Le Corbeau est une petite constellation de l'hémisphère sud. Elle est l'une des 48 constellations répertoriées par l'astronome du Ptolémée, qui dépeint un corbeau impliqué dans des légendes associées au dieu Apollon, perché sur le dos de l'Hydre. Ses quatre étoiles les plus brillantes, Gamma, Delta, Epsilon, et Beta Corvi, forment un quadrilatère très caractéristique et facilement identifiable dans le ciel nocturne.

Avec une magnitude apparente de 2,59, Gamma Corvi, également nommée Gienah, est l'étoile la plus brillante de la constellation. C'est une géante bleue vieillissante environ quatre fois plus massive que le Soleil. La jeune étoile Eta Corvi possède deux disques de débris. Au moins trois systèmes stellaires possèdent des exoplanètes, et un quatrième système planétaire reste à confirmer. TV Corvi est une nova naine ; ce système binaire est constitué d'une naine blanche et d'une naine brune qui orbitent l'une autour de l'autre à une très faible distance.

Nomenclature, histoire et mythologie

en Mésopotamie La constellation du Corbeau est une création mésopotamienne. On rencontre très tôt, dès la fin du millénaire av. è. c., mul.AGA.mušen, soit « l’étoile du Corbeau », identifiée par les assyriologues à Alpha Crovi. Nous apprenons ensuite par les Séries MUL.APIN, le premier traité d'astronomie mésopotamienne, découvert à Ninive dans la bibliothèque d'Assurbanipal et datant au plus tard de 627 av. è. c., il est écrit à propos de ζ Hya, disposée sur le chemin d’Anu, soit la zone équatoriale que, dans la mythologie mésopotamienne, mul.UGA.meš a-ri-bu MUL d.IM, c’est-à-dire que l’étoile du Corbeau est une figuration du dieu Adad, dieu de l’orage et des tempêtes, importé à Babylone par le peuple amorrite. vignette|gauche|250px|AGA.mušen, « le Corbeau » sur une tablette astrologique d’époque séleucide. Nous ne savons pas grand-chose de cet emblème du dieu Adad, mais nous le trouvons posé sur la queue de MUŠ, « le Serpent », ancêtre de la figure de l’Hydre, sur un calendrier zodiacal d’époque séleucide, mais qui est probablement la copie d’un document datant du début du millénaire av. è. c., ce qui n'a probablement aucun sens mythologique, mais exprime une simple proximité astronomique: à preuve, la figure d'URA, soit le Lion est aussi posée sur MUŠ.

C’est en ce temps-là que le ciel est contexturé en constellations, c’est-à-dire que les étoiles nouvellement désignées, le sont par un nom exprimant leur place dans la figure qui doit son nom à l’étoile initiale. De la sorte, la constellation Ainsi, la figure d’AGA.mušen a pris corps et nous trouvons une étoile nommé KUN UGA.mušen, soit « la Queue du Corbeau » dans un catalogue de l’époque)..

en Grèce et à Rome En nommant cette figure Κόραξ, Eudoxe reprenait telle quelle la figure de UGA = Aribu, « le Corbeau »André Le Bœuffle, Les Noms latins d’astres et de constellations, éd. Paris : Les Belles Lettres, 1977, pp. 144-145.». Ils se devaient toutefois de l’acclimater à leur propre imaginaire. Ils firent ainsi de la proximité purement astronomique du Corbeau et de l’Hydre dans le ciel mésopotamien une proximité mythologique de Κόραξ, le « Corbeau », et de Ὓδρα, l’« Hydre », en y ajoutant même une figure inédite à Babylone, celle de Κρατήρ, « la Coupe ». Voici comment Ératosthène expose le mythe du Corbeau dans ses ΚαταστερισμοίÉratosthène, Le Ciel, mythes et histoires des constellations, Pascal Charvet (dir.), Paris : Nil Éditions, 1998, p. 185..:

vignette|gauche|250px|La figure de Corvus avec Hydra et Crater dans l’édition du Poeticon astronomicon d’Hyginus de 1482 (image inversée).

Quant aux Latins, ils rendirent le de Κόραξ grec par Corvus, son équivalent dans leur langue avec les Aratea, c’est-à-dire les versions latines des Φαινόμενα d’Aratos, à commencer par celles de Ciceron. Mais on trouve également le terme vague Avis chez OvideAndré Le Bœuffle, Les Noms latins…, op. cit., pp. 144-145..

Chez les Arabes Nous avons, de façon habituelle deux représentations du ciel parallèles et non exclusives, le ciel arabe traditionnel formaté à partir des manāzil al-qamar ou « stations lunaires », et le ciel formaté par les Grecs et adopté par les astronomes arabes au , ou ciel gréco-arabe.

Les Arabes de l’époque classique l’appelèrent à leur tour الغرب al-Ġurāb, « le Corbeau », figure qui a donné les noms suivants aujourd’hui dans les catalogues internationaux : Algorab (δ Crv) et Minkar (ε Crv).

Mais les Anciens Arabes voyaient déjà à cet emplacement du ciel soit une partie du Superlion (voir la constellation du Lion qu’ils appelaient عرش الماك الأعزل ᶜArš al-Simāk al-Aᶜzal, « le Trône du Simak désarmé » (voir la constellation de la Vierge, ou encore الخباء al-Ḫibā’, « la Tente », qui correspond au quadrilatère formé par le groupe αβγδ Crv. Cette figure a donné aujourd’hui dans les catalogues internationaux le nom Alchiba (α Crv).

vignette|centré|500px|Les figures الغرب al-Ġurāb, « le Corbeau », et الخباء al-Ḫibā’, « la Tente », d’après ᶜAbd al-Raḥmān al-Ṣūfī.

En Europe Au haut Moyen Âge, les clercs latins connaissaient le nom de Corvus par les encyclopédies et les quelques manuscrits des Aratea, et ils utilisèrent le nom qu’ils trouvèrent dans les textes arabes. Mais si Gérard de Crémone se contente de donner le nom latin ca. 1175, à savoir Stellatio CorviGérard de Crémone, Almagestum Cl. Ptolemei Pheludiensis Alexandrini astronomorum principis…, Venise : ex. Officina Petri Liechtenstein, 1515, fol. 87v., nous trouvons les noms empruntés à l’arabe Algoran et Gorab dans l’Uranometria de Johann Bayer (1603)(la)Johann Bayer, Uranometria, omnium asterismorum continens schemata, nova methodo delineata…, Augusta Vindelicorum : C. Mangus, 1603, fol. 43r.. Ce n’est qu’avec la nomenclature approuvée en 1930 par l’Union astronomique internationale (UAI) que ces appellations disparaîtront définitivement.

vignette|centré|500px|La figure du Corbeau, avec la Coupe, et d'autres constellations côtoyant l'Hydre, dans lUrania's Mirror (1824).

Dans les autres cultures En astronomie chinoise, les étoiles du Corbeau sont localisées au sein de l'Oiseau vermillon du Sud (en chinois , retranscrit ). Ses quatre étoiles principales représentent un chariot, Zhen, qui forme la vingt-huitième et dernière mansion lunaire ; Alpha et Eta forment les goupilles des roues, et Zeta est Changsha, un cercueil. En astronomie indienne, les cinq étoiles les plus brillantes du Corbeau sont représentées comme une main ou un doigt correspondant à Hasta, la treizième nakshatra (ou mansion lunaire).

Le Corbeau a été reconnu comme une constellation par plusieurs cultures polynésiennes. Dans les îles Marquises, elle était nommée Mee ; à Pukapuka, elle était appelée Te Manu, et dans les îles de la Société, elle était nommée Metua-ai-papa. Pour les indigènes du détroit de Torrès, le Corbeau était la main droite (portant un fruit kupa) de la vaste constellation de Tagai, représentant un pêcheur.

Les Bororos du Mato Grosso, dans la partie centrale du Brésil, voyaient la constellation comme une tortue terrestre, Geriguigui, tandis que pour les Tucanos qui vivent dans le nord-ouest de l'Amazonie il s'agissait d'une aigrette. Pour les Tupis de l'île de São Luís au nord du Brésil, le Corbeau aurait été vu comme un grill ou un barbecue , qui servait à faire griller du poisson. Toutefois cette représentation pourrait également faire référence au Grand carré de Pégase.

Caractéristiques La Corbeau couvre , soit 0,446 % du ciel, ce qui la classe comme la des 88 constellations modernes en termes de taille. Elle partage une frontière avec la Vierge au nord et à l'est, l'Hydre au sud, et la Coupe à l'ouest.

Les trois lettres de son abréviation adoptées par l'Union astronomique internationale en 1922 sont « Crv ». Les frontières officielles de la constellation, telles que délimitées par l'astronome belge Eugène Delporte en 1930 dessinent un polygone de six segments. Dans le système de coordonnées équatoriales, les coordonnées d'ascension droite de ses frontières se trouvent entre et , et leurs coordonnées de déclinaison entre et .

Observation des étoiles vignette|droite|Visibilité nocturne de la constellation. La position du Corbeau dans l'hémisphère céleste sud signifie qu'il n'est entièrement visible que pour les observateurs localisés au sud de 65°N.

Quatre des principales étoiles de la constellation, Delta, Gamma, Epsilon, et Beta Corvi, forment un quadrilatère caractéristique. Bien qu'aucune de ces étoiles ne soit particulièrement brillante, elles se concentrent sur une zone restreinte du ciel, ce qui fait que l'astérisme qu'elles forment est facile à distinguer dans le ciel nocturne.

La constellation est facilement repérable au sud de la Vierge et de sa brillante étoile α Virginis (Spica). À l'inverse, le segment formé par Gamma et Delta Corvi pointe en direction de α Virginis lorsqu'on le prolonge en direction du nord-est.

Étoiles vignette|gauche|Constellation du Corbeau.

Le cartographe allemand Johann Bayer a utilisé les lettres grecques alpha (α) à êta (η) pour cataloguer les principales étoiles de la constellation. John Flamsteed a donné à neuf étoiles des désignations de Flamsteed, tandis qu'une des étoiles qu'il avait placé dans la constellation voisine de la Coupe, 31 Crateris, s'est retrouvée incorporée au Corbeau lorsque les frontières des constellations ont été formellement établies en 1930. Au sein des frontières de la constellation, on dénombre 29 étoiles dont la magnitude apparente est inférieure ou égale à 6,5.

Gienah (γ Corvi) Gamma Corvi, également nommée Gienah, voire Gienah Corvi pour la distinguer de Epsilon Cygni (Gienah Cygni), est l'étoile la plus brillante de la constellation avec une magnitude apparente de 2,59. Son nom traditionnel vient de l'arabe et signifie « l'aile [du Corbeau] », l'étoile marquant l'aile gauche de l'animal dans lUranometria de Bayer.

Distante de de la Terre, c'est une géante bleue de type spectral B8 qui est environ quatre fois plus massive et 355 fois plus lumineuse que le Soleil. Âgée de elle est sur le point ou elle vient tout juste d'épuiser les réserves en hydrogène qui étaient contenues dans son noyau et devrait devenir durant les prochains millions d'années une géante rouge.

Gamma Corvi est également une étoile binaire. Son compagnon est une étoile naine orange ou rouge, de type spectral K5 à M5V, dont la masse vaut environ 80 % celle du Soleil. Distance d'environ 50 unités astronomiques (ua) de Gamma Corvi A, on estime qu'elle complète une orbite en .

Algorab (δ Corvi) Delta Corvi, traditionnellement appelée Algorab, est une étoile double séparable avec un petit télescope. Le nom d'Algorab vient également de l'arabe et signifie [l'Aile du] « Corbeau ». Elle est l'une des deux étoiles qui marquent l'aile droite de l'oiseau.

L'étoile primaire, Delta Corvi A, est une étoile bleue-blanc de magnitude 2,9, distante d'environ de la Terre. Étoile énigmatique environ 2,7 fois plus massive que le Soleil, elle est plus lumineuse () qu'elle ne devrait l'être pour sa température de surface de . Pour l'expliquer, il a été proposé qu'elle soit une très jeune étoile de la pré-séquence principale, âgée de 3,2 millions d'années seulement, qui ne serait pas encore complètement condensée dans un état stable sur la séquence principale, ou alors qu'elle soit une étoile sous-géante âgée de 260 millions d'années qui a épuisé les réserves en hydrogène de son cœur et qui a commencé à se refroidir, à s'étendre, et à devenir plus lumineuse alors qu'elle s'éloigne de la séquence principale. Son spectre correspond à celui d'une étoile sous-géante de type spectral A0.

De la poussière circumstellaire chaude, localisée dans les régions internes de son système stellaire, a été détectée autour de Delta Corvi A sur la base d'un excès d'émission dans l'infrarouge. Toutefois, une étude de 2014 n'a pas permis de confirmer la présence de cette poussière.