Lordre de Sainte-Ursule est un ordre monastique féminin de droit pontifical dont le but est l'éducation des filles. Il tire son origine de la Compagnie de sainte Ursule fondée le à Brescia par Angèle Mérici. Une communauté est créée à Paris mais la fondatrice transforme la Compagnie en ordre monastique avec clôture et vœux solennels tout en gardant l'enseignement auprès des filles qui viennent à l'école dans les monastères. Des communautés vont être fondées dans d'autres villes de France qui adoptent également la vie monastique et qui sont à l’origine des huit congrégations monastiques d'Ursulines (Paris, Toulouse, Bordeaux, Lyon, Dijon, Tulle, Arles, Avignon). Au , plusieurs unions se forment entre couvents. D'abord en France, avec les Ursulines de l'union romaine (1900), au Canada avec les Ursulines de l'union de Chatham, de langue anglaise, puis les Ursulines de l'union canadienne (1953) de langue française. La clôture est abandonnée et les Ursulines deviennent des congrégations religieuses. L'Ordre de Sainte-Ursule n'existe donc plus sous sa forme d'ordre monastique.

Compagnie de sainte Ursule vignette|Sainte Ursule par Benozzo Gozzoli (1455–1460) La Compagnie de sainte Ursule est fondée le à Brescia par Angèle Mérici (1474-1540) sous la forme d'une société de femmes vouées aux œuvres de charité. La plupart sont des domestiques pauvres et analphabètes.. Ses membres ne prononcent pas de vœux et ne portent pas d'habit particulier. Elles ne pratiquent pas la vie commune et continuent à vivre dans leur famille. Cependant la règle prévoit la vie en commun pour les membres de la Compagnie sans famille ou malades. La fondatrice place la communauté sous la protection de sainte Ursule.. La règle est approuvée le par Lorenzo Muzio, vicaire général du diocèse de Brescia.. Le chapitre du élit Angèle Merici comme mère.

La fonction administrative est confiée à des veuves de la noblesse bresciane appelées matrones, qui ne sont pas membres de la Compagnie mais exercent collégialement une fonction de représentation de la Compagnie auprès des autorités civiles et religieuses. Le gouvernement est confié à certaines vierges de la Compagnie appelées colonelles car seuls les membres effectifs de la Compagnie ont le droit de vote. Un prêtre exerce une fonction de direction spirituelle mais sans entrer dans le gouvernement. Cette nouvelle forme de vie religieuse permet à des femmes de vivre en dehors des structures traditionnelles (mariage ou vie dans un monastère). De plus, l'organisation est totalement confiée à des femmes ce qui est une conception audacieuse et déconcertante, à contre-courant de la mentalité de l’époque.

À la mort d'Angèle en 1540, de nombreuses personnes critiquent ce nouvel état de vie et des familles s’opposent à l’entrée de leur fille dans la Compagnie, car elles ne sont ni mariées, ni religieuses et ont donc un statut social ambigu. Face à ces difficultés, de nombreuses femmes quittent la Compagnie de Sainte-Ursule poussées à entrer au monastère par le clergé ou leur famille. Lucrèce Lodrone, qui a succédé à Angèle comme mère principale, essaie de trouver une solution et propose le port d’une ceinture à l'exemple des membres de nombreux Tiers-ordre, pour avoir un signe distinctif et se donner une sorte de légitimité. La majorité des veuves et vierges approuvent cette décision sauf une partie de la Compagnie guidée par Ginèvre Luzzago et Gabriel Cozzano, le secrétaire d'Angèle Merici, qui voient dans ce symbole un premier pas vers la vie religieuse monastique. Le , la bulle Regimini Universalis Ecclesiae du pape approuve la Compagnie, ce qui permet aux membres d’avoir un statut canonique légal et de pouvoir bénéficier de legs et donations.

Lucrèce Lodrone meurt en 1551 et Ginèvre Luzzago est élue mère principale. Elle tente de rétablir l'esprit d'origine mais rencontre l'opposition des autres matrones, qui restent fidèles aux réformes de Lodrone et élisent Veronique Buzzi comme mère principale. En 1555, le légat apostolique de la république de Venise confirme l’élection de Ginèvre Luzzago comme supérieure légitime mais la contestation demeure. La Compagnie est réunifiée en 1559 avec l'élection de Bianca Porcellaga..

Des écoles de la doctrine chrétienne sont fondés à Brescia en 1554. Ce sont des lieux où les fidèles viennent écouter le catéchisme le dimanche et les jours fériés. Les Ursulines sont les premières à se dévouer à cet apostolat, en particulier auprès des filles. Deux ans plus tard, les premiers livres du catéchisme du concile de Trente sont imprimés. Peu à peu, les sœurs se rendent compte qu’il ne suffit pas de diffuser uniquement la doctrine catholique mais qu'il faut l'étayer par une éducation aux bonnes mœurs ainsi que par l'enseignement de la lecture et de l'écriture..

En 1555, la Compagnie achète une maison pour regrouper les sœurs malades et celles qui les soignent. L'année suivante, plusieurs sœurs vivent ensemble dans les hôpitaux de Brescia pour prendre soin des orphelines et des enfants trouvés. En 1559, Ginèvre Luzzago lègue sa maison à la Compagnie pour que les Vierges puissent y habiter ensemble, surtout les plus pauvres. L’initiative a tellement de succès que les matrones décident qu’on ne peut y rester plus de trois ans, pour laisser la possibilité à d’autres d'y loger. En 1572, un donateur lègue plusieurs maisons à la Compagnie à condition d’y habiter et d'organiser une maison d'éducation pour jeunes filles. Ainsi plusieurs membres de la Compagnie adoptent la vie commune pour différents motifs : soin des malades, éducation, mais aussi la pauvreté des membres, pour mieux s'en sortir ensemble.

Charles Borromée, archevêque de Milan, introduit la compagnie de sainte Ursule dans son diocèse en 1566 et leur donne une règle modifiée (règle de Milan). Il leur confie des écoles de la doctrine chrétienne.. En 1582, il modifie la règle de la Compagnie de Brescia (règle de Brescia réformée). L'évêque de Ferrare, Paolo Leoni, rédige également une règle en 1584 (règle de Ferrare)dérivée de celle de Brescia. L'autorité reste confiée aux femmes et les sœurs sont engagées, selon leur possibilités, dans les écoles de la doctrine chrétienne. Le catéchisme commence ainsi à devenir officiellement la forme d’apostolat propre aux Ursulines.

Ordre de Sainte-Ursule César de Bus fonde les prêtres de la doctrine chrétienne à L'Isle-sur-la-Sorgue en 1592, pour enseigner le catéchisme selon les réformes du Concile de Trente. Il est également aidé dans sa mission par des jeunes filles.. Après un voyage à Ferrare, Alexandre Bichi, évêque de Carpentras rapporte la règle de la Compagnie de sainte Ursule.. Les jeunes filles vivent d'abord dans leur famille puis adoptent la vie en communauté en 1596 sur les conseils de César de Bus. Françoise de Bermond (1572-1628) est nommée supérieure. Cette dernière fonde d'autres communautés à Avignon (1596), Aix-en-Provence (1600), et Arles et Marseille (1602). Ces Ursulines qui vivent en commun, n'ont pas de chapelle privée et pas de sœurs converses. Elles doivent donc pouvoir sortir de leur maison pour aller à l’église, ou effectuer les démarches de la vie quotidienne. Elles sont appelées Ursulines congrégées.. La règle de Ferrare est traduite en français et imprimée à Tournon en 1597.

Les congrégées de Paris sont les premières à se transformer en ordre monastique astreint à la clôture et lié par les trois vœux solennels. D'autres maisons d'Ursulines font ensuite la même demande : Toulouse (1614), Bordeaux (1618), Lyon et Dijon (1619) Tulle (1621), Arles (1624) et Avignon (1637). Elles sont à l’origine des huit congrégations monastiques de l’ordre de Sainte-Ursule. Elles gardent toutes l'esprit d’Angèle Merici sous la règle de saint Augustin avec l'enseignement des filles comme but principal, mais avec des coutumes et des constitutions différentes selon la congrégation à laquelle le monastère est rattaché. Par exemple, par l'habit qui est plus ou moins dissemblable ou les prières prescrites (office divin récité en entier ou en partie, office de la Vierge, rosaire, etc)..

L'instruction se déroule dans des écoles à l'intérieur des couvents d'Ursulines et s'adresse aux filles de toutes conditions sociales, aussi bien aux pensionnaires de milieu aisé qu'aux externes des classes gratuites dont le nombre est beaucoup plus élevé. Les constitutions de Bordeaux, Toulouse, Langres et Avignon prévoient également d’instruire les femmes pauvres, le dimanche ; et celles de Bordeaux et Toulouse établissent une association de « Dames de Miséricorde » pour les pauvres de la ville, de l’hôpital et pour les prisonniers. Seules les Vierges du Puy-en-Velay refusent la clôture et garde le principe de la Compagnie de Sainte-Ursule selon la spiritualité d'Angèle de Mérici. Elles prennent le nom de sœurs de Saint-Charles du Puy.

Au , il y a un minimum de 366 fondations en France. Le voit aussi les Ursulines s'étendre en Europe et en Amérique. En 1622, une congrégation d'Ursulines de la ville de Liège, qui est alors capitale de la principauté de Liège dans le Cercle de Westphalie, s'agrège à la congrégation de Bordeaux. Elles se répandent ensuite dans divers territoires du Saint-Empire romain germanique.. Marie de l'Incarnation, religieuse Ursuline de Tours, qui est également de la congrégation de Bordeaux, arrive à Québec le . De là, elles s'étendent en Nouvelle-Francepuis dans les États-Unis actuels.

Quelques couvents d'Ursulines sympathisent avec le jansénisme dont Clermont-en-Beauvaisis, Beauvais, Orléans, Montpellier et surtout les Ursulines de Saint-Cloud qui refusent, en 1762, les confesseurs envoyés par Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, et dénoncent au Parlement de Paris le fait qu'elles sont obligées de se soumettre à la bulle Unigenitus. En 1765, il faut employer la force pour déloger les religieuses rebelles..

Lors de la Révolution française, il existe en Europe environ 400 monastères dont 350 en France, où vivent près de 9000 religieuses. Un millier d’entre elles sont emprisonnées entre 1793 et 1795 ; certaines meurent en détention (onze Ursulines de Niort.) et d'autres meurent guillotinées : onze à Valenciennes, seize à Orange, six à Arras (Albertine Briois, religieuse à Arras., Séraphine Pavie, religieuse à Tourcoing., et Barbe Grison., Henriette de Buchy, Reine Beck, Marie-Augustine-Scholastique Minne, religieuses à Cassel.), une à Nantes (Angélique Berthelot) et cinq à Bordeaux (Anne Gassiot, Catherine Maret, Jeanne Dumeau, Marguerite Lebret et Jeanne Briolle)..

Après la Révolution, le rétablissement de l'ordre est difficile car les religieuses ont été dépossédées de tout. De plus, de nouvelles congrégations de sœurs enseignantes sont nées et naissent à l'époque, centralisées et mieux équipées pour faire face aux besoins après la Restauration. Une centaine de maisons françaises sur 350 est rétablie. La reconstitution des monastères se fait très rarement dans l’ancien couvent des Ursulines mais dans des couvents de religieux expulsés.. Le décret du de Jean-Étienne-Marie Portalis, ministre des cultes, autorise provisoirement la congrégation des Ursulines.. En 1880, les Ursulines françaises sont plus de dans 115 monastères et éduquent environ élèves.