Joseph Fouché, dit Fouché de Nantes, duc d'Otrante, comte Fouché, est un homme politique français, né le au Pellerin, près de Nantes, et mort le à Trieste (alors possession italienne de l'Empire autrichien). Personnage complexe qui a fasciné de nombreux auteursCinq biographies (Madelin, Zweig, André Castelot, Tulard, de Waresquiel) et un dictionnaire lui sont consacrés., Fouché est particulièrement connu pour son implication dans la répression violente de l'insurrection lyonnaise en 1793, et pour avoir été ministre de la Police sous le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Seconde Restauration. Il est l'un des personnages les plus controversés de l'Histoire de France.

Biographie Années de jeunesse et de formation (1759-1792)

Une famille de gens de la mer Joseph FouchéLe patronyme Fouché dérive d'un ancien nom germanique de la racine fulc, « peuple ». . est le fils de Marie-Adélaïde Croizet (1720-1793), fille d'un fabricant de poulies pour navires., et de Julien Joseph Fouché père (1719-1771), capitaine de navire, fils d'un marin breton et petit-fils d'un charpentier de marine. Installée près de Nantes, et d'origine modeste, sa famille connaît une première et récente ascension sociale grâce à la carrière de son père. Ce dernier, qui commence comme matelot de classe., finit capitaine de marine marchande et commandant d'un brick négrier, à une époque où le commerce triangulaire est en plein essor en France, particulièrement depuis le port de Nantes. Les revenus générés par les expéditions négrières lui permettent même d'acheter une plantation à Saint-Domingue, dans laquelle travaillent des esclaves noirs. Joseph Fouché père meurtLes circonstances de la mort sont inconnues : accident, scorbut, « fièvres » ? le au retour d'un voyage de traite.. Son fils n'a alors que 12 ans.

L'acte de naissance de Joseph Fouché fils, daté du au Pellerin, en Loire-Atlantique, indique : « Fils de Joseph Fouché, capitaine de navires, et de Marie Françoise Crouzet (AD 44), parrain François Gouy marraine demoiselle Jeanne Crouzet ».

Élève puis enseignant à l'Oratoire Ayant d'abord envisagé de faire la même carrière de capitaine que son père, il en est empêché par sa santé fragile. Il entre alors au séminaire de l'Oratoire de Nantes où il reçoit les ordres mineurs ; les idées répandues chez les Oratoriens sont celles des Lumières, et il en ressort athée.. En 1782, il devient professeur de sciences — il est considéré comme un bon professeur. — au collège de l'Oratoire de Niort, puis enseigne dans les collèges de Vendôme, Saumur, Juilly et Arras en 1788.

C'est à Arras qu'il fait la connaissance de Robespierre à l'académie des Rosati, société littéraire et loge para-maçonnique. Il devient franc-maçon dans la loge Sophie-Madeleine-Reine de Suède d'Arras en 1789.. Il ne quittera jamais la maçonnerie puisque, entre 1805 et 1810, il est membre de la loge Les Citoyens réunis (devenue ensuite Les Cœurs unis) de Melun, ainsi que, de 1805 à 1813, grand officier d'honneur et grand conservateur de la Grande Loge symbolique générale du Grand Orient de France..

Il est préfet des études chez les Oratoriens de Nantes lorsqu'éclate la Révolution française. Il en embrasse la cause avec ardeur, et, en il est élu député à la Convention de la ville de Nantes.

Révolution française (1792-1799)

En mission dans l'Ouest et le Centre À la Convention, il fait partie du comité d'instruction publique. Il appartient au parti des Girondins, avant de voter la mort lors du procès de Louis XVI et de basculer vers les bancs des Montagnards.

Fouché est envoyé en mission dans l'Ouest et le Centre, et devient un propagandiste ardent de l'esprit révolutionnaire, organisant la Garde nationale à Nantes, et recrutant des volontaires contre les Vendéens.

Il effectue une intense entreprise de déchristianisation de la Nièvre et de l'Allier. C'est au cours de ses missions dans le Centre et la Bourgogne que se manifesteront certaines dérives : destructions d'églises, croix brisées, pillages de trésors d'églises, autodafés de livres pieux et de vêtements sacerdotaux, etc.

Selon Emmanuel de Waresquiel, ces écarts eurent pour conséquence en partie la renaissance catholique de la Restauration et du Second Empire.

Le « mitrailleur de Lyon » (1793-1794) Sur proposition de Barère, Jean-Marie Collot d'Herbois et Montaut sont nommés par la Convention pour remplacer Dubois-Crancé, qui avait pourtant déjà pris le contrôle de l'insurrection lyonnaise.

Fouché, alors dans la Nièvre, est prié de les rejoindre le : Et il lui conseille de rapporter discrètement son arrêté ordonnant de verser aux comités de surveillance l'or et l'argent monnayés, manière d'en laisser la destination à sa discrétionBibliothèque nationale, Manuscrits, Fichier Charavay, lettre du 30 octobre 1793..

Fouché est ainsi chargé de faire exécuter le décret qui ordonnait la destruction de la ville de Lyon, et il encourage les cruautés qui furent commises alors. À cette occasion, il gagne le surnom de « mitrailleur de Lyon », pour avoir substitué à la guillotine, jugée trop lente, l'exécution de masse des habitants jugés suspects par la mitraille (des canons tiraient sur des groupes de plusieurs dizaines de condamnés). Un nombre de Lyonnais sont tués, victimes de la répression de Fouché. Le 2 frimaire (), il écrit avec Collot d'Herbois, à la Convention :

Dans l'exercice de son mandat, Fouché est aussi accusé de dilapidations et de détournements. Ainsi, cet arrêté pris par lui et son collègue Albitte :

Rappelé à Paris le 7 germinal (), Fouché réintègre la Convention le 17 germinal (), qui renvoie son rapport au comité de salut public. L'ex-représentant en mission justifie alors la violence de la répression lyonnaise en disant que « le sang du crime féconde le sol de la liberté et affermit sa puissance ». Robespierre aurait battu froid Fouché lors d'une entrevue privée à en croire les mémoires de Charlotte Robespierre, Charlotte de Robespierre, Mémoires, rééd. Paris, Nouveau Monde Éditions, 2006, p. 106., texte publié quarante ans après les faits afin de réhabiliter son frère Maximilien en campant celui-ci comme . À l'encontre de cette , l'historien Michel Biard relève que le Comité en général et l'Incorruptible en particulier ne sont pas hostiles à la sévère répression lyonnaise, comme l'attestent divers écrits de Robespierre : une lettre des précédents représentants en mission envoyés à Lyon, et deux discours, l'un non daté (contre Fabre d'Églantine) et l'autre du 23 messidor an ..

Par la suite, après le reflux de la Terreur, Fouché cherche à rejeter la faute sur Collot d'Herbois.

Se justifiant devant les Jacobins, il parvient à se faire élire à la présidence du club le 16 prairial (), en l'absence de Robespierre. Toutefois, quand des délégations de Nevers et du Morvan viennent accuser Fouché, Robespierre l'attaque ouvertement aux Jacobins. Chassé des Jacobins le 24 prairial () sous l'influence de Robespierre, Fouché sait alors, comme il l'écrira dans ses Mémoires, « qu’il avait l’honneur d’être inscrit sur ses tablettes à la colonne des morts ».

Se battant avec énergie pour sauver sa vie, il participe activement au complot qui aboutit à la chute de Robespierre et joue un rôle décisif, au cours de la nuit du 8 au 9 thermidor, dans les négociations avec les chefs de la Plaine, leur promettant la fin de la Terreur pour prix de leur alliance.

De 1795 à 1799 Après le 9-Thermidor, marginalisé, il est durement attaqué à la Convention le 27 thermidor () où Jean-Marie François Merlino prend sa défense. Il se rapproche de Gracchus Babeuf qui a formé un groupe d'opposition aux Thermidoriens. Menacé après les insurrections du 12 germinal et du an III, il obtient la protection de Barras et bénéficie de l'amnistie de brumaire .

Discrédité, sans emploi, il vit quelque temps d'expédients. Chargé d'une mission dans les Pyrénées-Orientales pour la délimitation des frontières franco-espagnoles, il est employé ensuite par le Directoire dans sa police secrète. Puis il fait des affaires avec les banquiers Ouvrard et Hainguerlot, et obtient, grâce à Réal, une participation dans une compagnie de fournisseurs aux armées.

Représentant du Directoire en République cisalpine puis en Hollande, il devient ministre de la Police le 2 thermidor an VII ().

Ministre de la police durant le Consulat et l’Empire vignette|gauche|Joseph Fouché, duc d'Otrante. Il déploie dans ce poste une grande activité, ainsi qu'une sagacité rare, et rend service à Napoléon Bonaparte lors du coup d'État du 18 brumaire (), ne prenant aucune mesure contre lui.

En qualité de ministre de la Police, il fait arrêter les Directeurs lors du coup d'État du 18 Brumaire. Sans avoir confiance en sa probité, le Premier Consul le maintient dans son poste et il obtient ainsi son portefeuille de ministre, ministère qu'il réorganise, cumulant la direction de la police et celle de la gendarmerie.

Fouché, parvenu de l'Empire, se distingue par son cynisme et ses abus de pouvoir dans la gestion du médiatique enlèvement du sénateur de Ris, dans laquelle il fit condamner deux innocents pour se sauver. Deux gentilshommes royalistes, le marquis de Canchy et le comte de Mauduison, sont accusés à tort par Fouché. En effet, Fouché avait, quelques années auparavant, embrassé une fille de force dans une auberge. Canchy et Mauduison, nobles et élégants, avaient sauvé cette jeune femme, couvrant de honte ce Fouché qui n'était encore à cette époque ni parvenu ni ministre. La rancœur personnelle que Fouché leur avait conservée les fit condamner à mort.

Il prouve que l'attentat de la rue Saint-Nicaise (1800) est le fait des royalistes, alors que Bonaparte est persuadé de la culpabilité des républicains jacobins. Décidé néanmoins à donner des gages au Premier Consul, il fait arrêter et interroger plusieurs anciens « septembriseurs » durant l'enquête..

En 1802, alors que Bonaparte cherche à obtenir le pouvoir à vie, Fouché tente de manœuvrer le Sénat contre celui-ciEmmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le prince immobile, Fayard, 2003, .. Inquiet de sa puissance, Bonaparte supprime son ministère le 26 fructidor (), après des critiques de Talleyrand, son ennemi de toujours, et des frères de Bonaparte. Il conserve un rôle dans l'arrestation de Pichegru, Moreau et du duc d'Enghien.

À titre de compensation, Napoléon lui offre un siège au Sénat conservateur, la sénatorerie d'Aix et un million deux cent mille francs de gratification.

Il redevient ministre de la Police en et le reste jusqu'en . Comte d'Empire en 1808, il est fait duc d'Otrante en 1809 pour sa gestion remarquable de l'Empire en l'absence du souverain. Joseph Fouché et Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord étant fâchés, c'est Alexandre Maurice Blanc de Lanautte (1754-1830), comte d'Hauterive, qui les raccommoda au cours d'un déjeuner qu'il organisa en 1809, dans sa maison de campagne à Bagneux près de ParisAlexis-François Artaud de Montor, Histoire de la vie et des travaux politiques du comte d'Hauterive, Paris, 2e édition, 1839, impr. Adrien Le Clere & Cie, p.265..

Fouché est à nouveau disgracié, pour avoir essayé de soumettre des propositions de paix avec l'Angleterre auprès du ministre Arthur Wellesley. Il fomente alors un complot, avec pour complice Talleyrand, pourtant son rival de toujours. Il subit la colère de Napoléon comme Talleyrand en pour avoir entamé des pourparlers secrets avec la Grande-Bretagne, il est alors disgracié (1810).