L’opération Husky ou débarquement en Sicile des troupes alliées (britanniques, américaines, françaises et canadiennes) en est un épisode important de la Seconde Guerre mondiale, marquant l'ouverture d'un second front en Europe, réclamée depuis un certain temps par Staline à ses alliés occidentaux.

Le débarquement (le ) est suivi de la conquête de la Sicile jusqu'au (prise de Messine), période durant laquelle un événement inattendu survient en Italie : la chute de Mussolini (le ) et la mise en place du gouvernement du maréchal Badoglio, qui entre très vite en contact avec les Alliés.

Contexte La conquête de l'Afrique du Nord par les Alliés La victoire britannique en d’El Alamein des troupes du général Bernard Montgomery contre l’Afrikakorps du maréchal Erwin Rommel suivie du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord durant l'opération Torch le représente le premier enrayement de la machine de guerre allemande, qui subit aussi un échec désastreux à Stalingrad en .

Le , la campagne de Tunisie est terminée : les Alliés sont maîtres de l’Afrique du Nord.

Le projet de débarquement en Sicile Leur premier objectif est à présent la Sicile.

Ce choix se justifie principalement par deux arguments, outre la proximité par rapport à la Tunisie : la réussite de l’opération donnerait le contrôle stratégique aux Alliés de la voie maritime est-ouest en Méditerranée ; prendre pied en Sicile menacerait directement les forces de l'Axe et les obligerait à détourner une partie non négligeable de leurs forces vers le front italien au détriment du front de l’Est : la conséquence, simple à entrevoir, est que l’Armée rouge pourrait disposer de plus d’amplitude pour tenter de desserrer l’étau allemand.

Préparatifs La conférence de Casablanca (14-24 janvier 1943) À la conférence de Casablanca (), les Britanniques se montrent partisans d'une prolongation du combat en Méditerranée : la Sicile devait être conquise pour servir de tremplin à une invasion de l'Italie, afin de détourner les réserves allemandes des côtes atlantiques dans la perspective d'un futur débarquement et mettre à portée des forces de bombardement les champs pétrolifères de Roumanie et les zones industrielles allemandes du sud. Au contraire, les Américains voulaient se concentrer sur le futur débarquement sur les côtes de la Manche, tout en restant mobilisés contre le Japon.

Les Américains acceptent finalement la proposition britannique car ils craignent une défection de la Russie s'il n'y avait pas de débarquement en Europe occidentale au cours de l'année 1943. Il fut aussi décidé que l'on exigerait de l'Italie une reddition sans conditions.

Les risques de l'opération La Sicile est un terrain difficile pour un assaillant : après l'étroite plaine côtière, le défenseur peut s'appuyer sur les collines et montagnes, traversées par des routes étroites, sinueuses, en mauvais état et en forte pente. Les nœuds routiers étaient dominés par des villages sur les hauteurs, propices aux embuscades. La roche friable était un véritable terrain de jeu pour les sapeurs allemands et italiens. Même dans la large plaine de Catane, la progression des blindés pouvait être ralentie par les canaux d'irrigation. Les Alliés bénéficiaient heureusement d'une maîtrise aéronavale totale : l'escadre italienne de Gênes et la Regia Aeronautica étaient trop mal en point, les flottilles côtières allemandes et la Luftflotte 2 ne valaient guère mieux. La Regia Aeronautica produisit cependant au cours de l'année 1942 quelques nouveaux appareils de qualité mais en nombre trop faible pour renverser l'équilibre : tel était le cas du bombardier-torpilleur Savoia-Marchetti SM.84 (variante du SM79), des chasseurs équipés de moteurs allemands Macchi C-202 « Folgore » et Reggiane RE-2001 « Falco », de l'hydravion Fiat RS-14 et du premier bombardier lourd italien Piaggio P-108 B.

Le premier « plan Husky » Il prévoyait un débarquement américain à Palerme et des Anglo-canadiens autour de Catane. Montgomery protesta : il craignait en effet une résistance aussi forte qu'en Afrique du nord et préférait une attaque concentrée au sud-est, qui parviendrait à neutraliser rapidement les aéroports siciliens situés principalement dans cette région. Le plan fut finalement établi ainsi : la VIIIe armée britannique débarquerait au nord et à l'ouest du cap Passero, la armée américaine du général Patton plus à l'ouest dans le golfe de Gela, jusqu'au petit port de Licata. La armée devait se diriger vers Messine en suivant la côte, la armée devait traverser l'île jusqu'à Palerme.

L'opération Mincemeat (mai 1943) L'opération Mincemeat est une opération d'intoxication : le , le corps d'un faux officier anglais, porteur de fausses lettres indiquant la GrèceAutres sources : la Sardaigne et la Grèce. comme objectif du prochain débarquement, est découvert sur les côtes sud de l'Espagne. On y décrit une invasion prioritaire de la Sardaigne afin d'ouvrir la route de Gênes, une invasion conjointe de la Grèce et une opération de diversion sur la Sicile.

Cette information est transmise par la police espagnole aux services d'espionnage allemands qui mordent à l'appât. Ils déplacent des unités blindées et navales vers la Grèce.

Les forces en présence

La armée italienne du général Guzzoni, vétéran de l'Albanie rappelé de sa retraite pour défendre la Sicile, et dont le quartier-général était à Enna, était composée de troupes mal équipées (les divisions blindées italiennes étaient composées de chars R35 français de récupération et de CV3 italiens.) et peu entraînées : six divisions et deux brigades côtières (dont la côtière autour du cap Passero, futures plages britanniques de débarquement, et la côtière plus à l'ouest, sur les futures plages américaines), et quatre divisions de campagne. On trouvait à l'ouest le Corps avec les divisions de campagne « Aoste » et « Assietta » et à l'est le Corps avec les divisions de campagne « Livorno » (entre Caltagirone et Caltanissetta, la seule de véritable valeur) et « Napoli » (à Vizzini, à l'ouest de Syracuse). Les forces allemandes comprennent deux divisions blindées reconstituées après la campagne d'Afrique du nord : la 15e Panzergrenadier et la « division Hermann Göring ». L'objectif de l'Axe était de faire amortir le choc initial par les médiocres troupes côtières puis de faire intervenir les formations mobiles pour rejeter les Alliés à la mer. La répartition des forces blindées allemandes fit l'objet d'un débat entre Guzzoni et Kesselring. Ce dernier craignait non seulement une opération au sud-est mais aussi un assaut contre Palerme. Finalement, ces troupes furent dispersées en quatre groupes : le gros de la Panzergrenadier au sud-ouest de Palerme, un détachement de la [groupe Neapel] à Caltanissetta dans la zone centrale, les deux tiers de la division Hermann Göring à Caltigirone au sud-est, et un détachement de chaque division près de Catane [groupe Schmalz]. thumb|Transfert entre un DUKW et la barge de débarquement USS LCI(L)-196, sur une plage près de Scoglitti, juillet 1943. Le principal objectif du Groupe d'armées du général Alexander était la prise de Messine, pour empêcher l'arrivée de renforts ou l'évacuation des troupes par le détroit, ainsi que les autres grands ports de Catane, Palerme et Syracuse. Cependant, tous ces ports n'étaient pas couverts par le parapluie aérien des bases de Malte, Gozo et d'Afrique du nord. Les expériences de Dieppe et d'Oran (au cours de l'opération Torch) démontraient l'extrême difficulté à attaquer un port de front, bien défendu par les mines sous-marines, l'artillerie lourde côtière, les ouvrages anti-chars et de solides fortifications : il valait mieux débarquer sur les plages, s'en dégager le plus vite possible et prendre le port à revers afin de disposer d'une base de ravitaillement convenable. C'est au cours du débarquement de Sicile que fut cependant expérimenté le transit massif de matériel par les plages grâce au DUKW, une sorte de camion amphibie. Les troupes bénéficièrent du soutien de l'artillerie navale des cuirassés britanniques , , et .

Du point de vue du commandement, le débarquement en Sicile était considéré comme une opération hasardeuse et risquée en raison de deux paramètres majeurs : Le comportement de la mer combiné au fait que de multiples plages se trouvaient inaccessibles en raison des nombreux hauts-fonds qui rendaient tout débarquement amphibie très complexe. Les défenses de l’Axe profitaient intelligemment du relief montagneux et très accidenté : entrer à l’intérieur des terres s’annonçait donc plutôt périlleux.

De ce fait, les Alliés s'attendent à rencontrer une forte résistance. En effet, l'île est défendue par la Armée italienne du général Alfredo Guzzoni, qui compte plus de , et par deux divisions allemandes motorisées, les 15 et 90 Panzerdivisions de grenadiers commandées par le général Hans Hube. Le plan allié, sous le commandement du général d’armée Harold Alexander se décompose en trois principaux mouvements : Débarquement amphibie de la armée US au Sud-Sud-Ouest de l'île : Licata, Gela et Scoglitti. Opérations aéroportées de la US Airborne et de la Division aéroportée britannique (attaque par planeurs Waco et Horsa). Débarquement de la armée britannique au sud de Lentini.

Pour permettre d'appuyer les deux forces de débarquement, deux groupes navals sont mis sur pied : La Eastern Naval Task Force britannique comprenant et de débarquement. La Western Naval Task Force américaine comprenant et de débarquement.

Selon les plans initiaux, aucune participation française n'était prévue. Cependant, à la demande du général Patton, le 4e Tabor marocain lui est adjoint, il opérera sous son commandement comme unité de reconnaissance, souvent de nuitLieutenant-colonel Jouin. Le 4e Tabor marocain en Sicile, juillet-aout 1943. Revue historique de l'Armée 1962 n°2.Colonel Le Goyet. La participation française à la campagne d’Italie. Revue historique des Armées 1969 ; 25 (1) : 90-121..

Au total, les troupes impliquées par le débarquement de Sicile () seront supérieures en nombre à celles du premier jour du débarquement de Normandie en 1944 ().

Déroulement de l'opération La logistique du débarquement allié en Sicile est d'une complexité inouïe : les troupes américaines ont leurs bases de départ en Afrique du Nord et même aux États-Unis, les troupes britanniques, en Tunisie et en Égypte, et la Division canadienne, au Royaume-Uni.

L'assaut aérien thumb|Des troupes britanniques aéroportées attendent de monter dans un planeur WACO CG4A avant l'assaut.