Pythagore (en grec ancien : ) est un philosophe présocratique qui serait né aux environs de 580 av. J.-C. à Samos, une île du sud-est de la mer Égée ; on situe sa mort vers 495 av. J.-C., à l'âge de 85 ans. Il a introduit la notion de métempsycose dans le monde grec ; son nom est aussi lié aux mathématiques, à la philosophie des nombres ainsi qu'à la notion d'harmonie céleste — même si l'approfondissement de ces notions est plutôt dû à ses disciples et épigones, ceux que l'on appelle les pythagoriciens. Par ailleurs, maître de sagesse charismatique, il a fondé en Italie du Sud, à Crotone, une communauté à mi-chemin entre la politique et la philosophie, qui s'est distinguée par son mode de vie spécifique.

Si nous sommes assurés de l'existence de Pythagore, sa biographie n'est pas précise. Ses contributions aux sciences restent nommées, certains de ses déplacements sont connus, son origine et son contexte social et familial sont également identifiés, mais les écrits sur sa vie sont quasi inexistants. Son nom (étymologiquement, Pyth-agoras : ) provient de l'annonce de sa naissance faite à son père lors d'un voyage à Delphes.

Aucun écrit qui peut lui être attribué n'est identifiable. Cependant, dès les de notre ère, un certain nombre d'ouvrages et si les soixante-et-onze lignes des Vers d’Or ont longtemps été considérées de sa main, il s'agit probablement d'apocryphes mais qui témoignent de l'extraordinaire légende qui s'est créée autour de son nom. Le néopythagorisme est néanmoins empreint d'une mystique des nombres qui était déjà présente dans la pensée de Pythagore. L'influence de la pensée pythagoricienne est entretenue dans de nombreux cercles intellectuels.

Hérodote voyait en celui qu'il appelait Hérodote, L'enquête, IV, 95, Gallimard, coll. « Folio », t. I, p. 401., et Pythagore jouira d'un grand prestige au fil des siècles, Hegel disant de lui qu'il était Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Leçons sur l'histoire de la philosophie, tome I, trad. Garniron, Vrin, 1971, ..

Selon une remarque d’Héraclide du PontHéraclide du Pont, fragment 88. rapportée par Cicéron, Pythagore serait le premier penseur grec à s’être qualifié lui-même de φιλόσοφος (philosophos), dont le sens est :

Sources Aucun écrit authentique de Pythagore ne nous est parvenu, et on ne sait presque rien de certain sur sa vie. Les premières sources sont brèves, ambigües et souvent satiriques. La plus ancienne concernant les enseignements de Pythagore est un poème satirique probablement écrit après sa mort par Xénophane, l'un de ses contemporains. Dans ce poème, Pythagore aide un chien qui est battu, affirmant reconnaître dans ses cris la voix d'un ami disparu. Alcméon de Crotone, un médecin qui vivait à Crotone à peu près à la même époque que Pythagore, incorpore de nombreux enseignements pythagoriciens dans ses écrits et laisse entendre qu'il aurait connu Pythagore personnellement. Le philosophe Héraclite d'Éphèse, qui naît à quelques kilomètres de Samos et qui vit peut-être au même moment que Pythagore, voit en lui une sorte de charlatan, mais intelligent, remarquant que .

Au , les poètes grecs Ion de Chios et Empédocle expriment tous deux dans leurs poèmes leur admiration pour Pythagore. La première description concise de Pythagore provient de l'historien Hérodote, qui le décrit comme des sages grecs et affirme que Pythagore a enseigné à ses disciples comment atteindre l'immortalité. L'exactitude des travaux d'Hérodote est controversée. Les écrits attribués au philosophe pythagoricien Philolaos de Crotone, qui a vécu à la fin du , sont les premiers textes à décrire les théories numérologiques et musicales qui seront attribuées plus tard à Pythagore. Le rhétoricien athénien Isocrate est le premier à rapporter que Pythagore a visité l'Égypte. Aristote écrit un traité sur les pythagoriciens, aujourd'hui perdu mais dont une partie est peut-être conservée dans le Protreptique. Les disciples d'Aristote, Dicéarque, Aristoxène et Héraclide du Pont, ont également écrit sur le même sujet.

La plupart des sources majeures sur la vie de Pythagore datent de l'époque romaine. À ce moment-là, selon le classiciste allemand Walter Burkert, . Trois biographies de Pythagore ont survécu depuis la fin de l'Antiquité, toutes fertiles en mythes et en légendes. La plus ancienne et est celle de Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres. Les deux autres biographies sont dues aux philosophes néoplatoniciens Porphyre de Tyr (Vie de Pythagore) et Jamblique (Vie de Pythagore), ouvrages qui sont en partie des textes polémiques contre la progression du christianisme à cette époque, celui-ci se fondant alors dans une certaine mesure sur la philosophie néoplatonicienne au fort héritage pythagoricienBRISSON Luc, DORANDI Tiziano, MACRIS Constantin, Pythagoras redivivus. Studies on the texts attributed to Pythagoras and the Pythagoreans, Berlin, Academia Verlag, 2021.. Les sources ultérieures sont beaucoup plus longues et encore plus fantaisistes dans leurs descriptions des réalisations de Pythagore. Porphyre et Jamblique, eux, ont utilisé un matériel provenant des écrits perdus des disciples d'Aristote, aujourd'hui généralement considéré comme le plus fiable.

Biographie Pythagore a vécu ses quarante premières années à Samos, après quoi il s'est établi (probablement vers 530 av. J.-C.) à Crotone, dans le sud de l'Italie, et il serait mort à Métaponte vers 490 avant J.-C..

Naissance vignette|Buste de Pythagore (Parc Pincio, Rome.) Pythagore naît donc sur l'île de Samos, à proximité des côtes de l'Asie Mineure, vers 580. On trouve les dates de 569 av. J.-C. ou 606 av. J.-C. chez Ératosthène et Diogène Laërce, 590 selon Jamblique, 580 d'après PorphyreSur l'incertitude de la date de naissance de Pythagore : Édouard Zeller, La philosophie des Grecs considérée dans son développement historique, 1877, vol. I, . Sur l'incertitude du lieu de naissance, Samos, mer Tyrrhénienne, Syrie, Tyr : Clément d'Alexandrie, Strômates, I, 62..

Son père, MnésarqueHérodote, IV, 95., ciseleur de bagues, et sa mère, Parthénis, dont le mythe dit qu'elle était la plus belle des Samiennes, descendraient tous deux du héros Ancée, fils de Poséidon, qui avait fondé la ville de Samos. Ce Mnésarque de Samos interroge la Pythie de Delphes sur un voyage et obtient une réponse selon laquelle :

Plus tard, Pythagore disait être la réincarnation d'Éthalidès (fils d'Hermès), d'Euphorbe (héros de la guerre de Troie), d'Hermotime de Clazomènes (iatromante apollinien) et de Pyrrhos (un pêcheur de Délos), et affirmait se souvenir de ces vies antérieuresDiogène Laërce, VIII, 4-5, .Porphyre, Vie de Pythagore, § 45..

Adolescence et maturité Selon une tradition, Pythagore aurait participé aux Jeux olympiques à l'âge de 17 ans, et il s'agirait, selon Ératosthène, de la (-552) ou de la (-588). Il aurait remporté toutes les compétitions de pugilatDiogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, traduit par J. H. Schneider, 1758, tome II, p.234. Mais il pourrait s'agir d'un homonymeDiogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, traduit par J. H. Schneider, 17558, tome II, p.234 note 11. Néanmoins cette réputation d'athlète a perduré Par exemple, Augustin d'Hippone écrit dans ses Lettres ( série, lettre CXXXVII. "Augustin à Volusien", chap. 12) : .

Les sources divergent sur le nombre d'enfants qu'il aurait eus de Théanô : deux ou quatre. Les noms cités sont : Télaugès (qui succéda à son père et qui, selon certains, enseigna à Empédocle), Mnésarque, Myïa (qui épousa Milon de Crotone), ArignotePorphyre, Vie de Pythagore, § 3..

Éducation Pythagore connaît plusieurs initiations, qui constitueront sa formation.

Première initiation En 551 av. J.-C., âgé de 18 ans, il quitte Samos pour aller étudier à Lesbos auprès de Phérécyde de Syros (vers 585/499 av. J.-C.)Diogène Laërce, VIII, 2, . Porphyre, Vie de Pythagore, § 55., un sage, le premier à avoir dit que Cicéron, Tusculanes, I, 16, 3., le premier à enseigner que l'homme a deux âmes, l'une d'origine terrestre, l'autre d'origine divine ; un magicien, aussi, qui fait des prédictions et reçoit des révélations en songeDiogène Laërce, I, 116-119.. (en grec ancien, ) des âmes.

Les biographes lui attribuent ensuite nombre d'initiations auprès de ses contemporains, ainsi que dans les Mystères. Il aurait rencontré « les descendants du prophète et naturaliste Mochus » et les hiérophantes de Phénicie, les hiérogrammates d'Égypte, les Mages de Chaldée, les initiés du mont Ida, les orphiques de Thrace, les prêtresses de Delphes.

Deuxième initiation Elle a lieu en « Syrie » (ou « Phénicie »). Là, il aurait rencontré des disciples de l'ancien Môchos de Sidon. Selon Jamblique, il aurait fréquenté des hiérophantes et se serait fait initier à Tyr, à Byblos et ailleursJamblique, Vie de Pythagore, § 14.. Selon Porphyre, il revient à Samos — c'est là son premier retour dans son île natale — pour suivre les enseignements d'Hermodamas de Samos, un lettré et spécialiste d'HomèreDiogène Laërce, VIII, 2, .Porphyre, Vie de Pythagore, § 1..

Troisième initiation À la suite d'Hécatée d'Abdère, les historiens et doxographes anciens soutiennent que Pythagore se rend en Égypte vers 547 av. J.-C. — à Memphis et Diospolis — pour plusieurs annéesPythagore en Égypte : Plutarque, Propos de table, VIII, 8, 2.Porphyre, Vie de Pythagore, § 7-8 et 11-12. Diogène Laërce, VIII, 3. Isocrate, Busiris, 28.. Dans cette dernière ville se trouve un sanctuaire de Zeus Ammon. Il est reçu par les prêtres, sous Amasis, pharaon de 568 à 526 av. J.-C. et connu de Polycrate de SamosIsocrate, Busiris, § 28.. Il apprend la langue à Memphis dans un centre d'interprétariat fondé par (pharaon en 663 av. J.-C.). Il étudie la géométrie et l'astronomie des Égyptiens. Il est initié aux Mystères de Diospolis et à la doctrine de la résurrection d'Osiris ; selon Plutarque, les prêtres lui auraient appliqué sur la cuisse le disque ailé d'Atoum-Râ, en feuille d'or, ce qui lui valut le surnom de Pythagore , J.-F. Mattéi, Pythagore et les pythagoriciens, PUF, Que sais-je ?, 1993, ..

Quatrième initiation Certaines traditions ajoutent que, lors de sa conquête de l'Égypte en 525 av. J.-C., le roi de Perse le déporte, comme esclave ou prisonnier à BabyloneJoseph Bidez et Franz Cumont, Les mages hellénisés, Les Belles Lettres, 1938, t. 2 (textes).. Il se serait ainsi retrouvé . Cet épisode est cependant beaucoup moins attesté que le voyage en Égypte, et les dates posent un problème, surtout quand Antiphon prétend que Pythagore est resté vingt-deux ans en Égypte (de 547 à 525 av. J.-C. ?) et douze à Babylone (de 525 à 513 av. J.-C. ?)Antiphon, cité par Porphyre, Vie de Pythagore, § 7.. Il est impossible qu'il ait rencontré Zoroastre car le prophète perse enseignait vers 594 av. J.-C. environ. Plutarque dans son explication Sur la création du monde selon le Timée de Platon lui donne également pour maître Zaratas d'Assyrie, en qui certains auteurs voient une déformation du prénom de Zoroastre.

Cinquième, sixième et septième initiations Pythagore se rend en Crète, dans l'antre du mont Ida, haut lieu de l'ésotérisme, sous la conduite, dit-on, d'Épiménide de Crète, et des initiés du Dactyle (magicien), MorgèsDiogène Laërce, VIII, 3, .Porphyre, Vie de Pythagore, § 16-17.. Son initiation suivante, la sixième a lieu en Thrace, où il s'est rendu pour rencontrer des orphiques.

Enfin, lors de sa septième et dernière initiation, il rencontre « Thémistocléa, la prêtresse de Delphes »Diogène Laërce, VIII, 8 et 21.Porphyre, Vie de Pythagore, § 41..

Crotone et la fondation de l'école pythagoricienne Après cela, il revient à Samos et commence à enseigner dans un amphithéâtre à ciel ouvert, l'Hémicycle, sans grand succès.

Crotone