LElbrouz ou Elbrous, en russe , ou GeoNames Search, National Geospatial-Intelligence Agency., en karatchaï-balkar , , , situé sur la bordure septentrionale du Caucase, en Russie, est le point culminant de cette chaîne de montagnes, du pays, ainsi que de l'Europe avec d'altitude. Il s'agit d'un volcan ayant connu des éruptions jusqu'au début de notre ère, et il a fait naître des légendes comme celle voulant que Prométhée ait été enchaîné à ses deux pics principaux pour avoir offert le feu aux hommes. Il est recouvert de nombreux glaciers et, même si l'ascension est techniquement facile et dispose de moyens mécaniques sur l'itinéraire principal, il reste difficile d'accès en raison de ses conditions climatiques rigoureuses et changeantes. Ainsi, le point culminant n'est vaincu qu'en 1874 et la montagne, devenue un symbole de conquête, a fait de nombreux morts. Malgré des problèmes environnementaux dus à la fréquentation, la faune et la flore relativement riches sont protégées par un parc national depuis 1986.

Toponymie et étymologie Le nom Elbrouz est une métathèse de Elbourz, terme issu des textes sacrés des zoroastriens, l'Avesta, qui désignèrent une montagne légendaire sous le terme Harā Bərəzaitī signifiant « sentinelle élevée ». Après l'islamisation de la Perse, elle aurait pris le nom arabisé de Harborz puis Alborz, apparenté à l'Elbrouz. Il pourrait y avoir un lien entre le nom Elbrouz et la racine indo-européenne -alba signifiant « montagne » et « blanc », que l'on retrouve dans Albanie et Alpes.

Les Anciens appelaient cette montagne Strobilus (« cône de pin » en latin, un emprunt du grec strobilos signifiant « objet tordu », un terme de biologie établi de longue date pour décrire la forme du volcan) et pensaient que Zeus y avait enchaîné Prométhée, le Titan qui avait volé le feu aux dieux pour l'offrir aux hommes, sans doute en référence à son ancienne activité éruptive. Aujourd'hui encore, la montagne porte différents noms suivant les régions : Jin-Padishah en turc, déformation du perso-arabe, Albar ou Albors en persan signifiant « grand », Ialbuzi ou Yalbuz (იალბუზი) en géorgien signifiant « crinière de neige », Uashkhemakhue''' (УIэщхэмахуэ) en adyguéen signifiant « montagne de la joie », ou encore Mingi tau () en karatchaï-balkar signifiant « mont éternel ».

Géographie Situation thumb|left|Vue satellite de la région occidentale du Caucase. Les crêtes enneigées marquant la ligne de partage des eaux sont visibles sous la forme d'un liseré blanc ; le mont Elbrouz est la tache blanche au nord de celui-ci.

L'Elbrouz s'élève dans le Nord-Ouest du Caucase, à cent kilomètres de la mer Noire et à de la mer Caspienne d'où il est possible de l'apercevoir par temps exceptionnellement clair. Avec ses d'altitude, il constitue le point culminant de cette chaîne de montagnes qui marque traditionnellement la frontière entre l'Asie et l'Europe, au même titre que l'Oural. Se situant à onze kilomètres au nord de la ligne de partage des eaux marquant la frontière avec la Géorgie, il est partagé entre les territoires respectifs des républiques autonomes de Kabardino-Balkarie et de Karatchaïévo-Tcherkessie Топографическая карта Приэльбрусья (Терскол, Эльбрус), Россия. Il constitue à la fois le plus haut sommet de la Russie et celui du « Vieux Continent », loin devant les d'altitude du mont Blanc. Il se trouve à au sud-sud-ouest de la ville de Kislovodsk et à à l'ouest-sud-ouest de Naltchik.

Topographie thumb|Vue satellite de l'Elbrouz et de ses deux sommets depuis la station Mir.

L'Elbrouz est un volcan endormi presque symétrique, selon un plan vertical, possédant deux pics principaux, de chaque côté d'un col situé à d'altitude : le sommet occidental est le point culminant à d'altitude tandis que le sommet oriental s'élève à . Le cratère de 300 à de diamètre, situé au sommet du pic oriental, a été progressivement comblé de neige et de glace. Les névés du volcan, couvrant une superficie de , alimentent vingt-deux (ou vingt-trois selon les sources) glaciers principaux et soixante-dix-sept glaciers secondaires qui donnent naissance aux rivières Baksan, Kouban et Malka Encyclopædia Britannica - Mount Elbrouz. Certains de ces glaciers, étudiés par des scientifiques depuis les années 1930, peuvent atteindre d'épaisseur mais tous sont en retrait, ayant perdu entre 80 et de longueur. Les deux principaux s'appellent Bolchoï Azaou (« le grand Azaou »), avec une superficie de et une longueur de , et Irik, avec une superficie de et une longueur de . Cette activité glaciaire a formé de nombreux lacs peu étendus mais profonds.

Géologie Le Caucase est formé par la collision vers le nord de la plaque arabique contre la plaque eurasienne provoquant de nombreux séismes dans la région. La zone de failles est complexe et le déplacement en grande partie latéral au niveau de l'Anatolie et de l'Iran empêche la création d'un phénomène de subduction et explique la rareté des volcans dans la chaîne de montagne. L'Elbrouz est donc une des rares exceptions NASA Earth Observatory newsroom - Mt. Elbrus, constitué à la fois de roches métamorphiques (schistes, gneiss) et de roches magmatiques (granite, rhyolite, tuf).

L'Elbrouz aurait commencé à se former il y a d'années . Les éjectas issus du volcan couvrent une superficie de . Des fragments de rhyolite et de rhyodacite ainsi que des formations de tuf et d'ignimbrite ont été trouvés et ont permis de dater à l'uranium-plomb la formation de la caldeira principale vers A. G. Gurbanov, O. A. Bogatikov, I. V. Melekestsev, P. W. Lipman, J. B. Lowenstern, D. R. Miller, A. Ya. Dokuchaev, « The Elbrus Caldera in the Northern Caucasus: Geological structure and time of formation », Russian Journal of Earth Sciences, vol. 6, , août 2004, correspondant probablement à la fin d'un cycle éruptif majeur. Des datations géochronologiques ont mis en évidence des cycles éruptifs postérieurs synchrones dans différents foyers magmatiques du Grand Caucase, démontrant l'origine géologique commune de cette activité volcanique I. V. Tchernychev, V. A. Lebedev, S. N. Boubnov, M. M. Arakelyants, Iou. V. Gol’tsman, Isotopic Geochronology of Quaternary Volcanic Eruptions in the Greater Caucasus, Institute of the Geology of Ore Deposits, Petrography, Mineralogy, and Geochemistry (IGEM), Académie des sciences de Russie. Il arrive que de modestes fumerolles s'échappent encore parfois du flanc oriental du volcan, au niveau de l'ancienne coulée de lave de de long orientée depuis le cratère vers le nord-nord-est, et des sources chaudes prennent naissance sur les versants de la montagne.

Climat L'Elbrouz se situant dans l'hémisphère nord, la période estivale, la moins rigoureuse, se déroule de juin à mi-septembre avec une moyenne de 50 % de jours ensoleillés propices à l'ascension du sommet. Malgré tout, les vents, dominés par des masses d'air d'ouest, peuvent devenir violents et les températures chuter très rapidement. Au-delà de d'altitude, même en été, des conditions de blizzard arctiques avec une visibilité quasi nulle peuvent se mettre en place. Il n'est pas rare que le vent dépasse . En hiver, la température peut chuter en dessous de au sommet, mais, dans les vallées, des courants d'air descendants chauds et secs peuvent provoquer d'importantes chutes de neige. À basse altitude, la moyenne des précipitations est de et peut atteindre certaines années, tandis qu'au-delà de , elles peuvent dépasser .

Faune et flore Flore thumb|right|Le rhododendron du Caucase.

Sur le versant septentrional, entre et d'altitude, se trouve une forêt de pins (Pinus kochiana et Pinus sylvestris) avec des bouleaux (Betula sp.) et des frênes des montagnes. Les couloirs à avalanches sont clairement visibles avec la seule présence des feuillus. L'argousier (Hippophae rhamnoides), arbuste au feuillage argenté, est présent dans la vallée du fleuve Baksan. Dans les prairies subalpines, les herbes et les fleurs peuvent atteindre une hauteur de 70 à . Un des plus beaux arbustes à fleurs de la région, le rhododendron du Caucase (Rhododendron caucasicum), y pousse. Localement appelé la « rose des Alpes », ses fleurs rose pâle et crème entrent en floraison au début du printemps. Ses racines s'enfoncent profondément dans le sol en pente, ce qui lui permet de résister au vent et à la neige. Entre et d'altitude, l'étage subalpin laisse place à l'étage alpin et à ses pelouses alpines riches en fleurs. Au-delà, à la limite des glaciers et des névés, les perce-neige fleurissent et des lichens multicolores recouvrent les rochers dépourvus de neige Geographic bureau - Elbrus vegetation. Entre et , à des altitudes où les plantes poussent encore, le Céraiste cotonneux (Cerastium tomentosum), les draves (Draba sp.) et saxifrages (Saxifraga vinnica) peuvent également être trouvés par endroits parmi les lichens.

Sur le versant méridional, jusqu'à d'altitude, poussent les hêtres, les charmes, les érables et les frênes. Entre et d'altitude se trouve une forêt de sapins. Au-delà, les pelouses alpines offrent des espèces de fleurs souvent absentes sur le versant septentrional.

Les forêts de haute montagne sont riches en champignons et en baies sauvages : fraises des bois (Fragaria vesca), myrtilles (Vaccinium myrtillus), cassis (Ribes nigrum) et framboises (Rubus idaeus).

Faune Le Caucase possède une faune riche. Les forêts abritent l'ours brun (Ursus arctos), différents cervidés, la martre des pins, le chat sauvage, le putois, la taupe, l'écureuil ou encore la souris.

thumb|left|Le tur du Caucase occidental.

Dans les alpages vivent le chamois (Rupicapra rupicapra caucasica) et la chèvre sauvage des montagnes (Capra aegagrus aegagrus), à la frontière entre les forêts et les prairies alpines, où ils se nourrissent d'herbes et de jeunes pousses d’arbres. Le tur du Caucase occidental (Capra caucasica) vit sur les hauteurs pendant la journée, en groupes de huit à dix individus, et descend paître dans les prairies alpines en fin de journée. Pendant les mois d'hiver, ils forment de plus grands troupeaux et se déplacent vers les vallées. En hiver, lorsque la nourriture est plus difficile à trouver, le tur – comme beaucoup d'animaux – devient la proie des loups (Canis lupus).

Les renards chassent également sur les pentes de l’Elbrouz, notamment les petits rongeurs, comme les souris des bois (Apodemus sylvaticus) et campagnols (Microtus sp.). Le lynx (Lynx lynx) a pour proies le tétraogalle du Caucase (Tetraogallus caucasicus) et d'autres oiseaux, ainsi que les lièvres (Lepus europaeus), le chevreuil (Capreolus capreolus), les jeunes turs et chamois. La belette d'Europe (Mustela nivalis) — qui mesure seulement du nez à la queue — est également un prédateur féroce, elle chasse un grand nombre de rongeurs. Les sangliers (Sus scrofa) sont communs, et forment des groupes de huit à quinze individus.

thumb|upright|Le tétraogalle du Caucase.