Oscar Manutahi Temaru, né le à Fa’a’ā (Tahiti), est un homme politique français de Polynésie française.
À la tête du parti Tāvini huira’atira, membre de l'Union pour la démocratie, il est chef de file des indépendantistes polynésiens et plus généralement de la gauche dans cet archipel. Il est l'adversaire historique de Gaston Flosse.
À cinq reprises, dans un contexte d'instabilité politique, il est président de la Polynésie française (2004, 2005-2006, 2007-2008, 2009, 2011-2013). Il est également deux fois président de l'Assemblée entre 2008 et 2011.
Candidat à plusieurs élections législatives dans la entre 1988 et 2007, il n'obtient pas les parrainages pour se présenter à l'élection présidentielle française de 2017.
Depuis 1983, il est maire de Fa’a’ā, la plus peuplée des communes polynésiennes, voisine de Papeete.
Origines et carrière Né à Fa’a’ā dans une famille modeste de confession catholique, d'un père tahitien et d'une mère originaire d'Atiu, dans les îles Cook, il suit un parcours scolaire classique.
En 1960, âgé de , il s'engage dans la Marine nationale française et se retrouve une année plus tard en Algérie. Il déclare que son séjour dans ce pays, alors en pleine guerre, le marque fortement, notamment la relation de certains militaires et civils français vis-à-vis des algériens.
En 1972, de retour à Tahiti, il intègre le service des douanes, devenant ainsi fonctionnaire français.
Début en politique Après s'être présenté sans succès aux élections municipales de 1977 à Fa’a’ā, il décide de fonder son propre parti politique. C'est ainsi que le , le Front de libération de la Polynésie est créé. Ce parti est avant tout indépendantiste. En 1986, il change le nom de son parti, qui devient le Tāvini Huira’atira nō te Ao Mā’ohi-FLP (Servir le peuple du pays ma'ohi), représenté par un drapeau bleu-blanc-bleu avec en son centre cinq étoiles de couleur or rappelant les cinq archipels de Polynésie française.
Après plusieurs élections aux résultats quasi insignifiants pour le parti d'Oscar Temaru, il accède le au siège de maire de la ville de Fa’a’ā. Il fait enlever le drapeau français et le buste de Marianne lors de son serment d'investiture.
Depuis 1984, année où Gaston Flosse, fondateur du Rassemblement du peuple (Tāhō’ēra’a Huira’atira), devient président du gouvernement du territoire, ces deux hommes deviennent les figures opposées du paysage politique polynésien. Adversaires politiques sur la place publique, ils entretiennent néanmoins dans la vie privée une relation cordiale. Alors que, élection après élection, le parti d’Oscar Temaru gagne des points en cristallisant le vote des opposants à Gaston Flosse, celui-ci reste indétrônable de son siège de président.
Lorsqu'en 1995, Jacques Chirac décide de reprendre une dernière fois les essais nucléaires à Moruroa, Oscar Temaru saisit l'occasion des manifestations contre les essais pour occuper le devant de la scène.
En 1996, il décide de changer son message d'indépendance. Jusque-là, il voulait une indépendance totale et un retrait immédiat de la France. Son message change, pour accepter une indépendance progressive. Vers la même époque, Gaston Flosse penche de plus en plus vers une autonomie accrue de la Polynésie française.
La politique de Gaston Flosse est de plus en plus critiquée et le parti d'Oscar Temaru allié avec diverses formations de gauche (pas toutes indépendantistes), gagne de plus en plus de voix. Oscar Temaru lance alors un nouveau slogan, Le changement (Taui). Ce changement se veut être celui qui doit être fait à la tête de la présidence du territoire en accord avec le parti socialiste et diverses formations indépendantistes, écologistes et de gauches.
Présidence de la Polynésie française
Premier mandat et début de l'instabilité À la surprise générale, il remporte les élections du où il est à la tête d'une liste d'alliance, l'Union pour la démocratie (UPLD), qui rassemble plusieurs partis unis contre Gaston Flosse. Oscar Temaru est élu président de la Polynésie française le .
Ayant gagné les élections de justesse, la majorité à l'Assemblée est fragile et il suffit que le conseiller territorial Noa Tetuanui changeât de camp pour permettre à Gaston Flosse de déposer une motion de censure. Cette dernière est votée le . le gouvernement d'Oscar Temaru est alors contraint à la démission. Réélu par l'Assemblée, Gaston Flosse réintègre son siège de président du Pays.
Cette défection est vécue par les partisans d'Oscar Temaru comme une trahison, un vol du vote populaire. Des manifestations de protestation sont organisées, des barrages bloquent les services territoriaux, et les militants soutenant Oscar Temaru et l'UPLD appellent à la dissolution de l'assemblée territorialeLes textes de loi imposent un délai entre deux dissolutions de l'assemblée territoriale, et une dissolution était déjà intervenue peu après l'adoption du nouveau statut de la Polynésie. Le gouvernement français soutient Gaston Flosse. Le débat remonte jusqu'à l'Assemblée nationale et s'intègre au jeu politique qui oppose l'UMP et le PS, les deux grandes formations politiques nationales.
Alors que certains membres du parti d'Oscar Temaru désirent déclencher une grève générale et un blocage de l'île, ce dernier préfère une solution plus pacifique. C'est ainsi qu'il décide d'entamer, le , un jeûne dans l'enceinte de la présidence, avec pour espoir de contraindre Jacques Chirac à dissoudre l'Assemblée, pour qu'ainsi aient lieu de nouvelles élections. Attente vaine, seuls les représentants des îles du Vent (Tahiti et Mo’ore’a), où la liste UPLD est sortie en tête, verront leur mandat annuléPour des raisons locales liées au déroulement du scrutin. Des élections partielles organisées le confirmeront le succès de l'UPLD (47 % des suffrages) devant le Tāhō’ēra’a huira’atira (40 %) et l'ADN (11 %).
2005-2006 : deuxième mandat Avec 28 représentants, auxquels s'ajoute la de Jean-Alain Frebault, transfuge du parti orange, Oscar Temaru est réélu président de la Polynésie française le à la majorité absolue par contre 26.
En février 2006, Oscar Temaru, le « président de Tahiti Nui » comme il veut se faire appeler, tient des propos indépendantistes lors de ses différents voyages à Hollywood et aux Îles Cook. La Haut-Commissaire lui rappelle qu'il .. Le mois suivant, il reparle d'indépendance à l'occasion d'une visite aux Îles Australes et la représentante de l'État rappelle à l'ordre le président .
À la veille de l’arrivée de François Baroin, il convoque la presse au cimetière de l’Uranie et à la stèle de Faa’a et déclare que .. Il tient, par cette intervention, à . À l'occasion de la venue du ministre de l'Outre-Mer, il remet à François Baroin les « accords de Tahiti Nui ». Hiro Tefaarere, ministre des Petites et moyennes entreprises et de l'Énergie, du président, donne sa démission.. En avril, deux autres ministres démissionnent : Émile Vernaudon, ministre des Postes et Télécommunications, qui est rejoint quelques jours plus tard par Natacha Taurua, ministre de l'Artisanat.
En juin, il rencontre Ségolène Royal à Poitiers, à l'occasion de la fête de la musique. Ségolène Royal affirme . Cette dernière reçoit le soutien d'Oscar Temaru pour l'élection présidentielle de 2007, avant même qu'elle ne soit désignée par le Parti socialiste comme candidate officielle . Quelques jours plus tard, il ne rencontre pas le président Jacques Chirac à l'Élysée, mais participe en revanche au sommet France-Océanie, où il aborde à nouveau la question de l'indépendance. Jacques Chirac déclare : .
Le , Oscar Temaru organise une grande fête dans les jardins de la Présidence pour célébrer la fête de l'indépendance américaine. En revanche, le , il préfère le Luxembourg et la Suède aux festivités militaires de la fête nationale française. Une nouvelle polémique naît autour des déclarations d'Oscar Temaru qui, dès son retour du Luxembourg, prône l'indépendance au festival de la Jeunesse .
En août, le budget est adopté après vingt-quatre heures de débat. Oscar Temaru se rend aux obsèques de la reine māori Te Atairangikaahu en Nouvelle-Zélande. À son retour, il se rend aux Îles Marquises où il déclare qu'il préfère Hiva Oa à Nuku Hiva pour la construction d'un aéroport international.. Lors de l'inauguration de la foire agricole en septembre, Oscar Temaru critique le système éducatif, qui ne produit que et encourage les jeunes polynésiens à apprendre à pêcher et à planter. Une intense polémique s'ensuit, certains réclament sa démission..
À l'ouverture de la session budgétaire, Oscar Temaru dresse un bilan positif de l'action de son gouvernement, mais son discours ne convainc pas, même des élus de la majorité .
Le président suscite à nouveau une vive polémique dans le pays en déclarant en tahitien lors d'une interview avec des journalistes de RFO Radio le vendredi : Ces propos créent la polémique et sont repris par la presse d'autant plus qu'Oscar Temaru, en 1997, avait déjà lors d'une interview à un journal néo-zélandais affirmé que
vignette|209x209px|Oscar Temaru à l'Assemblée de la Polynésie française (2006). À la recherche de recettes fiscales, le gouvernement d'Oscar Temaru décide en octobre de supprimer les exonérations douanières dont bénéficiait l'armée. Au forum du Pacifique aux Fidji, Oscar Temaru critique l'État français pour sa gestion des blocages dans Papeete lors de manifestations de syndicalistes en grève. Il demande l'inscription de la Polynésie sur la liste des pays à décoloniser. Le ministre de la Santé, Pia Hiro, démissionne en novembre après qu'Oscar Temaru s'en est pris aux médecins..
En décembre, le budget 2006 est adopté par . Deux jours plus tard, une motion de censure est déposée contre le gouvernement. Malgré l’absence des représentants de l’UPLD et du gouvernement, le quorum est réuni par la présence de 29 représentants dans l'hémicycle. La motion de censure est rapidement mise au vote et adoptée par . La date de l’élection du nouveau président de la Polynésie française est fixée au jeudi . Ce jour-là, faute de quorum, l'élection du président de la Polynésie est reportée au . Et le lendemain de Noël, Gaston Tong Sang est élu président de la Polynésie française, au second tour du scrutin, par contre 26 à Oscar Temaru (27 contre 26 au premier tour).
2007-2008 : troisième mandat puis président de l'Assemblée Il se représente en et est élu, pour la troisième fois, président de la Polynésie française, jeudi par contre 17, face à l'autonomiste Édouard Fritch.. Le , la nouvelle Assemblée élit Gaston Flosse au poste de président de la Polynésie française. Le , Temaru est élu président de l'Assemblée de la Polynésie française avec contre 27 pour le candidat de Tō Tātou ‘Āi’aOscar Temaru élu président de l'Assemblée de la Polynésie française , 29 février 2008.
Les indépendantistes de l'UPLD et les autonomistes du Tāhō’ēra’a sont réunis dans un groupe commun : l'UDSP (union pour le développement, la stabilité et la paix), qui comporte initialement 29 élus puis 27 à partir d'avril 2008. Si ce groupe perd la majorité au profit de Tō Tātou ‘Āi’a, Gaston Tong Sang succédant une nouvelle fois à Flosse à la présidence de la Polynésie française, dès le , l'union « orange (Tāhō’ēra’a) - bleue (Tāvini) » retrouve le pouvoir à la suite du ralliement des trois élus du Rautahi, parti dissident du Tāhō’ēra’a fondé en 2005 et jusque là membre de Tō Tātou ‘Āi’a, bientôt rejoints par les deux élus (eux aussi ex-To Tatou Ai'a) du Tiatau Mouvement citoyen de Béatrice Vernaudon-Coppenrath et la non-inscrite démissionnaire du Tāhō’ēra’a Armelle Merceron, ces six membres fondant un nouveau groupe à l'Assemblée sous le nom de « ‘Ia Ora Te Fenua », qui se positionne au centre, le . Une motion de censure est déposée contre le gouvernement Gaston Tong Sang qui démissionne dès le pour la court-circuiter.
2009 : quatrième mandat