Françoise d'Amboise, née le à Thouars et morte le à Bouguenais, près de Nantes, est une femme de la haute noblesse, duchesse de Bretagne de 1450 à 1457 par son mariage avec Pierre II.

C'est également une personnalité religieuse de premier plan. Veuve sans enfants, elle refuse d'être remariée afin d'entrer dans les ordres. En 1463, elle est la fondatrice du premier carmel féminin de France et de Bretagne à Vannes, le troisième de l'histoire de l'ordre du Carmel. Elle entre elle-même au carmel de Vannes en 1468, dont elle devient par la suite la prieure, puis, en 1477, crée le carmel des Couëts à Bouguenais, qu'elle dirige jusqu'à sa mort. Elle est béatifiée quelques années après sa mort.

Biographie Origines familiales et enfance Françoise d'Amboise, née le . Livre des Heures de Pierre II, duc de Bretagne. Note manuscrite en vieux français, folio 176 page de droite : . à Thouars.. Elle est la fille du riche seigneur Louis d'Amboise, prince de Talmont et vicomte de Thouars, et de Louise-Marie de Rieux. Elle naît au château de Thouars.. Elle est l’aînée des trois enfants du couple, qui sont toutes des filles.

En pleine guerre de Cent Ans, sa mère s'enfuit avec elle pour échapper à la violence des grands seigneurs, et elles se réfugient à la cour de Bretagne, qui réside à Vannes. Plus tard celle-ci est déplacée à Nantes.

Duchesse de Bretagne

Dès l'âge de trois ans, elle est fiancée au second fils du duc de Bretagne, nommé Pierre. Le mariage a lieu en 1442, elle est alors âgée de quinze ans. Les jeunes époux s'installent au château de Guingamp.. Après la mort inopinée de son frère en 1450, Pierre devient duc de Bretagne, au mois d’, sous le nom de Pierre II de Bretagne. À cette date, Françoise est déjà très aimée et appréciée pour son entrain, sa gaieté et sa patience. Après son couronnement, elle est rapidement nommée .

Devenue duchesse, Françoise d'Amboise prend une part discrète mais active au gouvernement de Bretagne. Elle vient en aide aux petits, aux pauvres et aux malades. Elle s'occupe aussi des questions de justice. Son époux, le duc Pierre II, est emporté par la maladie en 1457.

Une veuve recherchée Veuve sans avoir eu d'enfant, elle souhaite se faire religieuse. Mais sa famille s’oppose à ce projet. Le duc Arthur III estime qu'. Son père, Louis d'Amboise menace de la déshériter. Malgré ces pressions, elle reste déterminée

Étant donné qu'elle est le premier enfant du vicomte d'Amboise, qui n'a que trois filles, donc son héritière de premier rang, Louis XI (1423-1483), devenu roi de France en 1461, a le projet de la remarier avec , afin d'annexer la vicomté de Thouars au domaine royal..

Le roi vient en Bretagne et essaie de la faire venir à Nantes afin de la décider à le suivre à la cour. Il envisage même à la faire enlever. Grâce au dévouement de l’amiral Quelennec et au soutien du peuple nantais qui lui garde une grande affection, Françoise d'Amboise parvient à échapper à ces complots.

Entrée au Carmel de Vannes (1468) Quelques années avant la mort de son époux, la duchesse Françoise avait installé un couvent de Clarisses à Nantes. Veuve, elle fait deux tentatives pour intégrer leur communauté, mais ce sont des échecs (sa santé trop fragile l'empêche d'intégrer la communauté)..

Françoise rencontre alors Jean Soreth, prieur général de l'ordre du Carmel, qui est de passage en Bretagne pour visiter les couvents de carmes. Au cours des dix années précédentes, Jean Soreth a fondé trois couvents de femmes suivant la règle du Carmel dans les Pays-Bas bourguignonsEn 1452 les béguines du monastère "Ten Elsen" de Gueldre deviennent les premières femmes carmélites. En 1455, Jean Soreth fonde avec les "Sœurs cloîtrées" de Nieukirk un deuxième couvent, puis en 1457 c'est le monastère de Liège qui est ouvert.. Il souhaite ouvrir de nouveaux couvents en Bretagne. Séduite par son projet, Françoise fait alors construire une maison à Vannes, à proximité du couvent des frères Carmes (fondé en 1427), dans le quartier du Bondon : ce sera le premier carmel féminin en Bretagne.

Le , neuf religieuses arrivent de Liège pour prendre possession de ce couvent qui sera nommé les « Trois-Marie » (Marie, la mère de Jésus, Marie Salomé et Marie Jacobé).

Vers 1465, elle fait écrire et enluminer un psautier sur vélin de 174 feuillets et 31 grandes miniatures. Ce livre d'heures à l'usage du diocèse de Rennes contient sur un feuillet une note confirmant son origine (Ce Pseautier etoit conservé à la Communauté de Nazareth et etoit à l’usage de Françoise D’Amboise Leur fondatrice environ 1480) et les fêtes en lettres rouges, de Marie Cléophas au , et de Marie Salomé au . Ce manuscrit a été acheté par J. Pierpont Morgan en 1902 au profit de la Pierpont Morgan Library de New-York..

Trois ans plus tard, après avoir réglé des affaires difficiles et déjoué les projets de mariage, Françoise entre dans ce monastère le . L'année suivante, elle fait sa profession religieuse.

Françoise est élue prieure de la communauté de Vannes quelque temps de partir pour les Couëts près de Nantes.

Au monastère des Couëts (1477-1485) En 1477, le duc François II, son neveu, l'appelle à Nantes pour redresser le monastère de bénédictines des Couëts (dépendant de la paroisse Saint-Pierre de Bouguenais, située au sud de la Loire et au sud-ouest de la ville), où la discipline serait trop relâchée.

La communauté des carmélites quitte alors Vannes et s'installe aux Couëts., qui devient un monastère de carmélitesAu , l'emplacement du monastère est utilisé par le Petit séminaire de Nantes ; actuellement, les bâtiments abritent le lycée professionnel Louis-Brottier, de l'institution des Orphelins d'Auteuil..

Dans son couvent, elle fait appel au dominicain Alain de la Roche qui établit la dévotion du Rosaire. L'histoire a retenu que Mère Françoise exerce sa charge de prieure avec douceur, fermeté, mais aussi humilité et dévouement.

Quand une sœur du couvent est atteinte de la peste, Mère Françoise insiste pour soigner personnellement la malade. Elle contracte à son tour la maladie qui lui sera fatale.

Mort et funérailles Elle meurt le , dans son monastère des Couëts., pendant qu'une religieuse fait la lecture de l'évangile de la Passion. Ses dernières paroles sont : .

Autres monastères de carmélites en Bretagne En plus de ce premier monastère, trois autres couvents de carmélites seront établis en BretagneCes quatre couvents de carmélites (avec celui des Couëts) seront actifs jusqu'à la Révolution française où le gouvernement ordonnera leur fermeture et la vente des biens. Ces couvents ne seront pas rouverts par la suite. suivant le modèle et les constitutions de ce premier couvent, lesquels se maintiendront jusqu'à la Révolution française :

le couvent de Nazareth, second couvent établi à Vannes en 1530 le couvent du Saint-Sépulcre établi à Rennes en 1622 le couvent de Bethléem établi à Ploërmel en 1627.

Postérité Constat d'incorruption du corps Le corps de la bienheureuse Françoise, enfermé dans une châsse de plomb, avait été déjà sept ans sous terre à l'entrée du Chapitre, lorsqu'en 1492, la terre de son sépulcre s’éleva petit à petit, si haut qu'elle boucha presque tout à fait l'entrée du Chapitre. Ceci obligea le Père Vicaire, la Prieure et les religieuses de la maison à ouvrir le tombeau, et à sortir le cercueil de plomb qui fut ressenti léger comme s'il eût été de roseau. La châsse ouverte, le corps fut trouvé tout entier sans corruption et aussi frais que le jour de l'enterrement. Tout Nantes accourut pour contempler le corps par la grille les séparant du chœur des religieuses. Une religieuse ayant côtoyé la bienheureuse de son vivant, lui coupa le petit orteil d'un pied pour s'en faire une relique. Celui-ci commença à saigner abondamment ; épouvantée, elle replaça l'orteil au pied, lequel se rattacha alors solidement. L'ayant constaté, les religieuses, craignant que les Nantais souhaitent que le corps soit exposé à la vénération de tous, hors de leur enclos, firent en sorte qu'il leur fût laissé, et l'ensevelirent dans leur chapitre face à l'autel. (Françoise d'Amboise avait choisi par humilité d'être enterrée à l'entrée du Chapitre)De Cultu Immemorabili Beate Franciscae Ambosiae Ducissie Britannie ac Monialis Carmelitanae Disquisitio Historica et Liturgica de mandato DD. Alexandri Jacquemet, EP. Nannet. scripta ac judicio SS. DD. N. PII PP. IX subjecta, 1862, Bibliothèque diocésaine de Quimper.

Protection du corps pendant les guerres de La Ligue En , un capitaine huguenot et quelques autres de Bas-Poitou, de Bretagne et de la Marche commune, délibérèrent d'aller mettre le feu au monastère de Scoëtz (Couëts), et d'en emporter le butin. Averties des intentions huguenotes, les religieuses prirent soin d'enterrer le corps de la Bienheureuse hors du Chapitre afin qu'il échappe aux assauts. La veille du nouvel enterrement, les ouvriers retirèrent la châsse de plomb, avec la même facilité, qu'en 1492. Le corps fut trouvé entier et sans corruption ; il fut offert tout le jour et la nuit suivante dans le chœur, aux prières et à la dévotion des sœurs. Entre onze heures et minuit, on entendit trois grands coups faisant craindre une attaque ; du au , dans la crainte des huguenots, le père Maître Yves Langlois, vicaire du Couvent, se réfugia à la Fosse de Nantes avec les religieuses. De retour au monastère, quelques huguenots de leurs parentés leur rapportèrent qu'une nuit claire de , leur compagnie se présenta devant leur monastère afin d'y mettre le feu ; entre onze heures et minuit, l'obscurité se fit telle qu'ils ne se voyaient plus les uns les autres ; ils se sentirent alors invisiblement repoussés et s’écartant, ils s'égarèrent jusqu'à se retrouver au bourg de Vertou où ils mirent le feu au monastère de Vertou, pensant que c'était celui des Couëts. Les religieuses comprirent alors l'origine des trois grands coups dans le chœur.

Rassemblement des reliques Le , en vue de le reconditionner et mieux le protéger, Pierre Mauclerc de la Muzanchère, évêque de Nantes, fit le procès verbal de l’état dans lequel fut trouvé le corps de la bienheureuse après ouverture de son caveau à la demande des carmélites du monastère des Couëts.

Sur la pierre tombale est gravé :

On pouvait également y lire cette épitaphe :

Le tombeau contenait une châsse de bois mal fermée renfermant un cercueil de plomb long de cinq pieds deux pouces, et large de quinze pouces, enveloppé d’une toile, le tout percé par endroits et rongés par des insectes. Un petit sac de peau blanche cousu d’un fil blanc renfermait un papier du : Du corps subsistait: La tête entière et les dents, en leur plus grande partie encore attachées aux mâchoires supérieure et inférieure Les clavicules droite et gauche Les deux humérus Les cubitus Les fémurs Un os du bassin Douze vertèbres Deux astragales Les phalanges des métatarses et métacarpes Différentes parcelles d'ossements Des morceaux de la robe, du manteau, du voile et du scapulaire Le bouton du manteau en son entier Une partie de son crucifix en os, et plusieurs grains du chapelet de bois de saint Vincent Ferrier que sa belle-mère la duchesse Jeanne, épouse de Jean V, formée spirituellement par le saint homme, lui avait légué avant de mourir. Le tout fut rassemblé dans trois boîtes en bois et replacé dans le tombeau.

Sauvetage des reliques pendant la Révolution