La bataille de Tannenberg (aujourd'hui Stębark en Pologne), qui a lieu du au dans les premières semaines de la Première Guerre mondiale, oppose l'armée impériale allemande () à l'armée impériale russe (, puis ).
Elle s'achève par la victoire de l'armée allemande, commandée par Hindenburg et Ludendorff, entrainant l'arrêt de l'offensive russe dans la province de Prusse-Orientale. En revanche, sur le front de l'Ouest, l'offensive allemande en France est mise en échec deux semaines plus tard lors de la bataille de la Marne.
Bien que cette bataille ait eu lieu près d'Allenstein (Olsztyn), à 30 kilomètres à l'est de Tannenberg, elle a été ainsi nommée par Hindenburg en référence à la première bataille de Tannenberg (1410), afin d'effacer par la victoire de 1914 la défaite subie cinq siècles auparavant par les chevaliers Teutoniques face aux Polonais et aux Lituaniens.
Contexte L'Allemagne ayant déclaré la guerre à la Russie le août 1914 et à la France le 3 août, les troupes russes envahissent la Prusse-Orientale . Le sort des armes est d'abord favorable aux Russes qui bénéficient de la supériorité numérique.
La première contre-attaque de l'armée allemande est repoussée le à Gumbinnen. Le commandant allemand du secteur Maximilian von Prittwitz ordonne alors la retraite sur la Vistule, concédant ainsi la totalité de la Prusse-Orientale aux Russes, ce qui va être considéré comme une fuite devant l'ennemi : il est démis de son commandement et passe en cour martiale.
Le , Paul von Hindenburg sort de sa retraite pour prendre le commandement de la , accompagné d'Erich Ludendorff, remarqué pour , mais trop jeune pour diriger officiellement une armée.
Plan de bataille Russes La stratégie des Russes consiste à prendre en tenailles la de Paul von Hindenburg. À l'est, Pavel von Rennenkampf avance lentement vers l'ouest et Samsonov referme le piège en remontant vers le nord à partir du « saillant polonais » (situé au sud de la Prusse-Orientale).
Après l'importante victoire de Rennenkampf à Gumbinnen, les Allemands sont en déroute sur toute la ligne. Cependant, les troupes de Rennenkampf sont incapables de poursuivre les fuyards. En effet, la campagne en Prusse-Orientale a été montée si rapidement que d'importants problèmes de logistique n'ont pas été réglés : les rations et les munitions peinent à parvenir au front. Les moyens de communication sont très médiocres et facilitent grandement la tâche des décrypteurs allemands pour percer les codes. Yakov Żyliński, commandant du front prussien, ne veut pas enlever à Samsonov la possibilité de refermer les tenailles. Il freine Rennenkampf pour ne pas hâter la fuite allemande et demande à la de foncer vers le nord.
Pour Samsonov, il est impératif de faire le lien avec Rennenkampf sur le flanc droit. Il disperse ses forces sur près de , et ses ailes droites, gauche et centre sont largement séparées. La lenteur de ses troupes et l'état des routes rendent la situation menaçante. Poussant toujours vers le nord, il ne fait que s'enfoncer davantage dans le piège allemand.
À aucun moment, Rennenkampf ne tourne au sud pour venir en aide à Samsonov, mais il accentue plutôt son avance sur Königsberg. Bientôt, la croule sous le poids des Allemands, toujours plus nombreux, qui l'encerclent. Les renforts russes tentent de lui venir en aide en attaquant la formation allemande autour de Samsonov, mais sans succès. Ils se replient donc vers la frontière polonaise, laissant Samsonov à son triste sort. Ce dernier opte alors pour le suicide plutôt que pour la capture. Le , la est entièrement annihilée, et russes sont faits prisonniers.
Allemands vignette|300px|Bataille de Tannenberg, phase finale, du 27 au . À l'arrivée de Paul von Hindenburg au quartier général de la , le , il n'y a pas réellement de stratégie. La retraite vers la Vistule est toutefois stoppée devant Rennenkampf. Max Hoffmann, qui avait été observateur de la guerre russo-japonaise, connaît la rivalité entre les deux généraux russes et l'indigence de leurs moyens de communications. Il sait que les échanges russes en clair ne sont pas de la déception militaire mais bien des communications réelles.. Hindenburg est bien conscient qu'il lui est impossible d’affronter simultanément les forces de Samsonov et de Rennenkampf. Il envoie des avions de reconnaissance pour localiser précisément les deux armées russes et prend conscience que celles-ci sont trop loin l'une de l'autre pour s'aider. Il met en pratique le principe d'Alfred von Schlieffen en désengageant le plus de troupes possible en face de Rennenkampf et en les dirigeant vers le sud grâce à un excellent réseau de chemin de fer, afin de disposer de plus de forces pour affronter Samsonov, avant de se retourner ensuite contre Rennenkampf.
Trompé par ce qu'il croit être une retraite de l'ennemi sur Königsberg, Rennenkampf tourne au nord pour poursuivre cette armée fantôme. Les Allemands en profitent pour envoyer trois corps d'armée au sud contre la russe et laissent seulement quelques troupes pour garder les arrières de la russe, refermant ainsi les tenailles.
Un premier message intercepté par les Allemands leur confirme que Rennenkampf monte vers Königsberg et est trop loin pour aider Samsonov. Un second message montre que ce dernier croit encore que les Allemands sont en retraite vers la Vistule et qu'il est en train de poursuivre l'arrière-garde allemande. Hindenburg n’a alors qu'à fermer le piège autour de la .
L'avance incessante de Samsonov est telle qu’il s'enfonce lui-même dans les tenailles et facilite le travail des Allemands. Une fois l'encerclement terminé, il ne reste plus qu'à exterminer le reste de la . Le , avant même que la bataille ne soit terminée, Erich Ludendorff prépare déjà l’assaut au nord contre Rennenkampf, qui n'a toujours pas bougé.
Forces en présence
Effectifs : une nette supériorité russe Les deux armées russes comptent au total environ alors que les Allemands n'en ont que au début de la bataille, renforcés ensuite par deux corps d'armée prélevés sur le front de l'Ouest.
Ordre de bataille 180px|vignette|Le général Alexandre Samsonov. 280px|vignette|Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, par Hugo Vogel (1928). Russes Première Armée (Rennenkampf) Corps III, IV et XX 5 brigades de fusiliers 5 divisions de cavalerie 1 brigade indépendante de cavalerie
Seconde Armée (Samsonov)
Corps I, II, VI XIII, XV, XXIII et Garde 1 brigade de fusiliers 3 divisions de cavalerie (4,6,15)
Les Russes doivent traverser la Pologne, souvent hostile à leur égard. Ils doivent laisser des unités pour garder les voies de communication. C'est pourquoi les corps d'armée sont bien en deçà de leurs effectifs normaux. On estime qu'il en manque 18 %, rien que pour l'infanterie.
Allemands Huitième Armée (Hindenburg) Corps I, XVII, XX de réserve Garnisons des forteresses (notamment Königsberg) 1 division de cavalerie
Les ratios d'infériorité face aux Russes : ?
Bilan La victoire de 1914 disputée dans les environs de Tannenberg permet aux Allemands de combattre en position de force l'armée russe de Paul von Rennenkampf et de la vaincre une semaine plus tard aux lacs Mazures, lors de la première bataille des lacs de Mazurie. L'offensive russe est brisée et le front se maintient jusqu'en 1917.
Importance symbolique Le nom de Tannenberg est choisi en référence à la bataille du même nom disputée en 1410 entre l'Ordre Teutonique et la Pologne-Lituanie, bien que les combats aient eu lieu à du premier champ de bataille. Analysée au regard de la montée des nationalismes du , les Teutoniques sont assimilés à l'Allemagne et à la civilisation européenne face aux slaves. La bataille de 1914 est alors mise en avant par l'Empire allemand comme une revanche. Pour Hindenburg, ...
Hindenburg est alors considéré comme un héros, et son nom reste associé à celui de sa victoire, même après la chute de l'Empire allemand. Sa popularité, l'incarnation de l'unité nationale qu'il représente lui permettront d'être élu deux fois Président du Reich. Ses funérailles et son inhumation ont eu lieu au mémorial de Tannenberg en 1934.
Du point de vue russe, si les pertes sont importantes, elles ne remettent pas en question la poursuite de la guerre. Le gros de l'effort russe est dirigé contre l'Autriche-Hongrie afin de soulager la Serbie alliée. L'invasion hâtive de la Prusse-Orientale a en réalité été exigée par la France pour mettre en échec le plan Schlieffen : deux corps d'armée sont retirés du front de l'Ouest pour se battre à l'Est..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Alexandre Soljenitsyne, La Roue rouge. Août quatorze, Fayard. Brissaud, André, « Schlieffen (A. von) », Encyclopædia Universalis version 7, 2001, CD-Rom. Churchill, Winston S, The Unknown War, The Eastern Front, Toronto, The Macmillan Company of Canada Ltd. Golovine, Nicolai N., The Russian Campaign of 1914, Londres, Hugh Rees Ltd, 1933. Hindenburg, Gert von, Hindenburg 1847-1934, Soldier and Statesman, Londres, Hutchinson & Co, 1935. . Ludendorff, Erich, My War Memories 1914-1918, Londres, Hutchinson & Co. . . .
Articles connexes Monument de Tannenberg Paul von Hindenburg donna ce nom à la bataille pour effacer le souvenir de la bataille de Grunwald en 1410 perdue par les chevaliers teutoniques. Cette dernière était précédemment connue dans l'historiographie allemande sous le nom de bataille de Tannenberg.
Liens externes
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