Lalphabet grec est un alphabet bicaméral de vingt-quatre lettres, principalement utilisé pour écrire la langue grecque depuis la fin du ou le début du C'est le premier et le plus ancien alphabet, dans l'acception la plus réduite de ce mot, car il note chaque voyelle et consonne avec un graphème séparé F. Coulmas, The Blackwell Encyclopedia of Writing Systems, éd. Blackwell Publishers Ltd., Oxford, 1996.. Le grec moderne utilise encore cet alphabet de nos jours. Par le passé, les lettres ont servi également pour la numération grecque, depuis le , mais les chiffres arabes tendent à les remplacer en Grèce. D'abord uniquement écrit en capitales, l'alphabet grec s'est progressivement doté de minuscules et de diacritiques.

L'alphabet grec descend du système d'écriture phénicien. Il n'a aucun lien avec le linéaire B ou le syllabaire chypriote, utilisés avant lui pour écrire ce qui était alors le grec. Cet alphabet en a engendré de nombreux autres en Europe et au Moyen-Orient, et notamment l'alphabet latin, via l'alphabet étrusque. En plus de servir à l'écriture du grec moderne, les lettres de l'alphabet grec s'utilisent comme symboles en sciences, noms de particules en physique, noms d'étoiles, noms de fraternités, noms de cyclones surnuméraires, etc.

Histoire

Naissance thumb|upright=1.0|alt=Image montrant les cinq premiers vers de l'Iliade d'Homère, qui sert d'exemple d'utilisation de l'alphabet grec.|Exemple d'utilisation de l'alphabet grec : le début de l'Iliade. thumb|upright=1.0|alt=Tablette d'argile où sont écrits des caractères mycéniens, ressemblant à des dessins, placés sur des lignes. En dessous, un dessin copie au propre le tracé des caractères.|Tablette écrite en linéaire B (Musée national archéologique d'Athènes).

L'alphabet grec a émergé des siècles après la chute de la civilisation mycénienne (), et l'abandon subséquent de son écriture, le linéaire B, avec lequel il n'a pas de lien direct. L'alphabet grec apparaît après les « siècles obscurs » (), la période entre la chute des Mycéniens et le début de l'époque archaïque. On considère que l'alphabet a été créé au début du et qu'il s'est diffusé vers dans la plupart des régions de Grèce..

Le plus important changement qu'apporte ce nouvel alphabet par rapport à l'ancien système vient du fait qu'il adapte l'alphabet phénicien : il introduit l'écriture des voyelles, sans lesquelles le grec serait illisible. Les voyelles n'étaient pas transcrites à l'origine dans les alphabets sémitiques : dans les premières familles d'écriture sémitiques occidentales (phénicien, hébreu, moabite), un graphème représente toujours une consonne, en association avec une voyelle non spécifiée ou aucune voyelle : les langues sémitiques fonctionnent principalement avec des racines de trois consonnes, les voyelles se déduisent sans difficulté du contexte. Le grec, en revanche, est une langue indo-européenne et donc, les voyelles peuvent permettre de différencier deux mots.

L'alphabet grec a donc adapté l'alphabet phénicien et divisé ses lettres en deux catégories, les consonnes et les voyelles, et les consonnes doivent toujours être accompagnées d'une voyelle pour rendre possible la prononciation des syllabes.

Voyelles adaptées de consonnes phéniciennes

Les voyelles d'origine sont « » (alpha), « » (epsilon), « » (iota), « » (omicron) et « » (upsilon). Puisque l'écriture phénicienne ne notait pas les voyelles, celles-ci sont adaptées de consonnes phéniciennes qui étaient superflues en grec : « class=skin-invert-image|x14px » (aleph), qui en phénicien représentait le phonème (le coup de glotte), a donné « Α » (alpha) qui représente ; « class=skin-invert-image|x14px » (he), qui représentait , est devenu « E » (epsilon) qui en grec ancien représente ; « class=skin-invert-image|x14px » (yod), qui représentait le son , est devenu « Ι » (iota) qui représente ; « class=skin-invert-image|x14px » (ayin), qui représentait le son , est devenu « Ο » (omicron) qui représente ; « class=skin-invert-image|x14px » (waw), qui représentait , est devenu « Υ » (upsilon) qui représente .

Dans les dialectes grecs du groupe oriental, qui n'utilisent pas l'aspiration, la lettre « » (êta), empruntée à la consonne sémitique « » (het), a été utilisée pour noter la voyelle longue ; plus tard, la lettre « » (oméga) a été introduite pour le son .

Nouvelles consonnes Le grec a également introduit trois nouvelles consonnes : « » (phi), « » (chi) et « » (psi), ajoutées à la fin de l'alphabet à mesure de leur développement. Ces consonnes ont compensé l'absence d'une aspiration comparable en phénicien. Dans le groupe occidental, le chi a été utilisé pour le son D'où la valeur actuelle du « X », héritée du latin, qui a trouvé cette lettre et sa valeur dans l'alphabet grec occidental., et le psi pour le son . L'origine de ces lettres est discutée.

Évolution ultérieure La lettre san () a été utilisée en concurrence avec le sigma pour le son , et à l'époque classique le sigma a été préféré au san, qui a disparu. Le digamma (), appelé à l'origine / , et le koppa () ont été également abandonnés par la suite. Le digamma en effet ne servait que pour les dialectes du groupe occidental, et le koppa n'avait pas une grande utilité. Ces caractères ont toutefois survécu en numération ionienne, chaque lettre correspondant à une valeur numérique. De la même manière, le sampi (), qui est apparemment un glyphe rare d'Ionie, a été introduit dans la numération, avec pour valeur 900.

Alphabet non unifié thumb|alt=Une coupe attique à fond ocre et dessins noirs, vue du dessous. Sur le tour sont gravés deux alphabets grecs, sur deux lignes, séparés par les anses et le support.|Un alphabet grec archaïque sur une poterie (Musée national archéologique d'Athènes).

Au départ, il existe plusieurs variantes de « l'alphabet grec », les plus importantes étant l'alphabet grec occidental et l'alphabet oriental ionien. Ce dernier finira par s'imposer. L'alphabet occidental a donné naissance à l'ancien alphabet italique et donc à l'alphabet latin alors que l'oriental a donné l'alphabet grec actuel. Athènes a utilisé d'abord un alphabet attique dans ses documents officiels, qui comporte toutes les lettres d'alpha à upsilon, et qui utilise l'êta pour marquer l'aspiration plutôt que pour donner le . En 403, Athènes a adopté l'alphabet ionien, et peu après les différentes variantes ont disparu.

À l'époque, le grec est écrit de gauche à droite, mais, à l'origine, il a été écrit de droite à gaucheLes caractères asymétriques ont été retournés quand le sens d'écriture a changé. ou même dans les deux sens alternativement, ce que l'on appelle un « boustrophédon » en français, avec une alternance de direction à chaque nouvelle ligne.

Apparition des diacritiques et des minuscules

Dans la période hellénistique, Aristophane de Byzance a commencé à accentuer les lettres grecques, pour en faciliter la prononciation. Durant le Moyen Âge, l'écriture de l'alphabet grec connaît des changements analogues à ceux qui affectent l'alphabet latin à la même époque : les anciens dessins sont conservés comme écriture monumentale, et l'onciale et la minuscule finissent par s'imposer. La lettre sigma () est écrite « » à la fin des mots, de la même manière que l'alphabet latin utilise le « S long » (dessiné « ſ ») en début ou milieu de mot, et un S final (dessiné « s ») en fin de mot.

Nom des lettres Chaque lettre de l'alphabet phénicien est nommée par un mot débutant par le son représenté par cette lettre. Ainsi, , qui signifie « taureau », donne son nom à la première lettre de l'alphabet, « », bet (« maison »), qui commence par , donne son nom à cette lettre, et ainsi de suite. Ce système s'appelle l'acrophonie.Les Grecs, en adoptant ces lettres, ont maintenu le nom phénicien des lettres, ou l'ont un peu modifié : est devenu , , , , , etc. Ces noms empruntés n'ont aucun sens en grec. En revanche, certains signes ajoutés ou modifiés par les Grecs ont un nom qui a du sens : veut dire « petit O », et veut dire « grand O ». De la même manière, veut dire « e pincé ».

Lettres classiques

Graphies courantes Ci-dessous se trouve un tableau donnant une liste des principales lettres grecques, augmentée de leur romanisation, des lettres phéniciennes dont les grecques sont dérivées. La transcription phonétique utilise l'alphabet phonétique international. La prononciation indiquée pour le grec ancien est une prononciation restituée, dite « érasmienne »Du nom du savant de la Renaissance Érasme.. Elle est partiellement fautive, et son usage est surtout scolaire. Elle s'efforce d'indiquer la prononciation de la lettre en attique à la fin du et au début du

Lettrecapitale Lettreminuscule Nom Translittération Phonème principal Lettrephénicienne Grecancien Grecmédiéval(polytonique) Grecmoderne Français(grec classique) Français(grec moderne) Grecancien Grecmoderne 1 alpha alfa a 12px|Aleph (ʾāleph) 2 (var. ) bêta vita b (classique) ; v (moderne) 12px|Beth (bēth) 3 gamma gama g , 12px|Gimel (gīmel) 4 delta delta d ; parfois dh (moderne) 12px|Daleth (dāleth) 5 epsilon epsilon e 12px|He (hē) 6 zêta zita z 12px|Zayin (zayin) 7 êta ita ê (classique) ; i (moderne) 12px|Heth (ḥēth) 8 thêta thita th 12px|Teth (ṭēth) 9 iota iota i 12px|Yodh (yōdh) 10 kappa kapa k 12px|Kaph (kaph) 11 lambda lamda l 12px|Lamedh (lāmedh) 12 mu mi m 12px|Mem (mēm) 13 nu ni n 12px|Nun (nun) 14 ksi/xi xi ks, x [] 12px|Samekh (sāmekh) 15 omicron omikron o 12px|Ayin (ʿayin) 16 pi pi p 12px|Pe (pē) 17 rhô ro r 12px|Res (rēš) 18 (var. ) sigma sigma s 12px|Sin (šin) 19 tau taf t 12px|Taw (tāw) 20 upsilon ipsilon u (classique) ; y, v, f (moderne, selon contexte) , , 12px|Waw (wāw) 21 phi fi ph (classique) ; f (moderne) 22 khi/chi chi kh, ch , 23 psi psi ps [] 24 oméga omega ô, o 12px|Ayin (ʿayin)

Variantes dans les graphies thumb|Écriture actuelle imprimée et manuscrite et prononciation moderne des noms des lettres en allemand.

Certaines lettres possèdent plusieurs graphies, la plupart héritées de l'écriture minuscule du Moyen Âge. Si leur utilisation est une question de goût, certaines de ces variantes ont toutefois reçu un codage séparé dans la norme Unicode.

Le est une varianteEn typographie française du grec, cette variante s'utilise pour un bêta intérieur dans un mot ; la lettre « normale » ne servant alors que pour les bêta initiaux. du bêta (Unicode : 03D0). L'epsilon peut être dessiné (« epsilon lunaire », Unicode : 03F5) ou . Le thêta possède deux dessins : ou , le deuxième étant fréquent dans l'écriture manuscrite (Unicode : 03D1). Le kappa est une variante manuscrite du (Unicode : 03F0). Le pi peut être écrit , forme archaïque de la lettre actuelle () (Unicode : 03D6). Le rhô possède deux graphies : et (Unicode : 03F1). Le sigma, dans la typographie standard du grec, possède deux variantes : et . La première sert au début et au milieu des mots, la deuxième à la fin des mots. Une autre variante existe, le « sigma lunaire » (), issue de l'écriture médiévale (Unicode : 03F2). Le upsilon majuscule () possède une variante graphique, (Unicode : 03D2). La lettre phi peut apparaître sous deux formes différentes, ou (Unicode : 03D5).

À l'instar de ce qui s'est produit avec les caractères latins, une nouvelle écriture manuscrite a fait son apparition à côté des caractères imprimés. Certaines lettres y revêtent une forme sensiblement différente de la minuscule médiévale et donc de l'écriture typographique.

Lettres numérales

Les lettres suivantes ne font pas partie de l'alphabet grec standard. Toutefois, elles ont été utilisées durant l'époque archaïque ou dans certains dialectes grecs. Une partie de ces lettres a survécu dans la numération grecque.