismo fuse disseritur; Beausobrii calumniae in sanctum Augustinum, aliosque ecclesiae patres refutantur. Studio et labore Augustini Antonii Georgii, Romae, Typis Sacrae Congregationis de Propaganda Fide, 1762, p. 500-513. .
Victor Adolphe Malte-Brun écrit en 1853 : « Dans la religion du Bhoutan, comme dans celle du Tibet, il existe une formule sacrée dont les mots hom-ma-ni-pê-mé-houm sont de nature à ne pouvoir être traduits d'une manière satisfaisante à cause de leur sens abstrait et mystique. Toute la doctrine lamaïste se résume dans cette formule : hom adoucit les tribulations du peuple ; ma apaise les angoisses des lamas ; ni soulage les chagrins et les afflictions des hommes ; pe diminue les douleurs des animaux ; houm enfin tempère les souffrances et les peines des damnés. Cette célèbre formule est répétée par tous les religieux ; elle est écrite en tous lieux, sur les bannières, sur les temples, sur les casques des chefs, sur les murailles des habitations et sur les montagnes : quelques-unes de celles-ci la présentent formée avec de grosses pierres fixées dans le sol, de manière qu'on peut la lire d'une très grande distance. »
Présence contemporaine dans le monde bouddhique