L'escadron de chasse 3/3 « Ardennes » est une unité de combat de l'Armée de l'air française. Actuellement installée sur la base aérienne 133 Nancy-Ochey, elle est équipée de Mirage 2000D, biplace d'assaut conventionnel tout temps.

La devise de l'escadron, Ne Recule Ni Ne Dévie, symbolise l'état d'esprit guerrier associé à ses missions passées et présentes.

L'escadron de chasse 3/3 Ardennes s'étant particulièrement distingué en Afghanistan puis en Libye, reçoit la croix de la Valeur militaire avec palme de bronze (une citation à l'ordre de l'Armée aérienne).

Historique La naissance du groupe thumb|right|upright=1.5|Terrain de Rayak au Liban Rayak, Liban, mai 1943 - février 1944

Le groupe de chasse « Ardennes » est le fruit de tractations durant l'été 1943, entre le général Valin, commandant les Forces aériennes françaises libres du Proche-Orient et l'Air Chief Marshall Sir Arthur Tedder, commandant en chef des Forces aériennes de la Méditerranée. Au cours de ces entretiens, le général Valin obtient de Sir Arthur Tedder l'armement provisoire en avions anglais de certaines formations stationnées au Levant. Il est alors décidé de mettre sur pied et d'équiper en monoplaces Hurricane IIC un groupe de chasse chargé de participer à la couverture des côtes de Syrie et de Palestine.

Les conclusions de leurs entretiens officieux sont confirmées officiellement par une lettre, en date du : Sir Arthur Tedder informe le général Bouscat, chef d'état-major de l'Armée de l'air que la mise sur pied au Liban d'un Squadron de chasse français armé de douze Hurricane IIC a été autorisé à titre temporaire par le Joint Air Commission Head Quarter. Une attribution de vingt-cinq appareils de ce type est réservée à ce Squadron, à titre d'avions de première ligne et d'avions de remplacement. Des instructions sont envoyées au quartier général de la Royal Air Force du Moyen-Orient, lui prescrivant de pourvoir à l'entraînement des pilotes de la nouvelle unité et à la livraison du matériel nécessaire.

Les débuts opérationnels. Saint-Jean-d'Acre, Palestine, février - mai 1944

Créé administrativement le , le GC « Ardennes » fait alors mouvement vers Saint-Jean-d'Acres le , où il est équipé en matériel anglais avec le Hurricane IIC : cette date marque sa « naissance » opérationnelle.

Dès le , les vols individuels et en patrouille s'enchaînent à la suite du premier vol sur la nouvelle monture du GC effectué par le Ltt Boudier avec le Hurricane IIC . Le groupe compte alors trois officiers chefs de patrouille et sept jeunes équipiers arrivés du centre d'entraînement (OTU) d'Ismaïlia le . Une première patrouille, ou flight, de six avions de ce type est immédiatement mise sur pied. Puis un second flight est opérationnel le , après l'arrivée de pilotes supplémentaires. Les débuts sont modestes. Le groupe n'a que douze Hurricane. Il manque encore cruellement de chefs de patrouille, de mécaniciens brevetés et surtout de personnels européens.

À Saint-Jean-d'Acres, le groupe « Ardennes » est rattaché au Group de la Royal Air Force. Il double le Squadron anglais, qu'il est amené à remplacer dans ses missions de DAT (Défense Aérienne du Territoire) et de surveillance côtière. Dans ce cadre, le un détachement de six pilotes est envoyé à Beyrouth et relevé tous les dix jours.

Les missions de guerre commencent donc sur cette côte orientale de la Méditerranée plus guère menacée par les incursions aériennes ou navales ennemies. L'activité est essentiellement consacrée à : des vols d'entraînement suivant la progression classique de la chasse des exercices d'interception dirigée des missions de guerre monotones (couvertures de convois, sweep et décollages sur alerte) dans un secteur parfaitement tranquille et sans la moindre occasion de rencontrer l'ennemi. Fin avril, une vingtaine d'heures de vol de guerre et 525 heures d'entraînement ont déjà été effectuées et pratiquement tous les pilotes sont lâchés de nuit. Or, le au soir, un ordre tombe et coupe court aux bruits qui circulent: le groupe doit faire mouvement dans les deux jours vers l'Afrique du Nord française. Les préparatifs commencent alors dans la fièvre...

Le Coastal Command Afrique du Nord, mai - septembre 1944

Ainsi, le , la douzaine d'Hurricane du groupe se rend d'une traite à Ismaïlia, le terrain du Caire en Égypte, où ils sont abandonnés au dépôt de matériel. Du 5 au , le groupe au complet coule alors des jours paisibles sous le soleil d'Aboukir, dans l'incertitude de sa destination finale. Le signal du départ arrive le 13. Port-Saïd est rallié en train, afin d'embarquer dès le lendemain sur des convois de transport de troupes anglais : la destination, Oran en Algérie, sera atteinte entre le et la mi-juin. Sans attendre l'échelon lourd, les précurseurs gagnent en trois jours de train le terrain de Bône les Salines où stationne le GC II/3 « Dauphiné ».

Les premiers jours sont consacrés à l'installation du cantonnement, à l'organisation générale et à la prise en compte des onze Hurricane IIC et des treize P-40 plutôt fatigués du II/3, qui commence alors sa transformation sur chasseurs bombardiers américains P-47 « Thunderbolt ». « Nous regardons avec envie leurs P47 évoluer au-dessus de la piste. »Journal de Marche et d'Opérations du Groupe de Chasse III/3 « Ardennes ».

Rattaché à titre provisoire à la Section d'aviation côtière de Bône (Bône Fighter Command), le groupe reprend progressivement à sa charge les missions sans nouveauté de Coastal Command jusqu'alors accomplies par le II/3. Dès le 28 mai 13 heures, deux pilotes du groupe assurent la première alerte de l'unité et à partir du lendemain, les missions réelles se succèdent.

Le matériel est vieux, mais le moral est bon. « Nos mécaniciens font des prodiges. Les Hurricane aussi. Ils se révèlent plein de bonne volonté, mais ils sont vieux. Ils n'y peuvent rien et nous non plus. Le cas échéant, ils nous emmènent jusqu'à 80 miles en mer, et poussent la gentillesse jusqu'à nous ramener. » L'entraînement se poursuit en parallèle avec les missions de guerre classique : couverture des nombreux convois alliés qui sillonnent la Méditerranée, Air sea rescue (missions de reconnaissance des équipages perdus en mer et de protection des hydravions sauveteurs) et décollage sur alerte pour intercepter des bombardiers ennemis qui se révèlent bien souvent hors de portée, fictifs voire alliés !

Le groupe piaffe d'impatience en apprenant la nouvelle du débarquement allié en Normandie le 6 juin, d'autant que le II/3 part pour la Corse le ! D'après les prévisions initiales du commandement, le groupe de chasse III/3 « Ardennes » aurait dû être transformé sur P-47, peu après son arrivée à Bône et être affecté à la de chasse. Mais les retards de livraison amènent l'état-major à le maintenir à la disposition de la Section d'aviation côtière de Bône et à l'écart des opérations de libération au sein du Tactical Command.

Finalement, le , le capitaine Vinçotte fait une arrivée remarquée aux commandes du premier P-47 du groupe. L'avion est inspecté sous toutes les coutures et l'enthousiasme saisit l'ensemble du groupe qui s'imagine déjà en mission sur la France ! Cet unique appareil permet alors de « lâcher » quelques pilotes. Il est suivi par quatre autres, les 8 et , la dotation complète devant être livrée dans les prochains jours.

La joie est de courte durée : coup dur le , les P-47 du groupe seront transmis le lendemain au Groupe de Chasse I/4 « Navarre », heureux élu affecté au Tactical Command. « Ce retard assombrit le groupe tout entier et particulièrement les pilotes qui ont la mort dans l'âme. Mais ce coup de masse ne nous abattra pas. Nous gardons l'espoir au cœur que nous serons le prochain groupe équipé. Nous mordons le coussin une fois encore. ».

Et c'est au GC III/3 « Ardennes » de remplacer le I/4 à Réghaïa, toujours le long de la côte algérienne, mais plus à l'ouest. À cet effet, il doit prendre en compte les Bell P-39 « Airacobra » du I/4 et se voit alors renforcé par le personnel destiné au II/6 déjà entraîné sur P-39. Le , l'ordre de faire mouvement est reçu. Toutefois, attendant d'être relevé par une escadrille du III/6 qui arrive le 15, le groupe ne déménage que le .

À Réghaïa, le groupe est affecté temporairement à la escadre de chasse, elle-même rattachée au Wing américain opérant dans le cadre des Forces aériennes alliées d'aviation côtière en Méditerranée (Mediterranean Allied Coastal Air Force ou MACAF). Les opérations de prise en compte des P39 du groupe I/4 freinent l'activité aérienne initiale. Néanmoins, le cœur mis à l'ouvrage par les mécanos permet d'effectuer les premières missions opérationnelles le 23 et d'atteindre 455 sorties en juillet. Les missions d'entraînement et de Coastal reprennent, routinières, de jour comme de nuit. L'alerte est prise de l'aube à la nuit, une ou deux sections en 3 min et une en 15 min. Les mentions « RAS » s'alignent sur les journaux de marche. Seule consolation, un P-47 D22 abandonné au groupe par le I/4 le , trois jours avant son départ, permet de se faire la main à tour de rôle.

thumb|right|upright=1.5|Les mécanos préparent les P-47 pour la montée au front

Le , le groupe apprend que vingt-cinq P47 lui sont affectés et que l'échelon volant de l'« Ardennes » fera mouvement vers la France, de concert avec les autres groupes de la escadre. Les P-47 D28 flambant neufs tant attendus arrivent enfin ! Les quatre premiers avions sont perçus les 23 et . Le lendemain, nouvelle douche froide : le groupe doit échanger ses D28 neufs avec les vieux D22 du GC I/4 alors en Corse. Il faut encore patienter... Le , l'alerte est transmise sans regret au groupe II/9. Après une semaine de préparatifs, le gros du groupe se met en route pour la France, via Oran. Il débarque à Marseille le 20, arrive à Salon le 24, tandis que les vols d'entraînement sur P-39 et sur les P-47 usagés se poursuivent à Réghaïa.

En parallèle, un renfort de dix mécaniciens brevetés part à l'AIA de Maison Blanche en vue de participer au remontage des P-47. Les quatre premiers P-47 D28 neufs sont enfin perçus à l'AIA le . Ils seront suivis de neuf autres avant la fin du mois. Les rodages moteurs et les vols de prise en main se succèdent alors. L'effervescence croît à mesure que le « grand départ » se précise.

« B. d'Ars effectue en hâte une ultime séance de rodage de 2h50 puis se précipite sur la scie pour aménager les réservoirs supplémentaires en soute à bagages. Il s'en faut peu que sa chère bicyclette n'y rentre. On entasse valises, sacs, paquets dans les coffres et toute la place disponible est utilisée. ».

Le Tactical Command. France, octobre 1944 - mai 1945

À Salon, le III/3 est d'abord affecté à la escadre aux côtés des GC I/5 et III/6. La première quinzaine d'octobre voit le groupe s'installer et se constituer lentement. Aucun vol, mais « chacun découvre en lui un peintre et on passe des heures, le pinceau à la main, penchés sur des croix de Lorraine et des sangliers ». Les pilotes restés en AFN rendent les vieux D22 à Meknès avant de convoyer entre le 8 et le 11les treize derniers P-47 D28 montés à Maison Blanche vers Marignane. La pluie qui tombe sans discontinuer pendant plusieurs jours rend la piste de Salon inutilisable. Le groupe gagne alors le terrain d'Istres Le Vallon entre le 14 et le . La bonne humeur est omniprésente lors du convoyage Marignane-Le Vallon, « c'est une débauche de passages, Salon piste, Salon ville, Le Vallon. La qualité des peel off est vivement discutée au sol ».