Hammurabi ( ; en akkadien : Ḫammu-rabi), aussi appelé Hammourabi ou Hammurapi, est le sixième roi amorrite de Babylone, membre de la première dynastie babylonienne, régnant de à . Il succède à son père, Sin-muballit.
Grâce à de nombreuses campagnes militaires, il fait de Babylone, jusqu'alors un royaume d'importance secondaire, la puissance majeure de la Mésopotamie. Après la conquête du royaume de Larsa en , il parvient à réunir les pays de Sumer et d'Akkad, donc la partie méridionale de la région. Puis il étend son emprise vers le nord, dominant notamment Mari, Eshnunna et Assur. C'est à partir de son règne que Babylone accède au statut de royaume de premier rang dans l'échiquier politique du Moyen-Orient, et que sont posées les conditions qui en font une des principales cités de l'histoire antique.
Le règne de Hammurabi est l'un des plus longs de l'Antiquité du Proche-Orient et l'un des plus prestigieux par l'ampleur de son œuvre politique et législative. Il est particulièrement connu pour avoir écrit le Code de Hammurabi, l'un des textes de lois les plus anciens jamais retrouvés. C'est aussi l'un des règnes mésopotamiens les mieux documentés par des textes, en particulier grâce à la documentation épistolaire mise au jour dans deux des cités qu'il a soumises, Larsa et Mari, qui permet de connaître différentes facettes de son exercice du pouvoir dans la seconde moitié de son règne.
Son fils Samsu-iluna lui succède, sans parvenir à maintenir l'empire qu'il a constitué.
Étymologie
Le sens du nom Hammurabi est discuté. La traduction la plus courante est en amorrite ou en akkadien, l'« aïeul est grand », Ḫammu-rabi, décomposé en ḫammu(m) ou ʿammu « aïeul » et rabi, « grand », « être grand ». Une lecture alternative, en amorrite, traduit le nom par l'« aïeul guérit », ʿAmmu-rāpiʾ. M. Streck traduit de son côté ʿammu par « oncle paternel », ce qu'il interprète comme une référence à une divinité protectrice.
Ce nom est porté par des rois contemporains de Hammurabi, le plus important étant du Yamhad (Alep), et par d'autres rois amorrites de Syrie ayant régné par la suite. En effet, il est courant chez les Amorrites qu'un homme ayant le rang de chef porte un nom qui fait référence à ses ancêtres, car le rattachement à une lignée et la continuité dynastique sont essentiels pour sa légitimité, col. 320..
Sources Les sources documentant le règne de Hammurabi sont essentiellement écrites. Ces textes ont été mis au jour sur des sites archéologiques de l'Irak et de la Syrie actuels. Une partie provient de fouilles régulières (notamment les tablettes de Mari), beaucoup sont issus de fouilles clandestines, ce qui prive les historiens d'indications précises sur leur contexte de découverte. C'est notamment le cas des tablettes de Larsa (et aussi de la statuette de l'adorant de Larsa), provenant des pillages du site qui ont eu lieu au début des années 1930 et dispersées entre plusieurs institutions au gré des achats sur le marché des antiquités, ce qui a complexifié leur analyse (en particulier parce qu'elles ont été publiées de manière dispersée) ; ..
Il s'agit de textes cunéiformes rédigés sur des tablettes d'argile et aussi sur des supports en pierre dans deux langues différentes : en babylonien, dialecte de l'akkadien appartenant à la famille des langues sémitiques qui constitue le parler vernaculaire de l'époque ; et en sumérien, langue sans parenté connue, parlée en Babylonie jusqu'à la fin du et qui conserve à l'époque de Hammurabi un certain prestige dans le milieu lettré et savant (comme le latin dans l'Europe médiévale et moderne). Les règnes de Hammurabi et de ses successeurs voient néanmoins le babylonien supplanter progressivement le sumérien en acquérant un statut de langue savante.
Les inscriptions cunéiformes de la période de Hammurabi peuvent être divisées en trois catégories : inscriptions commémoratives, textes d'archives et textes scolaires. Les deux premières en particulier nous renseignent sur le règne de Hammurabi.
Les textes commémoratifs sont émis par le pouvoir royal, et reflètent donc la vision officielle des événements. Il s'agit d'abord d'inscriptions royales, souvent des textes relativement courts célébrant la personne du roi. Hammurabi est le premier roi de la première dynastie de Babylone pour lequel ce type de texte, pourtant courant dans l'ancienne Mésopotamie, nous est parvenu, et encore elles semblent toutes dater de la période postérieure à la conquête de Larsa (après ), soit le dernier tiers de son règne. Ses inscriptions commémorent surtout des constructions ou des restaurations de sanctuaires : ce sont des inscriptions dites de « fondation », enfouies sous le monument qui a fait l'objet de travaux. Cela leur permettrait notamment d'être retrouvées par des rois postérieurs entreprenant à leur tour de restaurer l'édifice, qui redécouvriraient ainsi les accomplissements de Hammurabi. Néanmoins, la plus connue des inscriptions est le Code de Hammurabi, qui se présente comme une longue inscription célébrant Hammurabi en tant que roi juste, garant de l'équité dans son royaume, incluant des dispositions juridiques. Un autre type de texte commémoratif est constitué par les noms d'années du souverain, qui célèbrent également les faits mémorables de son règne, qu'il s'agisse d'actes pieux ou de victoires militaires. Ils sont essentiels pour reconstituer la chronologie relative du règne de Hammurabi (voir plus bas). Enfin, quelques hymnes en sumérien et en akkadien concernent Hammurabi.
Les documents d'archives se présentent sous la forme de tablettes cunéiformes rédigées dans un registre moins littéraire que les précédents, donc plus proche de la langue parlée. De nombreux textes économiques et juridiques sont datés du règne de Hammurabi : il s'agit de sources très riches pour reconstituer la vie sociale et économique de la période, qui peuvent également servir pour l'histoire politique. Ils sont bien plus nombreux que pour ses prédécesseurs en raison de l'expansion du royaume, mais ils sont moins mobilisés pour reconstituer le déroulement de son règne. En particulier, aucune archive de la cour royale babylonienne n'a été mise au jour pour cette période. Bien plus riches en information sont les lettres datées du règne de Hammurabi, qui concernent directement ses activités. Deux corpus offrent une documentation de grande importance. Chronologiquement, le premier est celui issu des archives du palais royal de Mari (actuel site de Tell Hariri, en Syrie orientale). Il s'agit d'une ville conquise puis détruite par les troupes de Hammurabi. Entre ces deux moments, l'administration babylonienne procède au regroupement et au tri des archives officielles des vaincus, dont elle récupère une partie (notamment l'essentiel de la correspondance récente entre Mari et les grands royaumes de l'époque, à commencer par Babylone) et laisse ce qui ne l'intéressait pas. Elle détruit ensuite l'édifice par le feu, ce qui fige les tablettes et rend possible leur exploitation par les assyriologues après leur redécouverte par les archéologues qui ont fouillé le palais. Parmi cette documentation, un ensemble de lettres faisant partie de la correspondance officielle du roi de Mari Zimri-Lim (-), vaincu par Hammurabi après avoir été son allié, documente ses relations avec Babylone. Très peu de lettres de la correspondance entre les deux sont restées sur place, mais la documentation comprend aussi des missives envoyées directement depuis le palais de Hammurabi par des émissaires de Mari, qui se sont notamment gagné des informateurs à la cour babylonienne et disposent donc d'informations très précises. Ces sources permettent d'avoir une très bonne connaissance des années précédant la destruction de Mari, en particulier de et , soit le début des conquêtes militaires majeures de Hammurabi. L'autre corpus de lettres provient d'une autre ville conquise par Hammurabi, Larsa (actuel site de Tell Senkereh, dans le sud de l'Irak), qui n'a pas été détruite mais annexée en et placée sous administration babylonienne avant d'être désertée après , sous le règne du successeur de Hammurabi. Des tablettes de l'administration ont alors été laissées sur place, dont des lettres qui sont datées de la période postérieure à l'annexion et sont directement adressées par Hammurabi. Le fait qu'elles soient issues de fouilles illégales empêche de connaître leur contexte archéologique de découverte. Leurs destinataires sont divers fonctionnaires, principalement Sin-iddinam et Shamash-hazir. En tout, un peu plus de ont pour auteur Hammurabi, ce qui en fait le roi mésopotamien avec le plus grand nombre de lettres expédiées connu.
Il en résulte que les sources écrites permettent de connaître relativement bien les événements qui ont lieu durant les années couvertes par les archives de Mari, correspondant à la période allant de la dix-huitième à la trente-deuxième année du règne de Hammurabi (de à ), la documentation étant surtout importante pour les années précédant la fin de Mari. Cela revient à dire que la vie politique se déroulant durant le deuxième tiers de son règne est la mieux connue. Pour ce qui provient du royaume babylonien, les trois premières décennies du règne sont très pauvrement documentées, alors que pour les années suivantes la documentation écrite est plus abondante et diversifiée (notamment par les inscriptions royales et les textes de Larsa).
En comparaison, les sources non-écrites sur Hammurabi sont beaucoup moins nombreuses. La sculpture officielle de la période est peu documentée, l'art est surtout connu sous la forme de plaques en terre cuite ou de sceaux-cylindres et empreintes de sceaux-cylindres sur des tablettes. Il y a assez peu de représentations royales datées de son règne, et de la première dynastie de Babylone en général. La seule représentation assurée de Hammurabi est celle figurant sur la stèle de son Code, d'autres étant discutées. Le palais royal de Hammurabi n'a pas été identifié à Babylone, et d'une manière générale les niveaux archéologiques de la première dynastie de Babylone sont très peu connus à Babylone même, car ils sont recouverts par la nappe phréatique et donc hors de portée des fouilles.
Chronologie Plusieurs éléments se conjuguent pour rendre la reconstitution de la chronologie du règne de Hammurabi approximative. Les dates figurant dans le reste de l'article sont établies par convention, mais sont manifestement inexactes, la question étant de déterminer dans quelle mesure elles le sont.
Les sources babyloniennes indiquent que Hammurabi a régné durant . Le système de datation alors employé est celui des noms d'années : chaque année est nommée en fonction d'un événement marquant qui s'est déroulé durant l'année précédente, généralement un acte pieux (travaux dans un temple, offrande d'un trône divin, etc.), une victoire militaire ou le creusement d'un canal. Le nouveau nom d'année est choisi à la fin de chaque année. Par exemple, le nom de la trente-deuxième année de règne de Hammurabi (que les historiens abrègent en « Hammurabi 32 »), , fait référence à une série de victoires babyloniennes face à des contrées du nord, qui ont donc eu lieu l'année précédente en :
Les noms d'années du règne de Hammurabi sont tous connus, ce qui permet de reconstituer les principaux événements de son règne et de les situer les uns par rapport aux autres dans l'ordre chronologique.