Francesco CossigaEn italien, son nom de famille est généralement prononcé [kos'siga]; mais on sait que la prononciation originelle est ['kɔssiga], avec l’accent sur la première syllabe : il s’agit d’un nom sarde qui veut dire Còrsica, c’est-à-dire Corse (source)., né le à Sassari, au nord-ouest de la Sardaigne, et mort le à Rome, est un homme d'État italien, président de la République italienne de 1985 à 1992.
Professeur de droit constitutionnel à l'université de Sassari, il entame sa carrière politique en 1958, après avoir été élu député sous les couleurs de la DC. Entré au gouvernement en 1974, il devient ministre de l'Intérieur deux ans plus tard, gagnant à ce poste la réputation d'un « homme fort » réprimant les manifestations publiques mais l'enlèvement suivi du meurtre du démocrate-chrétien Aldo Moro, qu'il n'a pu empêcher malgré sa fermeté, le contraint à quitter le gouvernement.
Nommé président du Conseil en 1979, il dirige une fragile coalition gouvernementale centriste finalement démise un an plus tard, faute d'une majorité stable au Parlement. Après les élections générales de 1983, il est désigné président du Sénat par ses pairs.
En 1985, alors âgé de 56 ans, il est largement élu président de la République italienne à l'issue d'un tour unique pour un septennat. D'abord en retrait, il intervient de plus en plus régulièrement tout au long de son mandat en ayant une lecture plus personnelle du rôle du chef de l'État prescrite par la Constitution mais, contesté aussi bien par l'opinion que par les partis, il démissionne quelques mois avant la fin prévue de son mandat.
Devenu sénateur à vie, il ne quitte pas la scène politique et devient une figure éminente et respectée du centre de l'échiquier politique malgré des déclarations qui suscitent la polémique jusqu'à sa mort, en 2010.
Biographie Débuts politiques Issu d'une famille de l'ancienne petite noblesse de robe sarde, orientée vers la gauche modéréeParmi ses cousins figure Enrico Berlinguer, le futur secrétaire national du Parti communiste italien. et de tradition laïque, républicaine et antifasciste, Francesco Maurizio Cossiga naît le à Sassari, dans le nord de la Sardaigne. Sorti diplômé du lycée alors qu'il est âgé de seize ans, il rejoint dès l'année suivante les rangs de la Démocratie chrétienne tout en entamant des études de droit à l'université de Sassari. Après trois premières années, il obtient son diplôme et devient, à dix-neuf ans, assistant ordinaire puis professeur associé à la faculté de droit de cette même université.
Sans interrompre ses travaux universitaires, il cultive un réseau d'amitié qui l'amène à se tourner progressivement vers un engagement politique plus accru au sein de la DC : d'abord proche d'Antonio Segni, puis principal lieutenant de Paolo Emilio Taviani, homme politique très pragmatique qui fut à plusieurs reprises ministre, Francesco Cossiga rejoint finalement l'aile progressiste de son parti, dont le chef est Aldo Moro. Il fait partie des « jeunes turcs », génération de jeunes hommes politiques qui obtiennent de façon inattendue la direction de la Démocratie chrétienne dans la province de Sassari en 1956.
En 1960, Cossiga épouse Giuseppa Sigurani (1937-2018), avec laquelle il a deux enfants prénommés Anna Maria et Giuseppe ; ce dernier, né en 1963, suivra le chemin de son père et mènera, sous les couleurs du centre-droit, sa propre carrière politique.
Ministre de l'Intérieur Constamment élu député pour la circonscription de Cagliari-Sassari à partir de 1958, il voit sa carrière politique prendre de l'importance lorsqu'il nommé, au mois de , secrétaire d'État au ministère de la Défense chargé des services secrets. Toutefois, il n'entre pleinement au gouvernement que le en devenant ministre sans portefeuille chargé de l'Organisation de l'Administration publique sous les ordres d'Aldo Moro.
Le , Francesco Cossiga est nommé ministre de l'Intérieur dans le cinquième gouvernement Moro ; il conserve ce poste dans les troisième et quatrième gouvernements de Giulio Andreotti dont il devient un allié et un ami personnel au sein de la DC.
Au cours de son séjour au palais du Viminal, siège du ministère, il restructure la police italienne, la protection civile et les services secrets notamment pour lutter contre le terrorisme. Son pragmatisme et sa fermeté, résolue contre les groupuscules d'extrême-gauche, lui valent d'être considéré comme « l'homme fort » des gouvernements auxquels il appartient d'autant que c'est le début, pour Cossiga, d'une série d'événements qui auront un impact réel sur sa carrière politique.
Les émeutes de 1977 gauche|vignette|Véhicule blindé à Bologne, en 1977. En 1977, la ville de Bologne est en proie à de violentes manifestations provoquées par la mort, le , d'un jeune militant d'extrême-gauche, Francesco Lorusso, ayant appartenu au mouvement radical Lotta Continua, tué d'une balle par un officier de police lors d'un mouvement qui devait provoquer la dispersion de partisans de l'organisation de droite Communion et Libération, réunis ce matin-là à l'université de Bologne. Chargé de rétablir l'ordre, Cossiga fait envoyer des véhicules blindés pour encercler la zone universitaire afin d'amoindrir une éventuelle guérilla en préparation. Le conflit opposant les forces de l'ordre aux manifestants est très violent et fait de nombreuses victimes, dont certaines n'ont pas pris part au mouvement.
Le , la ville de Turin est à son tour le théâtre d'une violente manifestation d'ex-militants de Lotta Continua qui s'en prennent au siège du Mouvement social italien (MSI), parti fasciste, puis au bar L'angelo azzuro, habituellement fréquenté par de jeunes militants de droite. Le lancement de deux cocktails Molotov coûtent néanmoins la vie de l'étudiant Roberto Crescenzio, pourtant apolitique ; sa mort sera plus tard qualifiée de « tragique accident » par l'un des meneurs du mouvement révolutionnaire. Cossiga lui-même utilise cet épisode pour justifier la dissolution, prononcée un an plus tôt, de l'organisation.
L'enlèvement d'Aldo Moro Le , Aldo Moro est enlevé à Rome par un commando dépêché par les Brigades rouges, quelques heures avant que le nouveau gouvernement de Giulio Andreotti ne se présente devant les députés à l'occasion d'un vote de confiance.
Très rapidement, Cossiga décide de mettre en place deux « comités de crise » impliquant le commandement suprême des forces de police, les Carabinieri, la Guardia di Finanza ainsi que les directeurs récemment nommés du SISMI et du SISDE. Les renseignements militaires sont également sollicités par le ministre de l'Intérieur qui tient à gérer personnellement la situation.
Refusant farouchement de négocier avec les ravisseurs qu'il traite de « terroristes » et déterminé à ne pas fléchir, Cossiga ne peut éviter la mort de Moro, dont le cadavre est retrouvé le dans le coffre d'une voiture via Caetani, à Rome, à l'issue d'une captivité longue de cinquante-cinq jours. Deux jours plus tard, s'estimant pleinement responsable de ce qu'il considère comme un fiasco, il démissionne et fait savoir qu'il se déclare « politiquement mort »« Décès de l'ancien président italien Francesco Cossiga », Le Nouvel Observateur, .. Pour de nombreux commentateurs, l'affaire Moro sonne alors le glas de sa carrière politique.
Président du Conseil Formateur du gouvernement À la suite des élections générales anticipées du , Francesco Cossiga est pressenti pour former le prochain gouvernement. Il doit toutefois attendre le suivant pour être désigné formateur par le chef de l'État, Sandro Pertini.
Après plusieurs semaines de tractations, il parvient à former un exécutif réunissant la DC, le Parti social-démocrate italien (PSDI) et le Parti libéral italien (PLI), avec deux ministres, l'économiste Franco Reviglio della Veneria et l'éminent juriste Massimo Severo Giannini, issus de la société civile mais proches du Parti socialiste italien. Le nouveau gouvernement prête serment le devant le président Pertini et Cossiga, à cinquante-et-un ans, succède à Giulio Andreotti, lui-même démocrate-chrétien, comme président du Conseil des ministres.
Afin de s'assurer une majorité plus stable, il élargit la coalition et forme, le , un second gouvernement, avec le Parti socialiste italien (PSI) et le Parti républicain italien (PRI).
L'attentat de la gare de Bologne Dans la matinée du , la gare de Bologne est frappée par un grave attentat qui fait et des centaines de blessés. Le président du Conseil, qui se rend sur place, évoque un possible accident dû à l'explosion d'une vieille chaudière située au sous-sol de la gare mais les investigations menées sur les lieux du drame rendent caduque cette version et la polémique prend forme quant à une éventuelle dissimulation, par le gouvernement, des faits établissant qu'il s'agissait effectivement d'un attentat.
La responsabilité de cet attentat est immédiatement imputée à des néo-fascistes, d'après le quotidien de gauche L'Unità, ce que confirme Cossiga dans les jours suivants au cours d'une intervention d'urgence au Sénat : « Contrairement au terrorisme de gauche, qui veut frapper le cœur de l'État et atteindre ses représentants, le terrorisme noir préfère commettre le massacre car il favorise la panique et les réactions impulsives » explique le président du Conseil.
Chute du cabinet Autrefois très respecté par le Parti communiste italien, ses relations avec le principal parti d'opposition se dégradent rapidement. Le juge d’instruction de Turin qui mène une enquête sur des faits de terrorisme d’extrême gauche obtient des déclarations de la part d'un prévenu, selon lequel le président du conseil aurait mis au courant le vice-secrétaire se la Démocratie chrétienne, le très influent Carlo Donat-Cattin, de l'imminente arrestation de son fils Marco, gravement impliqué. Par conséquent, le PCI demande au parlement la mise en état d'accusation du chef du gouvernement, une première dans l'histoire de la République italienne.
La Chambre des députés et le Sénat réunis rejettent la demande et l'affaire est classée, mais Cossiga remet sa démission dès le , à la suite du rejet de son budget au Parlement. Arnaldo Forlani lui succède vingt jours plus tard.
Président du Sénat Blessé, pour la deuxième fois dans sa carrière politique, après sa démission il décide de prendre un peu de recul. Aux élections générales anticipées du 26 juin 1983 il se présente au Sénat de la République, auquel il est élu en Sardaigne.
Le suivant, il est porté à la présidence de la chambre haute dès le premier tour, par sur 315, contre 18 à Araldo di Crollalanza, du Mouvement social italien-Droite nationale (MSI). Il succède alors à Vittorino Colombo, éphémère président du Sénat également issu de la DC.
Président de la République thumb|left|Le président Francesco Cossiga, dans son bureau au palais du Quirinal. Le , Francesco Cossiga est élu chef de l'État dès le premier tour de scrutin, avec une très forte majorité de pour , même les élus du Parti communiste italien ayant voté pour lui. Le président sortant, le socialiste Sandro Pertini, renonce à ses fonctions le , sans attendre la fin de son mandat. En tant que président du Sénat, Francesco Cossiga assure l'intérim à la présidence de la République italienne jusqu'à son investiture, le . Il devient alors, à , le plus jeune président de la République italienne.