Philippe Séguin Et non (erreur fréquente)., né le à Tunis (Tunisie) et mort le à Paris, est un magistrat et homme d'État français.
Il est député des Vosges entre 1978 et 2002, maire d’Épinal de 1983 à 1997 et ministre des Affaires sociales et de l'Emploi pendant la première cohabitation. Il est une figure emblématique du « non » au référendum de 1992 sur le traité de Maastricht.
Président de l'Assemblée nationale de 1993 à 1997, il apporte son soutien à Jacques Chirac lors de l'élection présidentielle de 1995, avant de prendre ses distances avec lui. Il préside ensuite le Rassemblement pour la République (RPR) jusqu'en 1999 et se présente sans succès à la mairie de Paris aux élections de 2001.
De 2004 à sa mort soudaine en 2010, il est Premier président de la Cour des comptes. Dénonçant les dérives des finances publiques, il donne de la visibilité à cette institution et mène une importante réforme des juridictions financières.
Orateur redouté, il se présente comme un gaulliste social et incarne une droite souverainiste souvent en décalage avec les lignes dominantes de sa famille politique.
Biographie Famille Philippe Séguin est né sous les bombardements le , à Tunis, à la limite du quartier moderne et du quartier israélite. Sa mère, Denise, est la fille du Niçois Joseph Danièle, arrivé en Tunisie à vingt-huit ans pour devenir directeur du Crédit lyonnais à Sousse, puis à Bizerte, et agent d'affaires à Tunis, et d'Adèle Nicolas, fille d'un entrepreneur de travaux publics important de TunisMichel Taubmann, Le Fils perdu de la République, Éditions du Moment, 2015..
Le père de Philippe Séguin, Robert Séguin, est un athlète, champion d'Afrique du Nord du cent dix mètres haies et vice-champion de France. S'étant engagé dans le régiment de tirailleurs tunisiens au moment de la libération de la Tunisie, intervenue quelques jours après la naissance de son fils, il meurt pour la France à l'âge de vingt-trois ans dans les combats, en , à GlainansMilitaires tués pendant la Seconde Guerre mondiale : Robert Séguin, sur geneafrance.com dans le Doubs, alors que Philippe Séguin est âgé d'un an. Philippe Séguin recevra la Croix de guerre de son père à l'âge de 6 ans.
Mais selon Michel Taubmann, le réel géniteur de Philippe Séguin serait Albert Hayat, commerçant juif de Tunis et employeur de Denise. Cette thèse est contestée par la famille Séguin« Philippe Séguin : un livre et des impairs », Le Point, 22 avril 2015.. La question est cependant décrite comme bien connue dans l'entourage de Philippe Séguin. Un ancien ministre UMP explique : « On ne peut rien comprendre à Philippe si on ignore à quel point il était coupé en deux. L’homme politique voulait incarner un patriotisme inspiré par l’exemple d’un père, Robert Séguin, mort au champ d’honneur. Mais l’homme privé souffrait d’avoir appris à l’âge adulte l’existence d’un autre père, moins glorieux. » Jean-Pierre Allali, historien du judaïsme tunisien, commente sur cette rumeur connue depuis des décennies: « Est-ce vrai ? Je ne sais pas. Est-ce plausible ? Bien sûr. À cette époque, il y a eu des cas de substitution de père ou de mariages arrangés pour sauver l’honneur d’une jeune fille. »
Dans ses Mémoires, Philippe Séguin écrit quelques lignes, dans le cadre d’une réflexion générale sur la cohabitation entre communautés, qui pourraient être interprétées comme une allusion à la situation de sa mère : « Rien ne faisait plus scandale dans la bonne société que la rumeur d’une liaison, réelle ou supposée, d’une Française avec un juif – fût-il français – ou, pis encore, avec un Arabe ». À la mort d'Albert Hayat en , Séguin écourte ses vacances pour assister à son enterrement dans le carré juif d'un cimetière parisien, où la présence de cette figure publique à la maigre cérémonie, dans un Paris vidé de ses habitants à ce moment de l'année, ne passe pas inaperçue, la famille Hayat comprenant ainsi un lien secret avec Séguin.
Études Pupille de la Nation, il étudie au lycée Carnot de Tunis. À l'indépendance de la Tunisie, sa mère, Denyse Séguin Daniele, institutrice, décide de rentrer en France pour vivre à Draguignan, où son fils la rejoint à douze ans. Philippe Séguin poursuit ses études à l'École normale d'instituteurs du Var puis de Nîmes, où il passe son baccalauréat (section philosophie) en 1959Voir sur cairn.info..
Licencié en histoire et diplômé d'études supérieures d’histoire à la faculté des lettres d'Aix-en-Provence, il milite au cours de ces premières années d'études au sein de l'UNEF Aix-en-Provence, à un moment où celle-ci dénonce la poursuite de la guerre d'Algérie ; il en est vice-président en 1962. Il travaille une année comme pigiste au journal Le Provençal (1963-1964), où Gaston Defferre le remarque et lui propose de l'embaucher.
Il préfère toutefois poursuivre ses études à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, dont il sort diplômé en 1967, avec la plus haute moyenne jamais atteinte alors (16/20 dont 16/20 au Grand oral). Il y enseignera par la suite, et présidera son conseil d'administration de à sa mort.
Séguin prépare le concours de l'École nationale d'administration afin de devenir haut fonctionnaire. Il passe le concours en 1966 pour la première fois, alors qu'il n'a pas fini son cursus à l'IEP d'Aix, et n'est pas admis. Il repasse le concours l'année suivante ; il est admissible parmi les derniers, mais réussit une nette remontée et est admis.
Il étudie au sein de la promotion « Robespierre » (-). Il effectue son stage préfectoral en Polynésie française. Il en sort septième sur cent six, ce qui lui permet de choisir la Cour des comptes en juin 1970, en tant qu'auditeur de seconde classe. En il devient auditeur de première classe.
Vie privée En 1968, Philippe Séguin épouse Marie-Violaine Loniewska, avec qui il a trois enfants : Patrick, Catherine. et Pierre. D'un second mariage avec Béatrice Bernascon (1939-2011), ancienne épouse de Jacques Toubon, il a une fille, Anne-Laure..
Parcours politique 1965-1978 : débuts Membre de l'Union pour la nouvelle République (UNR) puis de l'Union des démocrates pour la République (UDR), Philippe Séguin commence sa carrière politique en travaillant dans différents cabinets ministériels. En , il est chargé de mission au secrétariat général de la présidence de la République sous Georges Pompidou. Puis, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, il devient en adjoint au directeur de l'éducation physique et des sports auprès du secrétaire d'État auprès du ministre de la Qualité de vie.
Il enseigne par ailleurs à l'IEP d'Aix-en-Provence puis à l'Institut d'études politiques de Paris.
En Philippe Séguin réintègre la Cour des comptes, avant de revenir en politique en comme chargé de mission au secrétariat d'État aux Relations avec le Parlement puis d'être chargé de mission au cabinet du Premier ministre Raymond Barre, d' à . Entre-temps, en juin 1977, il est nommé conseiller référendaire de seconde classe à la Cour des comptes. Pourtant il peine à trouver ses marques : fervent gaulliste, il ne se reconnaît pas dans la politique de Georges Pompidou, de Raymond Barre ou de Valéry Giscard d'Estaing : il crée donc peu à peu son propre style, le « séguinisme ».
1978-1986 : premiers mandats de député des Vosges En avril 1978 Philippe Séguin est élu député de la des Vosges, mandat qu'il conserve jusqu'en 1986, date de son entrée au gouvernement. Il est également vice-président du conseil régional de Lorraine de 1979 à 1983, puis est élu, au premier tour, maire d'Épinal en (il sera réélu en 1989 et 1995). Entre 1984 et 1986 il occupe les postes de secrétaire national du RPR pour les affaires sportives, pour les problèmes des rapatriés, puis chargé de la décentralisation.
En 1981 il prononce à l'Assemblée nationale un discours pour soutenir l'abolition de la peine de mort. Il est, avec Jacques Chirac, un des rares députés d'opposition soutenant cette réforme emblématique du nouveau président François Mitterrand. En tant que vice-président de l'Assemblée nationale, c'est lui qui annonce le résultat du vote le « Vote pour l'abolition de la peine de mort à l'Assemblée Nationale: annonce des résultats du scrutin », archives de l'INA, 18 septembre 1981..
1986-1988 : ministre des Affaires sociales et de l'Emploi En il est nommé ministre des Affaires sociales et de l'Emploi dans le gouvernement Chirac, lors de la première cohabitation. Se présentant alors comme un « libéral de progrès », il va défendre des projets de loi marqués par plus de dérégulation, mais aussi par une certaine influence de son affinité « gaulliste sociale ».
Confronté à un chômage en hausse (situé à hauteur de 10,5 % des actifs en 1986), le gouvernement décide de rendre le marché du travail plus flexible, et c'est Philippe Séguin qui est chargé de préparer et de défendre la loi qui, dès le , supprime l'autorisation administrative de licenciement. Celle-ci lui vaut les critiques de certains syndicats tels que la CGT, dont le secrétaire général Henri Krasucki dit « qu’il est pieds et poings liés au grand capital », tandis que l'opposition l'accuse d'être au service d'un patronat « revanchard et opportuniste »P. LÉGASSE, « Séguin n'a jamais été aussi bien trahi que par les siens », Marianne, 07/01/2010.
La loi du d'aménagement du temps de travail, dite « loi Séguin », va aussi dans le sens d'une plus grande flexibilité en abandonnant l’objectif de réduction du temps de travail, qui devient une contrepartie facultative de la modulation. Elle permet de recourir au travail en continu pour raisons économiques et assouplit le régime des repos compensateurs, tandis que le module hebdomadaire, jugé trop rigide, est éclatéChronologie, temps de travail, vie-publique.fr. Dans un contexte marqué par une meilleure conjoncture internationale et une baisse du prix du pétrole, le nombre de demandeurs d'emploi diminue légèrement entre 1986 et 1988, avec un taux de chômage passant de 10,5 % en 1986 à 10,3 % en 1987 puis à 9,8 % en 1988, sans obtenir toutefois une réelle stabilisation« L’évolution du chômage en France au cours des 40 dernières années », La Documentation française..
En contrepartie de ces mesures d'inspiration libérale, Philippe Séguin va également soutenir plusieurs textes visant à renforcer le poids des salariés dans l'entreprise, ou à réduire certaines inégalités. Il fait ainsi partie des ministres, comme celui de l'Économie et des Finances, Édouard Balladur, qui élaborent les ordonnances du allant dans le sens du vieux projet gaulliste de la participation des salariés aux résultats des entreprises. Elles prévoient de nouvelles exonérations fiscales sur la participation, notamment en matière d'impôt sur les sociétés, le report des déficits antérieurs, ainsi que la prise en compte du personnel temporaire pour la détermination des seuils, tout en assouplissant les règles de l'intéressement et de l'abondement de l'entreprise au PEEOrdonnance no 86-1134 du 21 octobre 1986 sur Légifrance. Philippe Séguin est à l'origine de plusieurs autres mesures sociales en faveur de l'emploi, dont l'ordonnance du subordonnant le recours au travail intermittent par les entreprises à la signature d'un accord préalable, ainsi que de la loi du pour la lutte contre le chômage de longue durée et de celle, entrée en vigueur le même jour, en faveur de l'emploi des travailleurs handicapés qui introduit pour la première fois dans le code du travail la notion d'« Obligation d'emploi » pour ces derniers, avec une politique de discrimination positive instaurant un quota de 6 % d'employés handicapés dans les entreprises de plus de 20 salariés. stages « emploi-formation » pour les jeunes de 16 à 25 ans sont également créés.
Après la réélection de François Mitterrand en 1988, Philippe Séguin retrouve son mandat de député, jusqu'aux élections législatives de 2002.
1989-1990 : rénovateurs et alliance avec Pasqua