vignette|Que faire avec trois nombres ? (Population + altitude + date de fondation)
L'humour mathématique rassemble la collection d'effets humoristiques en rapport avec les mathématiques.
Pour Marc Lapprand, Poétique de l'Oulipo, éd. Rodopi, 1998 ., en effet, l'humour repose souvent sur la logique, comme les mathématiques, mais une logique biaisée, décalée de la réalité telle qu'elle est habituellement perçueHenri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, PUF, 1975..
Paul Renteln et Alan Dundes distinguent ses formes « ésotériques », les plaisanteries à base de concepts mathématiques, accessibles aux seuls initiés qui les connaissent, et ses formes « exotériques », davantage destinées à des publics scientifiques non mathématiciens, où on joue volontiers de parallèles entre les disciplines concurrentes. À les en croire, l'étude d'exemples d'humour mathématique « offre une fenêtre unique sur la culture mathématique en général, voire des pistes pour comprendre la nature même de la pensée mathématique »Renteln et Dundes, p. 24.. Cet aspect est ainsi résumé par le mathématicien John Edensor Littlewood. Citation originale : . :
L'ouvrage le plus célèbre mêlant humour et logique mathématique étant sans doute Alice au Pays des Merveilles, dont le nonsense est directement issu du formalisme mathématique naissant à son époque., par le mathématicien anglais Lewis Carroll, dont l'Encyclopédie Universalis dit que Article sur Lewis Carroll..
Exemples
Des œuvres entières reposent sur l'association de l'humour et des mathématiques. Ainsi, Alice au pays des merveilles, L'idée fixe du savant Cosinus (l'une des premières bandes dessinées françaises), La Princesse Hoppy ou le conte du LabradorSelon une note de lecture diffusée par le Centre national du livre, Jacques Roubaud dans ce conte « ne cesse de distiller son humour guilleret et facétieux ». ..
Histoire Au , Molière, dans Le Bourgeois gentilhomme, se moque du vocabulaire ésotérique de la logique d'Aristote et des scolastiques, trop rébarbatif, ainsi que de ceux qui n'y comprennent rien :
Dans un même temps, Molière met dans la bouche de Don Juan : Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit. La mathématique y devient, ironiquement, le fondement de l'athéisme.
Gustave Flaubert, dans une lettre à sa sœurStella Baruk, L'âge du capitaine - de l'erreur en mathématiques (Seuil, 1985)., singe les problèmes faussement concrets posés aux écoliers du : Ce problème est insoluble, les données nombreuses étant insuffisantes. L'expression l' est restée célèbre..
Le voit le rapprochement de deux arts parfois opposés : la littérature et les mathématiques. L'un des liens étant l'humour : .. D'une part, l'Oulipo est un groupe d'écrivains utilisant des techniques, ou s'imposant des contraintes, « mathématiques » pour composer. D'autre part, Nicolas Bourbaki désigne un groupe de mathématiciens français qui, dans ses Éléments de mathématique, entend reprendre l'ensemble des mathématiques de façon rigoureuse et axiomatique à partir de la théorie des ensembles.
Le pseudonyme même de Nicolas Bourbaki est issu d'un canular. de l'École normale supérieure. Bourbaki est Canulars Bourbaki. comme l'affirme le faire-part de mariage (fictif) de la fille de N. Bourbaki. On reconnaît dans ce faire-part de nombreux calembours concernant des notions mathématiques. Un faire-part de décès de Bourbaki (dû au mathématicien et écrivain membre de l'Oulipo Jacques Roubaud.) affirme notamment que
Le mathématicien Adrien Douady pousse son Jean-Pierre Demailly, Siegmund Kosarew et Bernard Malgrange Adrien Douady et les espaces analytiques banachiques, Université de Grenoble I, Institut Fourier. jusqu'à introduire un trait d'humour (fondé sur un zeugma) dès les premières phrases de sa thèse :
Marcel Pagnol (dans Marius au sujet des quatre tiers que devrait contenir un verre de cocktail) ou Raymond Devos (sketch Parler pour ne rien dire, au sujet du zéro) ont créé des effets comiques en jouant sur les nombres et des calculs absurdes ou visiblement faux. Les auteurs des shadoks et Boby Lapointe ont utilisé des systèmes de numérations non décimaux qu'ils ont baptisés de noms cocasses. GA BU ZO MEU ne comporte que quatre nombres (système quaternaire), la numération Bibi reprend le système hexadécimal. Les deux ont en commun l'utilisation de syllabes étranges pour provoquer un effet comique.
Les mathématiciens sont également capables d'auto-dérision. Un bon exemple en est donné par l'article de Hector Pétard de 1938 sur la chasse au lion dans le Sahara The mathematical theory of big game hunting., qui parodie de nombreux théorèmes connus, dont celui de Bolzano-Weierstrass : soit un désert fini et un lion ; placez une clôture du nord au sud au milieu du désert : le lion est soit à l'ouest, soit à l'est de la clôture ; si le lion est à l'ouest, divisez la moitié ouest du désert avec une clôture allant d'ouest en est, sinon divisez de même la moitié est du désert : le lion sera soit au nord, soit au sud de cette clôture ; recommencez : au bout d'un nombre fini d'opérations, le lion sera dans une cage arbitrairement petite. À la suite de cet article, de nombreuses publications scientifiques se sont attachées à montrer leurs applications de la chasse au lion dans le Sahara.
Notes et références
Annexes Bibliographie
Paul Renteln et Alan Dundes, Foolproof: A Sampling of Mathematical Folk Humor, Notices of the AMS, 52 (1), pages 24–34. Section dédiée à l'humour mathématique, Wolfram
John Allen Paulo, Mathematics and humor, University of Chicago Press, 1982,
Articles connexes
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