Le mont ValérienTypographie selon le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, 2007 , 89 et 93. est une colline française culminant à , située dans le département des Hauts-de-Seine, sur les territoires des communes de Suresnes (majoritairement), Nanterre et Rueil-Malmaison, à l'ouest de Paris (à environ douze kilomètres du parvis de Notre-Dame et deux kilomètres du pont de Suresnes, à la limite des territoires de Paris et Suresnes).

Entre le et le début du , sa partie supérieure accueille un calvaire religieux, objet de pèlerinages, alors que ses coteaux sont occupés par des vignes. L'édifice est détruit à partir de 1841 et remplacé par la forteresse du Mont-Valérien, en vue de la protection de la capitale. Pendant la guerre de 1870 avec la Prusse, l'armée française s'y réfugie, d'où elle bombarde le château de Saint-Cloud. De 1941 à 1944, durant l'Occupation allemande, plus d'un millier d'otages et de résistants y sont exécutés. Adossé au rempart sud du fort, le mémorial de la France combattante, inauguré le par le général de Gaulle, est érigé en l'honneur des combattants, résistants et déportés de la Seconde Guerre mondiale.

Géologie vignette|gauche|Le mont Valérien, le village de Suresnes et la Seine sur une gravure figurant le site au . vignette|Le mont Valérien, dominant la ville de Suresnes. vignette|Le mont Valérien vu depuis Paris, à droite de la tour Eiffel. Le quartier d'affaires de La Défense est à l'extrême droite. Situé au sud de la presqu’île de Gennevilliers, le mont Valérien est une butte-témoin (au même titre que Montmartre ou que les buttes du Parisis). S'élevant à d'altitude, il présente un dénivelé de . La série des formations d'âge tertiaire y est quasiment complète, de l'argile à meulières (produit de l'altération de terrains d'âge oligocène) jusqu'à l'argile plastique (éocène inférieur). Le replat qui entoure le mont Valérien est dû aux calcaires bartoniens (calcaire de Champigny, calcaire de Saint-Ouen)Bureau de recherches géologiques et minières, « Étude du phenomène de remontee de nappe à Rueil-Malmaison, rapport final », février 2015...

Plus précisément, les différents stades géologiques que connut la région, avec progressions et reflux de la mer, ont laissé des dépôts segmentant l'actuel mont Valérien en de multiples couches. Le sous-sol date de l'ère Mésozoïque (craie). Le mont étant formé durant l'ère Cénozoïque, successivement, de la base au sommet, on distingue : argile plastique (étage sparnatien, régime lagunaire), calcaire grossier (étage lutétien, régime marin), sable de Beauchamp (étage bartonien, régime marin), calcaire de Saint-Ouen (étage bartonien, régime marin), gypse (étage ludien, régime lagunaire), marnes vertes puis marnes à huitres (étage sannoisien, régime marin), sables de Fontainebleau (étage stampien, régime marin) puis une fine couche de meulière de Beauce au sommet (étage chattien, régime lacustre)René Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, ..

Ces roches furent exploitées au cours de l'Histoire. Par exemple, le calcaire grossier du mont Valérien fut employé pour la construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris et du palais du Louvre ainsi que pour les premières maisons de Suresnes ; le gypse, matière première du plâtre, fut aussi particulièrement utilisé, comme en témoigne le nom de rue des Carrières à Suresnes, tandis que la terrasse du Fécheray (ou Feucheret) est située à l'emplacement d'anciens fours à plâtre, lequel aurait servi pour les travaux de construction du château de Versailles et pour celui de Bagatelle. Plus haut, les marnes ou argiles vertes furent utilisées pour fabriquer des tuiles, ce dont témoigne la dénomination de la rue suresnoise de la Tuilerie ; elles servirent pour la décoration de la façade du château de Madrid au .

Par ailleurs, l'étage stampien (sables) constitue une couche aquifère, limitée à sa base par l'étage ludien (argiles imperméables), aquifère à l'origine des nombreuses sources du mont, qui furent utilisées au fil de l'histoire de Suresnes à des fins religieuses et curativesRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, ...

À la fin de la période Néogène, la mer approchait du sommet du mont Valérien, son niveau s'abaissant au Quaternaire au fil des épisodes de glaciation, qui engendrèrent des fleuves et donnèrent à la région peu ou prou son aspect actuel.

Toponymie Il existe plusieurs théories quant à l'étymologie du mont Valérien, mais les recherches effectuées et publiées sur son site par l'association « racines en Seine » ont abouti à l'hypothèse suivante : les mots « mont Valérien » apparaissent dans les textes à partir du début du (1634), sous Louis XIII. Avant cette période, le site était désigné par les mots « tertre », ou « montagne aux trois croix ». Les cartes de l'époque semblent confirmer les faits. Après l'assassinat d'Henri en 1610, la régence et les débuts difficiles du règne de Louis XIII font que de nombreux pamphlets sont édités, dont l'un est intitulé Méditations de l'hermite Valérian, Traduit du Bon Normand en vieux Gaulois, par Fanfan contre Luynes. Dans ce texte de 1621 d'une quarantaine de pages écrit par François Dorval-Langlois, on décrit la cour et le Louvre « vus de l'ermitage » situé sur un mont qui semble être le mont dont on cherche la toponymie. La notoriété du texte fit que le tertre a pris le nom de « mont Valerian » que l'on trouve sur certaines cartes. Par déformation, le mot serait devenu « Valérien » lors la construction d'un grand calvaire par l'abbé Charpentier ; il est parfois affirmé que Gallien, fils de l'empereur Valérien, fit construire sur le mont un édifice en l'honneur de son père, ou que Valérien lui-même se fit construire une demeure sur le mont. Mais il n'existe aucune trace de voie romaine dans ce secteur, comme aucune du passage de Valérien dans la région, ni encore de la présence d'une construction romaine.

Historique

Histoire religieuse Origines Le mont Valérien possède des origines spirituelles anciennes, probablement liées aux sources d'eau qui y coulaient. Ainsi, l'étymologie du nom de la ville de Suresnes proviendrait d'une déesse celte, Surisna, dérivé du mot « source ». Jeune bergère, sainte Geneviève y serait plus tard venue faire paître ses moutons. Les sources du mont acquièrent par ailleurs une réputation miraculeuse, ce qui attire malades et pèlerins. Au Moyen Âge, la culture de la vigne se développe sur les coteaux du mont Valérien, en lien avec le petit village de Suresnes, qui borde la Seine.

Les ermites du mont Valérien Au Bas Moyen Âge, des ermites occupent au fur et à mesure le sommet du mont., une terre sablonneuse où ne poussent que quelques arbres. Le premier dont on ait conservé la trace est un dénommé Antoine, qui y habite une cellule en 1402 ; il correspondit avec le théologien Jean de Gerson. Il est difficile de reconstituer leur mode de vie, mais on peut estimer qu'ils devaient alterner les travaux de la terre et la prière. La deuxième ermite dont le nom nous est connu est Guillemette Faussart. Sous le règne d'Henri , cette pieuse Parisienne se retire au mont Valérien après la mort de son fiancé et y construit une chapelle (ou un oratoire, les sources divergent), près de laquelle elle meurt en 1561. Sa pierre tombale est conservée au musée de Suresnes...

Peu de temps après, Jean du Houssay (1556-1609) participe à créer la première communauté d'ermites. Au , l'ermitage comprend deux chapelles, dédiées à saint Sauveur et saint Nicolas. En 1616 est édictée la « règle des ermites », dont le musée pré-cité détient un manuscrit : il est précisé qu'il s'agit de laïcs portant un habit religieux, dont les vœux sont temporaires, qui habitent des cellules (maisonnettes dotées de jardin) et vivent de leur travail, en particulier celui de la vigne sur un terrain nommé le « clos des ermites »Michel Guillot, « Un vignoble monastique du . Le clos des ermites du Mont-Valérien » in « La vigne et le vin en Ile-de-France ». Actes du Colloque de la Fédération des Sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Île-de-France, Suresnes, 15-16 octobre 1983, « Paris et l'Île-de-France, Mémoires », 1984, vol. 35, 133-155.. Il ne s'agit donc plus d'anachorètes solitaires mais bien d'une vie communautaire. Les ermites sont placés sous la responsabilité de l'archevêque de Paris qui leur envoie des prêtres ; pendant l'hiver 1703-1704, c'est Louis-Marie Grignion de Montfort qui exerce cette charge pastoraleBattista Cortinovis, San Luigi Maria di Montfort. La vita, gli scritti, la venerazione, Editrice Shalom, 28-29, cité par Louis-Marie Grignion de Montfort..

Le pèlerinage vignette|upright=1|Peinture représentant une vue ancienne du mont Valérien (reproduction d'une gravure du ). Avec la protection du cardinal de Richelieu, Hubert Charpentier obtient en 1633 la permission d'y établir trois croix (un calvaire, figurant symboliquement le Golgotha), de bâtir une église dédiée à la Sainte Croix, et d'y loger une congrégation de prêtres, décision approuvée en 1640 par lettres patentes données par Louis XIII. C'est le début du pèlerinage du Mont-Valérien, qui se met en place en parallèle de l'ermitage précédemment décrit. Depuis Paris, les fidèles traversent la Seine grâce à un bac et arrivent à Suresnes, grimpant jusqu'au sommet du mont par un chemin qui fut progressivement bordé de chapelles matérialisant les stations du chemin de croix, lesquelles furent financées grâce à des personnalités de la Cour ; un escalier monumental, dit des cent marches, est aussi construit (il existe encore de nos jours, dans le cimetière abandonné). À Suresnes, des activités d'hôtellerie et de restauration se développent pour accueillir les pèlerins, occasionnant parfois des troubles (tavernes…).

En 1648, alors que son carrosse roulait vers le sommet du mont Valérien, Madame de Miramion est enlevée par des cavaliers, qui l'emmènent captive au château du duc Roger de Bussy-Rabutin. En difficulté financière, il pensait réussir à séduire cette jeune veuve et en profiter pour renflouer ses caisses par la même occasion. Devant ses protestations, il finit par la relâcher. Elle lui intente un procès mais il s'en sort après avoir déboursé 4000 livres. L'histoire fera rire toute la Cour.

Les jacobins (dominicains) achètent le calvaire en 1663 et ses dépendances et expulsent les ermites, mais le chapitre de Notre-Dame-de-Paris refuse de sanctionner le contrat et fait occuper le mont Valérien par des ecclésiastiques. Les Jacobins les chassent, et, en 1664, le roi doit intervenir pour permettre le retour des ermites.

Dans son Tableau de Paris publié en 1781, Louis-Sébastien Mercier raconte comment un pécheur qui s'était vu prescrire par son confesseur de faire le chemin du calvaire avec des pois dans ses chaussures, évita les souffrances que lui auraient causées ces légumes secs sous ses pieds en les faisant cuire. Il les mit ensuite dans ses chaussures, ce qui lui permit d'effectuer le pèlerinage sans douleur et sans déroger à sa promesse.

Toujours populaire au , en particulier lors de la semaine sainte chez les nobles, qui passent le long d'un chemin de croix orné des scènes de la Passion du Christ, le pèlerinage cesse à la Révolution française, quand le calvaire est fermé. Les ermites sont cependant autorisés à rester sur place ; on en dénombre 40 en 1790. Quatorze y demeurent durant les troubles révolutionnaires..

Aux s, Suresnes reste toujours un village viticole. Autour de celui-ci, des bourgeois et aristocrates parisiens se font construire des propriétés d'agrément, certains allant jusqu'à les faire bâtir sur les pentes du mont Valérien, non loin des vignes, comme le château des Landes, en 1781, plus tard occupé par l'homme politique Philippe Panon Desbassayns, et qui fut détruit à la fin du .

De la Révolution française aux années 1830