La Kalâa (ou Kalaa ou Qalâa ou Qal'a) des Banû Hammad« Les motifs géométriques - Le cartouche étoilé », Qantara, Institut du monde arabe (ou Béni Hammad) est un site archéologique situé dans la wilaya de M'Sila, dans la commune de Maadid, en Algérie. Le site est classé patrimoine mondial par l'UNESCO depuis 1980.
Situation Les terres occupées par les Sanhadja du Maghreb central sont des montagnes d'une altitude moyenne voisine de mille mètres et les villes capitales sont construites en bordure des plaines sur des terrasses élevées protégées par des pics ou des chaines peu pénétrables. Ce sont des nids d'aigles d'où la vue pénètre au loin dans la plaine et surveille l'ennemi. Achir et Kalaâ se posent comme des sentinelles devant d'éventuels assaillantsLucien Golvin, Le Magrib central à l'époque des Zirides, pub. Gouvernement général de l'Algérie, Arts et Métiers graphiques, Paris, 1957. thumb|left|Voie d'accès à la Qalaâ par l'oued Fredj et vue sur la plaine du Hodna La Kalâa (« forteresse ») est située à plus de d'altitude sur le versant sud du djebel Maadid à la limite nord des plaines du Hodna. Elle est entourée au nord par le djebel Takerboust (Guerboussa ou Gribissa) qui culmine à , à l'ouest par le mont Gorayn (), à l'est par la vallée de l'oued Fredj dont les gorges constituent un rempart naturel. Le Takerboust présente sur son flanc une série de plis couchés qui ondulent suivant la forme des croupes découpées le long de sa pente sud. La seule voie d'accès est au sud un col sinueux qui longe la vallée de l'oued et qui s'ouvre sur la plaine du Hodna.
Histoire right|250 px|thumb|Maquette de la Kalâa Le lieu est déjà habité par les Numides : une mosaïque représentant le triomphe d'Amphitrite est découverte en 1898 à à l'est de la ville et déposée au musée des Antiquités d'Alger. Selon les chroniqueurs arabes et notamment Ibn Hammad qui signale qu'il s'appelait château de Kiana mais aussi fort du Miroir, il sert de refuge à Abu Yazid (« l'homme à l'âne ») dans sa révolte contre les califes fatimides Al-Qaim et Al-Mansur.
La Kalâa est fondée en 1007 par Hammad ibn Bologhine, fils de Bologhine ibn Ziri (fondateur d'Alger), qui obtient de son suzerain Badis, prince ziride, l'autorisation d'édifier une ville et d'en faire sa capitale. Il y engage durant deux ans de grands projets de construction. La position de la nouvelle citadelle présente des avantages stratégiques encore supérieurs à ceux d'Achir. Hammad s'empresse de la fortifier et, selon Ibn Khaldoun, de la peupler avec les habitants de M'Sila et de Hamza (Bouira) après avoir détruit leurs villes, ainsi que des Djerawa.
Neuf ans après la fondation de la Kalâa, Hammad ibn Bologhine se révolte contre son neveu Badis qui veut le dessaisir de trois provinces du Constantinois. Karama, frère de Badis, attaque la Kalâa et la détruit en partie. Badis lui-même est, après un siège de six mois, sur le point de s'en emparer quand il meurt le . Les troupes zirides quittent alors la Kalâa. Hammad fait plus tard la paix avec le fils et successeur de Badis, Al-Muizz, qui doit se résigner au fait accompli (1017)Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, Payot, 1966, .. Le mariage de Abdallah, fils de Hammad, et d'Umm al-Ulu, sœur d'Al-Muizz, marque l'alliance des deux princes. gauche|vignette|Le minaret de la Kalaâ au pied du Takerboust Devenue la capitale des berbères hammadides, la ville constitue alors l'une des plus florissantes d'Afrique du Nord. Selon Ibn Khaldoun, « La Qal'a atteignit bientôt une haute prospérité; sa population s'accrut rapidement et les artisans ainsi que les étudiants s'y rendaient en foule des pays les plus éloignés et des extrémités de l'empire. Cette affluence de voyageurs eut pour cause les grandes ressources que la nouvelle capitale offrait à ceux qui cultivaient les sciences, le commerce et les arts »Ibn Khaldoun, cité par . Trois grandes routes relient la Kalâa aux autres villes du Maghreb. La première, vers le nord-ouest, se divise pour conduire à Alger et Ténès par Bouira, à Bougie et Djidjelli, à Sétif et Constantine. La deuxième, vers l'ouest, mène à M'sila et Achir, puis Médéa et Tahert. La dernière, vers l'est, se divise elle aussi pour se diriger vers Constantine, Kairouan et Sfax, Biskra, Gafsa et Gabès.
Après la mort de Hammad en 1028, la Kalâa est embellie au long des règnes de ses successeurs, Al-Qaid (1029-1054), Muhsin (1054-1055), Bologhine (1055-1062), Al-Nasir (1062-1082), Al-Mansur (1088-1104). D'après des vers d'Ibn Hammad que cite Ibn al-Khatib, « Al-Nasir embellit la Grande Mosquée de la Qal'a et fit bâtir à proximité de la cité plusieurs châteaux : le palais des Deux Mariées, le palais de Ballara qui porte le nom de la princesse ziride que le prince hammadite épousa en 1077, le palais du Califat et le palais de l'Étoile ». La ville accueille notamment, après l'invasion des Arabes hilaliens en Ifriqiya, les habitants ruinés de Kairouan et les négociants orientaux, à qui elle doit, vers 1065, un développement inattendu. La ville est alors selon Al-Bakri (mort en 1094) « un centre de commerce qui attire les caravanes de l'Irak, du Hidjaz, de l'Égypte, de la Syrie et de toutes les parties du Maghreb »Al-Bakri, cité par .
Sous le règne d'Al-Qaid, les hostilités ayant repris entre les Zirides et les Hammadites, la Kalaâ est assiégée entre 1040 et 1042. Sous celui de An-Nasir, elle est conquise par Ali b. Raggam mais selon Ibn Khaldoun reprise rapidement. En 1090 Al-Mansur quitte la Kalâa, sous la menace hilalienne, pour s'installer à Béjaïa (Bougie) avec sa troupe et sa cour. Le déclin de la ville, jusque-là l'une des plus importantes du Maghreb central, commence sous le règne d'Al-Aziz (1105-1121). Assiégée par les Hilaliens elle n'est sauvée que par l'intervention de l'armée envoyée de Bougie par le souverain. En 1148 Yahya, dernier prince hammadite (1121-1152), fait transporter à Bougie tous les objets de valeur de la ville. En 1152 elle est prise et en partie détruite par les troupes Almohades dirigées par Abdallah, fils du calife Abd al-Mumin. En 1185 l'almoravide Ali Ibn Ghaniya y pénètre après un siège de trois jours.
Les monuments thumb|right|Plan schématique du site L'emplacement de la capitale des Hammadides est resté vierge de toute autre construction depuis le Moyen Âge. Les premières fouilles conduites par Paul Blanchet en ont pour objet le donjon du Manar. Le général Léon de Beylié poursuit en 1908 le dégagement du palais du Lac et de la grande mosquée. Les dernières fouilles avant l'Indépendance de l'Algérie ont été menées par Lucien Golvin de 1951 à 1956 puis de 1960 à 1962. À partir de 1964, Rachid Bourouiba a dirigé chaque année de nouvelles campagnes. On peut ainsi se faire aujourd'hui une idée plus exacte des monuments de la Kalâa que de ceux d'Achir.
La ville comprenait, à l'intérieur d'une fortification de , d'une largeur variant entre et , détruite par la suite par les Almohades, une quantité importante de monuments, parmi lesquels une grande mosquée et son minaret, ainsi que le donjon du Manar, le palais du Manar, le palais du Lac, le palais du Salut, des citernes et bassins. Trois portes, Bab al-Aqwas, Bab Djenan et Bab Djerawa, donnaient accès à la ville, dont seules les deux premières subsistent. Deux monuments émergent encore du sol: le minaret de la mosquée dont on devine assez bien le décor et le donjon du Manar qui domine la falaise de l'oued Fredj.
La Grande Mosquée
La Grande Mosquée de la Kalâa dut être fondée en même temps que la ville c'est-à-dire au G. Marçais, L'Architecture musulmane d'Occident, Pub. du Gouvernorat Général de l'Algérie, Arts et Métiers graphiques, Paris, 1954. Trois ans ont été nécessaires pour exhumer une mosquée entièrement ruinée dont il ne subsiste que le minaret. Elle présente la forme d'un rectangle de 63,30 sur . La salle de prière, mesurant 53,20 sur , est composée de treize nefs, orientées nord-sud, de 8 travées.
Un mur de de large qui pourrait être l'indice de l'existence d'une maqsura (lieu où prie le prince) isole les cinq nefs centrales. Rachid Bourouiba pense plutôt qu'il s'agit d'« une petite salle de prière qui a remplacé la grande lorsque la Qal'a fut désertée par un grand nombre de ses habitants et que le reste de la population n'eut plus les moyens d'entretenir un édifice aussi vaste ».
Il ne demeure plus du mihrab que la partie gauche de sa base. Sa niche orientée vers le sud présentait la forme d'un arc surhaussé. L'emplacement subsiste de deux colonnes supportant l'arc d'ouverture.
La cour, de 53,20 sur , est séparée de la salle de prière par un mur présentant onze portes. Entourée d'un portique, elle est pavée de dalles blanches. Une citerne, alimentée par une source, de de long, de large et de haut, dont la voûte est en partie effondrée, se trouve en son centre. Au fond trois pièces situées à l'est devaient servir pour les ablutions, une autre pouvait, à l'est, être une bibliothèque.
Au milieu du côté nord de la cour, le minaret actuellement haut de , la partie supérieure s'étant effondrée. Après celui de la Mosquée de Sidi Bou Merouane, il est le plus ancien d'Algérie. Sa tour parallélépipéunite mesure de côté, un escalier de cent vingt-sept marches, tournant en son centre, conduisant au sommet.
L'ornementation de la face du minaret, donnant sur la cour, se développe selon trois registres verticaux. C'est selon Rachid Bourouiba « la première fois dans l'histoire de l'art musulman aussi bien en Orient qu'en Occident que cette disposition est adoptée. Nous la retrouverons au minaret de la Giralda de Séville. Le registre central est en retrait. Il comporte successivement: une porte en plein cintre encadrée de deux colonnes engagées, surmontée d'un arc brisé reposant sur deux colonnes engagées; au-dessus une fenêtre en plein cintre surmontée d'un arc recti-curviligne reposant sur des colonnes engagées; une fenêtre à plein cintre; une fenêtre surmontée d'un tympan à arc brisé décoré intérieurement par deux secteurs d'arcs; et pour couronner l'ensemble une ouverture aveugle en arc brisé ornée de deux débuts d'arcades reposant sur un pilier central. Les deux autres registres symétriques comportent un défoncement en niche et deux ouvertures aveugles à plein cintre, ornées de céramiques.
La mosquée de la Kalâa, la plus grande qu'ait connu l'Algérie après la Mosquée de Mansourah à Tlemcen, présente les mêmes aspects architecturaux que la grande mosquée de Kairouan.
Quant aux palais, à part le Manar, ils sont détruits à ras du sol et il faut descendre jusqu'aux fondations pour en connaitre le plan. Les murs sont bâtis « de pierres choisies pour leur taille dans les éboulis de la montagne. On a un peu dégrossi celles qui devaient se trouver aux angles et on les a posées telles quelles en lits réguliers, en remplissant de mortier et de cailloux les vides qu'elles faisaient entre elles »Paul Blanchet, ap. Nouvelles archives des Missions, t XVII, , un enduit de plâtre dissimulant les irrégularités de cet appareil.
Le Manar Les ruines des palais prouvent la brillante civilisation que fut celle des Hammadides. Le palais des émirs regroupait trois résidences séparées par différents pavillons, des jardins, ainsi que des systèmes permettant de maintenir l'eau. À la Kalâa triomphent les principes d'art du Caire et surtout de Bagdad : mosaïques et faïences, sculptures sur plâtre, stalactites de terre émaillée, décor végétal stylisé et ornementation géométrique.