vignette|Tige à 2 côtes saillantes et poches sécrétrices transparentes présentes sur le limbe.
Le Millepertuis perforé, Millepertuis commun ou Millepertuis officinal (Hypericum perforatum L.) est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Clusiacées selon la classification classique (ou des Hypéricacées selon la classification phylogénétique).
C'est une plante herbacée vivace. Les poches sécrétrices transparentes présentes sur le limbe des feuilles allongées donnent l'impression de multiples perforations, particularité à l'origine du nom de millepertuis qui signifie mille trous.
Parmi toutes les espèces de millepertuis formant le genre Hypericum, l'appellation sans épithète de millepertuis désigne généralement le Millepertuis perforé.
Utilisée en médecine et largement popularisée pour ses effets antidépresseurs, la plante porte de nombreux surnoms dont le plus célèbre est celui d'herbe de la Saint-Jean. Elle a de nombreuses interactions médicamenteuses.
Noms vernaculaires En français, plus de 40 noms retrouvés dont : herbe de la Saint-Jean, herbe de Saint Eloi, Barbe de Saint-Jean, herbe aux fées, herbe aux mille vertus, herbe du tonnerreSimin Palay, Dictionnaire du béarnais et du gascon moderne, Éditions du CNRS, 1980 [ édition], entrée « periclàdo », chasse-diable. , herbe à mille trous, herbe percée, herbe à la brûlure, herbe aux piqûres, herbe du charpentier, trascalan, truchereau, trucheron, trucheron jaune... En allemand : Blutkraut, Feldhopfenkraut, Herrgottsblut, Hexenkraut, Johannisblut, Johanniskraut, Konradskraut, Mannskraft, Tüpfelhartheu, Waldhopfenkraut, Walpurgiskraut... En anglais : St John’s wort (« herbe de saint-Jean »), balm of warrior (« baume de guerrier »), touch and heal (« toucher et guérir »). En basque : milazilo En bulgare : (Jalt Kantarion ou Jult kantarijon) En catalan : pericó, herba de sant Joan En espagnol : hipericón, corazoncillo (« petit cœur »), hierba de San Juan ou yerba de San Juan (« herbe de saint-Jean »). En espéranto : hiperiko trapunkta. En francique rhénan lorrain : gehonskrudd (« herbe de Saint Jean ») En danois : prikbladet perikon (« feuille à trous pericum ») En finnois : mäkikuisma (« côme des collines ») En gascon : èrba de Sent-Jan, trigalan, triscairam, èrba d'envren (« herbe à venin »), èrba deus verens (« herbe des venins »), periglada, periclada, perigleta, pericon (dérivé probable de Hypericum), arnaudet, mila-uelh (« mille yeux ») En grec : (qui a donné « baume » en français, balm en anglais) En irlandais: beathnua (qui a donné la »vie nouvelle») luibh Eoin Baiste (« herbe de saint-Jean »). En italien : iperico ou erba di san Giovanni (« herbe de Saint Jean ») ou scacciadiavoli (« chasse-diables ») En letton asinszāle (« herbe de sang ») En luxembourgeois: Gehaanskraut: Haartnol En néerlandais : Sint-janskruid (« herbe de la Saint-Jean ») En norvégien : prikkperikum (« pericum à trous ») En occitan languedocien : trescalan, èrba de Sant-Joan, caça diable (« chasse diable »), tresflòri, èrba de tres galants, èrba de trescalan En occitan provençal : èrba de l'òli roge (« herbe à l'huile rouge »), èrba de Sant-Jan, trescalan En portugais Erva-de-são-joão : (« herbe de Saint Jean »): hipericão En polonais : dziurawiec (« plante à trous ») En roumain : sunătoare (« étym. pop. de sănătoare, < lat. sanatoria, celle qui rend sain, qui guérit»), pojarniţă (« du sl. pojar, incendie ou rougéole ; sens approximatif herbe contre les brûlures ») En russe : , ou En serbe : kantarion ou kantarijon, bogorodična trava (« herbe de la Mère de Dieu »), gospino zelje (« herbe de la sainte Vierge »), sentjanzovka (« de la Saint-Jean »), sentjanzevka (id.) En suédois : Johannesört ou äkta johannesört (« herbe de Saint Jean » ou « vraie herbe de Saint Jean ») En slovène: sentjanzevka
Description Plante vivace de 30 à , elle est dotée d'une tige souterraine ligneuse et d'une tige dressée avec deux côtes saillantes bien marquées. Ses feuilles sessiles, elliptiques ou linéaires, obtuses, plus claires à la face inférieure, ont un limbe ponctué de glandes translucides à huile essentielle, et bordé de points noirs correspondant à des glandes à , principe actif à l'origine de ses propriétés. Les larges panicules de grandes fleurs jaune vif (2-) apparaissent entre mai et septembre. Ces fleurs ont cinq sépales et cinq pétales également ponctués de noir. Les verticilles staminaux sont formés de trois faisceaux d'étamines. Les fruits sont des capsules ovales bien plus longues que le calice.
Histoire Dans l’Antiquité, l'usage médicinal du millepertuis, en particulier pour soigner les blessures, est décrit dans les ouvrages de Pline et de Dioscoride. Au Moyen Âge, il est considéré comme une plante magique associée à la magie blanche et fait l'objet de maintes superstitions, surtout en Europe centrale. Appelé le “chasse-diable” ou le “fléau du diable”, il est réputé pour éloigner les esprits diaboliques et les sorcières. À cette époque, les formes de troubles mentaux (dépression, mélancolie, troubles anxieux…) sont en effet considérés comme des possessions diaboliques, si bien qu'il n'est pas rare jusqu'au de trouver un bouquet de millepertuis accroché aux portes des granges, aux fenêtres des maisons, ou d'en porter sur soi la nuit de la Saint-Jean (période de sa floraison)..
Le millepertuis acquiert sa grande réputation de vulnéraire au . Il est inscrit à la Pharmacopée française dès la première édition, en 1818. De la moitié du au début du , il subit un énorme discrédit auprès des médecins « savants », mais la médecine populaire lui reste fidèle.. La plante est réhabilitée par plusieurs spécialistes .
Habitat thumb|400px|Champ de millepertuis perforé dans le Parc national Belair, dans le sud de l'Australie.
Il s'agit d'une plante sauvage héliophile et calcicole. Les bords des chemins, les lisières de forêt, prairies et talus secs, clairsemés et calcaires constituent ses habitats préférés. Le millepertuis craint l'ombre et l'humidité.
Répartition On le trouve dans toute l’Europe, en Asie, en Afrique du Nord et en Amérique du Nord.
Statuts de protection, menaces L'espèce n'est pas encore évaluée à l'échelle mondiale et européenne par l'UICN. En France elle est classée comme non préoccupante . Elle est considérée vulnérable (VU) en Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Utilisation en médecine Parties actives Les sommités fleuries, cueillies au début de la floraison et séchées.
Indications Antitraumatique et anti-inflammatoire Le millepertuis contient une huile essentielle qui est extraite par hydrodistillation des sommités fleuries ou par macération dans une autre huile pour former l'huile de millepertuis, appelée aussi huile de cantarion.
Affections cutanées On attribue à la plante des propriétés vulnéraires : c'est un émollient et un adoucissant pour la peau (en usage externe et immédiat). La plante entière, les fleurs ou les feuilles sont utilisées en traitement cutané pour leurs vertus apaisantes, mais elles peuvent provoquer des réactions de photosensibilisation. L’association millepertuis et soleil semble également augmenter le risque de cataracte. Cela serait dû à la présence d’hypéricine, un composé actif du millepertuis pouvant altérer le cristallin en présence de lumière..
Les fleurs de millepertuis servent, par macération dans l’huile, à la préparation de l’huile de millepertuis, une huile rouge qui est renommée pour le traitement des brûlures et des contusions.. Elle ne doit pas être employée pendant l'exposition solaire pour les raisons indiquées ci-dessus, mais comme après-soleil.
Dépression Dépression majeure L'analyse indépendante la plus récente, menée par le groupe Cochrane, a couvert 29 essais cliniques et plus de 5000 patients. Le millepertuis est d'une efficacité comparable aux ISRS, les antidépresseurs conventionnels, dans la dépression majeure. Sa tolérabilité est supérieure, puisqu'elle est comparable à celle d'un placebo soit, d'après le groupe Cochrane, des taux d'effets indésirables équivalents à la moitié et au cinquième des taux pour les ISRS et les tricycliques (exemple : imipramine), respectivement.
Dépressions légères et modérées Les études sur le millepertuis dans les dépressions légères et modérées indiquent également une efficacité comparable à celle des antidépresseurs agissant sur la recapture de la sérotonine (ISRS)Linde K, Mulrow CD, Berner M, Egger M, St John's wort for depression, Cochrane Database Syst Rev, 2005;(2):CD000448.
Les effets antidépresseurs du millepertuis sont dus principalement à l'hyperforine Laakmann Get coll., "Clinical significance of hyperforin for the efficacy of hypericum perforatum extracts on depressive disorders of different severities" Phytomedicine 1998;5(6):435-442 (en usage interne et au long cours). Mais beaucoup des composants du millepertuis ont un effet inhibiteur sur les récepteurs du système nerveux central donc une action synergique est probable.
Il est aujourd'hui autorisé à la vente en tant que médicament, comme en Allemagne depuis 1984, car de nombreuses études cliniques ont prouvé son efficacité. La dernière étude, publiée en 2005, montre que le millepertuis est aussi efficace sur la durée que l'antidépresseur de référence (l’Imipramine), mieux toléré et avec moins de risques de rechute.
Troubles déficitaires de l'attention vignette|Lorsqu'on écrase un bouton floral entre le pouce et l'index, les minuscules glandes rouge vin en bordure des pétales libèrent leur pigment, l'hypéricine, qui rougeoie les doigts. Il est également assez communément utilisé dans les troubles déficitaires de l'attention de l'enfant, du moins aux États-UnisCala S, Crismon ML, Baumgartner J, , Pharmacotherapy, 2003;23:222-230 avec, cependant, un effet contestéWeber W, Vander Stoep A, McCarty RL, Weiss NS, Biederman J, McClellan J, Hypericum perforatum (St John's Wort) for attention-deficit/hyperactivity disorder in children and adolescents: A randomized controlled trial, JAMA, 2008;299:2633-2641. Dans cette étude, l'extrait de millepertuis utilisé contenait à l'origine 0,3 % d'hypéricine mais les chercheurs l'ont laissé se dégrader jusqu'à ce qu'il ne contienne que 0,13 % d'hypéricine et 0,14 % d'hyperforine. Comme les concentrations d'hyperforine n'ont pas été établies au début de l'étude et les concentrations d'hyperforine et d'hypéricine étaient bien inférieures à celles utilisées dans d'autres études, il est difficile de tirer quelque conclusion que ce soit.
De plus, le réputé chercheur de la Harvard Medical School, le Joseph Biederman, coauteur de l'étude contestant l'efficacité du millepertuis dans le trouble déficitaire de l'attention, a suscité la controverse quand le sénateur Charles E. Grassley a révélé d'importants conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique. En guise d'exemple, le New York Times relate que le Biederman avait déclaré à Harvard n'avoir rien reçu de Johnson & Johnson en 2001, puis, pressé de revoir cette déclaration, avait déclaré ; Johnson & Johnson révéla au sénateur Grassley que la compagnie lui avait en fait accordé cette année-là. Le Times montre que le médecin n'avait pas révélé non plus la somme qu'il avait reçue d'Eli Lilly pour étudier le Strattera dans les troubles déficitaires de l'attention, puisque la compagnie révéla qu'il avait reçu une somme en fait supérieure à ce qui est permis pour un chercheur de Harvard. Peu avant l'intervention du sénateur Grassley, en 2007, le Biederman était le second auteur en importance dans le domaine de la psychiatrie. et le premier dans le domaine des troubles déficitaires de l'attention., d'après l'ISI.
Effets secondaires et contre-indications