L'archipel des Glénan ou îles des Glénan, localement appelé « les Glénan », est un archipel breton du golfe de Gascogne, situé au sud de Fouesnant (commune dont il dépend), dans le Finistère. L'école de voile « Les Glénans », implantée sur le site depuis 1947, se réserve l'orthographe avec un « s » final au moyen d'une marque commerciale.

Géographie L'archipel des Glénan se compose de neuf îles principales et d'un grand nombre d'îlots. L'île aux Moutons, isolée du groupe majoritaire, se trouve à au sud de la pointe de Mousterlin. Avec l'île de Penfret, le reste de l'archipel, très regroupé, se situe à au sud-ouest de la pointe de Trévignon, sur la côte bretonne. Cet ensemble géologique granitique aurait autrefois été une seule et même île ; Élisée Reclus a écrit :

thumb|left|Carte de l'archipel des Glénan datant de 1755 (par Villeminot). On suppose même que l'archipel aurait autrefois été rattaché au continent, comme le rapporte encore Reclus :

Paul Sébillot a aussi fait référence à ces récits semi-légendaires : « Le souvenir du temps où cet archipel tenait au continent n'est pas encore effacé : on dit qu'on allait autrefois à pied de Beg Meil à l'île aux Moutons, aujourd'hui à une grande lieue en mer ; la Pointe de Trévignon touchait à l'île de la Cigogne et à chaque printemps une procession sortie de l'église de Loctudy à l'une des îles en suivant une allée de grands arbres »Paul Sébillot, Le Folk-lore de la France. La mer et les eaux douces, E. Guimoto, Paris, 1904-1907, consultable.

L'archipel actuel est extrêmement découpé, à tel point que sa superficie est difficilement calculable. Les cartes marines du lieu, malgré les efforts du Service hydrographique et océanographique de la Marine, ne parviennent pas à cartographier l'ensemble des récifs du site.

L'archipel a parfois été décrit comme « un aperçu de Tahiti en Bretagne Sud ». Il est célèbre pour la clarté des eaux de « La Chambre », le meilleur mouillage de l'archipel, zone protégée au centre-ouest du « cercle de mer », souvent comparée à un lagon. Cet espace s'étend entre les îles Saint-Nicolas, Drénec, Bananec et Cigogne, et sert de zone de mouillage aux plaisanciers.

Lors des grandes marées, la Chambre peut être traversée à pied et devient le paradis des pêcheurs à pied qui ramassent ormeaux et palourdes sous la surveillance de la gendarmerie maritime. Toponymie

Îles principales

îlots et rochers

Les îlots et rochers des Glénan sont mentionnés sur de nombreuses cartes, dont les suivantes :

Carte de l'archipel des Glénans en Basse Bretagne par le Vicomte de Villiers du Terrage, imprimerie René Prud'homme, Saint-Brieuc, 1906.. Carte des îles de l'archipel des Glénan sur le site Glénan.fr.. Cartes des îles de Glénan sur le site de Géoview.info..

Histoire

Préhistoire et Antiquité thumb|Plan du dolmen avec cairn de l'île Brunec, dessiné lors des fouilles par Marthe et Saint-Just PéquartMarthe et Saint-Just Péquart, « Dolmen de Brunec (îles Glénans) », dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1927, fig. du haut, p. 79 (extrait)..

Au Néolithique, le niveau des océans étant plus bas que ce qu'il est aujourd'hui, la zone de l'archipel des Glénan n'est pas insulaire. Au , un dolmen à couloir est érigé au nord de l'île de Brunec et des sépultures sont disposées à Saint-Nicolas, Drenec et Bananec. Cette population d'agriculteurs a probablement laissé d'autres traces que l'élévation du niveau de la mer ( en ) a détruites. Le tertre de Brunec fait l'objet de fouilles en 1926 mais celles-ci révèlent que le tertre fut déjà visité et dégradé.

En 1888, deux tombeaux contenant des urnes cinéraires sont découverts par les gardiens de l'île aux Moutons. On retrouve de nombreuses sépultures préhistoriques sur l'île du Loc'h. En 1921, une fouille dirigée par le commandant Bénart et le lieutenant de vaisseau Massé met au jour sur l'île du Loc'h un tas de cendres et de charbons posé sur une dalle qui évoque des rites de crémation antérieurs au christianisme. En 1976 un incendie de végétation fit apparaître trois petits cairns sur l'île de PenfretChristian Enjolras et André Juillard, L'Archipel de Glénan, éditions du Chasse-Marée, Douarnenez, 2007, [].

Les îles ont été occupées à l'époque gallo-romaine, comme l'attestent les amphores, pièces de monnaie et autres traces retrouvées sur l'île aux Moutons et sur l'île Saint-Nicolas. En effet, ceci est démontré dans l'article scientifique de Benjamin Gehres, Archéologie des économies insulaires : le cas du complexe archipel des Glénan / île aux Moutons, une approche diachronique et paléoéconomique par l’apport des analyses céramiques.

de pêcheries anciennes, datant de la Préhistoire, de l'Antiquité ou du Moyen Âge, servant de pièges à poisson, ont été identifiés dans l’archipel des GlénanNicolas Guillou, Les pêcheries refont surface, revue ArMen n°201, juillet-août 2014.

Moyen Âge

Le roi Gradlon aurait donné les îles de l'archipel aux moines de Saint-Gildas-de-Rhuys ; ils en revendiquent la propriété depuis l'an 399, mais aucune trace de cet acte n'a été conservée..

Au Moyen Âge l'archipel est une possession de l'abbaye de Rhuys. En 1502-1503, les moines bénédictins se font confirmer leur possession par la duchesse Anne et le roi Louis XII. En 1633, Henri de Bruc (alors abbé de Rhuys) trouve un locataire pour l'archipel. Claude Desbrosses restera jusqu'en 1637 payant 40 livres par an. Il sera suivi en 1651 par Pierre Levesque. Dans les années qui suivent, l'abbé de Rhuys est en retraite à Saint-Germain-des-Prés, l'abbaye de Rhuys nécessite quant à elle des travaux. Ainsi, des biens propriétés de l’abbaye sont mis en vente. Le , Nicolas Fouquet (surintendant des finances du royaume de France) se porte acquéreur de l'archipel. Les moines, souhaitant faire monter le prix, s'opposent à la vente. Un accord est trouvé le , mais Fouquet est arrêté le ; finalement, l'archipel reste propriété de l'abbaye jusqu'à la Révolution française.

La plus ancienne carte mentionnant les îles remonte à 1313, dans l'atlas maritime de Pierre VesconteLe génois Pierre Vesconte (Petrus Vesconti) réalisa la première carte marine dont un exemplaire fut offert à Charles IV le Bel, Atlas de Pietro Vesconte, 1313, 6 feuilles vélin enluminées, , Paris, BnF, Cartes et Plans ; voir aussi http://saintgeorgesdedidonnehier.blogs.sudouest.fr/archive/2012/08/11/1320-pierre-vesconte.html, où l'archipel figure sous le nom de grana. En 1466 les îles sont nommées Glaram et c'est en 1585 qu'elles deviennent Gleran.

Époque moderne

Un abri de corsaires et de pilleurs d'épaves thumb|left|Carte des Glénan extraite du "Petit Atlas Maritime", Tome V N°61 (1764), de Jacques-Nicolas Bellin (1703-1772) L'archipel constitue un abri intéressant pour les corsaires pratiquant la guerre de course. Dès lors qu'une guerre est déclarée, des forbans viennent se cacher dans ces îles. Différentes actions sont entreprises pour tenter de déloger ces marins de l'archipel, notamment par Pierre Mauclerc. En 1481, cinq navires sont armés avec 525 hommes pour « nettoyer la côte ». Les corsaires des Glénan ne prennent pas pour cible les gros convois armés, mais les barques de marchand. En 1647, cinquante navires sont ainsi rançonnés par des pirates de Biscaye. Guy Autret, seigneur de Missirien, qui habite le château de Lézergué près de Quimper, écrit le : « Je vous diray pour nouvelles plue neuf. ou dix .vesseaux pirates espagnols et biscaïens infestent nos costes maritimes depuis , ont prins de nos bouques marchandes et déprédé plus de 50 navires, sans que les vesseaux garde-costes entretenus du Roy y aye doné auceun ordres. Ses pirates en nombre de 9 auaient leur retraite en vne isle nomée Glelan située à de la terre ferme deuant les ambouchures de Conquerneau et de Benodet et la coste de Cornouaille. » L'année suivante, le marquis de Kerjean René Barbier décide de chasser ces corsaires.. Il trouve des navires ancrés proches de Penfret, il en coule trois, en arraisonne trois et chasse les trois autres. En 1688, la guerre reprend entre la France et l'Angleterre. Des corsaires de Guernesey descendent jusqu'aux Glénan. Le la flotte royale est attaquée. Les pêcheurs de Locmaria fréquentent l'archipel, ils fournissent les corsaires en vivres diverses pour continuer à travailler. En 1778 encore, comme à chaque fois qu'une guerre éclate entre la France et l'Angleterre, des corsaires anglais arraisonnent et pillent les navires dans les parages des Glénan, et à nouveau pendant les guerres de la Révolution française et de l'Empire, participant alors au blocus continental.

Le la Marie-Josèphe, d'Audierne, coula aux Glénan avec son équipage..

Le duc d’Aiguillon écrit le au ministre de la Marine : « Les Glénans, Monsieur, sont un assemblage de plusieurs petites îles et de roches qui forment de bons havres pour les barques, où les corsaires peuvent être à couvert de tous les vents et s’y tenir sans être vus de la côte. Ils y avaient fait un établissement pendant la dernière guerre, d’où ils couraient sur toutes les barques qui sortaient des rivières de Quimper, Quimperlé, du port de Concarneau, etc., etc., et sur celles qui faisaient le cabotage de Brest au Port-Louis et à Nantes. Ils firent un tort immense au commerce, à la pêche, et enlevèrent une quantité prodigieuse de matelots ».

L'archipel et les roches l'environnant provoquent de nombreux naufrages, et les récits abondent de nombreuses fortunes de mer au fil des siècles, qui sont une providence pour les îliens ; par exemple La Madeleine de Cherbourg, chargée d'eau-de-vie, qui s'est réfugiée dans la "Chambre" est précipitée sur les rochers de l'est de l'île Saint-Nicolas par des vents violents dans la nuit du 29 au et son équipage (le mousse s'est noyé) a beaucoup de mal à préserver l'épave des pilleurs.

En 1732, un navire hollandais, le Clasparis, « d’environ cent tonneaux, toucha sur les rochers au sud des Glénans ; deux hommes furent noyés, le capitaine et deux matelots purent en nageant atteindre les îles, ils étaient à bout de forces et entièrement nus. Le navire vint plus tard à la côte et les pêcheurs s’emparèrent de tout ce qu’ils purent enlever, vêtements ou provisions, et il fallut l’intervention de la femme du fermier des Glénans pour obtenir qu’il fût laissé aux naufragés un simple suroit. » À la suite d’une enquête faite par l’Amirauté de Bretagne, les Îliens compromis durent rembourser. thumb|Chevilles (en métal, servant à fixer les plus grosses pièces de la charpente) et carvelles ( = clous de section carrée qui servaient à fixer des planches sur la charpente du navire) provenant du naufrage de la corvette Arab survenu le dans l'archipel des Glénan (Musée maritime du Cap-Sizun, DRASSM, inventeur Bernard de Maisonneuve). En 1746, pendant la guerre de Sept Ans, la frégate française Marquise de Toumy, commandée par le lieutenant Jacques de Mary, prend à l'abordage la frégate anglaise Benjamin qu'il conduit à Bénodet ; le par contre, la barque La Françoise, de Noirmoutier, chargée de vin, qui se rendait à Bénodet, doit s'échouer dans l'anse du Lorc'h en Névez pour échapper à un corsaire anglais qui est finalement repoussé avec l'aide des habitants qui tirent sur lui, mais... s'apprêtent ensuite à le piller en vertu de la coutume du droit de bris, ce que le capitaine parvint à éviter en mettant en perce une barrique : une fois les habitants ivres-morts, il parvint à se déséchouer et à repartir. Le , un caboteur de Pont-l'Abbé doit à son tour s'échouer volontairement près de la mer Blanche car il a été pris en chasse par un corsaire anglais près de l'île aux MoutonsLouis Oges, Le Port de Bénodet, consultable http://fr.slideshare.net/fouesnant/la-merfouesnantphpi-rprdq.

La Dame Regineau, un navire suédois de Wismar, qui fait naufrage aux Glénan le , mais dont l'épave dérive sur la côte continentale jusqu'à Trégunc, est également pillé :