Philippe de France, fils de France, duc d'Anjou à sa naissance puis duc d'Orléans en 1661, appelé aussi Philippe d'Orléans, né le au château Neuf de Saint-Germain-en-Laye et mort le au château de Saint-Cloud, est un prince de la famille royale française, fils de et d'Anne d'Autriche, et frère cadet de . Titré duc d'Anjou à sa naissance, il est connu sous son titre de duc d'Orléans à partir de la mort de son oncle Gaston de France en 1660 mais aussi sous l'appellation de « Monsieur », réservée au frère puîné du roi.

Ses descendants directs forment la branche cadette d'Orléans, dont le conventionnel Philippe-Égalité, son fils Louis-Philippe devenu roi des Français à l'issue de la révolution française de 1830, et aujourd'hui les prétendants orléanistes au trône de France.

Biographie Enfance et éducation vignette|redresse|gauche|Le petit Monsieur (ici en robe), avec son frère . Philippe, second fils du roi roi de France et de Navarre, et de son épouse l'infante Anne d'Autriche, naît deux ans après son frère Louis-Dieudonné (le futur ) le à Saint-Germain-en-Laye ; il est ondoyé le jour de sa naissanceRegistre des baptêmes de Saint-Germain-en-Laye (1640), Archives départementales des Yvelines.. D'abord titré duc d'Anjou à la naissance, il est héritier présomptif du trône entre le couronnement de son frère en 1643 et la naissance du Grand Dauphin en 1661.

Philippe d'Orléans est baptisé le à trois heures de l'après-midi dans la chapelle du Palais-Royal à Paris : son parrain est son oncle Gaston, duc d'Orléans, et sa marraine, sa tante Henriette Marie de France, épouse de , roi d'AngleterreL'acte de baptême a disparu dans l'incendie des archives de Paris en 1871 mais l'information se trouve dans Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, par Jacqueline Duchêne, Fayard, 1995..

vignette|gauche|redresse|Philippe, duc d'Anjou, par Justus van Egmont (1654).

Il est surnommé « le petit Monsieur » pour le distinguer de son oncle Gaston de France, alors surnommé « le grand Monsieur ». À la mort de Gaston en 1660 et alors que s'apprête à gouverner par lui-même, Philippe porte pleinement son titre de Monsieur, frère du roi, et récupère comme apanage le duché d'Orléans.

Philippe d'Orléans reçut une éducation particulière : en effet la reine, craignant que l'enfant ne cause du tort à son aîné, ordonna qu'on habille le jeune garçon avec des vêtements de petite fille. De même, sa mère le surnommait « ma petite fille » ; peut-être pour le rendre naturellement efféminé parce qu'ayant déjà un fils elle aurait aimé avoir une fille. Crainte que l'on suppose née de la jalousie de son oncle Gaston de France à l'égard de . La virilité étant directement liée au pouvoir, Philippe d'Orléans dut y renoncer contre son gré et cela jusqu'à son adolescence.

On amenait régulièrement Philippe d'Orléans jouer avec un autre garçon de son âge, François-Timoléon de Choisy (futur abbé de Choisy), que la mère habille aussi en robe sur ordre d'Anne d'Autriche dans le but de satisfaire le petit MonsieurAbbé de Choisy, Mémoires de l'abbé de Choisy habillé en femme.. Saint-Simon en donne une description à l'âge adulte : « c'était un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets et de pierreries partout, avec une longue perruque toute étalée devant, noire et poudrée et des rubans partout où il pouvait mettre, plein de sortes de parfums et en toutes choses la propreté même. »

Son éducation est confiée au précepteur royal François de La Mothe Le Vayer..

Mazarin avait aussi emmené en France ses neveux et ses nièces (les Mancini). Selon Christian Bouyer, historien, ce serait Philippe Mancini qui "aurait initié le jeune duc d'Anjou au vice italienChristian Bouyer, dans l'émission 2000 ans d'Histoire du 8 juin 2004, France Inter .", expression désignant les pratiques homosexuelles à l'époque (sa deuxième épouse la princesse Palatine, d'origine allemande, utilise quant à elle le terme de « mal français »).

Vie privée Philippe, homosexuel contraint au mariage du fait de son rang, se fait connaître pour son libertinage. Amateur de parures extravagantes, il mène un train de vie dispendieux.. Il a plusieurs favoris qui se succèdent dans son entourage, dont le marquis de Châtillon, le comte de Guiche, le marquis de Beuvron, le marquis de Manicamp, le marquis d'Effiat et surtout pendant trente ans le Chevalier de Lorraine. Ce dernier le manipule jusqu'à sa mort, intriguant contre ses deux femmes (allant jusqu'à faire assassiner la première selon Saint-SimonSaint-Simon, Mémoires, , , description de l'exil du chevalier de Lorraine et de la mort de Madame, extrait : .), obtenant toutes sortes de faveurs, dont les meilleurs appartements dans chacune des demeures de Monsieur, ou encore prélevant des pots-de-vin sur les accords que celui-ci a pu passerSaint-Simon, Mémoires, , extrait : ..

Vieillissant, le chevalier de Lorraine devient le principal pourvoyeur de partenaires sexuels pour son amant princier. Le chevalier de Lorraine a également été compromis dans la disgrâce du jeune comte de Vermandois, fils légitimé que le roi avait eu de la duchesse de La Vallière. Le roi, n'ayant en vue que l'abaissement des princes du sang, par rapport à ses enfants illégitimes, conserve cependant le chevalier dans l'entourage de son frère.

Apanage et finances vignette|redresse|gauche|Philippe de France portant une armure à fleur de lys et le cordon bleu de l'ordre du Saint-Esprit. Du côté financier, l'apanage de Monsieur fait de lui un des personnages les plus riches du royaume. Il récupère entre autres les duchés d'Orléans et de Chartres, qui lui assurent un train de vie à la hauteur de son rang. Son frère lui refuse toutefois les revenus du comté de Blois (et donc le Château de Chambord) et le Languedoc qui auraient aussi dû lui échoir à la mort de leur oncle Gaston. Philippe reçoit de surcroît une importante rente du roi et tire des revenus de la construction du canal d'Orléans.

Ces revenus lui permettent de vivre dans un faste équivalent à celui de la cour du roi. On invoque volontiers son activité de mécène, notamment sa protection étendue à Molière et à sa troupe. C'est grâce à lui que Molière se produit pour la première fois devant le roi le .. La troupe lui est offerte par le roi et le cardinal Mazarin en , alors que Monsieur n'a que dix-huit ans et quasiment aucun revenu. Le comédien La Grange précise dans son Registre que les 300 livres annuelles promises à chaque comédien n'ont jamais été versées.. En 1665, retire la troupe à son frère pour en faire sa troupe personnelle. Philippe accueille l'académie de musique et l'académie de danse au Palais-Royal. Après la mort de Molière, le roi la donne à Lully qui y transfère ainsi son académie de musique sans que Monsieur ait son mot à dire. Son activité de collectionneur de tableaux, de bijoux et de pierres précieuses est avérée.

vignette|Château de Saint-Cloud, 1675

Il réside dans deux principaux palais qu'il aménage : le Palais-Royal, qu'il reçoit en apanage en 1692 et qu'il aménage à grands frais, y organisant des fêtes et des jeux ; son favori y a des appartements ; il aménage aussi le château de Saint-Cloud, offert par son frère en 1658, notamment en y faisant établir de grands jardins à la française et un Trianon.

À l'écart du pouvoir

Bien que Philippe ait partagé avec son frère les humiliations de la Fronde, durant leur enfance, et malgré des talents de stratège manifestes et son courage au combat, Louis XIV, toujours méfiant, ne lui laisse aucune marge de manœuvre ni aucun pouvoir.

Cependant, Philippe remporte des victoires lors de la guerre de Hollande (bataille de la Peene à Noordpeene en 1677, aussi appelée bataille de Cassel De la représentation du Prince : la bataille de Cassel vue par Mignard, L'Oreiller du Roy Guerre et propagande au , l'affaire du maréchal de Humières, Histoire mondiale des conflits, , déc.2004-janv.2005, .) contre le prince d'Orange (un neveu de sa femme) et ses troupes. Les Parisiens l'acclament. Par jalousie (ou par précaution), son frère lui enlève à partir de ce jour tout commandement militaire majeur. Cette bataille de la Peene constitue donc son seul fait d'armes.

Monsieur reste toute sa vie écarté du pouvoir par le « Roi Soleil ». Désœuvré, après avoir conçu six enfants pour assurer la succession potentielle à la couronne, il se consacre à une vie futile où la débauche et les commérages tiennent lieu d'occupation, à l'entretien de ses châteaux et à l'observation scrupuleuse de l'étiquette à la cour. Ce culte de l'étiquette se révèle presque maladif, selon ses contemporains. Il se bat avec les autres personnages de la cour pour que les titres précis de chacun soient respectés ; (voir Appellations des membres de la maison de France).

Mariages vignette|Restitution de la "Petite Galerie" de Monsieur au Palais-Royal, premier étage. Inventaire de 1701. Il se marie deux fois, deux mariages imposés par . Le premier, avec la princesse Henriette d'Angleterre, est alors censé resserrer les liens des deux pays après la restauration des Stuart sur le trône britannique. La jeune « Madame » apprécie au plus haut point les mondanités et se retrouve entourée de plusieurs , dont lui-même, ce qui irrita Philippe et leur mèreMadame de La Fayette, Histoire de madame Henriette d'Angleterre, Amsterdam, Le Cène, 1720, 53-57.. De son côté, Henriette ne supporte pas les favoris de Monsieur. En dépit de cette mésentente, le couple conçoit tout de même cinq enfants, dont deux atteindront l'âge adulte.

Venant d'obtenir du roi l'exil du chevalier de Lorraine, Henriette meurt de façon plutôt mystérieuse à 26 ans (des rumeurs d'empoisonnement par les favoris de Monsieur, le chevalier de Lorraine et le marquis d'Effiat, circulent aussitôt). Cette mort soudaine de Madame inspire à Bossuet la célèbre oraison funèbre : « Madame se meurt, Madame est morte ». À 30 ans, Philippe est veuf mais il ne profite guère de sa liberté retrouvée. Philippe est le père de deux filles et, hormis le dauphin, tous les enfants légitimes du roi sont morts au berceau, la succession au trône doit être consolidée.

En échange du retour en grâce du chevalier de Lorraine, Monsieur accepte de se remarier avec la fille de l'Électeur Palatin, Élisabeth-Charlotte de Bavière. Sur la route menant d'Heidelberg à Paris, la jeune princesse calviniste se convertit au catholicisme puis est baptisée à Metz. Le mariage est célébré le en la cathédrale Saint-Étienne de Châlons. Hormis la nécessité d'obtenir un héritier mâle, Philippe ne s'intéresse guère à la jeune Allemande dont le physique l'impressionne. Le couple amuse la cour, la princesse étant une femme d'une corpulence plutôt imposante, tandis que lui est un homme efféminé et maniéré. Leurs relations sont empreintes d'un respect mutuel puis d'une certaine camaraderie, Philippe étant un mari plutôt conciliant et Madame se montrant franche et loyale. La princesse Palatine s'entend bien avec son beau-frère à qui elle voue une admiration quelque peu amoureuse et avec qui elle chasse. De l'union entre Monsieur et la princesse Palatine naissent deux fils et une fille. L'aîné titré duc de Valois meurt à l'âge de trois ans, le second, duc de Chartres, futur régent du royaume, et Mademoiselle de Chartres, future duchesse de Lorraine et de Bar, elle aussi régente de ses duchés. Son devoir de procréation accompli, le couple se met d'accord pour s'épargner réciproquement le devoir conjugal.

Cinq des six enfants légitimes du roi étant morts au berceau, les filles de « Monsieur » sont un élément important de la politique matrimoniale de la France. En 1679, l'aînée épouse, contre son gré, le roi Charles II d'Espagne. Comme sa mère, la jeune reine mourra à l'âge de 26 ans en 1689 sans avoir donné d'héritier à son mari. En 1684, la cadette épouse le duc Victor-Amédée II de Savoie. En 1698, la benjamine épouse le duc .