Kim Jong-il (, prononcé : ), né le (officiellement) ou Les sources nord-coréennes officielles donnent la date du 16 février 1942 (voir sa biographie officielle). Cependant, cette date semble avoir été choisie pour que l'année de sa venue au monde soit un multiple de celle de son père (1912). Les sources soviétiques indiquent plutôt 1941 (voir ). à Viatskoïe (RSFS de Russie, URSS) et mort le . à Pyongyang (Corée du Nord), est un homme d'État nord-coréen, dirigeant suprême de la Corée du Nord de 1994 à sa mort en 2011.
Il succède à son père, Kim Il-sung, qui a dirigé le pays entre 1948 et 1994. Appelé le « Cher dirigeant » (, chinaehaneun jidoja ; également traduit par « Dirigeant bien-aimé »), il occupe alors les fonctions de président du Comité de la défense nationale et de secrétaire général du Parti du travail de Corée. En 2010, il est listé à la des personnalités les plus puissantes au monde par le magazine Forbes.
Kim Jong-il meurt le . Son plus jeune fils Kim Jong-un lui succède au pouvoir, maintenant la lignée du mont Paektu à la tête de la Corée du Nord. Son jour de naissance est un jour férié en Corée du Nord « fête nationale à sa mémoire ».
Jeunesse Naissance et famille Selon sa biographie officielle, Kim Jong-il est né le , au mont Paektu, le point culminant de la Corée du Nord, situé à la frontière chinoise « Profile: Kim Jong-il », BBC News.. Il a été enregistré sous le nom russifié de Youri Irsenovitch Kim (Юрий Ирсенович Ким).
vignette|gauche|Kim Jong-il en 1947, âgé de cinq ou six ans.
Cette biographie officielle Brief history, , 1998. est cependant contestée par des observateurs occidentaux. Selon d'autres sources occidentales et sud-coréennes, Kim Jong-il serait né sous le nom de Youri Irsenovitch Kim le dans le petit village de Viatskoïe (ou Viatsk), un camp militaire près de Khabarovsk, en Union soviétique.. Ce double mensonge visait à éclipser l'aide capitale de l'URSS dans l'établissement du régime afin d'exalter le nationalisme coréen et imposer un écart symbolique de 30 ans, une génération, entre le « président » et son fils pour légitimer la succession dynastiqueSébastien Falletti, « Kim Jong-il, dictateur esthète », Le Point, .. Son père Kim Il-sung était une figure importante parmi les Coréens communistes exilés, ayant le grade de commandant de bataillon dans la soviétique, composée de Chinois et de Coréens. Kim Jong-suk, la mère de Kim Jong-il, fut la première épouse de Kim Il-sung.
Formation et éducation Son père rentre à Pyongyang en septembre 1945 en tant qu'ancien dirigeant de la guérilla communiste anti-japonaise. En novembre, Kim Il-sung accompagne ses deux fils (Kim Jong-il et son frère cadet, Shura Kim, mort accidentellement noyé pendant son enfance) lors de leur retour en Corée, à bord d'un navire soviétique qui fait escale à Unggi. En 1948, Kim Jong-il entre à l'école élémentaire. Sa mère meurt en 1949.
Kim Jong-il est diplômé de l'école Namsan de Pyongyang., fréquentée notamment par les enfants des cadres communistes nord-coréens. Puis il suit des cours à la faculté d'économie politique de l'université Kim Il-sung où il obtient un diplôme en 1964 avec une thèse sur « le rôle des administrations locales dans la construction du socialisme ». Kim Jong-il reçoit également des cours d'anglais à l'université de Malte au début des années 1970, au cours de ses fréquentes vacances à Malte comme invité du Premier ministre maltais, Dom Mintoff.
Selon d'autres sources occidentales, Kim a également été formé en république populaire de Chine, où il est éloigné de son père pour des raisons de sécurité durant la guerre de Corée.
Ascension politique
Après l'obtention de son diplôme en 1964, Kim Jong-il commence son ascension à travers la hiérarchie du Parti du travail de Corée a partir de , travaillant d'abord dans le département d'Organisation dans la section d'orientation culturelle et artistique., avant de devenir membre du Bureau politique du Parti en 1968 et d'être transféré au secrétariat du Premier ministre, pour ensuite retourner au département de la Propagande. En 1969, il est nommé directeur adjoint du département de la Propagande Suzuki Masauki, North Korea: Between Socialism and Tradition, University of Tokyo Press, 1992..
Entretemps, Kim Il-sung s'est remarié et a eu un autre fils, Kim Pyong-il. Il existe une intense rivalité entre les deux demi-frères selon des sources occidentales. Kim Pyong-il est diplomate, ayant notamment travaillé à l'ambassade de Hongrie.
En 1973, Kim Jong-il est nommé secrétaire de parti de la propagande et en 1974, il est officieusement désigné comme successeur de son père selon des observateurs occidentaux. Durant les quinze années suivantes, il occupe successivement d'autres postes, dont celui de ministre de la Culture, ou en travaillant au sein des services secrets nord-coréens en étant notamment dirigeant du département Organisation et Orientation (de 1974 à 2011)..
La Corée du Sud a accusé Kim Jong-il d'avoir organisé en 1983 un attentat à la bombe à Rangoon, en Birmanie, qui tue dix-sept Sud-Coréens en visite officielle, dont quatre membres de cabinets ministériels, ainsi qu'un autre attentat qui cause la mort des du vol KAL-858 de la Korean Airlines le « Calls rise for review of 1983 Rangoon bombing by North Korea », Yonhap News.. Le gouvernement nord-coréen a toujours nié toute implication dans l'attentat de Rangoon. Kim Hyon-hui, une ancienne agent nord-coréenne condamnée à mort en Corée du Sud pour l'attentat contre le vol de Korean Airlines, accuse Kim Jong-il de lui en avoir donné l'ordre Kosuke Takahashi, « Fake ashes, very real North Korean sanctions », Asia Times, ..
Kim Jong-il s'est progressivement affirmé au sein du Parti du travail de Corée à partir de la septième session plénière du Comité central en septembre 1973, menant les campagnes des « Trois Révolutions ». Il apparaît pour la première fois publiquement, aux côtés de son père, comme l'un des principaux dirigeants lors du sixième congrès du Parti du travail de Corée, organisé en , à l'issue duquel il est nommé membre du présidium du Bureau politique, au Comité de la défense nationale et au secrétariat du Comité central du parti du travail de Corée..
En 1991, Kim Jong-il est nommé commandant suprême de l'Armée populaire de Corée.. Le rôle important joué par l'armée en Corée du Nord explique que, selon certains observateurs occidentaux, cette fonction soit considérée comme la plus éminente parmi celles alors exercées par Kim Jong-il.
En , il est nommé maréchal..
En 1992, Kim Il-sung déclare publiquement que son fils était chargé des affaires intérieures nord-coréennes.
En 1993, il prend la présidence du Comité de la défense nationale..
Dirigeant suprême de la Corée du Nord Débuts au pouvoir La période de trois ans entre la mort de Kim Il-sung, en 1994, et la confirmation de son fils Kim Jong-il comme nouveau dirigeant suprême de la Corée du Nord, en 1997, a souvent été interprétée à l'étranger comme le signe d'une succession plus difficile que prévu. Les autorités nord-coréennes font observer qu'il s'agissait seulement de respecter la durée du deuil de trois ans qui est d'usage en Corée lors de la mort du père. Le changement de pouvoir est intervenu à une période critique pour la Corée du Nord, dans un contexte de crise nucléaire et d'aggravation des difficultés agricoles ayant conduit à une sévère pénurie alimentaireLa famine sévit toujours en Corée du Nord, ReliefWeb, , document archivé sur Archive.is..
Déjà président du Comité de la défense nationale, qui dirige l'Armée populaire de Corée dont le rôle est prépondérant dans le pays, Kim Jong-il attend trois ans pour prendre officiellement la tête du Parti du travail de Corée. La constitution de Corée du Nord est révisée en 1998 et précise désormais que le président du Comité de la défense nationale est le Jean-Pierre Maury, république populaire démocratique de Corée - Constitution du 5 septembre 1998, université de Perpignan.. Kim Jong-il est donc le dirigeant de fait de la république populaire démocratique de Corée, bien que, sur un plan strictement juridique, le poste de chef de l'État soit détenu par Kim Yong-nam, en tant que président de l'Assemblée populaire suprême. Le rôle de ce dernier a cependant toujours été en retrait par rapport à celui de Kim Jong-il.
Diplomatie avec la Corée du Sud vignette|Kim Jong-il et Vladimir Poutine en 2001.
Kim Jong-il a participé à la relance du dialogue entre les deux Corées, sur la base de la déclaration conjointe Nord-Sud du , en vue d'une réunification de la Corée. À l'occasion de cette rencontre historique entre les deux dirigeants coréens à Pyongyang, Kim Dae-jung, dont le pays est officiellement en guerre avec la Corée du Nord depuis cinquante ans, l'a décrit comme « un dirigeant pragmatique avec un solide jugement » et Madeleine Albright l'a qualifié de « très décidé et doué d'un grand sens pratique » NucNews, ., même si elle l'a également trouvé illogique lorsqu'il lui a dévoilé ses plans économiques pour la Corée du Nord.
Selon l'ancien ministre sud-coréen de l'Unification Park Song-wu, qui avait préparé le sommet intercoréen de , Kim Jong-il souhaitait d'abord rencontrer le président américain Bill Clinton avant de venir à son tour à Séoul. Cependant, l'élection à la présidence des États-Unis de George W. Bush aurait empêché la concrétisation de ces projets..
Lors du second sommet intercoréen au niveau des chefs d'État, organisé à Pyongyang du 2 au , Kim Jong-il reçoit Roh Moo-hyun et les deux dirigeants signent un document commun où ils s'engagent à promouvoir la paix et la prospérité économique dans la péninsule. À cette fin, ils négocieront avec les États-Unis et la Chine la mise en place, selon les termes de la déclaration conjointe du , d'« un système de paix permanent » qui remplacerait l'actuelle situation d'armistice, laquelle prévaut toujours dans la péninsule depuis la fin de guerre de Corée en 1953AFP, « Les deux Corées s'engagent sur la paix et la prospérité économique », Le Monde, ..
Politique et constitution L'accession de Kim Jong-il aux fonctions de principal dirigeant de la république populaire démocratique de Corée s'est traduite par une modification des équilibres institutionnels lors de la révision constitutionnelle de 1998 Alexandre Y. Mansourov, « Emergence of the Second Republic. The Kim Regime Adapts to the Challenge of Modernity », dans Young Whan-kihl et Hong Nack-kim (sous la direction de), North Korea. The Politics of Regime Survival, East Gate Book, New York, 2005, . : les pouvoirs du Comité central, prépondérants dans le système institutionnel issu de la Constitution de 1972, ont diminué au profit du Comité de la défense nationale, présidé par le dirigeant Kim Jong-il, qui définit les priorités militaires, économiques et politiques ; le président du præsidium de l'Assemblée populaire suprême exerce les fonctions de chef de l'État ; un cabinet des ministres remplace le Conseil administratif, parallèlement à un renforcement de l'autonomie des autorités locales.
En outre, la transition politique a conduit à une certaine libéralisation politique :
Sur le plan théorique, Kim Jong-il a créé et développé la politique de Songun, présentée pour la première fois officiellement le Kim J. Ilpyong, « Kim Jong Il's Military First Politics », dans Young Whan-kihl et Hong Nack-kim (sous la direction de), North Korea. The Politics of Regime Survival, East Gate Book, New York, 2005, ., qui accorde la priorité au renforcement de l'armée dans la construction du socialisme nord-coréen.
Politique économique
Sur le plan intérieur, Kim Jong-il a initié des mesures d'ouverture économique, marquées par la libéralisation des prix et des salaires en 2002 et l'ouverture de zones économiques spéciales accueillant les investissements étrangers.