L’argot parisien est l'argot en usage à Paris. Il s'agit d'un géolecte (variété linguistique considérée sous l’angle de l’aire géographique occupée).
Historique L'argot parisien a deux sources principales : l'argot des métiers et l'argot dit des voleurs. Il intègre des expressions dont l'étymologie est régionale ou étrangère.
Il reste très vivace dans les rues de la capitale jusqu'aux années 1970. L'évolution sociologique de la population parisienne explique en grande partie cette « mort » de l'argot parisien, qui ne se pratique plus que dans les vieux quartiers ou dans la banlieue de la capitale, sous une forme ayant évolué. L'argot parisien ne fait pas partie des langues régionales reconnues dans l'enseignement.
Les plus grandes inventions argotiques récentes reviennent à Frédéric Dard (San Antonio), au dialoguiste de films Michel Audiard, aux chanteurs Pierre Perret et Renaud, et aux sketches comiques de Coluche.
Dans la littérature C'est surtout la littérature qui diffuse « la langue verte ».
On peut notamment citer : lEssai sur l'argot (1847) d’Honoré de Balzac, ; Les Mémoires de l'ex-bagnard Vidocq ; Les Mystères de Paris d'Eugène Sue ; Pour Victor Hugo, Dans Les Misérables de Victor Hugo, l'auteur consacre le septième livre de la quatrième partie de son ouvrage à un brillant exposé sur l'argot. ; Les Mohicans de Paris d'Alexandre Dumas.
On peut également citer :
Aristide Bruant Jehan-Rictus Émile Zola Francis Carco Louis-Ferdinand Céline Édouard Bourdet Jacques Perret Antoine Blondin Alphonse Boudard Auguste Le Breton Pierre Mac Orlan Mistinguett Fréhel Albert Simonin
Dans la chanson Divers auteurs et interprètes célèbres de chansons emploient l'argot : Aristide Bruant, Georges Brassens, Renaud, Jacques Brel, Édith Piaf...
Au cinéma Certains films, à des fins d'humour, utilisent massivement l'argot. On peut notamment citer Les Tontons flingueurs.
Termes français en argot parisien Argent :artiche, as, aspine, aubert, avoine, balles, beurre, biftons, blanquette, blé, boules, braise, brèles, brique, bulle, caillasse, caire, carbure, carme, craisbi, douille, faf, fafiots, fifrelins, flouze, fourrage, fraîche, fric, keufri (verlan de « fric »), galette, galtouse, ganot, genhar (verlan de « argent »), gen-gen, gibe, graisse, grisbi, japonais, love, maille, mornifle, némo (verlan de « monnaie »), os, oseille, osier, patate, pélot, pépettes, pèse, picaillons, pimpions, plâtre, pognon, radis, ronds, sacs, soudure, talbin, trèfle, thune… Boire :piave (tzigane), tiser, séti (verlan de « tiser »), pichtav (tzigane), bibiner, se mettre la tête, se pochtronner… Femme :bombe, frappe, fraicheur, frangine, feumeu (verlan de « femme »), gamoss, gazelle, gerce, gisquette, gonzesse, greluche, greluse, grognasse, meuf (verlan de « femme », apocope de « meufa »), morceau, nana, nière, polka, poupée, sœur, souris, star, taupe, go, gnasse, sac, tas… Homme :branque, cave, gland, hottu, lavedu, pégreleu, gadjo, gonze, keum (verlan de « mec », apocope de « keumé »), mec, nombo, raclo… Manger :becqueter, bouffer, boulotter, briffer, casser la croûte, casser la graine, casser la dalle, claper, croûter, damer, daller, galimafrer, grailler, grailletence, jaffer, mastéguer, morfiler, tortorer… Policier :archer, bleu, bignolon, bourdille, bourres, chtar, chmits, cogne, condé, flic, képi, keuf (verlan de « flic », apocope de « keufli »), matuche, pandore, perdreau, poulet, poulagas, poulardin, pouleman, roussins, royco, schmitt… policiers de l'inspection générale des services : les bœuf-carottes Siège de la Police judiciaire : la grande volière, la maison parapluie, la maison poulaga, la maison pullman, la tour pointue… Faire l'amour :baiser, cartoucher, dauffer, donner, démonter, kène (verlan de « niquer », apocope de « kéni »), kentance, niquer, pinner, troncher, bourrer, défoncer, harponner, tringler, limer, fourrer, bouillaver (tzigane), taraud, douiller, culbuter (derrière le buisson), tirer, sauter... Frapper :pétaVerlan de « taper » ; « péta » signifie plus communément « voler »., péfra, marave (tzigane), défoncer, ruiner, éclater, terminer… Bar : troquet, rade, bistrot...
Argot des lieux Toponymes Sources : L’argot au : Dictionnaire français-argotAristide Bruant, L’argot au : Dictionnaire français-argot, Paris, Flammarion, 1901. et Le dictionnaire de l’argot et du français populaireJean-Paul Colin/Mével, Christian Jean-Pierre/Leclère (Hgg.), Le dictionnaire de l’argot et du français populaire, Paris, Larousse, 2010..
Paris : Pantin (1815), Pantruche (1835), Paname (1903), Ripa (1991) Avenue des Champs-Élysées : les Champs (1969), les Champs-zè (1970) les Grands Boulevards : les boul’s (1878), les grands boul’s (1905)On dit Faire les bouls chez les prostituées (1905) et les camelots (1925) ; on y trouve également des boulevardières (1905), ces « Femme(s) galante(s) qui (ont) choisi les boulevards comme un champ fertile pour (leur) clientèle » (H. France, 1907). Le boulevard est aussi nommé le banc de Terre-Neuve (1881), parce qu’y abonde la « morue »., le bouletot (1932) Boulevard de Sébastopol : le Sébasto (1888), le Sébastom (1906), le Topol (1926) Boulevard Saint-Michel : le Boul’Mich’ (1878), le Mich’ (1880), Saint-Mich’ (1880) Boulevard Diderot : le Boul’Dide’ Boulevard Saint-Germain : le Ger’ (1880), le Boul'Ger’ (1883), le Germ (1896), Saint-G’ (1941), Saint-Ger (1953). Boulevard des Italiens : le Boul’ des It’ Boulevard Haussmann : le Boul’Mann (1885) Boulevard des Batignolles : les Gnolles (1867)Les habitants du quartier étaient les « Gnollais »., les Bati (1901), les Batingues (1920), les Badingues (1947) Boulevard Barbès : Besbar (1975) Boulevard Murat : le Boul’ Mu’ (1955) Place de la Bastille : la Bastoche (1892), la Bastaga (1939)En javanais (argot). Place du Trocadéro : le Troca (1978, 1991) Place de la République : Répu Place Maubert : la Maub (1872), Mocaubocheteau (1872), Moc-aux-Beaux (1883) ou Mocobo (1898)Autour de la Maub', « il fallait un vocabulaire très particulier pour commander un verre : une absinthe se réclamait sous l’appellation "purée de pois", un café avec un cognac : "un grand deuil" […] un verre de cognac : "un pétrole", une fine champagne : "une cogne", un bock : "un cercueil". » (P. Mellot, 1993) Place d’Italie : la Place d’It’ Place de Clichy : la Cliche (1953), le Cliche (1957) Place du Châtelet : le Tlécha (1996)Désigne le quartier du Châtelet et des Halles. Jardin du Luxembourg : le Lux (1889), le Luco (1901), le Lucal (1954) Rue Mouffetard : la Mouffe (1882, 1907 et 1949)« Le garçon du marchand de vin d’à côté secouait un panier à salade et quelques gouttes d’eau atteignirent le front de la jeune fille qui se retourna et s’écria avec une voix de rogomme et le plus pur accent mouf-mouf : "Ah ! mince… tu pourrais donc pas secouer tes pissenlits d’équerre, espèce d’mastroc empaillé !" » (Clairon, 1882 ; in : Delvau, Alfred/Fustier, Gustave, Dictionnaire de la langue verte, Paris, C. Marpon & E. Flammarion, 1883 ; supplément, article « Mouf »). Rue Quincampoix : la Quincampe (1977) Rue Popincourt : la Popinc’ (1906, 1924 et 1935), la Popingue (1957), la Popinque (1977) Rue de la Huchette : la Huche (1979) Rue Saint-Denis : Saint-Denaille (1829) Rue Rambuteau : la Rambute (1977) Rue Mabillon : le Mabille (1952), le Mab’ (1971)Où dansaient, déjà au début du siècle, les Mabillards et les Mabillardes, ces « jeunes gens et demoiselles de mœurs légères, habituées du bal Mabille » (H. France, 1907). Rue de la Charbonnière : la Charbo (1962), la Charbonne (1975) Quartier de Charonne : le Tonkin (début )Argot des ébénistes, qui appelaient aussi Madagascar Bagnolet et Nouméa Montreuil. C'était là que se trouvaient les cayennes, ces grands établissements industriels, sortes de bagnes suburbains qui exploiteront la misère jusqu’au début du . La Courtille : la Courtanche (1835) ou la Courtoche (1898) Faubourg Saint-Germain : Faub’ Saint-Germe (1901) (1901, Bruant, article : « distingué »). Quartier des Gobelins : les Gob’ (1957) Quartier de la Gare du Nord : le Reno (1991), le Nord (1991) Les Invalides : les Invalos (1857), les Invaloches (1977) Le Marais : PédélandArgot homosexuel. Ménilmontant : Ménilmont’ (1870), Ménilmuche (1881), Ménil’ (1965) Butte Montmartre : la Butte Montparnasse : Montparno (1881) (1881, Richepin), « Autre sonnet bigorne », dans La Chanson des Gueux; le poème et le mot Montparno ne se trouvent pas dans l'édition de 1876, comme on l'a affirmé et comme on l'affirme trop souvent à tort, mais dans celle de 1881 (voir Denis Delaplace, 150 ans d'éditions de la Chanson des Gueux de Jean Richepin, 2022, deuxième partie, chapitre 10 « Colin et alii 2010 »)., Montpar, Montper ou Montperno (1901) Porte de Montrouge : la Grille des rouges (1879) La Villette : la Villetouze (1893) Bois de Boulogne : le BoisArgot de la prostitution. Enceinte de Thiers : les fortifs (1881), les forts (1901), les lafs (1907)Argot des bouchers. les ponts et les berges étaient associés à la prostitution, de dur labeur et de rapines : on y trouvait des pontonnières (1836) et les mademoiselles du Pont-Neuf (1907)Alors que les marneuses (1878) racolaient le long des berges de la Marne.. Les rats de quai (1884) s’échinaient à décharger les péniches, alors que les rats de Seine (1852) ou ravageurs (1836), qui triaient les détritus déversés sur les bords de la Seine afin d’en recueillir les métaux, s’étaient fait une spécialité de piller les entrepôts et les bateauxThierry Petitpas, De Paname à Ripa : histoire d’une rupture, UFR LASH – Sections FLE-EFE, Université de Nice-Sophia Antipolis, 2003.. Quai des Tuileries : Tata BeachArgot homosexuel. la rue : la conduite (1879), le macadam (1864) où opère le trimardeur, d’abord voleur de grand chemin au puis ouvrier itinérant qui partait sur la trime (1836) ou la trimarde (1846) à la recherche de son gagne-pain quotidien. C'est un lieu de prostitution, où les « filles des rues » polissent l’asphalte (1850), les bitumeuses le bitume (1841), les radeuses font le rade (1876) ou le ruban (1904), les tapineuses arpentent le tapis (1925) et les turfeuses le turf (1926)Thierry Petitpas, 2003.. la place : la placarde (fin ), la ceupla (1991), la dalle (1991).
Monuments la Tour Eiffel : la Tour CifelleDe l'argot « cifelle » pour « ficelle » (Caradec & Pouy, Dictionnaire du Français Argotique et Populaire, Larousse, 1975.) le Sacré-Cœur : le Sactos (1968), la meringue, la grosse meringue, la grosse meringue en sucre glace
Loisirs Vélodrome d'Hiver : le Vél’ d’Hiv’ Les cafés-concerts : les caf’-conc’ les cabarets, auberges, et guinguettes des barrières (le guinche)car « on y guinche le samedi, jour de paye » (P. Larousse : ) : les bastringues
Prisons la prison Sainte-Pélagie : Pélago (1836)Dictionnaire de l’argot et du français populaire, Pélague, PélageBruant 1901 la prison Saint-Lazare : Saint-Laz''' (1860), Saint-Lago (1872)Représentatif du parler en go comme « Pélago » (1888, Césaire Villatte, Parisismen). , Saint-Lag (1882) la prison Mazas : la Maz Jean Richepin, Chanson des gueux, Paris, 1881. Maurice Dreyfous : « Sans ça j’tire encore un congé / À la Maz! » la prison de La Force : la Lorcefé Poissy : la Poisse (1901) Bicêtre : Biscaille (1836) Fleury-Mérogis : Rifleu (1983)
Banlieue Boulogne-Billancourt : Boulbi Maisons-Alfort : Alforlo (1905) Neuilly-sur-Seine : Neuneuille (1905), Neu-Neu (voir la « Fête à Neu-Neu 1923-1947) Courbevoie : Courbiche (1990) Fontainebleau : Bleau Versailles : Versigo (1836) Châtillon-sous-Bagneux : les Chatouilleux (1879) Aubervilliers : Auber (1960) Saint-Denis : Saint-Denoche (1980) la ZUP : la peuzu (1995)
Transports le Métro parisien : le trom, le tromé le RER : le reureu, le R, le ER Notes et références Note
Références
Voir aussi Bibliographie