Marguerite Suzanne Marcelle Chasteau, dite Marcelle Tinayre, née à Tulle le Son acte de naissance (n° 362) dans les registres des naissances de Tulle pour l'année 1870. La date et le lieu de décès sont portés en mention marginale. et morte à Grosrouvre le , est une femme de lettres française ayant écrit de nombreux romans d'inspiration anticléricale« Aimer et mourir: Love, Death and Women’s Lives in Texts of French Expression » publié par Eilene Hoft-March, Judith Holland Sarnecki.. Sa décision de refuser la Légion d'honneur en 1908 est l'objet de nombreuses controverses.

Biographie Fille d'Émile Chasteau (1842-1918), dessinateur d'art, et de Louise Saigne (1850-1926), institutrice originaire de Haute-Auvergne, Marcelle Chasteau est attirée très tôt vers l'écriture, encouragée par sa grand-mère qui écrivait des poèmes et sa mère qui a écrit des romans. et des traités de pédagogie.. Elle publie en 1884 Vivent les vacances. et en 1887 L'enfant gaulois., sous le pseudonyme de Charles Marcel..

Elle épouse en 1889, à Paris, le peintre et graveur Julien TinayreSon père Jean-Joseph, dit « Jules Tinayre » (1821-1871) mourut fusillé à Paris pendant la semaine sanglante. Il est, entre autres, le père du peintre voyageur Louis Tinayre (1861-1942) qui fut élevé par sa mère Victoire Guerrier.. De cette union naissent quatre enfants : Louise (1890-1962), Suzanne (1891-1896), Noël (1896-1995), sculpteur, et Lucile (1898-1992), avocate.

Elle est la sœur aînée de Catherine Florentine Lucienne Chasteau, critique d'art sous le pseudonyme de Lucienne Florentin au quotidien La Suisse à Genève de 1909 et 1941.

Elle séjourne régulièrement à Vic-sur-Cère, dont elle a étudié l'histoireHistoire qu'elle réutilise en 1934 dans son roman Gérard et Delphine. La Porte Rouge, où elle mentionne la famille Pagès des Huttes..

Elle contribue à la fondation de La Veillée d'Auvergne en 1908 et rédige des articles pour la presse quotidienne, notamment le Journal (où, de 1911 à 1914 elle contribue à la nouvelle page « La Mode », avec « Le Journal d'une femme » de son double littéraire Madeleine Mirande), ainsi que Le Petit Journal, pendant la Grande Guerre.

Elle fréquente le salon littéraire de Madame Arman de Caillavet, où elle rencontre des personnalités littéraires tels que Paul Bourget et Anatole France.

En 1904, elle fait partie des cofondatrices du prix Vie heureuse (futur prix Femina)« Le premier jury de 1905 », sur prixfemina.org, en ligne..

En 1905, elle publie La Rebelle (lire en ligne) qui aborde la question du féminisme, de la liaison extra-maritale, de la jalousie en thèmes principaux et des femmes journalistes, des filles-mères, de l'avortement et du viol conjugal en thèmes secondaires… Josanne, mariée à un homme malade et aigri, a un amant qui met un peu de joie dans sa vie avant de la délaisser en apprenant la venue d'un enfant. Veuve, elle subsiste par ses travaux pour un journal qui l'amènent à rencontrer l'auteur d'un livre féministe sur lequel elle écrit une chronique. Ils deviennent amis puis amants mais l'auteur doit vaincre sa jalousie pour se mettre en cohérence avec ses principes. Le féminisme prôné est limité, avec une vision de l'amour très dissymétrique.

En 1911, elle participe à un cycle de conférences à la Salle des agriculteurs, rue d'Athènes en compagnie d'Antonio de La GandaraDédicace de l'auteur de Vie amoureuse de F. Barbazanges : (coll. privée)., de la duchesse de Rohan, de madame Rostand, d'Henri de Rothschild, Léo Clarétie, Maurice Donnay, Massenet, André de Fourrières…

Elle voyage beaucoup, en Turquie, Italie, Angleterre, Algérie, Tunisie où elle donne des conférences. En Grèce, elle écrit Perséphone (1920) et Le Bouclier (1922).

thumb|300px|Réunion du jury du Grand Prix Flaubert de littérature chez Marcelle Tinayre (assise au centre) en 1923 (fonds Agence Meurisse/BnF). En 1923, elle fait partie du jury du Grand Prix Flaubert de littérature dont les autres membres sont Judith Cladel, Henri de Régnier, René Boylesve, Élémir Bourges, J.-H. Rosny aîné, Antoine Bourdelle, Sébastien-Charles Leconte, Marius et Ary Leblond, Jean Royère et Auguste Gilbert de Voisins. Remis à trois écrivainsLes trois lauréats sont Pierre Mille, Jean Viollis et François de La Guérinière., il semble que ce prix n'ait eu aucune suite, la « généreuse personne ayant doté le prix » s'étant révélée être l'un des lauréats, ce qui provoque un scandale« Photographie : le jury du Prix Flaubert chez Marcelle Tinayre (1923) », sur le site J.-H. Rosny de Fabrice Mundzik, 25 octobre 2014, en ligne..

Son mari se donne la mort en 1923.

Elle est membre fondatrice du Club des belles perdrix, de 1929 à 1937, association de femmes de lettre gastronomes.

Elle continue de voyager, se rend en Scandinavie et aux États-Unis, donne des conférences et écrit dans Marseille Matin ou L'Européen.

En 1934, elle est élue membre du jury initial du prix Jeunesse. En 1935, elle cosigne le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en EuropeL'Action française, 5 octobre 1935..

De 1941 à 1944, elle écrit dans Voix françaises, un journal franchement pétainisteA. Quela-Villéger , , .. Elle écrit dans L'Illustration du 1941 un article sur la natalité dans lequel sont fustigées .

L’Académie française lui décerne le prix Montyon en 1900, le prix Vitet en 1907, le prix Alice-Louis-Barthou en 1938 et le prix Georges-Dupau en 1943.

Son domicile parisien est au 19 rue de Lille, dans l'ancienne demeure de Charles FloquetD'après « Les Trois prix Flaubert », article publié dans Le Petit Parisien du 17 mai 1923.. Elle possède par ailleurs, avec son mari Julien Tinayre, au Chêne Rogneux à Grosrouvre dans les Yvelines, une maison dite des « Tinayre du haut » pour la différencier de celle des « Tinayre du bas » située au 4 route du Buisson, habitée par son beau-frère, le peintre voyageur Louis Tinayre (1861-1942). Marcelle, Julien et Louis Tinayre sont enterrés dans le cimetière de Grosrouvre.

Réception critique

L'origine de cet intérêt pour la Hongrie prend sa source dans le passé de son époux, le graveur Julien Tinayre, qui passa sa jeunesse dans ce pays avec sa mère, Victoire, et toute sa fratrieLire à ce propos l'article de Claude Schkolnyk, « Les Tinayre, une famille de médiateurs culturels entre la France et la Hongrie », dans Cahiers du Centre de recherche historique, juillet 1991..

thumb|300px|Marcelle Tinayre assise, un livre sur une table devant elle (photo par Dornac issue de sa série « Nos contemporains chez eux »). De son vivant, ses romans sont traduits en anglais, en allemand, en suédois, en russe. James Joyce analysa La Maison du péché et loua C'est en 1903 que Joyce (qui ne s'intéressait guère à George Sand) publia dans de Dublin son compte rendu de La Maison du péché, qu'il oppose à des œuvres à ses yeux informes de Bourget et de Huysmans. À la fin de son article, il écrit :

Les critiques Alain Quella-Villéger et France Grenaudier-Klijn « Omission ou exclusion ? Marcelle Tinayre et le canon littéraire », dans Voix plurielles, vol. 8, , 2011. ont fait valoir qu'un roman comme La Rebelle ose aborder en 1905, et nullement dans un sens catholique et moralisateur, la question de l'avortement ; qu'un texte comme La Veillée des armes (1915), rédigé dans les mois qui suivirent la mobilisation générale d', restitue avec une sobriété et une précision inédites, quasi sociologiques, l'atmosphère de Paris.

La notoriété de Marcelle Tinayre se prolonge bien au-delà de son décès : ainsi son œuvre La Vie amoureuse de Francois Barbazanges se retrouve largement évoquée et citée dans le thriller de Janine Le Fauconnier, Le Grain de sable (1981).

L'affaire de la Légion d'honneur Marcelle Tinayre refuse en 1908 de recevoir la Légion d'honneurGabrielle Houbre, « L’honneur perdu de Marcelle Tinayre : L’affaire de la Légion d’honneur ratée (1908) », in Jean-Jacques Lefrère, Michel Pierssens & Jean-Didier Wagneur, Les Ratés de la littérature, éd. du Lérot, 1999, .. Elle multiplie les remarques justifiant sa décision dans la presse, témoignant de son malaise à l'égard de la proposition de décoration. Elle indique notamment qu'elle n'a pas sollicité la décoration et déclare qu’avec le ruban elle aurait l’air d’une cantinière de la guerre de 1870.. Elle évoque sa relation difficile à l'égard de la notoriété et ressent que la décoration risque d'attirer l'attention sur elle, ou encore qu'elle ne s'identifie pas aux récipiendaires habituels de la Légion d'honneur.

Durant les semaines qui suivent, une centaine d'articles de presse mentionnent ce qui devient « l'affaire Tinayre ». Lorsque la liste des récipiendaires est enfin publiée, son nom n'y figure pas, et donc sa nomination dans l'ordre n'a jamais été ratifiée.

Œuvres L’Oiseau d’orage (lire en ligne), Paris, Calmann-Lévy, 1894 La Rançon (lire en ligne), Paris, Calmann-Lévy, 1894 [ éd.], réédité en 1907 Avant l’amour, Paris, Mercure de France, 1897, réédité ensuite par Calmann-Lévy en 1905 Hellé (lire en ligne), Paris, Mercure de France, 1899, réédité (avec une légère révision) ensuite par Calmann-Lévy en 1904 - Prix Montyon de l'Académie française, 1900 La Maison du péché (lire en ligne) Paris, Calmann-Lévy, 1902 La Vie amoureuse de Francois Barbazanges, Paris, Calmann-Lévy, 1903 La Rebelle (lire en ligne), Paris, Calmann-Lévy, 1905, rééd. 1921 et 2024. Réédité, avec une préface de Nelly Sanchez, aux Nouvelles Éditions mégalithes, 2026 ; réédition, Paris, Gallimard, , 2026 La Consolatrice, Paris, L’Illustration, 1907-1908 L’Amour qui pleure, Paris, Calmann-Lévy, 1908 Notes d’une voyageuse en Turquie : jours de bataille et de révolution ; choses et gens de province ; premiers jours d’un nouveau règne ; la vie au harem (lire en ligne), Paris, Calmann-Lévy, 1909 L’Ombre de l’amour, Paris, Calmann-Lévy, 1909 ; réédition Lamazière-Basse, Maiade éditions, 2007 La Douceur de vivre, Paris, [s.n.], 1910 Une journée de Port-Royal, 1910, Paris, C. Meunier, illustrations et gravures par Julien Tinayre. Madeleine au miroir. Journal d'une femme, Paris, Calmann-Lévy, 1912. recueil de 38 de ses chroniques pour le Journal. La Veillée des armes. Le départ : , Paris, Calmann-Lévy, 1915 ; rééd. Des Femmes, 2015 Perséphone, Paris, Calmann-Lévy, 1920 Les Lampes voilées, Laurence - Valentine, Paris, Calmann-Lévy, 1921 Mademoiselle Justine de Liron, Paris, Bossard, 1921 Priscille Séverac, Paris, Calmann-Lévy, 1922 Le Bouclier d’Alexandre, Paris, L’Illustration, 1922, illustr. par Gorguet La Légende de Duccio et d’Orsette, Paris, L’Illustration, 1923 Une soirée chez Renée Vivien La Vie amoureuse de Madame de Pompadour, Paris, Flammarion, 1924 Madame de Pompadour, Paris, Flammarion, 1924 Le Livre proscrit ; scènes de la révolution communiste en Hongrie, Paris, Plon (première édition en 1925) ; traduction et adaptation (avec Paul-Eugène Régnier) de l'ouvrage de souvenirs de Cécile Tormay Fille des pierres, Paris, Hamy, 1925, avec Cécile Tormay, réédition en 1990 Un drame de famille, Paris, Calmann-Lévy, 1925 Figures dans la nuit, Paris, Calmann-Lévy, 1926 Saint Jean libérateur, Paris, L’Illustration, 1926 Une provinciale en 1830, Paris, P. Lafitte, 1927 Terres étrangères : Norvège, Suède, Hollande, Andalousie, Paris, Flammarion, 1928 Contes d'Andersen, traduction et adaptation, 1929 L’Ennemie intime, Paris, L’Illustration, 1931 La Femme et son secret (lire en ligne), Paris, Flammarion, 1933 Château en Limousin, Paris, Flammarion, 1934 ; rééd. éditions L'étang Moderne, 2021 Histoire de l’amour, Paris, Flammarion, 1935 Gérard et Delphine [I]: La porte rouge, Paris, Flammarion, 1936 Sainte Marie du feu, Paris, L’Illustration, 1938 Gérard et Delphine [II]: Le rendez-vous du soir, Paris, Flammarion, 1938 Est-ce un miracle ?, Paris, Flammarion 1939 Châteaux disparus, Paris, Firmin-Didot, 1940 L'Enfance vue par Berthe Morisot, Paris, L'Illustration, 1941

Notes et références

Voir aussi Bibliographie